Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 17 mai 2013

La première vague de départ : une déferlante


J - 6 mois : la première vague de départ, une déferlante.

Le 2 janvier : pas le temps de se remettre du réveillon, il faut s'engager vers un premier mouvement migratoire. C'est rare les mouvements migratoires en plein hiver, surtout pour partir vers une région où il fait aussi froid. Mais tel est notre destin. Les choses sont scellées, il va nous falloir apprendre à gérer l'absence, l'organisation respective chacun de son côté. En effet, Kris part en explorateur dès le 2 janvier, tandis que nous devrions le rejoindre en juillet. Heureusement, Skype est là pour nous rapprocher. Et c'est vrai, que cela rapproche. Je pense qu'avec Kris, nous ne sommes jamais autant parlés de suite qu'avec Skype. Il faut dire qu'il faut attendre le WE pour se connecter, à cause du décalage horaire. A l'heure de nous appeler, il est au travail et ce n'est pas possible sans doute pour des raisons de risque de piratage. Et quand il est rentré du travail, Morphée s'est déjà occupé de nous. Alors, il faut faire une liste de tout ce que l'on a à se dire. Car, au-delà de la dimension affective et des nouvelles de la semaine, il y a quelques détails à régler :
  1. comment on s'occupe de la piscine ?
  2. elle est où l'essence pour la tondeuse ?
  3. c'est quoi les documents qu'il nous faut pour le visa ?
  4. Est-ce que tu as appelé ta mère ?
  5. On part où en vacances cet été ?
  6. Pour la vente des voitures, on fait comment ?...
    Skype = le supermarché des longues distances. Mais, Kris aura l'occasion de revenir assez souvent finalement, puis nous irons le voir une fois. Nous ne sommes jamais restés plus de deux mois sans se voir, et encore qu'une seule fois. Les concours de circonstances font qu'il a été là pour les moments clefs de la préparation au départ : déménagement, emménagement des locataires, ce qui a été un énorme soulagement. En effet, même si j'ai réussi à gérer bon nombre de points qui m'étaient devenus étrangers à force de laisser l'autre faire, il y a des moments où compter sur quelqu'un, c'est comme une bouée de sauvetage dans une mer calme, mais immense : cela sauve du burn out.
La nouvelle organisation : le changement commence à la reprise de l'école après les vacances de Noël. Je vais être seule pour assurer les accompagnements de notre fille à l'école bilingue située à une demi-heure de chez nous. Lorsque j'aurai des réunions le soir, il faudra que je trouve des solutions pour la faire garder. Une babysitteur s'impose. Mais je sais que je peux aussi compter sur les amis qui l'accueillent très facilement, j'ai même parfois l'impression que ce n'est pas assez. Il est vrai que Flore est facile, surtout chez les autres. Elle s'adapte à tout, elle est sympa, polie, dégourdie. La seule chose que les amis redoutent, c'est qu'elle ne mange pas ce qui est mou. Et il est vrai que souvent, pour les enfants on pense à faire des choses molles : purée, soupe, compote, yaourts. Oublier tout cela, vive les pommes de terre sautées, les légumes non moulinés, les fruits frais, le fromage à la coupe. Ce n'est pas très compliqué, mais il faut y penser.
Finalement, je vais m'adapter moi aussi à cette nouvelle organisation. On a beaucoup de CD d'histoires à écouter dans la voiture et les révisions de l'école se font aussi là.

Nous allons avoir besoin de nouveaux passeports. Les nôtres sont encore valables mais pas pour toute la durée du séjour. Il nous donc les refaire. Le RDV est pris à la mairie la plus proche. Il faut être présentes toutes les deux au rendez-vous de demande et à celui de restitution. C'est que maintenant, nous sommes photographiées sous toutes les coutures. J'espère que les photos conviendront, c'est souvent à cause de la photo que l'on est recalé. Apparemment, elles passent. C'est tant mieux, car nous avons RDV à l'ambassade US pour les visas dans un mois. Il faut que nos passeports soient prêts d'ici là.
Pour les visas, les documents à fournir sont en double exemplaire, en français et en anglais. Une personne à l'entreprise s'occupe de notre cas. Elle indique à Kris les démarches et documents, et en retour Kris me fait passer ses messages. La précision des documents est de rigueur. J'ai l'impression que je cherche à sortir de l'ex-URSS. Jusqu'au jour, où je ne comprends pas bien le message, j'ai besoin d'une indication supplémentaire et il faut faire assez vite car les délais se ra-menuisent. Mais Kris n'est pas joignable. Alors, je contacte directement la personne de l'entreprise. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? C'est tellement plus facile. Lorsque l'on est pris dans le tourbillon du temps qui passe trop vite, on en oublie les évidences... J'ai d'ailleurs bien fait de la contacter directement, car à la mairie de notre mariage, l'employée n'a pas exactement l'expérience des précisions en question, et il faudra que j'y retourne. Ce n'est pas exactement comme si je n'avais rien d'autre à faire... Les papiers sont réunis : ambassade, nous voilà! J'ai tout de même un petit pincement à l'idée que mon passé se rappelle à moi. Je suppose qu'ils gardent quelques traces informatiques des différents mouvements sur leur territoire. Cela fait déjà 18 ans, et malgré tout ce temps, je suis sûre que la rigidité informatique ne sera pas en reste pour me retrouver...
Mardi 19 février, 11h du matin, RDV à l'ambassade Américaine à Paris. Nous ne serons pas en retard, il ne faudrait pas commencer du mauvais pied. Nous aurons deux contrôles, le premier nous prendra nos documents et m'informera que la traduction n'était pas nécessaire. Cela fait marcher les avocats me dira-t-il ! Quand je pense à toutes ces manipulations qu'il m'a fallu faire, je suis verte (couleur prémonitoire). Le deuxième me pose quelques questions sur le but de notre séjour et si je n'ai pas eu de problèmes auparavant sur le territoire américain. Bien sur que non ! Tous deux seront davantage centrés sur Flore que sur moi, les Américains aiment les enfants, ils sont très fiers de leur famille. Si cela doit opacifier mon passé, aucun problème. Nous terminerons notre journée par la visite du palais de la découverte. Toujours un régal. Les visas arriveront une semaine plus tard. Je peux souffler...

Nous pouvons commencer le délestage. Nous sommes arrivées à nous inscrire pour un vide grenier, en salle, donc indifférent aux conditions climatiques. Je suis passée par une connaissance pour l'inscription, car sinon il faut venir à 15h un vendredi : cela ne s'adresse pas aux gens qui travaillent.
J'en profite pour proposer à deux amies de le faire avec nous : ce sera plus sympa de passer la journée ensemble, et les enfants pourront collaborer à la vente. Pour autant, nous ne sommes pas autorisés à utiliser deux tables (1m80). On va jouer serré! C'est intéressant de faire le tri de ce que l'on veut garder, de ce qui peut être vendu et à quel prix. La maison est passée en revue pour être sur de ne rien oublier. Le jour arrive et comme bien entendu notre table déborde. Notre voisin arrivera plus tard, alors nous allons utiliser sa table pour le début de la vente. Il faut venir à 7h pour installer, début de la vente prévue à 8 h. Et là, il faut être prêt... car c'est le rush, beaucoup de collectionneurs, de gens qui achètent pour revendre, les prix sont débattus avec vigueur... on n'est pas trop de trois pour répondre de partout. La matinée est décisive. En trois heures, la moitié du stand est partie, heureusement car les grades ciel de nos objets sont instables. Les enfants se régalent à négocier la vente, ils sont fiers de voir que leurs objets sont choisis, ils apprennent le rapport à l'argent : trois bonnes raisons de passer une journée debout, à discuter les prix, à manger un sandwich et surtout à se lever à 6 h 30 un dimanche. Mais la raison essentielle, c'est le rangement par le vide, pour nous ce sera vital. Cette journée inaugurera le début d'un long processus, dans lequel il y a peu de place pour la nostalgie. Et je pense déjà aux yard sales des États-Unis, où nous pourrons revivre la même aventure.

vendredi 10 mai 2013

le temps des habitude (deuxième partie)


Deuxième semaine (suite)

Nous voilà enfin revenus au 21 siècle : nous avons la TV qui fonctionne, elle a enfin accédé à la notoriété. 108 chaînes sur 156 possibles. Nous avons le choix entre les news, les pubs, les prêches, les pubs, les kg à perdre, les pubs, les séries, les pubs, le sport, les pubs... En moyenne, les pubs passent toutes les 10 minutes... Vous français qui n'avez plus de publicité après 20 heures sur les chaînes publiques, vous ne connaissez pas votre bonheur... Encore que pour apprendre une langue, les publicités sont un bon moyen : le message est simple, les répétitions nombreuses, la prononciation toujours distingue, l'image est explicative. Le seul problème, c'est le manque d'intérêt. Ce ne sera pas moins intéressant que les cours d'anglais que j'ai suivis adolescente, mais là au moins l'accent sera bon ! Comme il y a beaucoup de chaînes en espagnol, je vais pouvoir réviser quelques notions dans cette langue aussi.

Pratiquer l'anglais en continue demande une forte attention et mobilise beaucoup d'énergie. Mais, parfois, ce n'est pas l'anglais qui est difficile à comprendre, c'est tout simplement le français peu articulé, lorsque l'on est fatigué, lorsque en famille on fait moins d'efforts. Un matin, il y a eu cette interprétation insolite mais savoureuse : le «tu voudras des œufs au bacon ? » se transformera en «y'a un tiroir qui déconne. ». C'est pourquoi depuis, lorsque le canal de communication entre nous est brouillé, plutôt que de demander à l'autre de répéter nous disons « y'a un tiroir qui déconne », ce qui permet de mettre l'accent sur le canal plutôt que sur le volume.
Flore s'adapte bien à l'usage de cette nouvelle langue. Elle fait avec ce qu'elle connaît déjà et cela lui suffit. Les règles de grammaire sont partielles, les mots parfois francisés, mais le tout fonctionne pour jouer avec sa nouvelle amie. Elle continue généralement à me parler en anglais après être revenue. Quant à moi, j'ai du mal à me détacher de mes complexes linguistiques. Je veux parler bon anglais, avec bon accent. Il est vrai que la situation d'expatriation nous confronte déjà à une position de régression dans un bon nombre de situations : pour faire les démarches habituelles, David est là et je ne me sens pas à la hauteur, dans les magasins, sur la route lorsque les paysages s'obstinent à se confondre et nous font perdre le chemin ou tout simplement pour proposer un échange un peu plus varié que l'invariable attrait de l'étranger... Alors, je mets un point d'honneur à parler l'anglais le mieux possible pour ouvrir la discussion sur des sujets intéressants. Malheureusement pour moi, l'anglais ne m'est pas naturel. Lorsque je veux apprendre de nouveaux mots, des tournures de phrases, les concordances des temps, je dois le faire à la manière la plus rébarbative : l'apprentissage mécanique. Pour l'anglais, ma mémoire est visuelle, je ne peux mémoriser les mots que si je les vois écrits. Les entendre ne suffit pas. Alors pour bien faire, il faudrait que je me pose à mon bureau et que je bosse. Qui a dit « tu apprendras l'anglais dans la douleur » ?

Pour continuer l'intégration, je dois aller faire ma carte de sécurité sociale. Ici, c'est plus un document indispensable pour exister, pas pour se faire rembourser ses frais médicaux. C'est le sésame pour le permis de conduire, pour le travail, pour toutes démarches administratives. Je dois préalablement remplir un document officiel. Je suis surprise de devoir indiquer ma race ou mon ethnie. J'ai le choix entre Asiatiques, Américains d'Asie ou des îles Pacifique ; Hispaniques ; noirs mais pas Hispaniques ; Indiens Américains ou natifs d'Alaska ; et enfin blancs mais pas Hispaniques. Ce ne serait pas possible un instant en France de demander très officiellement de tels renseignements. Je suppose qu'ici, ces renseignements sont à l'usage de statistiques ethniques et pas pour monter un fichier de renseignements. Le racisme ne naît pas de la re-connaissance des différentes races et ethnies, mais plutôt de leur mé-connaissance.

Sur les questions de différences, il est possible d'évoquer Down town, qui est le centre de la ville, mais c'est plutôt un quartier populaire, moins bien entretenu, où vivent de nombreux noirs et hispaniques. Les centres-villes, en général, ne sont pas des lieux de vie valorisés. C'est sans doute pour cela qu'on les appelle « down ». Très rapidement on comprend que down town est à éviter. Le cœur de la ville n'est pas ce qui la fait battre son rythme. Pourtant, c'est là qu'il y aura la nouvelle bibliothèque, qu'il y a le centre de spectacle, l'office du tourisme, un parc des plus agréables et les musées. Mais on y vient sans y rester. D'ailleurs, l'ambiance n'invite pas à la flânerie. Les maisons dans l'ensemble sont moins entretenues, les rues sont plus sales, les poubelles débordantes. Les gens sont souvent dehors sur le trottoirs, assis à discuter, avec de la musique forte. La mixité n'est pas de mise. Et pourtant, juste à l'entrée de la ville, il y a un quartier de vieilles maisons de style colonial, souvent en restauration, ou bien entretenues avec de grands jardins, des statues en pierre bordent les allées. Il y a eu un temps où il faisait bon vivre down town.




L'intégration, c'est une chose, mais les vacances c'est une valeur sûre ! Je me décide enfin à organiser nos vacances pour... la semaine suivante. Les vacances n'ont pas été au cœur de mes préoccupations ces derniers temps, et pourtant nous sommes très attachés à nos vacances en France. Ici, j'ose à peine dire que j'ai 11 semaines en tout car sinon ils nous prendraient pour des fainéants, et j'ai à cœur de donner une bonne image des Français. Tout n'est que question de rythme : le rythme français est tellement dense qu'il nous faut bien à chaque fois une semaine de récupération avant de profiter de nos vacances. Ici les journées sont plus courtes, et selon les statistiques la productivité en France est semble-t-il meilleure. En tout cas, je trouve qu'ils s'agitent souvent un peu dans tous les sens pour peu de choses. La facilité pour les courses et l'amplitude horaire des magasins ne les rendent pas très organisés, ce qui fait qu'ils vont souvent dans la même journée faire plusieurs fois la même chose.

Nous avons eu envie de retrouver le goût du français pour nos vacances : Shakespeare contre Molière. Nous prévoyons de passer deux jours complets à NYC, puis direction trois rivières entre Montréal et Québec. Une petite halte dans le parc de la Mauricie avec visite du village bûcheron. Puis la ville de Québec pour trois jours avec une pause au village Val Cartier qui est un grand parc aquatique. Enfin, direction lac St Jean avec le Zoo de St Félicien et retour sur le St Laurent pour voir les baleines. J'ai un peu du mal à évaluer les distances mais je soupçonne que cela fera beaucoup. Pour plus de souplesse, nous prévoyons seulement le couchage dans les villes, puis nous aviserons sur place. Je me suis aussi enfin décidée à reprendre contact avec Cristal qui selon mes souvenirs doit vivre entre NYC et Montréal. Je l'avais rencontrée lors de mon premier séjour à NYC, et nous étions devenues très amies. Ce serait trop bête de ne pas profiter de l'occasion, car même si on est plus proche et dans le même pays, le Connecticut est à 6 heures de route. Je lui envoie donc un mail aux deux adresses que j'ai conservées. Le lendemain, elle me répond et serait vraiment très heureuse de me revoir et de rencontrer ma famille. Tout est si simple comme au bon vieux temps quand elle m'hébergeait à NYC ! Quand je pense que je n'ai pas répondu lorsqu'elle a fait part dans un mail collectif à son mariage. Il y avait déjà des années que nous ne nous étions pas revues et le temps avait commencé à éteindre la lumière des souvenirs. Mais, internet ranime la flamme et son message me transporte dans un passé insouciant, plein de nonchalance et de tranquillité de vie. Je reste longtemps à lire son message, ils sont de ceux qui vous tiennent éveillés car ils sont simplement la marque que tout ce qui a été vécu avant ne l'a pas été inutilement !

vendredi 3 mai 2013

le temps des habitudes (première partie)


Deuxième semaine : le temps des habitudes.

C'est au petit matin que la récolte de messages est la plus savoureuse. Et en plus, quel bonheur lorsque l'on vient juste de les cueillir, ils ont encore plus de goût ! Avec le décalage horaire, lorsque nous envoyons des messages internet dans la journée, les réponses nous parviennent le lendemain chez nous. Il est bon de se lever avec les amis de France, cela inaugure toujours une bonne journée. Alors le matin, j'ai un rituel : un café, internet, et c'est partie pour l'ami Rick.
Depuis, quelques jours, j'organise beaucoup de Skype parties. Question rapprochement on ne fait pas mieux. On a l'impression d'être ensemble, tout à côté, seulement l'heure de nos retrouvailles est un peu décalée, tandis que je bois mon café du matin, mes amis de France finissent leur repas de midi, et tandis qu'ils sont à l'apéro du soir, je bois mon thé d'après le repas de midi. Je viens même d'inventer une nouvelle méthode de travail psychologique, que j'ai inaugurée avec les étudiants que je suis de l'Université : la supervision à domicile. C'est plus efficace qu'un simple mail écrit.

Ma famille est composée de mes deux frères et de moi-même. L'un de mes frères est parti depuis deux ans en Nouvelle Calédonie, un autre est resté en France et nous venons d'arriver aux États-Unis. Je vous laisse imaginer la gymnastique des fuseaux horaires. Il y a peu de chances que nous arrivions à nous voir tous les trois en même temps. Je suis même inquiète pour voir mon frère aîné sur Skype car je devrais me lever très tôt lorsque ce sera très tard chez lui (15 h de décalage en marche avant ; mais ce qui suppose 9h de décalage en marche arrière, sauf qu'ils sont rarement sur Skype le matin). Je viens aussi de me renseigner sur les billets d'avion pour aller les voir. Ils font tout simplement presque le double de ceux en partant de France, moi qui croyais que les billets d'avion étaient beaucoup plus abordables en partant des États-Unis, voilà une idée à mettre au placard. Je vais devoir d'abord passer par la France pour aller en Nouvelle-Calédonie, un comble ! Je crains qu'il nous faille attendre de revenir en France pour aller le voir. Arriverons-nous à faire chacun un bout de chemin en nous retrouvant sur la côte ouest des États-Unis comme il me l'a suggéré ?

C'est drôle comme le goût des aliments change selon l'endroit où on les déguste. Je ne peux boire de l'Ozo qu'en Grèce et la sangria en Espagne a une saveur exceptionnelle. Partout ailleurs, je n'aime vraiment pas cela ou je n'en ai pas envie. Ici, ce sera les œufs au bacon, le pain de mie toasté et les bières pour Kris. Il y a vraiment des goûts différents qui se développent d'un pays à l'autre. Ici le cinnamon ou le pinut butter se retrouvent dans beaucoup de compositions : gâteaux, compotes, barres de céréales, céréales... Cela donne une petite touche d'épice ou de cacahuètes. Malheureusement, il y a aussi beaucoup de goûts trop gras, trop sucrés, trop salés, et pour les éliminer des aliments de base, il faut un peu chercher. Et inversement, impossible de trouver un yaourt qui ne soit pas low fat ou 0 fat. Et question goût, je vous invite à essayer, ce n'est pas terrible. Il va nous falloir enfiler notre cape de chercheur de bonne bouf.

Sinon, les magasins sont aussi remplis de produits typiquement... comme chez nous, à quelques exceptions près : les huîtres et autres mollusques, le fromage qui sent fort.... C'est fou d'être partis si loin pour retrouver la même chose ! Il y a de très bons légumes et de très bons fruits. Le poisson n'est pas moins abondant que dans notre région éloignée de la mer... Je ne peux plus transférer mes angoisses sur l'alimentation. Est-ce que je vais avoir besoin d'un autre support pour gérer les pertes liées au changement ? Mais en attendant, nous allons pouvoir continuer à manger sainement.

rencontre insolite

la chatière des moustiques
The dark side of the wild (le côté sombre de la nature sauvage) : nous avons à lutter tous les jours contre un ennemi implacable : les piqûres d’insectes. Plus question de marcher dans l'herbe sans chaussures, de s'asseoir par terre, d'ouvrir la porte trop longtemps sans moustiquaire. Les moustiques n'ont pas mis longtemps pour repérer leur chatière : quand il s'agit de venir à table, ils se montrent particulièrement performants ! Je comprends mieux pourquoi la clim est à fond partout, c'est pour empêcher les moustiques frileux de rentrer. Mais cela ne fonctionne pas seulement pour les insectes, c'est aussi un puissant répulsif pour nous qui gelons systématiquement lorsque la clim américaine est allumée. Il va nous falloir emmener toujours avec nous le gilet sauveur du froid arctique. Pourquoi ont-ils besoin de mettre la clim si froide ?
S'il y a autant de moustiques, c'est peut-être à cause de la chaleur qui est moite, l'humidité est à son comble. Je comprends pourquoi ils n'ont pas besoin de hammams. Ici, les hammams sont offerts en continu et gratuitement, alors j'essaye d'en profiter. Il me manque juste la gentille dame qui me laboure le corps de son gant de crin pour me débarrasser de cette peau qui a mué.

I had a dream (j'ai fais un rêve) : prendre le meilleur de chaque pays et les réunir : le paradis sur terre ? Pour les USA : les douches et baignoires d'un seul bloc ; les petites boîtes pour emporter les produits frais ; les sacs refermables après la première utilisation ; les doggy bag ; les aspirateurs super-puissants sans sacs, à hauteur d'homme ; le broyeur d'aliment dans l'évier ; le facteur qui prend nos lettres à envoyer, directement dans notre boite à lettre ; les autoroutes gratuites ; la machine à laver XXXL ; les gommes à rajouter au bout des crayons à papier ; les papiers prédécoupés à placer sur la cuvette des toilettes avant de s’asseoir sur des WC publiques...
Pour la France : pas de pubs après 20h sur les chaînes publiques. En même temps, ils auraient pu pousser la logique un peu plus loin et supprimer la publicité pendant les émissions pour enfants ! les WC séparés des salles de bains ; les aires d'autoroute avec des toilettes ; le bon état des routes ; l'Université presque gratuite ; la convivialité autour d'un repas; les serviettes de toilettes super fines, qui absorbent très bien et qui sèchent très vite ; les fenêtres immenses qui laissent le soleil emporter tous les tourments... Ce sont ces petites choses qui font beaucoup. Pourquoi, certaines choses ne peuvent pas s'importer ? Est-ce qu'il y a une taxe culturelle assez puissante pour empêcher le transfert de compétences dans la vie quotidienne ? Je sais bien que dans la liste, il y a des incompatibilités incompressibles, mais à y regarder de plus près, je suis sûre qu'il y a bien certaines choses qui seraient possibles de partager. Mais, ce n'était sans doute qu'un rêve...
a moking bird
Mais aujourd'hui, j'ai envie que ce rêve devienne en partie réalité, avec vous : je vous invite à travers ce blog, à partager les douceurs de vos pays : vos meilleurs morceaux musicaux, vos livres préférés, vos bons plans... bref quelque chose qui vous transporte dans d'autres horizons. En voici quelques-uns que je vous livre sans détour car ils ont été mes compagnons de voyage, parfois à les écouter une journée entière en boucle, à les lire, puis écouter la version audio, puis à regarder le film (j'ai même trouvé la version en ligne sur internet...). Quand on aime, il n'y a plus de frontière :
- Musique : Mumford and sons : I will wait for you ; the Lumineers  - Ho Hey...; Yannick Noah - Angela ; Noir Désir – le vent nous portera ; Indochine – j'ai demandé à la lune.
- livres : The Absolutely True Diary of a Part Time India (version française : le premier qui pleure a perdu), by Sherman Alexie ; the Help (version française : la couleur des sentiments) by Kathryn Stockett ; to kill a moking bird by Harper Lee (la version française sera Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Alouette, je te plumerai ou Quand meurt le rossignol selon l'édition ; et pour le film Du silence et des ombres).
... 

vendredi 26 avril 2013

La pré-visite


J - 3 mois : la pré-visite.

L'entreprise de Kris a prévu un voyage pour Flore et moi, afin de faire le choix d'une maison. Ce sera nos vacances de printemps. Kris s 'est renseigné sur l'école publique pour Flore, ce qui suppose que nous trouvions une maison dans un quartier qui dépend de cette école. Nous n'en aurons que deux à visiter. C'est parfait, je n'ai pas envie de passer tout mon temps à visiter des maisons.

L'aller sur Hagerstown : le surbooking, entre perte et récompense. Nous sommes arrivées un peu juste à l'aéroport, apparemment, ils ont déjà donné nos places à d'autres (nous sommes quand même arrivées plus d'une heure en avance, pour un vol Européen, puisque nous nous arrêtons d'abord à Londres). Nous allons perdre 19 heures de vie aux US, dont 12h de nuit, mais nous allons être indemnisées à hauteur de la perte. Et cela fait une plutôt belle somme. Je crois que je ne voyagerai plus qu'en surbooking ! La dame a simplement oublié de nous dire qu'il fallait dépenser cette fortune en 2 semaines. Je ne suis pas sûre de savoir faire. Mais si un surbooking se renouvelle, j'apprendrai...

London by night. Comme nous sommes obligées de prendre un autre vol, nous choisirons l'option de dormir à Londres pour partir plutôt le lendemain. Nous aurons alors la chance de visiter Londres de nuit. Départ d'Heathrow 21 heures, bus n° H 54, premier arrêt à l’hôtel Holiday Inn Heathrow, puis à l’hôtel The Park Inn Heathrow, puis à l’hôtel Sheraton Heathrow Marriott, et enfin notre hôtel Renaissance Heathrow. Cette visite nous a complètement lessivées : ne pas louper l'arrêt, ne pas louper l'arrêt, ne pas louper l'arrêt... Le temps est gris et pluvieux (nous sommes bien à Londres !), il est difficile de bien distinguer les hôtels. Notre nuit à Londres sera courte, le bus le lendemain passe à 7h30. L'hôtel est très confortable, la nourriture très anglaise...


Aéroport de Washington. Nous sommes arrivées à 13 h, avec un peu de retard, l'avion qui était en train d'amorcer sa descente est brusquement remonté et a fait un petit tour, sans doute pour nous permettre d'admirer la vue du ciel de Washington ! J'apprécie très modérément ce numéro de voltige !!! Ce qui va nous prendre le plus de temps c'est le passage de douane. Entre mon passé qui se réveille, et un entrepôt où sont logés les étrangers avant de leur permettre de fouler le sol américain (les Américains n'ont pas renoncé au passage des étrangers par un entrepôt du type Ellis Island (1)), on aura mis 1 h pour sortir. Notre chauffeur est là, il nous attendait. Il nous reste tout de même un peu de temps pour explorer Washington. On va se garer près de la baraque d'Obama. La maison blanche est toujours blanche, quels que soient les présidents qui l'habitent. Il y a des choses qui ne changent pas ! 




Hagerstown : entre joie et déception. Il y a d'abord la campagne : le bon air, la nature, les animaux sauvages , les distances réduites, la disparition des bouchons; mais, en même temps, cela s'accompagne d'activités réduites, la culture rétrécie, de choix réduit des produits (encore que... nous avons des outlets juste en bordure de ville)... Pour une famille, c'est idéal. Il faudra prendre le meilleur et laisser de côté les renoncements que cela impose.

Nous sommes invités plusieurs soirs chez des collègues français expatriés. Une habitation d'expat présente souvent l'image d'un rétrécissement ou d'un élargissement : c'est le château d'un noble désargenté ou la maison des 7 nains sauf qu'ils sont 15. On garde les meubles que l'on avait d'une autre maison, mais on achète peu de choses nouvelles car le retour annoncé laisse en suspend des questions sur l'adaptation de ce nouveau mobilier dans le pays d'origine (ne serait-ce que tout ce qui est électrique). Et puis, la taille des maisons entre la France et les USA n'est pas la même. Lorsque l'on déménage dans une maison à soi, on va avoir à cœur de s'installer dans cette nouvelle maison, soit en débarrassant les choses en trop, trop grandes, soit en récupérant des meubles nouveaux plus adaptés au nouveau logement. Là le logement est de transit, il faut l'habiter sans l'investir totalement (au risque de beaucoup de frais pour un temps court). J'imagine notre nouvelle demeure aux riches accents Américains, devoir se travestir de parures exotiques (pour les Américains, l'Europe et en particulier la France est teintée de couleurs exotiques). Mais ce qui compte ces soirs-là, c'est de se sentir accueillis, attendus, même si pour certains, notre arrivée signera leur propre retour en France. La meilleure communion est celle qui se partage entre frères d'armes ! 

Nous serons aussi invités par un collègue américain. Nous mangerons à table, avec du vin. Le repas sera constitué d'un plat principal avec une salade et d'un dessert. C'est très agréable mais il nous faut aussi nous familiariser avec les codes sociaux à table. Les enfants mangent dans la cuisine et sont servis en premier. Pour nous, petite prière de remerciement avant de commencer le repas. On se sert spontanément. Il nous a été difficile de savoir si cela pouvait faire plaisir que nous participions au rangement de la table. Les codes sociaux sont de vrais challenges : ils créent une communion entre ceux qui les partagent, mais peuvent laisser extrêmement perplexes ceux qui ne les connaissent pas.

Aux États Unis tout est plus grand : les espaces, les miles, les jours de travail, les Fahrenheit, les voitures, les yards, les maisons... et les Américains. Il y a peut-être une corrélation entre la taille des gens d'ici et les tailles utilisées autour d'eux. En tout cas, il y a une constante : c'est au supermarché que la taille des Américains est la plus impressionnante. A croire que le simple fait de fréquenter les magasins à un effet sur le poids. Je vais peut-être m'abstenir ! Il y a en effet un phénomène très étrange, plus on fait des courses, plus on a des choses à acheter. Ils sont très forts pour mettre à porter de regard tout ce que vous avez oublié avant. En France, nous sommes des petits joueurs dans ce domaine. En tout état de cause, l'obésité touche ici plus du tiers de la population et dans un certain nombre de cas, cette obésité me semble vraiment morbide tant chez les hommes que chez les femmes. Et là encore en Europe, nous sommes des petits joueurs. 18 ans plus tôt, il était déjà beaucoup question d'obésité et je me souviens qu'à mon retour en France, les Français s'inquiétaient de voir débarquer ce phénomène chez eux. Il est vrai que la France et l'Europe aujourd'hui sont touchés mais pas de cette ampleur. Les pays occidentaux vont mourir de leur hygiène de vie...

La circulation : un fait est établi aux USA, à part à NYC, vous devez avoir une voiture, un vélo ne suffit pas. Mais les voitures et la circulation ici supposent quelques ajustements. Je garde mon pied gauche en alerte, alors que je n'ai pas de pédale à lui donner, vitesses automatiques obligent. J'ai parfois l'impression que mon pied gauche hésite entre s'accrocher à ce qu'il connaît de sa vie bien remplie et accepter ses nouvelles conditions de vie plutôt oisives. L'avenir montrera qu'il aura réussi à s'adapter pour profiter de ce temps libre. Par contre, mon esprit est en alerte, il y a de nouvelles règles de conduite (je les avais déjà expérimentées surtout à San Diego, mais les retrouver n'a pas été si naturel, encore un coup de Pavlov). En ce qui concerne la vie sur les routes, je retiendrais surtout qu'il est possible de tourner à droite au feu rouge lorsque la voie est dégagée, il faut accélérer à l'orange (tous les Américains ne sont pas d'accord sur cette règle), beaucoup de panneaux d'avertissement (travaux, école...) sont fluorescents, il est souvent rappelé les risques encourus en cas de non-respect des règles (punition, chantage et conséquences catastrophiques sont les trois reines en la matière), la sirène des ambulances vous fait perdre de quelques degrés  votre acuité auditive à chacun de leur passage. La loi du premier arrivé sur la route, premier servi semble valable. Depuis, heureusement, j'ai trouvé de généreux Américains pour me laisser passer à un carrefour particulièrement chargé : je leur rends grâce aujourd'hui.

Les Amish : nous vivons à côté d'un état qui en compte beaucoup : la Pennsylvanie. Hagerstown est une ville construite à un carrefour : de chemin de fer (pour trouver une maison loin d'un chemin de fer c'est impossible) ; de plusieurs états : situé dans le Maryland (ne pas prononcer marine-land, cela ne fait pas sérieux), elle est au bord de la Pennsylvanie, de la Virginie et de la Virginie-Occidentale ; et de routes : bordée par l'interstate 81 (de la frontière Canadienne à l'état du Tennessee) et de l'interstate 70 (du Maryland jusqu'à l'Utah). Nous allons donc alors avoir les Amish comme voisins. Les Amish sont une communauté religieuse, vivant de façon simple et à l’écart de la société moderne (pas d'électricité, ni de voiture à moteur pour les plus puristes). Le plus souvent agriculteurs, on trouve beaucoup de leurs produits à Hagerstown. J'espère au moins que leurs produits sont bio. Quitte à refuser le progrès, j'espère qu'ils refusent les engrais et autres pesticides. Cela a du bon de refuser certains aspects de la modernité, je ne suis pour autant pas sur de vouloir me fondre à leur mode de vie!

Nous sommes au mois d'avril et le temps est contrasté. Mercredi -3 au réveil, dimanche +28. Petit calcul mental : quel est le différentiel de température en moins de 4 jours ? Cela explique peut-être la réactivité des américains, aux différentes circonstances de la vie : il faut toujours porter un maillot de bain sous sa polaire !

Aquarium de Baltimore
Washington DC
Nous consacrons une journée à visiter Baltimore et une pour Washington. J'apprécie la gratuité des musées à Washington, ce qui permet de faire un peu de visite sans se soucier de tout voir, au risque de finir asphyxier. La ville se présente différente de notre représentation des villes américaines toute en hauteur ; ici, le vert domine, les animaux ont leur quartier (oies sauvages et squirels, je ménage mes amis Américains qui ne peuvent absolument pas prononcer notre écureuil local), les habitations ne jouent pas au jeu de celui qui montera le plus haut.

Le retour en France : retient la nuit. Départ 18 h, arrivée 6h du matin à Londres, et midi à la maison. Nous retrouvons la classe éco, et la nuit dans un avion n'a rien de reposant. Chaque fois que je m'endors, ma tête bascule et je me réveille en sursaut de peur de tomber sur l'épaule du voisin ; lorsque je décide de changer de place avec Flore, qui elle au moins peut s'allonger sur mes jambes ce qui me laisse le hublot pour reposer ma tête, le sommeil a décidé d'émigrer vers d'autres horizons et je ne peux que regarder un film à la TV pour passer le temps. A Londres, il faut être en alerte pour le changement d'avion. Le vol pour Lyon dure trop peu de temps pour pouvoir dormir. Arrivée à la maison, je ne peux que rêver d'un bon lit, ce n'est plus de mon âge les nuits blanches ! Pour ne pas trop nourrir le décalage horaire, je demande à Flore de me réveiller à 14 h. Ces deux heures de sommeil répareront partiellement les dégâts de la nuit précédente, mais le décalage horaire aura quand même été le plus fort : il sera difficile de s'endormir avant 3 h du matin, les deux nuits suivantes.

A peine arrivée, je suis contactée par deux entreprises de déménagement pour faire un devis. Je suis précipitée dans le magma de la lave en fusion ! C'est le top départ de l'organisation pré-départ. Tout sera emballé par les soins des déménageurs, il ne faut rien emballer nous-même au risque de ne pas être couvert par les assurances. Mais c'est parfait pour moi ! Par contre, il ne faut pas prendre les bouteilles de vin, les armes, de la nourriture, les produits d'entretien et produits toxiques, les animaux domestiques, et tout ce qui est susceptible d'apporter des germs sur le territoire américain. Ils sont plutôt prudents aux USA ! Il va donc falloir trier et ne laisser aux déménageurs que ce qui peut se transporter. Que va-t-on faire de la cave à vins ? On a une sarbacane rapportée de Malaisie, ça compte comme arme ? Je vais tenter de faire le tri, mais quelques produits illicites échapperont à ma vigilance et resteront tout de même. Les déménageurs ne feront pas le tri et ils passeront la frontière : le foin pour Lapinette, le cirage à chaussures, l'engrais… si j'avais su, j'aurai moins pris de précaution.

(1) Ellis Island, a été une station d'inspection de l'immigration , ouvert en janvier 1892 sur une petite île juste à côté de la statue de la Liberté, près de New York City. En cela, elle a aussi été la porte d'entrée pour des millions d'immigrants pour les Etats-Unis.

vendredi 19 avril 2013

première semaine Américaine


J + 1 semaine : Première semaine Américaine

Bon, cette semaine sera chargée ! Mercredi on reçoit le fret maritime. Ça valait le coup d'envoyer des affaires par avion : deux jours de gagnés ! Jeudi c'est le RDV à l'école : cela va déterminer la classe de référence. Vendredi, nous allons être reconnectés au monde (internet) et lundi prochain à celui des médias télévisuels. Des fois, j'ai le sentiment que les États Unis sont restés au temps de la préhistoire sur les questions de télécommunication. Et le pire dans tout cela, c'est qu'il faut être disponible plus de 4 heures de suite pour qu'ils viennent faire les branchements : c'est pire qu'en France ! C'est aussi le monde à l'envers, dans le pays des réseaux sociaux et du client roi, il faut attendre plus d'une semaine pour être connecté, et encore pas par la compagnie de notre choix. Mais que fait donc l'oncle Picsou, ou est-ce l'oncle Sam ?

Mardi, 15 heures : on décide d'ouvrir le coffre-fort aérien. Il nous faudra des cisailles pour venir à bout des bandeaux en fer, et puis des cisailles pour ouvrir la boîte en bois, et enfin des ciseaux pour ouvrir les cartons. Pas de dégâts, c'était bien emballé. Maintenant surprise : ce sont les vêtements d'hiver et la combinaison étanche qui sont arrivés en premier. Vu la chaleur qu'il fait ici en ce moment, c'est un peu décevant de déjà se projeter dans l'hiver. D'ailleurs, avec une telle chaleur, il est difficile de résister à l'appel de la clim, d'autant qu'ici la chaleur est moite. Qu'est devenue notre fibre écolo ? Bien sûr, il y a la piscine, mais entre 11 h et 16 h, il n'est pas conseillé de sortir sous le soleil brûlant. Et même sans bouger dans la maison, c'est difficilement supportable. Heureusement que les nuits sont plus fraîches.

Gus Gus traîne souvent dans le jardin. Gus Gus c'est notre nouveau lapin sauvage. En fait, il y en a plusieurs, et ils nous rendent souvent visite. Il y a quelques avantages à avoir un lapin sauvage : pas de crottes dans la maison, ni de cage à nettoyer, pas de nourriture à acheter, pas de rideaux ni de fils électriques rongés. Par contre, il faut être plus patient pour l'approcher. Et puis cet hiver il va sans doute hiberner. Mais peut-être qu'à l'issue de l'hiver, il nous fera la joie de s'être multiplié.

Mardi soir, on va manger dans un restaurant japonais pour l'anniversaire d'une collègue française de Kris. Tout le monde parle anglais, malgré une majorité de français. Le spectacle est au RDV. Le cuisinier japonais, qui prépare devant nous, fait son show. C'est plutôt réussi. Il faudra qu'on emmène nos amis français pendant leur passage. Malgré un ventre bien rempli, nous rapportons des doggy bags. Nous aurons assez à manger pour trois autres repas ! Il suffit de manger une fois par semaine au restaurant, pour se nourrir toute une semaine !!! Je sens que je vais aimer the Américain style of life. Maintenant, il ne faut pas oublier the tip (pourvoir). Le salaire du personnel des entreprises de service et de restauration est vraiment bas. Le pourvoir est obligatoire. Il reste à notre entière appréciation en fonction du service rendu. C'est là que les choses se compliquent pour nous : quel pourboire laissé ? En France, nous n'avons pas à nous préoccuper de la qualité du service, nous n'avons que peu de prise sur la question. Mais au moins nous avons la garantie que la personne,  quelle que soit la qualité de son travail, sera payée à peu près décemment. Notre fibre sociale est préservée, mais la qualité du service peut parfois laisser à désirer. Ici, nous avons un devoir de récompenser la qualité du service rendu, et le salaire de notre serveur dépend de notre générosité. C'est une lourde responsabilité, d'autant que la générosité ne s'apprend pas (les tips répondent à des règles codifiées, mais nous n'avons pas encore accès au code).

Mercredi 7.30 am : le camion chargé de nos précieuses affaires arrive. Les meubles auront mis exactement un mois pour arriver, c'est moins que ce que nous avions programmé. C'est plutôt une bonne nouvelle! Ce n'est pas tant le confort matériel qui me manque, mais bien cette enveloppe olfactive, visuelle, kinesthésique. Je ne suis pas habituellement très attachée aux objets, mais à défaut de liens humains encore en friche, les équilibres changent.
Le camion est en avance, le chauffeur s'impatiente car les gars du déménagement sont en retard et ils vont arriver finalement à … 9 h. Je n'arrive pas à joindre Kris pour savoir ce qu'ils font. C'était bien la peine d'acheter le téléphone en priorité ! Anne ma sœur Ann, ne vois-tu rien venir ? « Je ne vois rien que le soleil qui poudroye et l’herbe qui verdoye ». Deux messages et un SMS suivants, Anne ma sœur Ann, ne vois-tu toujours rien venir ? je vois les voisins qui s'activent et l'herbe qui jaunit... mais pas la moindre fumée de la délivrance. 5 messages suivants : Anne, ma sœur Ann, ne vois-tu encore toujours  rien venir ? je vois... ah enfin, les voilà. Il y avait du trafic. A Hagersdtown ? j'ai un doute. Ils arrivent à 4 et question beaux gosses, la France est largement devant. Mais ils vont être efficaces. Quant à moi, je suis de nouveau prise dans un tourbillon : ranger, ranger, ranger. Heureusement que l'on avait pré-organisé l'installation, mais il y a quand même des fois où ce n'est pas si simple, d'autant qu'il y a un embouteillage dans la maison : les meubles de location sont toujours là ! Les déménageurs vont arriver à presque tout remonter. On m'avait dit que les Américains ne sont pas très forts sur le ré-assemblage  mais là franchement, il n'y a rien à dire. C'est peut-être parce qu'au fond, ils parlent tous espagnol ! Un seul lit restera inachevé, car nous ne trouvons pas les vis. Une petite recommandation pour les entreprises de déménagement : pour la tranquillité de vos collègues, prenez les meubles à démonter en photo car si vous comptez sur le discernement des propriétaires, vous leur faites une mauvaise blague. Il est vrai que c'est notre premier déménagement réalisé par une entreprise professionnelle. D'habitude nous nous débrouillons nous-même pour les déménagements, avec quelques copains et la famille. Alors, nous n'avions pas prévu de prendre les meubles en photo.
A 14h00, ils ont fini leur job, et moi je continue le mien. En effet, ils ne déballent pas les vêtements, ni la vaisselle et autres ustensiles. Alors, il me reste plus que... 34 cartons, mais c'est bon de se sentir chez soi. Le sentiment d'existence, de ressourcement, de continuité... puise aussi sa force dans cette enveloppe matérielle. Retrouver ce qui est notre bien, c'est retrouver un peu de soi, ce que l'on a mis de nous lors du choix de chaque objet, c'est retrouver ces repères qui nous rassurent. J'ai besoin d'installer quelques tableaux qui sont les représentants de notre marque. La maison maintenant, nous ressemble... Il y a quelques objets qui resteront dans les cartons avant le prochain déménagement : le service à escargots, je ne pense pas que l'on en aura besoin ici, à moins de ramasser les escargots soi-même ! ; les tringles à rideaux ne sont pas de la bonne taille ; la bouilloire électrique met une demi-heure avant que l'eau ne soit chaude, changement de voltage oblige. Sinon, le reste trouve assez naturellement sa place dans cette nouvelle demeure. C'est fou comme les objets sont souples et s'adaptent facilement à cette nouvelle existence. C'est sans doute bon signe pour leurs propriétaires.

L'emménagement prendra plusieurs jours. Il faut dire que les meubles de location jouent les squatteurs ? C'est quand même dingue ces hôtes indésirables qui se permettent de squatter sans complexe ! Quand on déballe les cartons que l'on a pas emballés soi-même, on est pris entre deux mouvements. L'un de peur  panique : mais où est donc passé le vase en faïence de belle-maman ? Ah oui, c'est vrai je ne l'ai pas pris. Mais par contre, les assiettes art déco qui nous ont tant aidés pour nos repas entre amis, elles sont passées où ? ; et un sentiment de joie mêlée de surprise : Ah, tiens, les jeux de jardin ! les affaires pour la piscine !... C'est alors comme une pochette surprise que l'on déballe, on ne sait jamais ce que l'on va trouver à l'intérieur. Il y a aussi les grands moments de solitude : « la théière du Japon, attend son petit couvercle dans la salle à manger ; les supports des relax ont perdu leurs coussins ; lit à une place, blanc, très beau standing, en attente d'être remonté, recherche vis de petite taille, couleur argent pour vie à deux et plus si affinités». En ce moment, je passe ma vie entre le rangement, les courses, le bricolage, la cuisine, le jardinage, le ménage. Il y a comme une erreur. Vite, un antidote. L'écriture sera mon antidote. Par contre, pour que j'ai des choses à écrire, il me faut faire autre chose qu'écrire. Et me revoilà plonger dans le bricolage, les courses, le rangement... Il y a quand même parfois de grandes victoires qui se déroulent devant soi. Le lit que les déménageurs n'avaient pas réussi à remonter faute de trouver les vis, eh bien je les ai trouvées, moi, les vis. Ils étaient tout simplement...  visés aux barreaux, mais un peu cachés, il est vrai. Le vieux lit solitaire ne finira pas sa vie abandonné de tous, je l'ai remonté sans soucis. Avec un peu d'imagination et beaucoup de motivation, on peut vraiment déplacer des montagnes.

les voisins
Face à l'entrain de ma fille pour aller voir nos nouveaux voisins, je décide de l'accompagner pour nous présenter. La première maison nous réserve un accueil mitigé. C'est vraiment rare ici. Cela me refroidit un peu. On continue heureusement, avec la maison suivante. L'accueil est tout autre, ils veulent nous faire entrer alors qu'ils se préparent pour partir en WE. Puis, il y a celle de Julie (prononcer Djouli, merci "le petit quotidien"(1) de m'avoir autorisée à utiliser les lettres normales pour aider à la prononciation et pas la phonétique que personnellement je n'ai jamais vraiment comprise). La chaleur de l’accueil est exceptionnelle. Sa fille invite Flore à faire du trampoline, Julie m'explique l'utilisation du broyeur de cuisine et la discussion s'installe sur les bons plans du coin. Elle me propose de me faire visiter les environs. Elle s’interroge sur notre souci de ne pas utiliser la Clim alors qu'il fait 100 degrés dehors (non, nous ne sommes pas en train de bouillir, mais simplement d'utiliser les Fahrenheit). Il est vrai que les Américains mettent plutôt la clim à 72° (voire moins) : calculer le différentiel et vous comprendrez que la planète a du soucis à se faire...
(1) le petit quotidien est une revue quotidienne pour les enfants de 6 à 10 ans, auquel notre fille était abonnée en France


Une bourrasque de vent nous rappelle la dureté du climat et les changements de temps, brutaux. En moins d'une demi-heure, le temps a brusquement changé et une mini-tempête de vent, de pluie et d'objets volants non identifiés passe sur nos têtes. Cela aura au moins rafraîchi l'atmosphère. « Une petite poubelle noire, sans nom, recherche son propriétaire ». Serait-ce la nôtre ? La voisine Julie, qui nous a rendu visite, me le suggère car elle connaît les poubelles de tous ici, et elle ne reconnaît pas celle-là.
Le livreur de poubelle était justement passé, le matin suivant pour nous livrer la poubelle de recyclage. Pas un mot, pas un contact, juste une poubelle rouge placée devant la maison. Mais à qui peut bien appartenir la petite poubelle noire, envolée la veille?

Vendredi 20 juillet : la délivrance. Nous voilà connectés à internet. De nombreux messages d'amis et de collègues m'attendent, avec de nombreux spams aussi qui me promettent tous une vie meilleure avec tous les articles qu'ils proposent. Question vie meilleure, je vais me laisser tenter par celle qui s'offre à moi aux USA, alors je fais le ménage. Je peux enfin prendre connaissance de ces douces pensées qui me font parvenir l'odeur de la France. C'est vraiment quand on est loin, qu'on a besoin de se rapprocher. Il y a des distances qui réunissent. Cela m'avait fait le même effet la première fois que j'étais venue aux États-Unis, sauf qu'à l'époque internet balbutiait, le minitel battait son plein... mais seulement en France, et il me fallait parfois attendre un mois pour avoir du précieux courrier. Comme j'ai pu l'attendre ce courrier et le coup de téléphone mensuel à mes parents car cela coûtait trop cher d'appeler plus souvent ! Aujourd'hui, avec Skype, plus de soucis, je vais pouvoir faire visiter la maison à tout le monde sans que cela ne coûte un sou.

Le bruit des autres : les samedis sont bruyants dans notre rue, entre le marchand de glaces et les enfants qui jouent, les gens qui s'interpellent, on se croirait sur un marché Français ! Vive l'open space... Ce quartier d'habitude si calme, se transforme en fête foraine au samedi venu. En même temps, cela ressemble à ce que nous pouvons voir dans les films. On attend à tout moment retrouver le magicien d'Oz, ou Shirley Temple.
the  quiet neighborhood

vendredi 12 avril 2013

début d'une semaine américaine


Dimanche 15 juillet : début d'une semaine américaine.

Est-ce que je suis en vacances ou est-ce une semaine comme celles que je vais être amenée à vivre à partir de maintenant ?

Le corps reste indompté et la nuit est décousue. Lundi matin seulement, je me lèverai au son du réveil : il aura fallu trois nuits pour faire taire les sirènes !

L'été nous envahit, il fait chaud et humide. Les insectes se régalent. « N'ai-je que tant rêver de cet été brûlant, que pour mieux espérer un automne fraîchissant ? »

Dans le registre découverte, dans la cuisine j’aperçois le broyeur de déchets organiques installé dans l'évier. C'est pratique pour se débarrasser écologiquement de ces déchets naturels. C'est quand même mieux que de placer une poubelle remplie de vers exterminateurs, dans sa cuisine! Maintenant, reste à savoir comment cela marche. Est-ce que l'on peut tout mettre ? En quelle quantité ? Faut-il l'accompagner d'eau ? Encore un mystère à résoudre, Sherlock !

Il va falloir compléter notre arsenal d'objets utiles pour notre confort immédiat  Les magasins sont ouverts le dimanche. C'est sans doute pour cela que la semaine commence le dimanche. A certains carrefours, il y a des hommes sandwich qui brandissent des pancartes publicitaires. Je reste pensive sur l'efficacité d'un tel procédé, et un peu inquiète sur la qualité de vie de cet homme. Mais ce qu'il propose n'est pas ce que nous recherchons. Nous nous dirigeons vers le magasin de bricolage du coin. La caissière emballe nos courses dans des sacs en plastique. C'est commode, mais pour l'écologie, c'est une autre affaire ! Lors de mon premier séjour il y a plusieurs années, les magasins ne fournissaient pas de sacs plastiques, mais des sacs en papier recyclé. Les États-Unis sont en train de revenir en arrière pour la préservation de l'environnement. Déjà qu'ils ont la clim à fond, les voitures superpuissantes, les lumières allumées nuits et jours : ils ne sont pas près de ratifier les accords de Kyoto.

Je réalise avec ces premières courses, que je suis en train de faire ma révolution culturelle : pour la première fois de ma vie, excepté lorsque j'étais enfant, je me laisse entretenir par quelqu'un. Ce n'est pas si simple pour l'estime de soi. 100 ans de luttes féminines réduites en poussière! En vrai, je n'ai pas encore complètement franchi le pas car je suis toujours en congés payés. Alors, je joue aux divas qui se moquent des questions bassement monétaires.

Dans les magasins, j'ai encore du mal à m'ajuster à l'anglais. Ma mémoire est infidèle surtout pour bien comprendre chacun des mots. J'ai encore trop souvent la désagréable sensation d'être à côté de la question, ce qui me donne l'impression de jouer au jeu du fou, dont je vous rappelle le principe : une personne, considérée comme le médecin sort de la pièce et n'entend pas ce qui se dit de l'autre côté. Elle a pour consigne à son retour de poser des questions à chaque personne pour découvrir de quelle maladie ils souffrent. En secret, les autres se mettent d'accord pour répondre aux questions du médecin en décaler : le premier répond « n'importe quoi » puis la personne suivante répond à la question posée au premier, et le troisième répond à la question du deuxième et ainsi de suite. Mais au jeu du fou, moi je connais les règles. Je vais bien avoir besoin d'un petit rafraîchissement dans un bain linguistique.
Heureusement, je peux prendre des cours d'anglais. Lundi matin, Peggy arrive, entourée d'un nombre important de livres. Je la comprends parfaitement, sans effort. Est-ce bien le même Anglais que la veille ? Elle se rend compte que ces livres apportés pour ma fille, ne sont pas ajustés à son niveau. Les efforts mis dans l'école bilingue en France ont été payants. Le cours commence, mais... pour ma fille. Quant à moi, elle me propose des livres de vocabulaire et de grammaire assez rébarbatifs. Zut, il faut que je retourne à l'école. Heureusement, elle propose aussi des soirées pour échanger sur la lecture d'un livre. Ou, des ballades entre expats : je vais devenir une vrai desperate housewife ! A son départ, nous avons droit à notre premier hug américain, bien serré aux épaules mais pas trop serré ailleurs, avec une petite tape amicale dans le dos, pas du genre accolades de joueurs de rugby.

Notre installation dans notre nouvelle vie Américaine est une chose, mais il ne faut pas oublier les derniers points non aboutis en France. Ça y est, je viens d'avoir l'assureur pour régler le dernier détail de notre changement de situation. Il faut que j'appelle de l'autre côté de l'Atlantique pour que leurs lignes ne soient pas toutes occupées. Il est vrai que je n'ai pas fait attention à l'heure en France et ce n'est pas une heure de pointe. Une petite voix pré-enregistrée m'accueille : « Bonjour, bienvenue, vous être bien à …, nous allons donner suite à votre appel. Indiquer l'objet de votre demande". " Changement de vie !"... "J'ai bien pris en compte votre demande, je recherche un conseiller.  Dans le cadre de notre service de qualité, et sauf avis contraire de votre part, cet appel est susceptible d'être enregistré», tiens pourquoi pas, je laisserai ainsi des miettes de moi là-bas...

Lundi matin, arrivée du container aérien. Enfin, une partie de nos souvenirs nous rejoignent. On se sent moins seules. Surtout qu'avec l'indisponibilité d'internet, les liens sont distendus. Pour l'instant ce n'est qu'un carton bien emballé dont on ne peut encore rien sortir car il nous faut des pinces très coupantes. Ce n'est pas grave, car on sait qu'à l'intérieur, il y a nos trésors.

Ce soir (lundi), il ne faut pas oublier de mettre les poubelles dehors. Demain, le service privé de ramassage des ordures ménagères, passe. Il a fallu s'abonner à ce service car il n'est pas prévu collectivement. Nous avions le choix de la compagnie. Nous avons pris la même que les voisins. Au moins, elle offre un passage pour le recyclage. On va continuer à être des citoyens responsables. Une poubelle pour les déchets courant nous est offerte en cadeau de bienvenue! Mais que se passe-t-il quand on ne prend pas ce service ? Les poubelles s'entassent ? Est-ce obligatoire ? Le lendemain, je me suis levée de bonne heure. Le camion passe à 6H30. Mais il s'arrête seulement chez d'autres voisins qui apparemment n'ont pas la même compagnie que nous. Nos poubelles à nous sont orphelines. C'est sans compter qu'un quart d'heure plus tard, notre compagnie arrive. Cette fois nos poubelles sont ramassées, elles vont pouvoir commencer une nouvelle vie. Les mardis, nous ne serons plus jamais réveillés par la musique country du radio-réveil, mais par le bruit des camions poubelles !!!

Depuis que je suis arrivée, mon portable me suis partout. Pas mon téléphone, mais mon ordinateur portable, car j'ai beaucoup d'idées qui se bousculent dans ma tête et j'ai envie de les écrire :
« J'écris pour consoler ceux que la peine inonde
pour apaiser les cœurs de ces douleurs profondes
pour réveiller aussi les pensées vagabondes
et endormir sans bruit les pensées les plus sombres.
J'écris pour le soleil qui brille dans la nuit
j'écris pour l'étranger qui fuit de son pays
J'écris sans rien attendre d'un retour incertain
j'écris sans jamais savoir ce que sera demain
J'écris sur l'écorce de l'arbre pour laisser une empreinte
j'écris dans l'air du temps pour que les mots s'échappent,
j'écris dans le jardin du temps, sans aucune contrainte
j'écris sous les étoiles avant qu'elles ne me happent
sous le soleil brûlant j'écris aussi sur l'eau
mais dans le désert blanc j'écris sans faire d'écho
j'écris sur le sable et dans les champs de blé
j'écris, j'écrisje crie sans jamais m'arrêter. » poème écrit à l'occasion d'un atelier d'écriture en mars 2011, mais tout à fait adapté à la circonstance. Je crois que mon inconscient, lui savait déjà ! En tout cas, question inconscient je suis servie, cette nuit, j'ai rêvé que j'écrivais. Au niveau de l'axe temporel, c'était bien un rêve, beaucoup de choses se mélangeaient, mais je me suis vu me dire qu'il faudrait retenir cela pour l'écrire comme je le fais maintenant depuis plusieurs jours. Est-ce un signe ? Mon téléphone portable quant à lui reste sourd et muet, non pas parce que je n'ai pas d'appel car Kris à mon numéro, mais parce qu'il est toujours loin de moi. Je ne suis pas prête de l'avoir greffé à la main ! D'autant que je me suis rendu compte que dès qu'il est utilisé pour appeler, mais aussi pour enregistrer son message vocal, ou lorsque l'on est appelé, on consomme des minutes. Je comprends mieux les 240 minutes du forfait...

vendredi 5 avril 2013

allons enfants de la patrie...


Samedi 14 juillet : allons enfants de la patrie...

Samedi matin : premiers petits ajustements à notre nouvelle vie : acheter l'indispensable téléphone portable qui nous permet de rester relier. Rien à moins de 240 minutes, mais pour appeler qui ? Je ne connais pour ainsi dire personne ici. J'avais déjà du mal à consommer mes deux heures locales en France ! Il nous faudra aussi un BBQ de compétition, histoire d'épater les copains à notre retour, et aussi d'une tondeuse, ça c'est pour faire comme les voisins. La télé quant à elle est déjà achetée et elle est encore plus grande que la nôtre de France, mais plus petite que le standard américain. La folie des grandeurs va-t-elle nous gagner ? La télé est grande mais nous ne recevons pas encore les chaînes. C'est pourquoi, en attendant, elle trône dans le salon telle une œuvre d'art en attente de reconnaissance.

En passant dans notre lotissement (neighborhood), je remarque des drapeaux américains accrochés à quelques maisons : la fierté de la nation ! Serons-nous aussi fières de notre grande nation ce soir à l'ambassade ?
Les maisons sont construites soit en bois , soit en brique, soit mixtes. Elles sont plutôt grandes et dans l'ensemble, bien entretenues. Comment font-ils ? car en France, les maisons en bois se dégradent souvent très vite et après quelques bourrasques de pluie, il ne reste plus de la majesté du bois, que son enveloppe vieillissante. Ce n'est tout de même pas de l’aggloméré ?

Sur la route 70 : descente vers Washington. J'observe les panneaux, à défaut d'autres distractions. En effet, pour rompre la monotonie de la route et pour agrémenter le voyage, les Américains installent des décorations artificielles sur le bord de la route. Ce sont des panneaux qui à chaque intersection, renseignent sur ce qui peut se consommer : nourriture (food), logement (lodging), essence (gas), attractions. Il y a aussi des panneaux qui indiquent que l'autoroute est subventionnée par : les dividus cigars ou que la patrouille d'urgence l'est par : state farm, len the plomber (attention aux faux-amis : state farm n'est pas une ferme d'état mais une compagnie d'assurance). Le summum du règne de l'argent serait que les autoroutes soient subventionnées par une bière locale ! Et bien c'est fait. J'ai en effet trouvé, plus tard dans le séjour, une pancarte indiquant que l'autoroute 70 était subventionnée par Francklin Liquor qui est bien un magasin d'alcool...
Sur la route, nous rencontrons beaucoup de travaux. Serait-ce le temps des moissons ? En France, c'est souvent au début de l'été. N'avez vous pas déjà remarqué que début juin, nos routes se couvrent de nouveaux revêtements, s'ornent de nouvelles couleurs, se façonnent de mille façons. Ici, il est grand temps de faire quelque chose car les routes sont en plutôt mauvais état, mais il est vrai qu'elles ne sont pas payantes, elles sont seulement subventionnées ! Heureusement, le confort de la voiture amortit les chocs. Il y a aussi beaucoup de bouts de pneus déchirés qui errent sur le bord de la route. Comment peut-on perdre de tels bouts de pneus ? Il y en a qui perdent les pédales, d'autres ce sont les pneus.
Arrivée vers l'ambassade à 18h20. Heureusement que Tom Tom nous indique que nous sommes près de la destination car rien ne laisse transparaître qu'ici, c'est la ville. Les environs boisés font plus penser à un grand parc qu'à une avenue fleurie d'ambassades. On vient de croiser celle de l'Allemagne.

Une demi-heure de queue avant d'entrer, cela doit valoir la peine! Avant de traverser la route, une délégation du Congo nous accueille au bruit des tambours et des portes-voix pour nous dire que la la politique de la France dans leur pays est pire que celle des Nazis. Vive la fête nationale et l'entrain pour la nation... le jour de gloire n'est pas encore arrivé !

Entrée dans l'ambassade : entre grandeur et décadence. C'est la première fois que je vais dans une ambassade française, ou même un consulat. J'étais déjà allée à l'ambassade Américaine à Paris pour le visa, mais jamais dans un petit bout de France à l'étranger. Voilà qui est fait. Les tenues de soirée sont de sortie, le champagne et le foie gras s'imposent, la musique rappelle la douce et lointaine France... mais très vite la moiteur ambiante nous submerge et fait couler le maquillage, les enfants se baignent dans la fontaine, il faut jouer des coudes pour se servir au buffet : pas de doute, on est bien en France. Je ne suis pas sûre que je renouvelle l'expérience. Je préfère de loin célébrer notre chère nation sur une via ferrata en montagne, ou sur un rafting en eaux vives ou encore... tout simplement chez moi aux USA. Vive la république !!!