J - 3 mois : la pré-visite.
L'entreprise de Kris a prévu un
voyage pour Flore et moi, afin de faire le choix d'une maison. Ce
sera nos vacances de printemps. Kris s 'est renseigné sur
l'école publique pour Flore, ce qui suppose que nous trouvions une
maison dans un quartier qui dépend de cette école. Nous n'en aurons
que deux à visiter. C'est parfait, je n'ai pas envie de passer tout
mon temps à visiter des maisons.
L'aller sur Hagerstown : le
surbooking, entre perte et récompense. Nous sommes arrivées un peu juste à l'aéroport, apparemment, ils ont déjà donné nos places à d'autres (nous sommes quand même arrivées plus d'une heure en avance, pour un vol Européen, puisque nous nous arrêtons d'abord à Londres). Nous allons perdre 19 heures
de vie aux US, dont 12h de nuit, mais nous allons être indemnisées
à hauteur de la perte. Et cela fait une plutôt belle somme. Je
crois que je ne voyagerai plus qu'en surbooking ! La dame a
simplement oublié de nous dire qu'il fallait dépenser cette fortune
en 2 semaines. Je ne suis pas sûre de savoir faire. Mais si un
surbooking se renouvelle, j'apprendrai...
London
by night. Comme nous sommes
obligées de prendre un autre vol, nous choisirons l'option de dormir
à Londres pour partir plutôt le lendemain. Nous aurons alors la
chance de visiter Londres de nuit. Départ d'Heathrow 21 heures, bus
n° H 54, premier arrêt à l’hôtel Holiday Inn Heathrow, puis à
l’hôtel The Park Inn Heathrow, puis à l’hôtel Sheraton
Heathrow Marriott, et enfin notre hôtel Renaissance Heathrow. Cette
visite nous a complètement lessivées : ne pas louper l'arrêt,
ne pas louper l'arrêt, ne pas louper l'arrêt... Le temps est gris et
pluvieux (nous sommes bien à Londres !), il est difficile de bien distinguer les hôtels. Notre nuit
à Londres sera courte, le bus le lendemain passe à 7h30. L'hôtel
est très confortable, la nourriture très anglaise...
Nous sommes invités plusieurs
soirs chez des collègues français expatriés. Une habitation
d'expat présente souvent l'image d'un rétrécissement ou d'un
élargissement : c'est le château d'un noble désargenté ou la
maison des 7 nains sauf qu'ils sont 15. On garde les meubles que l'on
avait d'une autre maison, mais on achète peu de choses nouvelles
car le retour annoncé laisse en suspend des questions sur
l'adaptation de ce nouveau mobilier dans le pays d'origine (ne serait-ce que tout ce qui est électrique). Et puis, la taille des maisons entre la France et les USA n'est pas la même. Lorsque l'on déménage dans une
maison à soi, on va avoir à cœur de s'installer dans cette
nouvelle maison, soit en débarrassant les choses en trop, trop
grandes, soit en récupérant des meubles nouveaux plus adaptés au
nouveau logement. Là le logement est de transit, il faut l'habiter
sans l'investir totalement (au risque de beaucoup de frais pour un
temps court). J'imagine notre nouvelle demeure aux riches accents Américains, devoir se travestir de parures exotiques (pour les Américains, l'Europe et en particulier la France est teintée de
couleurs exotiques). Mais ce qui compte ces soirs-là, c'est de se
sentir accueillis, attendus, même si pour certains, notre arrivée
signera leur propre retour en France. La meilleure communion est
celle qui se partage entre frères d'armes !
Nous serons aussi invités par un
collègue américain. Nous mangerons à table, avec du vin. Le repas
sera constitué d'un plat principal avec une salade et d'un dessert.
C'est très agréable mais il nous faut aussi nous familiariser avec
les codes sociaux à table. Les enfants mangent dans la cuisine et
sont servis en premier. Pour nous, petite prière de remerciement avant de commencer le repas. On se sert spontanément. Il nous a été
difficile de savoir si cela pouvait faire plaisir que nous
participions au rangement de la table. Les codes sociaux sont de
vrais challenges : ils créent une communion entre ceux qui les
partagent, mais peuvent laisser extrêmement perplexes ceux qui ne les
connaissent pas.
Aux États Unis tout est plus
grand : les espaces, les miles, les jours de travail, les
Fahrenheit, les voitures, les yards, les maisons... et les Américains. Il y a
peut-être une corrélation entre la taille des gens d'ici et les
tailles utilisées autour d'eux. En tout cas, il y a une constante :
c'est au supermarché que la taille des Américains est la plus
impressionnante. A croire que le simple fait de fréquenter les
magasins à un effet sur le poids. Je vais peut-être m'abstenir !
Il y a en effet un phénomène très étrange, plus on fait des
courses, plus on a des choses à acheter. Ils sont très forts pour
mettre à porter de regard tout ce que vous avez oublié avant. En
France, nous sommes des petits joueurs dans ce domaine. En tout état
de cause, l'obésité touche ici plus du tiers de la population et
dans un certain nombre de cas, cette obésité me semble vraiment
morbide tant chez les hommes que chez les femmes. Et là encore en
Europe, nous sommes des petits joueurs. 18 ans plus tôt, il était
déjà beaucoup question d'obésité et je me souviens qu'à mon
retour en France, les Français s'inquiétaient de voir débarquer ce
phénomène chez eux. Il est vrai que la France et l'Europe
aujourd'hui sont touchés mais pas de cette ampleur. Les pays
occidentaux vont mourir de leur hygiène de vie...
La circulation : un fait est
établi aux USA, à part à NYC, vous devez avoir une voiture, un vélo
ne suffit pas. Mais les voitures et la circulation ici supposent
quelques ajustements. Je garde mon pied gauche en alerte, alors que
je n'ai pas de pédale à lui donner, vitesses automatiques obligent.
J'ai parfois l'impression que mon pied gauche hésite entre
s'accrocher à ce qu'il connaît de sa vie bien remplie et accepter
ses nouvelles conditions de vie plutôt oisives. L'avenir montrera
qu'il aura réussi à s'adapter pour profiter de ce temps libre. Par
contre, mon esprit est en alerte, il y a de nouvelles règles de
conduite (je les avais déjà expérimentées surtout à San Diego,
mais les retrouver n'a pas été si naturel, encore un coup de
Pavlov). En ce qui concerne la vie sur les routes, je retiendrais
surtout qu'il est possible de tourner à droite au feu rouge lorsque
la voie est dégagée, il faut accélérer à l'orange (tous les Américains ne sont pas d'accord sur cette règle), beaucoup de
panneaux d'avertissement (travaux, école...) sont fluorescents, il
est souvent rappelé les risques encourus en cas de non-respect des
règles (punition, chantage et conséquences catastrophiques sont les
trois reines en la matière), la sirène des ambulances vous fait
perdre de quelques degrés votre acuité auditive à chacun de leur
passage. La loi du premier arrivé sur la route, premier servi semble
valable. Depuis, heureusement, j'ai trouvé de généreux Américains
pour me laisser passer à un carrefour particulièrement chargé :
je leur rends grâce aujourd'hui.
Les
Amish : nous vivons à côté d'un état qui en compte
beaucoup : la Pennsylvanie. Hagerstown est une ville construite
à un carrefour : de chemin de fer (pour trouver une maison loin
d'un chemin de fer c'est impossible) ; de plusieurs états :
situé dans le Maryland (ne pas prononcer marine-land, cela ne fait pas sérieux), elle est au bord de la Pennsylvanie, de la Virginie et
de la Virginie-Occidentale ; et de routes : bordée par
l'interstate
81 (de la frontière Canadienne à l'état du Tennessee) et de
l'interstate
70 (du Maryland jusqu'à l'Utah). Nous allons donc alors avoir les
Amish comme voisins. Les Amish
sont une communauté religieuse, vivant de façon simple et à
l’écart de la société moderne (pas d'électricité, ni de
voiture à moteur pour les plus puristes). Le plus souvent agriculteurs, on trouve beaucoup
de leurs produits à Hagerstown. J'espère
au moins que leurs produits sont bio. Quitte à refuser le progrès,
j'espère qu'ils refusent les engrais et autres pesticides. Cela a du
bon de refuser certains aspects de la modernité, je ne suis pour
autant pas sur de vouloir me fondre à leur mode de vie!
Nous sommes au mois d'avril et le
temps est contrasté. Mercredi -3 au réveil, dimanche +28. Petit
calcul mental : quel est le différentiel de température en
moins de 4 jours ? Cela explique peut-être la réactivité des
américains, aux différentes circonstances de la vie : il faut
toujours porter un maillot de bain sous sa polaire !
| Aquarium de Baltimore |
| Washington DC |
Le retour en France : retient
la nuit. Départ 18 h, arrivée 6h du matin à Londres, et midi à la
maison. Nous retrouvons la classe éco, et la nuit dans un avion n'a
rien de reposant. Chaque fois que je m'endors, ma tête bascule et
je me réveille en sursaut de peur de tomber sur l'épaule du
voisin ; lorsque je décide de changer de place avec Flore, qui
elle au moins peut s'allonger sur mes jambes ce qui me laisse le
hublot pour reposer ma tête, le sommeil a décidé d'émigrer vers
d'autres horizons et je ne peux que regarder un film à la TV pour
passer le temps. A Londres, il faut être en alerte pour le
changement d'avion. Le vol pour Lyon dure trop peu de temps pour
pouvoir dormir. Arrivée à la maison, je ne peux que rêver d'un bon
lit, ce n'est plus de mon âge les nuits blanches ! Pour ne pas trop nourrir le décalage horaire, je demande à
Flore de me réveiller à 14 h. Ces deux heures de sommeil répareront
partiellement les dégâts de la nuit précédente, mais le décalage
horaire aura quand même été le plus fort : il sera difficile
de s'endormir avant 3 h du matin, les deux nuits suivantes.
A
peine arrivée, je suis contactée par deux entreprises de
déménagement pour faire un devis. Je suis précipitée dans le
magma de la lave en fusion ! C'est le top départ de l'organisation
pré-départ. Tout sera emballé par les soins des déménageurs, il
ne faut rien emballer nous-même au risque de ne pas être couvert
par les assurances. Mais c'est parfait pour moi ! Par contre, il ne faut
pas prendre les bouteilles de vin, les armes, de la nourriture, les
produits d'entretien et produits toxiques, les animaux domestiques,
et tout ce qui est susceptible d'apporter des germs sur
le territoire américain. Ils sont plutôt prudents aux USA ! Il
va donc falloir trier et ne laisser aux déménageurs que ce qui peut
se transporter. Que va-t-on faire de la cave à vins ? On a une
sarbacane rapportée de Malaisie, ça compte comme arme ? Je
vais tenter de faire le tri, mais quelques produits illicites
échapperont à ma vigilance et resteront tout de même. Les
déménageurs ne feront pas le tri et ils passeront la frontière :
le foin pour Lapinette, le cirage à chaussures, l'engrais… si
j'avais su, j'aurai moins pris de précaution.
