Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 31 mai 2013

Vacances chez les cousins (deuxième partie)

Vacances chez les cousins (deuxième partie)

Petite question amusante : comment reconnaît-on que l'on se rapproche de la frontière américaine en deux points ? Le goût de l'eau redevient chloré ; les magasins qui se répandent comme des lierres autour d'un arbre au point d'en asphyxier le centre. Pour ceux  qui avaient trouvé la réponse, si vous êtes Français : c'est pas mal mais peut mieux faire ; si vous êtes Américain : congratulation, you are so good, what a fantastic job !

Au passage de la frontière, je retiendrais deux phénomènes : le passage de la frontière américaine prend toujours plus de temps que le passage de la frontière canadienne (5 minutes pour l'un, trois quarts d'heure pour l'autre) ; et les pneus éclatés sur la chaussée sont plus nombreux. Nous avons même pu assister en direct à deux éclatements de pneus : l'un sur un camion ; il y a eu pour commencer comme un coup de fusil, puis une odeur de pneu brûlé et enfin des bouts de pneus éparpillés, le camion est resté assez équilibré car il pouvait sans doute tenir sur toutes ses autres roues ; l'autre sur une camionnette bien chargée. Là, le conducteur a bien rattrapé le véhicule qui commençait à vriller pour s'arrêter sur la bande d'arrêt d'urgence. Que ce serait-il passé s'il n'avait pu contrôler le véhicule, alors que nous étions derrière, heureusement à une distance respectable mais tout de même ? En 27 ans de conduite sur route, je n'avais jamais eu l'occasion d'assister à un tel spectacle : be prepared !
Depuis, j'ai demandé au mari de Julie (qui est camionneur) ce qui expliquait ce phénomène. Les pneus sont souvent rechapés car ils sont beaucoup moins chers. Il y a encore des zones d'ombre sur ma compréhension de ce pays : alors que vous pouvez être conduit en justice et devoir payer de très fortes amendes pour un problème survenu chez vous ou par votre faute, comment est ce possible qu'il n'y ait pas plus de précautions prises à cet endroit. En ce qui concerne votre responsabilité, elle est immense. Si vous êtes mal assuré, vous pouvez rencontrer de vrais problèmes, si le moindre incident vous implique. Julie, à ce sujet, m'explique que lorsqu'ils ont acheté leur trampoline, elle s'est assurée de faire signer un papier n'engageant pas sa responsabilité au père d'une enfant qui venait souvent jouer. Pauvre de nous...

Je ne me sens pas prête à retrouver les congélateurs américains, communément appelés magasins et maisons sous une clim d'enfer (pour moi, l'enfer est froid). Je crois que j'ai encore plus horreur de la clim trop froide que de la chaleur moite. Une bonne douche froide permet au moins de bénéficier des bienfaits de l'eau froide sur la peau, tandis que l'air conditionné n'a d'effet que sur la gorge qu'il enflamme. Comme je n'aime pas rester avec une question sans réponse (pourquoi ont-ils besoin de mettre la clim si froide?), j'ai tenté de trouver du sens, toujours très personnel. L'air conditionné à cette température permet d'éviter de transpirer et donc d'avoir sur soi des odeurs corporelles qui pourraient être un signe de négligence. Je crois qu'ici la question du regard de l'autre sur soi est fondatrice, pas seulement fondamentale mais fondatrice au sens des fondations. En la mettant aussi fort, on évite le jugement suprême de l'autre sur soi : toute odeur corporelle doit être bannie. Les Américains ont oublié l'origine de l'expression « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». En tout cas et selon mon principe, avec la moiteur ambiante, ici deux douches par jour plus un bain en piscine s'imposent.

En revenant sur le sol américain, nous avons souhaité faire une halte à Salem. Qu'est-ce que le nom de cette ville vous évoque ? Les sorcières de Salem. En 1692 (300 ans avant mon premier départ pour les États Unis !!!), s'est déroulé le procès des sorcières de Salem. C'est un épisode fameux de l'histoire coloniale des États-Unis qui entraîna la condamnation et l'exécution de personnes accusées de sorcellerie dans le Massachusetts. Cette situation est analysée comme découlant d'une période de luttes intestines et de paranoïa puritaine, associés à des inquiétudes concernant des attaques d'indiens voisins. Ce procès se soldera par l'exécution de vingt-cinq personnes et l'emprisonnement d'un bien plus grand nombre. Cette visite est un bon moyen de se souvenir que les jugements hâtifs basés sur des suspicions peu fondées, peuvent se révéler cruels. D'ailleurs, c'est le sens de leur message, et pour cela ils parlent de ce qui s'est passé pendant la Seconde Guerre Mondiale contre les Américains d'origine japonaise, ou pendant la chasse aux sorcières contre les communistes dans les années 50. Ils auraient pu aller plus loin en parlant de la guerre contre l'Irak basée sur la suspicion d'armes de destruction massive, mais peut-être que c'est encore trop tôt. En tout cas, ils ne manquent pas de rappeler fort justement, qu'à la même époque et depuis longtemps en Europe, l'inquisition à éliminer selon le même principe, beaucoup plus de monde. Tout est question de relativité...

Hartfort, Connecticut et... Cristal. Quel bonheur de se revoir, de retrouver les marques de notre ancienne friendship, mais aussi de se sentir comme chez soi. J'ai vraiment eu l'impression de la retrouver comme avant. Bien sûr quelques détails minimes ont changé : aujourd'hui, elle vit dans une grande maison qu'elle a achetée, elle est mariée, elle a quelques soucis de santé de personnes dans la quarantaine. Mais sinon, j'ai l'impression que notre amitié est toujours là, intacte, préservée. Elle aime communiquer et j'aime discuter avec elle. Tout est sujet d'intérêt entre nous. De plus, je la comprends parfaitement et j'ai aussi l'impression de pouvoir mieux m'exprimer. Est-ce que le niveau de langue est relatif à l'environnement ? Est-ce que mes inhibitions langagières sont tributaires du contexte ? Je vous en prie professeurs et parents français, apprenez à l'enfant le plaisir de communiquer avant de leur apprendre la manière de le faire.

vendredi 24 mai 2013

Séjour au Québec : vacances chez les cousins


Semaine 3 : séjour au Québec. Vacances chez les cousins... (première partie)

Nous allons commencer notre séjour par New York City, qui se trouve sur notre chemin en direction de la région de Québec.
New York City l'été ressemble à une fourmilière, entre les rues étroites enlacées d'immeubles à perte de vue en hauteur, on a l'impression d'être compressé. La hauteur des immeubles nous fait oublier la couleur du ciel. Mais la ville reste à l'image de mon souvenir, tout est gigantesque, du matériel aux sensations. Je pense que vis-à-vis de NYC, les sentiments ne peuvent qu'être contrastés : on adore ou on déteste. En ce qui me concerne, j'adore. J'aime ce tumulte, j'aime ces odeurs, j'aime cette ambiance. Times square le soir est un déluge de lumières, la statue de la liberté ou central parc sont des havres de paix, les spectacles sont grandioses (merci pour la billetterie moitié moins chère le jour même, nous avons pu ainsi doubler notre plaisir). Tout de suite, je retrouve mes repères, les rues sont organisées comme un tissage : il y a les fils qui soutiennent la structure et lui donne sa force (5ème avenue, 7ème, 8ème) et les fils qui croisent et qui donnent au tissage final toute sa richesse esthétique (42ème rue, 51ème rue...). Il n'y a bien que broadway avenue qui dérange cette harmonie par son tissage décalé. Le destin nous aura fait arriver précisément à ground 0 en sortant de notre métro pour aller à la statue de la liberté. Je me souviens : la première bombe en 1993, les tours dévastées en 2001, la reconstruction de deux nouvelles tours aura pris 10 ans. 10 ans pour se reconstruire !
une des deux nouvelles tours à ground 0


Quebec city, les canons face au St Laurent
Après NYC la tumultueuse, Québec City la savoureuse. Nous n'avons pas souhaité nous arrêter à Montréal pour que le contraste soit encore plus saisissant. Montréal ressemble plus aux villes américaines, elle est mixte entre les anglophones et les francophones et nous avions besoin d'un endroit plus familier. Québec, dans ce sens nous permet de retrouver les accents de notre pays, l'environnement de notre continent. Nous ne sommes pas encore complètement américanisés ! La ville paraît humaine, chaleureuse, elle a la saveur de nos racines.

Ce qu'il y a de bien avec la famille, c'est qu'ils nous réservent toujours ce qu'il y a de meilleur. L'été qui se cessait de nous bouder, a été réservé juste pour nous, par les cousins. En effet, en arrivant au Québec, on apprendra qu'il n'a pas plût depuis plus de trois semaines, et il fera chaud tout au long de notre voyage. J'ai de la peine à imaginer comment ce pays si lumineux, si chaud, aux couleurs verdoyantes en été peut se retrouver complètement enfui sous la neige. Du désert vert à l'enfer blanc il n'y a qu'une saison, et encore bien courte. Il nous faudra revenir pendant l'hiver ! Dans la région boréale, la température peut varier de + 40° en été à - 40° en hiver. Comment s'adapter pour survivre ?

La couleur des toits et des maisons peut prendre toutes les nuances du panel de couleurs : bleu ciel, foncé, bleu turquoise, rouge, noir, orange, vert, mais le plus souvent marron foncé ou clair. Ces points de couleur apparaissent comme un champ de fleurs sauvages : un peu de couleurs dans beaucoup de vert. Tout au long de notre route (des États Unis au Québec), les arbres sont à perte de vue, même s'ils varient un peu d'une région à l'autre. Si les gens d'ici pensent que la végétation abondante va complètement compenser les rejets de CO2 dans l'atmosphère, c'est un peu rapide comme calcul. Ce qui est intéressant à noter, c'est que les villes gigantesques de la côte Est sont en fait concentrées sur des bouts de terre finalement pas si grands que cela au regard de l'immensité du territoire. Alors que nous voyageons le long d'une des parties du continent très peuplée, nous avons l'impression de toujours rester en pleine nature.

L'arrivée au Québec se caractérise par une eau du robinet sans goût de javel, de voitures moins grandes, plus dans le standard Européen la capote en moins, le clim et les limitations de vitesse plus bases : 100 km/h sur autoroute et la clim supportable. Et bien sur, le Français compris et parlé partout. Par contre pour nous, comprendre le français parlé au Québec est un vrai challenge : cela nous demande presque autant d'énergie que pour comprendre l'anglais. Entre leurs mots bien à eux et leur accent très prononcé, il est parfois hasardeux de se comprendre. Je me vois redemander plusieurs fois ce qu'ils veulent dire. Pourtant, avant de partir, j'avais pris des cours de Québécois avec un conteur du Québec : Fred Pellerin. Au cours de ses spectacles (le plaisir étant tel, je suis allée le voir deux fois), il joue avec les mots, avec son accent et nous raconte les plus divins des contes pour adultes à partir des légendes de son village St Elix de Caxton. Mais en parlant de lui ici autour de moi (il est très connu au Québec), les gens m'ont dit qu'il inventait des mots que même eux n'utilisaient pas : comment voulez-vous que je m'y retrouve ?
Première leçon de québécois : le vocabulaire. A l'aide de votre dictionnaire bilingue, retrouver le sens des mots ci-dessous :
  • pssine
  • breuvage 
  • le bar laitier 
  • allo 
  • bonjour (attention aux faux amis)
  • Couette et café
Concernant les voitures, elles sont en effet plus petites que leurs consœurs américaines, alors qu'on imagine facilement que pour rouler dans la neige, ou pour transporter le bois de chauffage, les pickups seraient bien utiles. Comment faire avec des voitures de taille européenne, comme ces mustangs décapotables que l'on voit très souvent  ? Je me laisse abuser par mes clichés, sans doute ! En tout cas, leurs voitures leur permettent de pleinement profiter du soleil de l'été, à défaut de les utiliser l'hiver... Une petite smart en voie d'extinction (ou en voie de non-apparition) a été aperçue perdue sur l’autoroute 40 entre Montréal et Québec. N'hésitez pas à lui faire signe à la prochaine rencontre car c'est extrêmement rare, même ici.
Il y a beaucoup de voitures, mais aussi des tracteurs et autres véhicules mis en vente dans les bords des routes, à l'entrée des maisons. C'est ce que nous aurions dû faire pour vendre la twingo, mais vu que notre front yard est fermé et que nous habitons dans une impasse, je ne suis pas sûre du résultat.

Les routes ne sont pas en meilleur état qu'aux États-Unis, et il y a beaucoup de travaux notamment sur les routes secondaires qui peuvent être complètement coupées et déviées dans des méandres qui n'apparaissent même pas sur le GPS. Notre temps étant compté vu le nombre de km à parcourir, nous avions prévu de prendre une route secondaire plus directe pour nous rendre au village des bûcherons. Ne jamais se laisser tenter par les petites routes campagnardes au profil alléchant, elles cachent souvent une déviation perverse. Et comme une déviation peut en cacher une autre, on n'est pas à l’abri de faire plusieurs fois le tour sans trouver la sortie (sauf par la route principale). Nous n'irons pas au village des bûcherons... JJ. Rousseau en son temps écrivait : « oserai-je exprimer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute éducation ? Ce n'est pas de gagner du temps, c'est d'en perdre ». Merci les cousins pour cette leçon d'éducation...
Petite expérience inoubliable : demander la route à votre logeuse d'un soir dans un « couette et café », assistée de son aide de chambre : entre les panneaux qui ne se voient plus, les routes en travaux et les meilleures routes à prendre selon chacune d'elles, bien sur en désaccord, et qui se mettent en plus à parler dans la langue du pays, je vous prédis un grand moment de solitude que vous serez rendre savoureux en ne cherchant tout simplement pas à comprendre.

Il y a beaucoup de panneaux qui indiquent la traversée de la route par des animaux, il ne faut pas oublier que la nature sauvage à encore quelques droits. Ces panneaux sont à prendre au sérieux : les animaux ne sont pas que des dessins sur des panneaux, il nous a été donné de voir deux bambis sur le bord de la route qui avaient fait les frais de la puissance des moteurs. Heureusement pour eux, les animaux ont sans doute compris par expérience, qu'une route à traverser est synonyme de danger. En tout cas, je n'ai pu apercevoir furtivement qu'une seule biche (vivante) de tout notre voyage, et ce n'est pas faute d'avoir regardé... Automobilistes, soyez vigilants, une biche sur un panneau peut vraiment en cacher une autre.

Les distances plus longues font changer la perspective du temps vécu : le « On est bientôt arrivé ?», peut se révéler une question piège ; le « on arrive dans pas longtemps » prend un sens ambigu et énigmatique. Il n'y a personne dans ce bas monde pour inventer une machine sérieuse, peu consommatrice d'énergie non renouvelable, qui pourrait nous transporter d'un bout à l'autre des continents en 5 minutes (et si possible en nous retrouvant en un seul morceau) ?

une baleine par temps d'orage
Il est toujours décevant de ne pas avoir la chance de voir ce que la nature nous réserve de meilleur alors que l'on se trouve en son centre. C'est toujours les autres qui ont pu voir la baleine nager juste à côté d'eux, faire des sauts toujours plus haut, le caribou sortir de la forêt, l'ours noir venir farfouiller dans leur poubelle... Nous n'avons vu que les animaux dans le zoo ou les baleines de loin. Les autres avaient-ils payés plus cher pour le spectacle de marine land ? De même, lorsque l'on croise un Autochtone, il y a toujours mieux à faire que les attrapes touristes de nos guides. C'est ainsi que nous avons appris l’existence d'un zoo ou les animaux avaient été élevés dans le zoo même et qui se laissaient approcher et caresser ; mais nous étions déjà trop loin ; il y a un camping sur le St Laurent où les baleines viennent déjeuner le matin ; mais nous n'avons pas notre matériel de camping... C'est frustrant, d'autant que nous ne sommes pas prêts de revenir.

des ours bruns au Zoo de St Felicien, région Nord de Québec
En comparaison avec le Québec ou les États-unis, pays aux riches accents sauvages, la France est un pays domestiqué. Qu'est devenu notre fibre de liberté ? En tout cas, la nature en France n'a de sauvage que le lointain souvenir, tandis qu'ici la dimension sauvage reste très palpable (nos mollets et bras dénudés en font la dangereuse expérience). Me reviens en mémoire la difficile réintroduction de l'ours en France ; ici, l'ours est un frère et les caribous, des parents pas si éloignés. Nous avons notre truc pour gérer la rencontre avec un ours noir : ils sont opportunistes (ça me rappelle quelqu'un !) c'est pourquoi, on les retrouve souvent devant les poubelles. Il ne faut ni courir, ni nager , ni grimper à un arbre car ils sont bien meilleurs que nous dans chacun de ces sports (je comprends mieux les médailles américaines aux jeux olympiques, il doit y avoir un lien de parenté). Du coup, il ne reste pas beaucoup d'options. Alors, j'en ai une pour vous ; préparer un sandwich, si possible pas très bon pour n'avoir aucun regret à la dernière minute, et en cas de rencontre avec un ours, donner lui le sandwich, puis faites mine d'avoir autre chose à faire.

Les noms des villages sont souvent savoureux pour nous : l'île aux fesses à Drummondville, grandes piles ou Grand Mère près du parc de la Mauricie, Port Persil sur le St Laurent... Si j'avais trouvé que les Américains manquaient d'imagination pour nommer leurs villes, ici les noms sont sources d'inspiration. Aux USA, souvent les mêmes noms reviennent plusieurs fois, un État et une ville peuvent porter le même nom ce qui nécessite toujours de préciser de quoi vous parlez ; si vous dites Washington, les Américains penseront à l’État qui se trouve sur le nord de la côte ouest ; ils nous empruntent même le nom de nos villes : Montpelier, Versailles, Paris, Marseille, St Petersbrougs, Francfort... Amusez-vous à les retrouver sur la carte, ces villes existent vraiment. J'aimerais savoir comment ils les prononcent ! Mais bien sur, la population des États-Unis et celle du Canada n'est pas comparable (314 millions pour la première et 34 500 00 pour la deuxième, en 2011) et il faut bien trouver un nom pour chaque endroit.

Les églises semblent vouloir rejoindre le ciel avec un clocher fin, très pointu, il est aussi argenté (aux États-Unis il est aussi très pointu mais blanc). C'est sans doute pour se rapprocher de l'haut delà ; mais sans doute aussi que c'est un mélange de flèches indiennes autochtones et de religion européenne incrustée : vive la mixité ! (pour ne vexer personne, je rappelle que mon interprétation de la réalité est issue de mon imagination et n'a souvent rien à voir avec une vérité absolue).

Les tips restent la règle au Québec, et cela reste notre cauchemar. Nous, les Européens et les Français en particulier, nous passons vraiment pour des radins, impolis et peu reconnaissants des efforts fournis. Alors qu'il s'agit simplement de deux modes de pensée et d'organisation de la société. Le principe est simple : tout service doit être accompagné d'un tip, mais la valeur change selon la qualité du service ou la prestation (au restaurant on donne plus que pour la personne chargée du ménage dans la chambre d'hôtel). Il faut aussi garder en tête un autre principe : toujours avoir l'indispensable monnaie pour le pourboire. Lorsque l'on demande aux Autochtones comment fonctionnent les tips, invariablement ils vous disent que l'on n'ait pas obligé de donner et que cela dépend vraiment de la qualité du service. Merci pour la précision, maintenant, combien on donne ??? J'ai appris, depuis, qu'il existe une application pour calculer le montant des tips. Mais entre-temps, nous nous serons familiarisés avec le principe, et nous n'en aurons pas besoin. En même temps si une application est nécessaire pour cela, il vaut mieux tout de suite afficher le montant...

Pavlov en son temps avait bien démontré que les réflexes conditionnés étaient très puissants. Je ne savais pas que j'allais un jour, jouer son chien ! Les tips, les codes, le langage : quand on me dit bonjour pour me souhaiter une bonne journée et me dire au revoir, j'ai toujours un effet de surprise : pourquoi elle me dit bonjour, nous nous sommes vus il y a 5 minutes ? J'ai été tellement nourri aux règles d'usage, que dès que celles-ci changent, je perds mes réflexes de base. Le conditionnement peut être une des explications des difficultés insurmontables pour se comprendre d'une nation à une autre, et de l'incompréhension au jugement, le pas n'est pas souvent très grand. D'autant que le conditionnement peut être extrêmement puissant : Pavlov avait réussi à faire saliver un chien au bruit d'une sonnette ; et bien, chaque culture réussit à faire vivre très mal une entorse à ses règles, qui en plus sont souvent implicites, tellement encrées en soi qu'on pense qu'elles sont naturelles. C'est au moment de quitter sa peau culturelle que l'on se rend compte qu'elle n'est en fait qu'une surface bien lisse.

tapisserie de la vie quotidienne chez les hurons
Les hurons : les Indiens ici sont appelés Autochtones. Alors qu'est-ce que je suis moi par rapport à Québécois, que j'ai l'habitude d'appeler autochtones ? Un extraterrestre ? Pour les gens d'ici, nous venons du vieux pays, en rapport avec le nouveau monde. Faut-il voir une connotation particulière pour le mot "vieux" ? Pour quelqu'un qui est en train d'amorcer son virage du milieu de la vie, la notion de vieux peut avoir un sens un peu ambigu (« cacher ses cheveux blancs et ces rides que je ne serais voir »). Mais en fait, je suis très fière de mon vieux pays, d'abord parce que c'est lui qui est vieux et pas moi, et ensuite parce que en sa qualité de vieux il est chargé d'histoire fascinante. L'histoire des Amérindiens n'est en rien moins fascinante, mais les traces laissées par leurs ancêtres sont moins conservées, d'abord par les effets du temps, mais aussi par les effets d'une mémoire collective un peu sélective. Nous avons eu la chance de visiter ce village, qui m'a semblé assez bien retracer une partie de l'histoire de cette nation. Les Québécois ne sont pas en reste pour nous parler de leur histoire à travers un village reconstitué : le village d'antan à Drummondville. Village de la fin du 18ème siècle, début 19ème, l’échelle du temps est quelque peu distendue. La machine à remonter le temps a connu quelques faiblesses... (voir nos propres remontées du temps en France!)

Pour nous remettre de toutes nos aventures Québéquoises, nous pouvons toujours compter sur le fait de regarder les jeux olympiques à la télévision Canadienne (Juillet 2012, jeux de la XXXème Olympiade de l'ère moderne). Mais cela présente un intérêt partiel et tout relatif pour nous. Je crois qu'il est dit quelque part que les Français sont extrêmement chauvins! Mais il est vrai que regarder en priorité les sports dans lesquels les Canadiens gagnent des médailles peut parfois être un peu frustrant car il n'y a pas toujours de Français en compétition, et ma connaissance des sportifs Canadiens, il est vrai, est assez limitée. A la télévision Américaine, il est un peu plus facile de retrouver des Français, car l'invasion Américaine a bien eu lieu sur ces jeux (première nation en matière de nombre de médailles). J'ai donc pu voir le BMX, le basket féminin, la natation, le saut à la perche... Le chauvinisme est bien partagé par les autres nations, je peux vous assurer que l'enthousiasme pour les médailles des sportifs Américains est bien là. Peut-être que nous sommes un peu plus communicatifs sur nos émotions ou qu'elles sont plus fortes, car... moins nombreuses !

diaporama des vacances chez les cousins (juillet 2012)

vendredi 17 mai 2013

La première vague de départ : une déferlante


J - 6 mois : la première vague de départ, une déferlante.

Le 2 janvier : pas le temps de se remettre du réveillon, il faut s'engager vers un premier mouvement migratoire. C'est rare les mouvements migratoires en plein hiver, surtout pour partir vers une région où il fait aussi froid. Mais tel est notre destin. Les choses sont scellées, il va nous falloir apprendre à gérer l'absence, l'organisation respective chacun de son côté. En effet, Kris part en explorateur dès le 2 janvier, tandis que nous devrions le rejoindre en juillet. Heureusement, Skype est là pour nous rapprocher. Et c'est vrai, que cela rapproche. Je pense qu'avec Kris, nous ne sommes jamais autant parlés de suite qu'avec Skype. Il faut dire qu'il faut attendre le WE pour se connecter, à cause du décalage horaire. A l'heure de nous appeler, il est au travail et ce n'est pas possible sans doute pour des raisons de risque de piratage. Et quand il est rentré du travail, Morphée s'est déjà occupé de nous. Alors, il faut faire une liste de tout ce que l'on a à se dire. Car, au-delà de la dimension affective et des nouvelles de la semaine, il y a quelques détails à régler :
  1. comment on s'occupe de la piscine ?
  2. elle est où l'essence pour la tondeuse ?
  3. c'est quoi les documents qu'il nous faut pour le visa ?
  4. Est-ce que tu as appelé ta mère ?
  5. On part où en vacances cet été ?
  6. Pour la vente des voitures, on fait comment ?...
    Skype = le supermarché des longues distances. Mais, Kris aura l'occasion de revenir assez souvent finalement, puis nous irons le voir une fois. Nous ne sommes jamais restés plus de deux mois sans se voir, et encore qu'une seule fois. Les concours de circonstances font qu'il a été là pour les moments clefs de la préparation au départ : déménagement, emménagement des locataires, ce qui a été un énorme soulagement. En effet, même si j'ai réussi à gérer bon nombre de points qui m'étaient devenus étrangers à force de laisser l'autre faire, il y a des moments où compter sur quelqu'un, c'est comme une bouée de sauvetage dans une mer calme, mais immense : cela sauve du burn out.
La nouvelle organisation : le changement commence à la reprise de l'école après les vacances de Noël. Je vais être seule pour assurer les accompagnements de notre fille à l'école bilingue située à une demi-heure de chez nous. Lorsque j'aurai des réunions le soir, il faudra que je trouve des solutions pour la faire garder. Une babysitteur s'impose. Mais je sais que je peux aussi compter sur les amis qui l'accueillent très facilement, j'ai même parfois l'impression que ce n'est pas assez. Il est vrai que Flore est facile, surtout chez les autres. Elle s'adapte à tout, elle est sympa, polie, dégourdie. La seule chose que les amis redoutent, c'est qu'elle ne mange pas ce qui est mou. Et il est vrai que souvent, pour les enfants on pense à faire des choses molles : purée, soupe, compote, yaourts. Oublier tout cela, vive les pommes de terre sautées, les légumes non moulinés, les fruits frais, le fromage à la coupe. Ce n'est pas très compliqué, mais il faut y penser.
Finalement, je vais m'adapter moi aussi à cette nouvelle organisation. On a beaucoup de CD d'histoires à écouter dans la voiture et les révisions de l'école se font aussi là.

Nous allons avoir besoin de nouveaux passeports. Les nôtres sont encore valables mais pas pour toute la durée du séjour. Il nous donc les refaire. Le RDV est pris à la mairie la plus proche. Il faut être présentes toutes les deux au rendez-vous de demande et à celui de restitution. C'est que maintenant, nous sommes photographiées sous toutes les coutures. J'espère que les photos conviendront, c'est souvent à cause de la photo que l'on est recalé. Apparemment, elles passent. C'est tant mieux, car nous avons RDV à l'ambassade US pour les visas dans un mois. Il faut que nos passeports soient prêts d'ici là.
Pour les visas, les documents à fournir sont en double exemplaire, en français et en anglais. Une personne à l'entreprise s'occupe de notre cas. Elle indique à Kris les démarches et documents, et en retour Kris me fait passer ses messages. La précision des documents est de rigueur. J'ai l'impression que je cherche à sortir de l'ex-URSS. Jusqu'au jour, où je ne comprends pas bien le message, j'ai besoin d'une indication supplémentaire et il faut faire assez vite car les délais se ra-menuisent. Mais Kris n'est pas joignable. Alors, je contacte directement la personne de l'entreprise. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? C'est tellement plus facile. Lorsque l'on est pris dans le tourbillon du temps qui passe trop vite, on en oublie les évidences... J'ai d'ailleurs bien fait de la contacter directement, car à la mairie de notre mariage, l'employée n'a pas exactement l'expérience des précisions en question, et il faudra que j'y retourne. Ce n'est pas exactement comme si je n'avais rien d'autre à faire... Les papiers sont réunis : ambassade, nous voilà! J'ai tout de même un petit pincement à l'idée que mon passé se rappelle à moi. Je suppose qu'ils gardent quelques traces informatiques des différents mouvements sur leur territoire. Cela fait déjà 18 ans, et malgré tout ce temps, je suis sûre que la rigidité informatique ne sera pas en reste pour me retrouver...
Mardi 19 février, 11h du matin, RDV à l'ambassade Américaine à Paris. Nous ne serons pas en retard, il ne faudrait pas commencer du mauvais pied. Nous aurons deux contrôles, le premier nous prendra nos documents et m'informera que la traduction n'était pas nécessaire. Cela fait marcher les avocats me dira-t-il ! Quand je pense à toutes ces manipulations qu'il m'a fallu faire, je suis verte (couleur prémonitoire). Le deuxième me pose quelques questions sur le but de notre séjour et si je n'ai pas eu de problèmes auparavant sur le territoire américain. Bien sur que non ! Tous deux seront davantage centrés sur Flore que sur moi, les Américains aiment les enfants, ils sont très fiers de leur famille. Si cela doit opacifier mon passé, aucun problème. Nous terminerons notre journée par la visite du palais de la découverte. Toujours un régal. Les visas arriveront une semaine plus tard. Je peux souffler...

Nous pouvons commencer le délestage. Nous sommes arrivées à nous inscrire pour un vide grenier, en salle, donc indifférent aux conditions climatiques. Je suis passée par une connaissance pour l'inscription, car sinon il faut venir à 15h un vendredi : cela ne s'adresse pas aux gens qui travaillent.
J'en profite pour proposer à deux amies de le faire avec nous : ce sera plus sympa de passer la journée ensemble, et les enfants pourront collaborer à la vente. Pour autant, nous ne sommes pas autorisés à utiliser deux tables (1m80). On va jouer serré! C'est intéressant de faire le tri de ce que l'on veut garder, de ce qui peut être vendu et à quel prix. La maison est passée en revue pour être sur de ne rien oublier. Le jour arrive et comme bien entendu notre table déborde. Notre voisin arrivera plus tard, alors nous allons utiliser sa table pour le début de la vente. Il faut venir à 7h pour installer, début de la vente prévue à 8 h. Et là, il faut être prêt... car c'est le rush, beaucoup de collectionneurs, de gens qui achètent pour revendre, les prix sont débattus avec vigueur... on n'est pas trop de trois pour répondre de partout. La matinée est décisive. En trois heures, la moitié du stand est partie, heureusement car les grades ciel de nos objets sont instables. Les enfants se régalent à négocier la vente, ils sont fiers de voir que leurs objets sont choisis, ils apprennent le rapport à l'argent : trois bonnes raisons de passer une journée debout, à discuter les prix, à manger un sandwich et surtout à se lever à 6 h 30 un dimanche. Mais la raison essentielle, c'est le rangement par le vide, pour nous ce sera vital. Cette journée inaugurera le début d'un long processus, dans lequel il y a peu de place pour la nostalgie. Et je pense déjà aux yard sales des États-Unis, où nous pourrons revivre la même aventure.

vendredi 10 mai 2013

le temps des habitude (deuxième partie)


Deuxième semaine (suite)

Nous voilà enfin revenus au 21 siècle : nous avons la TV qui fonctionne, elle a enfin accédé à la notoriété. 108 chaînes sur 156 possibles. Nous avons le choix entre les news, les pubs, les prêches, les pubs, les kg à perdre, les pubs, les séries, les pubs, le sport, les pubs... En moyenne, les pubs passent toutes les 10 minutes... Vous français qui n'avez plus de publicité après 20 heures sur les chaînes publiques, vous ne connaissez pas votre bonheur... Encore que pour apprendre une langue, les publicités sont un bon moyen : le message est simple, les répétitions nombreuses, la prononciation toujours distingue, l'image est explicative. Le seul problème, c'est le manque d'intérêt. Ce ne sera pas moins intéressant que les cours d'anglais que j'ai suivis adolescente, mais là au moins l'accent sera bon ! Comme il y a beaucoup de chaînes en espagnol, je vais pouvoir réviser quelques notions dans cette langue aussi.

Pratiquer l'anglais en continue demande une forte attention et mobilise beaucoup d'énergie. Mais, parfois, ce n'est pas l'anglais qui est difficile à comprendre, c'est tout simplement le français peu articulé, lorsque l'on est fatigué, lorsque en famille on fait moins d'efforts. Un matin, il y a eu cette interprétation insolite mais savoureuse : le «tu voudras des œufs au bacon ? » se transformera en «y'a un tiroir qui déconne. ». C'est pourquoi depuis, lorsque le canal de communication entre nous est brouillé, plutôt que de demander à l'autre de répéter nous disons « y'a un tiroir qui déconne », ce qui permet de mettre l'accent sur le canal plutôt que sur le volume.
Flore s'adapte bien à l'usage de cette nouvelle langue. Elle fait avec ce qu'elle connaît déjà et cela lui suffit. Les règles de grammaire sont partielles, les mots parfois francisés, mais le tout fonctionne pour jouer avec sa nouvelle amie. Elle continue généralement à me parler en anglais après être revenue. Quant à moi, j'ai du mal à me détacher de mes complexes linguistiques. Je veux parler bon anglais, avec bon accent. Il est vrai que la situation d'expatriation nous confronte déjà à une position de régression dans un bon nombre de situations : pour faire les démarches habituelles, David est là et je ne me sens pas à la hauteur, dans les magasins, sur la route lorsque les paysages s'obstinent à se confondre et nous font perdre le chemin ou tout simplement pour proposer un échange un peu plus varié que l'invariable attrait de l'étranger... Alors, je mets un point d'honneur à parler l'anglais le mieux possible pour ouvrir la discussion sur des sujets intéressants. Malheureusement pour moi, l'anglais ne m'est pas naturel. Lorsque je veux apprendre de nouveaux mots, des tournures de phrases, les concordances des temps, je dois le faire à la manière la plus rébarbative : l'apprentissage mécanique. Pour l'anglais, ma mémoire est visuelle, je ne peux mémoriser les mots que si je les vois écrits. Les entendre ne suffit pas. Alors pour bien faire, il faudrait que je me pose à mon bureau et que je bosse. Qui a dit « tu apprendras l'anglais dans la douleur » ?

Pour continuer l'intégration, je dois aller faire ma carte de sécurité sociale. Ici, c'est plus un document indispensable pour exister, pas pour se faire rembourser ses frais médicaux. C'est le sésame pour le permis de conduire, pour le travail, pour toutes démarches administratives. Je dois préalablement remplir un document officiel. Je suis surprise de devoir indiquer ma race ou mon ethnie. J'ai le choix entre Asiatiques, Américains d'Asie ou des îles Pacifique ; Hispaniques ; noirs mais pas Hispaniques ; Indiens Américains ou natifs d'Alaska ; et enfin blancs mais pas Hispaniques. Ce ne serait pas possible un instant en France de demander très officiellement de tels renseignements. Je suppose qu'ici, ces renseignements sont à l'usage de statistiques ethniques et pas pour monter un fichier de renseignements. Le racisme ne naît pas de la re-connaissance des différentes races et ethnies, mais plutôt de leur mé-connaissance.

Sur les questions de différences, il est possible d'évoquer Down town, qui est le centre de la ville, mais c'est plutôt un quartier populaire, moins bien entretenu, où vivent de nombreux noirs et hispaniques. Les centres-villes, en général, ne sont pas des lieux de vie valorisés. C'est sans doute pour cela qu'on les appelle « down ». Très rapidement on comprend que down town est à éviter. Le cœur de la ville n'est pas ce qui la fait battre son rythme. Pourtant, c'est là qu'il y aura la nouvelle bibliothèque, qu'il y a le centre de spectacle, l'office du tourisme, un parc des plus agréables et les musées. Mais on y vient sans y rester. D'ailleurs, l'ambiance n'invite pas à la flânerie. Les maisons dans l'ensemble sont moins entretenues, les rues sont plus sales, les poubelles débordantes. Les gens sont souvent dehors sur le trottoirs, assis à discuter, avec de la musique forte. La mixité n'est pas de mise. Et pourtant, juste à l'entrée de la ville, il y a un quartier de vieilles maisons de style colonial, souvent en restauration, ou bien entretenues avec de grands jardins, des statues en pierre bordent les allées. Il y a eu un temps où il faisait bon vivre down town.




L'intégration, c'est une chose, mais les vacances c'est une valeur sûre ! Je me décide enfin à organiser nos vacances pour... la semaine suivante. Les vacances n'ont pas été au cœur de mes préoccupations ces derniers temps, et pourtant nous sommes très attachés à nos vacances en France. Ici, j'ose à peine dire que j'ai 11 semaines en tout car sinon ils nous prendraient pour des fainéants, et j'ai à cœur de donner une bonne image des Français. Tout n'est que question de rythme : le rythme français est tellement dense qu'il nous faut bien à chaque fois une semaine de récupération avant de profiter de nos vacances. Ici les journées sont plus courtes, et selon les statistiques la productivité en France est semble-t-il meilleure. En tout cas, je trouve qu'ils s'agitent souvent un peu dans tous les sens pour peu de choses. La facilité pour les courses et l'amplitude horaire des magasins ne les rendent pas très organisés, ce qui fait qu'ils vont souvent dans la même journée faire plusieurs fois la même chose.

Nous avons eu envie de retrouver le goût du français pour nos vacances : Shakespeare contre Molière. Nous prévoyons de passer deux jours complets à NYC, puis direction trois rivières entre Montréal et Québec. Une petite halte dans le parc de la Mauricie avec visite du village bûcheron. Puis la ville de Québec pour trois jours avec une pause au village Val Cartier qui est un grand parc aquatique. Enfin, direction lac St Jean avec le Zoo de St Félicien et retour sur le St Laurent pour voir les baleines. J'ai un peu du mal à évaluer les distances mais je soupçonne que cela fera beaucoup. Pour plus de souplesse, nous prévoyons seulement le couchage dans les villes, puis nous aviserons sur place. Je me suis aussi enfin décidée à reprendre contact avec Cristal qui selon mes souvenirs doit vivre entre NYC et Montréal. Je l'avais rencontrée lors de mon premier séjour à NYC, et nous étions devenues très amies. Ce serait trop bête de ne pas profiter de l'occasion, car même si on est plus proche et dans le même pays, le Connecticut est à 6 heures de route. Je lui envoie donc un mail aux deux adresses que j'ai conservées. Le lendemain, elle me répond et serait vraiment très heureuse de me revoir et de rencontrer ma famille. Tout est si simple comme au bon vieux temps quand elle m'hébergeait à NYC ! Quand je pense que je n'ai pas répondu lorsqu'elle a fait part dans un mail collectif à son mariage. Il y avait déjà des années que nous ne nous étions pas revues et le temps avait commencé à éteindre la lumière des souvenirs. Mais, internet ranime la flamme et son message me transporte dans un passé insouciant, plein de nonchalance et de tranquillité de vie. Je reste longtemps à lire son message, ils sont de ceux qui vous tiennent éveillés car ils sont simplement la marque que tout ce qui a été vécu avant ne l'a pas été inutilement !

vendredi 3 mai 2013

le temps des habitudes (première partie)


Deuxième semaine : le temps des habitudes.

C'est au petit matin que la récolte de messages est la plus savoureuse. Et en plus, quel bonheur lorsque l'on vient juste de les cueillir, ils ont encore plus de goût ! Avec le décalage horaire, lorsque nous envoyons des messages internet dans la journée, les réponses nous parviennent le lendemain chez nous. Il est bon de se lever avec les amis de France, cela inaugure toujours une bonne journée. Alors le matin, j'ai un rituel : un café, internet, et c'est partie pour l'ami Rick.
Depuis, quelques jours, j'organise beaucoup de Skype parties. Question rapprochement on ne fait pas mieux. On a l'impression d'être ensemble, tout à côté, seulement l'heure de nos retrouvailles est un peu décalée, tandis que je bois mon café du matin, mes amis de France finissent leur repas de midi, et tandis qu'ils sont à l'apéro du soir, je bois mon thé d'après le repas de midi. Je viens même d'inventer une nouvelle méthode de travail psychologique, que j'ai inaugurée avec les étudiants que je suis de l'Université : la supervision à domicile. C'est plus efficace qu'un simple mail écrit.

Ma famille est composée de mes deux frères et de moi-même. L'un de mes frères est parti depuis deux ans en Nouvelle Calédonie, un autre est resté en France et nous venons d'arriver aux États-Unis. Je vous laisse imaginer la gymnastique des fuseaux horaires. Il y a peu de chances que nous arrivions à nous voir tous les trois en même temps. Je suis même inquiète pour voir mon frère aîné sur Skype car je devrais me lever très tôt lorsque ce sera très tard chez lui (15 h de décalage en marche avant ; mais ce qui suppose 9h de décalage en marche arrière, sauf qu'ils sont rarement sur Skype le matin). Je viens aussi de me renseigner sur les billets d'avion pour aller les voir. Ils font tout simplement presque le double de ceux en partant de France, moi qui croyais que les billets d'avion étaient beaucoup plus abordables en partant des États-Unis, voilà une idée à mettre au placard. Je vais devoir d'abord passer par la France pour aller en Nouvelle-Calédonie, un comble ! Je crains qu'il nous faille attendre de revenir en France pour aller le voir. Arriverons-nous à faire chacun un bout de chemin en nous retrouvant sur la côte ouest des États-Unis comme il me l'a suggéré ?

C'est drôle comme le goût des aliments change selon l'endroit où on les déguste. Je ne peux boire de l'Ozo qu'en Grèce et la sangria en Espagne a une saveur exceptionnelle. Partout ailleurs, je n'aime vraiment pas cela ou je n'en ai pas envie. Ici, ce sera les œufs au bacon, le pain de mie toasté et les bières pour Kris. Il y a vraiment des goûts différents qui se développent d'un pays à l'autre. Ici le cinnamon ou le pinut butter se retrouvent dans beaucoup de compositions : gâteaux, compotes, barres de céréales, céréales... Cela donne une petite touche d'épice ou de cacahuètes. Malheureusement, il y a aussi beaucoup de goûts trop gras, trop sucrés, trop salés, et pour les éliminer des aliments de base, il faut un peu chercher. Et inversement, impossible de trouver un yaourt qui ne soit pas low fat ou 0 fat. Et question goût, je vous invite à essayer, ce n'est pas terrible. Il va nous falloir enfiler notre cape de chercheur de bonne bouf.

Sinon, les magasins sont aussi remplis de produits typiquement... comme chez nous, à quelques exceptions près : les huîtres et autres mollusques, le fromage qui sent fort.... C'est fou d'être partis si loin pour retrouver la même chose ! Il y a de très bons légumes et de très bons fruits. Le poisson n'est pas moins abondant que dans notre région éloignée de la mer... Je ne peux plus transférer mes angoisses sur l'alimentation. Est-ce que je vais avoir besoin d'un autre support pour gérer les pertes liées au changement ? Mais en attendant, nous allons pouvoir continuer à manger sainement.

rencontre insolite

la chatière des moustiques
The dark side of the wild (le côté sombre de la nature sauvage) : nous avons à lutter tous les jours contre un ennemi implacable : les piqûres d’insectes. Plus question de marcher dans l'herbe sans chaussures, de s'asseoir par terre, d'ouvrir la porte trop longtemps sans moustiquaire. Les moustiques n'ont pas mis longtemps pour repérer leur chatière : quand il s'agit de venir à table, ils se montrent particulièrement performants ! Je comprends mieux pourquoi la clim est à fond partout, c'est pour empêcher les moustiques frileux de rentrer. Mais cela ne fonctionne pas seulement pour les insectes, c'est aussi un puissant répulsif pour nous qui gelons systématiquement lorsque la clim américaine est allumée. Il va nous falloir emmener toujours avec nous le gilet sauveur du froid arctique. Pourquoi ont-ils besoin de mettre la clim si froide ?
S'il y a autant de moustiques, c'est peut-être à cause de la chaleur qui est moite, l'humidité est à son comble. Je comprends pourquoi ils n'ont pas besoin de hammams. Ici, les hammams sont offerts en continu et gratuitement, alors j'essaye d'en profiter. Il me manque juste la gentille dame qui me laboure le corps de son gant de crin pour me débarrasser de cette peau qui a mué.

I had a dream (j'ai fais un rêve) : prendre le meilleur de chaque pays et les réunir : le paradis sur terre ? Pour les USA : les douches et baignoires d'un seul bloc ; les petites boîtes pour emporter les produits frais ; les sacs refermables après la première utilisation ; les doggy bag ; les aspirateurs super-puissants sans sacs, à hauteur d'homme ; le broyeur d'aliment dans l'évier ; le facteur qui prend nos lettres à envoyer, directement dans notre boite à lettre ; les autoroutes gratuites ; la machine à laver XXXL ; les gommes à rajouter au bout des crayons à papier ; les papiers prédécoupés à placer sur la cuvette des toilettes avant de s’asseoir sur des WC publiques...
Pour la France : pas de pubs après 20h sur les chaînes publiques. En même temps, ils auraient pu pousser la logique un peu plus loin et supprimer la publicité pendant les émissions pour enfants ! les WC séparés des salles de bains ; les aires d'autoroute avec des toilettes ; le bon état des routes ; l'Université presque gratuite ; la convivialité autour d'un repas; les serviettes de toilettes super fines, qui absorbent très bien et qui sèchent très vite ; les fenêtres immenses qui laissent le soleil emporter tous les tourments... Ce sont ces petites choses qui font beaucoup. Pourquoi, certaines choses ne peuvent pas s'importer ? Est-ce qu'il y a une taxe culturelle assez puissante pour empêcher le transfert de compétences dans la vie quotidienne ? Je sais bien que dans la liste, il y a des incompatibilités incompressibles, mais à y regarder de plus près, je suis sûre qu'il y a bien certaines choses qui seraient possibles de partager. Mais, ce n'était sans doute qu'un rêve...
a moking bird
Mais aujourd'hui, j'ai envie que ce rêve devienne en partie réalité, avec vous : je vous invite à travers ce blog, à partager les douceurs de vos pays : vos meilleurs morceaux musicaux, vos livres préférés, vos bons plans... bref quelque chose qui vous transporte dans d'autres horizons. En voici quelques-uns que je vous livre sans détour car ils ont été mes compagnons de voyage, parfois à les écouter une journée entière en boucle, à les lire, puis écouter la version audio, puis à regarder le film (j'ai même trouvé la version en ligne sur internet...). Quand on aime, il n'y a plus de frontière :
- Musique : Mumford and sons : I will wait for you ; the Lumineers  - Ho Hey...; Yannick Noah - Angela ; Noir Désir – le vent nous portera ; Indochine – j'ai demandé à la lune.
- livres : The Absolutely True Diary of a Part Time India (version française : le premier qui pleure a perdu), by Sherman Alexie ; the Help (version française : la couleur des sentiments) by Kathryn Stockett ; to kill a moking bird by Harper Lee (la version française sera Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Alouette, je te plumerai ou Quand meurt le rossignol selon l'édition ; et pour le film Du silence et des ombres).
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