Semaine 3 : séjour au Québec. Vacances chez les
cousins... (première partie)
Nous allons commencer notre séjour par New York City, qui se trouve sur notre chemin en direction de la région de Québec.
New York City l'été ressemble à une fourmilière, entre les rues étroites
enlacées d'immeubles à perte de vue en hauteur, on a l'impression
d'être compressé. La hauteur des immeubles nous fait oublier la
couleur du ciel. Mais la ville reste à l'image de mon souvenir, tout
est gigantesque, du matériel aux sensations. Je pense que vis-à-vis
de NYC, les sentiments ne peuvent qu'être contrastés : on
adore ou on déteste. En ce qui me concerne, j'adore. J'aime ce
tumulte, j'aime ces odeurs, j'aime cette ambiance. Times
square le soir est un
déluge de lumières, la statue de la liberté ou central parc sont
des havres de paix, les spectacles sont grandioses (merci pour la
billetterie moitié moins chère le jour même, nous avons pu ainsi
doubler notre plaisir). Tout de suite, je retrouve mes repères, les
rues sont organisées comme un tissage : il y a les fils qui
soutiennent la structure et lui donne sa force (5ème avenue, 7ème,
8ème) et les fils qui croisent et qui donnent au tissage final toute
sa richesse esthétique (42ème rue, 51ème rue...). Il n'y a bien
que broadway avenue
qui dérange cette harmonie par son tissage décalé. Le destin nous
aura fait arriver
précisément à ground 0 en sortant de notre métro pour aller à la
statue de la liberté. Je me souviens : la première bombe en
1993, les tours dévastées en 2001, la reconstruction de deux
nouvelles tours aura pris
10 ans. 10 ans pour se reconstruire !
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| une des deux nouvelles tours à ground 0 |
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| Quebec city, les canons face au St Laurent |
Après NYC la tumultueuse, Québec City la savoureuse.
Nous n'avons pas souhaité nous arrêter à Montréal pour que le
contraste soit encore plus saisissant. Montréal ressemble plus aux
villes américaines, elle est mixte entre les anglophones et les
francophones et nous avions besoin d'un endroit plus
familier. Québec, dans ce sens nous permet de retrouver les
accents de notre pays, l'environnement de notre continent.
Nous ne sommes pas encore complètement américanisés ! La ville
paraît humaine, chaleureuse, elle a la saveur de nos racines.
Ce qu'il y a de bien avec la famille, c'est qu'ils nous
réservent toujours ce qu'il y a de meilleur. L'été qui se cessait
de nous bouder, a été réservé juste pour nous, par les cousins. En
effet, en arrivant au Québec, on apprendra
qu'il n'a pas plût
depuis plus de trois semaines, et il fera chaud tout au long de notre
voyage. J'ai de la peine à imaginer comment ce pays si
lumineux, si chaud, aux couleurs verdoyantes en été peut se
retrouver complètement enfui sous la neige. Du désert vert à
l'enfer blanc il n'y a qu'une saison, et encore bien courte. Il nous
faudra revenir pendant l'hiver ! Dans la région boréale, la
température peut varier de + 40° en été à - 40° en hiver.
Comment s'adapter pour survivre ?
La couleur des toits et des maisons peut prendre toutes
les nuances du panel de couleurs : bleu ciel, foncé, bleu
turquoise, rouge, noir, orange, vert, mais le plus souvent marron
foncé ou clair. Ces points de couleur apparaissent comme un champ de
fleurs sauvages : un peu de couleurs dans beaucoup de vert. Tout
au long de notre route (des États Unis au Québec), les arbres sont
à perte de vue, même s'ils varient un peu d'une région à l'autre.
Si les gens d'ici pensent que la végétation abondante va
complètement compenser les rejets de CO2 dans l'atmosphère, c'est
un peu rapide comme calcul. Ce qui est intéressant à noter, c'est
que les villes gigantesques de la côte Est sont en fait concentrées
sur des bouts de terre finalement pas si grands que cela au regard de
l'immensité du territoire. Alors que nous voyageons le long d'une
des parties du continent très peuplée, nous avons l'impression de
toujours rester en pleine nature.
L'arrivée au Québec se caractérise par une eau du
robinet sans goût de javel, de voitures moins grandes, plus dans le
standard Européen la capote en moins, le clim et les limitations de
vitesse plus bases : 100 km/h sur autoroute et la clim
supportable. Et bien sur, le Français compris et parlé partout. Par
contre pour nous, comprendre le français parlé au Québec est un
vrai challenge : cela nous demande presque autant d'énergie que
pour comprendre l'anglais. Entre leurs mots bien à eux et leur
accent très prononcé, il est parfois hasardeux de se comprendre. Je
me vois redemander plusieurs fois ce qu'ils veulent dire. Pourtant,
avant de partir, j'avais pris des cours de Québécois avec un
conteur du Québec : Fred Pellerin. Au cours de ses spectacles (le
plaisir étant tel, je suis allée le voir deux fois), il joue avec
les mots, avec son accent et nous raconte les plus divins des contes
pour adultes à partir des légendes de son village St Elix de
Caxton. Mais en parlant de lui ici autour de moi (il est très connu
au Québec), les gens m'ont dit qu'il inventait des mots que même
eux n'utilisaient pas : comment voulez-vous que je m'y
retrouve ?
Première leçon de québécois : le vocabulaire. A
l'aide de votre dictionnaire bilingue, retrouver le sens des mots
ci-dessous :
Concernant
les voitures, elles sont en effet plus petites que leurs
consœurs américaines, alors qu'on imagine facilement que pour
rouler dans la neige, ou pour transporter le bois de chauffage, les
pickups
seraient bien utiles. Comment faire avec des voitures de taille
européenne, comme ces mustangs décapotables que l'on voit très
souvent ? Je me laisse abuser par mes clichés, sans doute ! En
tout cas, leurs voitures leur permettent de pleinement profiter du
soleil de l'été, à défaut de les utiliser l'hiver... Une petite
smart en voie d'extinction (ou en voie de non-apparition)
a été aperçue perdue sur l’autoroute 40 entre Montréal et
Québec. N'hésitez pas à lui faire signe à la prochaine rencontre
car c'est extrêmement rare, même ici.
Il
y a beaucoup de voitures, mais aussi des tracteurs et autres
véhicules mis en vente dans les bords des routes, à l'entrée des
maisons. C'est ce que nous aurions dû
faire pour vendre la twingo, mais vu que notre front
yard est fermé et que nous
habitons dans une impasse, je ne suis pas sûre du résultat.
Les routes ne sont pas en meilleur état qu'aux
États-Unis, et il y a beaucoup de travaux notamment sur les routes
secondaires qui peuvent être complètement coupées et déviées
dans des méandres qui n'apparaissent même pas sur le GPS. Notre
temps étant compté vu le nombre de km à parcourir, nous avions
prévu de prendre une route secondaire plus directe pour nous rendre
au village des bûcherons. Ne jamais se laisser tenter par les
petites routes campagnardes au profil alléchant, elles cachent
souvent une déviation perverse. Et comme une déviation peut en
cacher une autre, on n'est pas à l’abri de faire plusieurs fois le
tour sans trouver la sortie (sauf par la route principale). Nous
n'irons pas au village des bûcherons... JJ. Rousseau en son temps
écrivait : « oserai-je exprimer ici la plus grande, la
plus importante, la plus utile règle de toute éducation ? Ce
n'est pas de gagner du temps, c'est d'en perdre ». Merci les
cousins pour cette leçon d'éducation...
Petite expérience inoubliable : demander la route
à votre logeuse d'un soir dans un « couette et café »,
assistée de son aide de chambre : entre les panneaux qui ne se
voient plus, les routes en travaux et les meilleures routes à
prendre selon chacune d'elles, bien sur en désaccord, et qui se
mettent en plus à parler dans la langue du pays, je vous prédis un
grand moment de solitude que vous serez rendre savoureux en ne
cherchant tout simplement pas à comprendre.
Il y a beaucoup de panneaux qui indiquent la traversée
de la route par des animaux, il ne faut pas oublier que la nature
sauvage à encore quelques droits. Ces panneaux sont à prendre au
sérieux : les animaux ne sont pas que des dessins sur des
panneaux, il nous a été donné de voir deux bambis sur le bord de
la route qui avaient fait les frais de la puissance des moteurs.
Heureusement pour eux, les animaux ont sans doute compris par
expérience, qu'une route à traverser est synonyme de danger. En
tout cas, je n'ai pu apercevoir furtivement qu'une seule biche (vivante) de
tout notre voyage, et ce n'est pas faute d'avoir regardé...
Automobilistes, soyez vigilants, une biche sur un panneau peut
vraiment en cacher une autre.
Les distances plus longues font changer la perspective
du temps vécu : le « On est bientôt arrivé ?»,
peut se révéler une question piège ; le « on arrive
dans pas longtemps » prend un sens ambigu et énigmatique. Il
n'y a personne dans ce bas monde pour inventer une machine sérieuse,
peu consommatrice d'énergie non renouvelable, qui pourrait nous
transporter d'un bout à l'autre des continents en 5 minutes (et si
possible en nous retrouvant en un seul morceau) ?
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| une baleine par temps d'orage |
Il est toujours décevant de ne pas avoir la chance de
voir ce que la nature nous réserve de meilleur alors que l'on se
trouve en son centre. C'est toujours les autres qui ont pu voir la
baleine nager juste à côté d'eux, faire des sauts toujours plus
haut, le caribou sortir de la forêt, l'ours noir venir farfouiller
dans leur poubelle... Nous n'avons vu que les animaux dans le zoo ou
les baleines de loin. Les autres avaient-ils payés plus cher pour le
spectacle de marine land ? De même, lorsque l'on croise un
Autochtone, il y a toujours mieux à faire que les attrapes touristes
de nos guides. C'est ainsi que nous avons appris l’existence d'un
zoo ou les animaux avaient été élevés dans le zoo même et qui se
laissaient approcher et caresser ; mais nous étions déjà trop
loin ; il y a un camping sur le St Laurent où les baleines
viennent déjeuner le matin ; mais nous n'avons pas notre
matériel de camping... C'est frustrant, d'autant que nous ne sommes
pas prêts de revenir.
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| des ours bruns au Zoo de St Felicien, région Nord de Québec |
En comparaison avec le Québec ou les États-unis, pays
aux riches accents sauvages, la France est un pays domestiqué.
Qu'est devenu notre fibre de liberté ? En tout cas, la nature
en France n'a de sauvage que le lointain souvenir, tandis qu'ici la
dimension sauvage reste très palpable (nos mollets et bras dénudés
en font la dangereuse expérience). Me reviens en mémoire la
difficile réintroduction de l'ours en France ; ici, l'ours est
un frère et les caribous, des parents pas si éloignés. Nous avons
notre truc pour gérer la rencontre avec un
ours noir : ils sont opportunistes (ça me rappelle quelqu'un !)
c'est pourquoi, on les retrouve souvent devant les poubelles. Il ne
faut ni courir, ni nager , ni grimper à un arbre car ils sont bien
meilleurs que nous dans chacun de ces sports (je comprends mieux les
médailles américaines aux jeux olympiques, il doit y avoir un lien
de parenté). Du coup, il ne reste pas beaucoup d'options. Alors, j'en
ai une pour vous ; préparer un sandwich, si possible pas très
bon pour n'avoir aucun regret à la dernière minute, et en cas de
rencontre avec un ours, donner lui le sandwich, puis faites mine
d'avoir autre chose à faire.
Les noms des villages sont souvent savoureux pour nous :
l'île aux fesses à Drummondville, grandes piles ou Grand Mère près
du parc de la Mauricie, Port Persil sur le St Laurent... Si j'avais
trouvé que les Américains manquaient d'imagination pour nommer
leurs villes, ici les noms sont sources d'inspiration. Aux USA,
souvent les mêmes noms reviennent plusieurs fois, un État et une
ville peuvent porter le même nom ce qui nécessite toujours de
préciser de quoi vous parlez ; si vous dites Washington, les
Américains penseront à l’État qui se trouve sur le nord de la côte
ouest ; ils nous empruntent même le nom de nos villes :
Montpelier, Versailles, Paris, Marseille, St Petersbrougs,
Francfort... Amusez-vous à les retrouver sur la carte, ces villes
existent vraiment. J'aimerais savoir comment ils les prononcent ! Mais
bien sur, la population des États-Unis et celle du Canada n'est pas
comparable (314 millions pour la première et 34 500 00 pour la
deuxième, en 2011) et il faut bien trouver un nom pour chaque
endroit.
Les églises semblent vouloir rejoindre le ciel avec un
clocher fin, très pointu, il est aussi argenté (aux États-Unis il
est aussi très pointu mais blanc). C'est sans doute pour se
rapprocher de l'haut delà ; mais sans doute aussi que c'est un
mélange de flèches indiennes autochtones et de religion européenne
incrustée : vive la mixité ! (pour ne vexer personne, je
rappelle que mon interprétation de la réalité est issue de mon
imagination et n'a souvent rien à voir avec une vérité absolue).
Les
tips restent la règle au
Québec, et cela reste notre cauchemar. Nous, les Européens
et les Français
en particulier, nous passons vraiment pour des radins, impolis et peu
reconnaissants des efforts fournis. Alors qu'il s'agit simplement de
deux modes de pensée et d'organisation de la société. Le principe
est simple : tout service doit être accompagné d'un tip,
mais la valeur change selon la qualité du service ou la prestation
(au restaurant
on donne plus que pour la personne chargée du ménage dans la
chambre d'hôtel). Il faut aussi garder en tête un autre principe :
toujours avoir l'indispensable monnaie pour le pourboire. Lorsque
l'on demande aux Autochtones
comment fonctionnent les tips,
invariablement ils vous disent que l'on n'ait
pas obligé de donner et que cela dépend vraiment de la qualité du
service. Merci pour la précision, maintenant, combien on donne ???
J'ai appris, depuis, qu'il
existe une application pour calculer le montant des tips. Mais
entre-temps, nous nous serons familiarisés avec le principe, et nous
n'en aurons pas besoin. En même temps si une application est
nécessaire pour cela, il vaut mieux tout de suite afficher le
montant...
Pavlov
en son temps avait bien démontré que les réflexes conditionnés
étaient très puissants. Je ne savais pas que j'allais un jour,
jouer son chien ! Les tips,
les codes, le langage : quand on me dit bonjour pour me
souhaiter une bonne journée et me dire au revoir, j'ai toujours un
effet de surprise : pourquoi elle me dit bonjour, nous
nous sommes vus
il y a 5 minutes ? J'ai été tellement nourri aux règles
d'usage, que dès que celles-ci changent, je perds mes réflexes de
base. Le conditionnement peut être une des explications des
difficultés insurmontables pour se comprendre d'une nation à une
autre, et de l'incompréhension au jugement, le pas n'est pas souvent
très grand. D'autant que le conditionnement peut être extrêmement
puissant : Pavlov avait réussi à faire saliver un chien au
bruit d'une sonnette ; et
bien, chaque culture réussit
à faire vivre très mal une entorse à ses règles, qui en plus sont
souvent implicites, tellement encrées en soi qu'on pense qu'elles
sont naturelles. C'est au moment de quitter sa peau culturelle que
l'on se rend compte qu'elle n'est en fait qu'une surface bien lisse.
 |
| tapisserie de la vie quotidienne chez les hurons |
Les hurons : les Indiens ici sont appelés
Autochtones. Alors qu'est-ce que je suis moi par rapport à Québécois, que j'ai l'habitude d'appeler autochtones ? Un
extraterrestre ? Pour les gens d'ici, nous venons du vieux pays,
en rapport avec le nouveau monde. Faut-il voir une connotation
particulière pour le mot "vieux" ? Pour quelqu'un qui est en
train d'amorcer son virage du milieu de la vie, la notion de vieux
peut avoir un sens un peu ambigu (« cacher ses cheveux blancs
et ces rides que je ne serais voir »). Mais en fait, je suis
très fière de mon vieux pays, d'abord parce que c'est lui qui est
vieux et pas moi, et ensuite parce que en sa qualité de vieux il est
chargé d'histoire fascinante. L'histoire des Amérindiens n'est en
rien moins fascinante, mais les traces laissées par leurs ancêtres
sont moins conservées, d'abord par les effets du temps, mais aussi
par les effets d'une mémoire collective un peu sélective. Nous
avons eu la chance de visiter ce village, qui m'a semblé assez bien
retracer une partie de l'histoire de cette nation. Les Québécois ne
sont pas en reste pour nous parler de leur histoire à travers un
village reconstitué : le village d'antan à Drummondville.
Village de la fin du 18ème siècle, début 19ème, l’échelle du
temps est quelque peu distendue. La machine à remonter le temps a
connu quelques faiblesses... (voir nos propres remontées du temps en France!)
Pour nous remettre de toutes nos aventures Québéquoises, nous pouvons toujours compter sur le fait de regarder les jeux olympiques à la télévision Canadienne (Juillet 2012, jeux de la XXXème Olympiade de l'ère moderne). Mais cela présente un intérêt partiel et tout relatif pour nous. Je crois
qu'il est dit quelque part que les Français sont extrêmement
chauvins! Mais il est vrai que regarder en priorité les sports dans
lesquels les Canadiens gagnent des médailles peut parfois être un
peu frustrant car il n'y a pas toujours de Français en compétition,
et ma connaissance des sportifs Canadiens, il est vrai, est assez
limitée. A la télévision Américaine, il est un peu plus facile de
retrouver des Français, car l'invasion Américaine a bien eu lieu
sur ces jeux (première nation en matière de nombre de médailles).
J'ai donc pu voir le BMX, le basket féminin, la natation, le saut à
la perche... Le chauvinisme est bien partagé par les autres nations,
je peux vous assurer que l'enthousiasme pour les médailles des
sportifs Américains est bien là. Peut-être que nous sommes un peu
plus communicatifs sur nos émotions ou qu'elles sont plus fortes,
car... moins nombreuses !
diaporama des vacances chez les cousins (juillet 2012)