Semaine
8 et 9 : début d'une vie ordinaire
Aujourd'hui
lundi 3 septembre, c'est la fête du travail aux États-Unis (labor's
day) et le jour est férié. Nous aurons eu deux fêtes du
travail la même année, pour moi qui ne travaille pas en ce moment,
c'est intéressant. Nous allons en profiter pour faire une rando dans
un parc alentour. Le nombre de jours de vacances étant (largement)
plus réduit qu'en France, il n'est pas rare à l'occasion de ce WE
de s'entendre souhaiter « bonnes vacances ». Pour autant,
fête du travail ne rime pas avec fermeture des magasins. Tout est
ouvert sur les horaires d'un dimanche. Il y a même des soldes
spéciales pour ce WE. Je serai curieuse de voir s'ils ferment la
journée de Noël.
Avec la reprise de l'école, il faut organiser une visite de santé chez le médecin, puis il faut rechercher d'un labo pour une prise de
sang. Je ne me sens pas encore pleinement à l'aise au téléphone
pour faire toutes ces démarches de cette manière, alors je me
déplace. D'autre part, c'est plus commode pour montrer sa carte
d'assuré car sinon, pas de RDV possible. Je ne comprends pas que la
santé soit dépendante d'un compte en banque. Il est vrai qu'en
France, nous sommes abonnés à une santé pour tous et de qualité,
mais nous oublions trop souvent que nous avons à l’égard de ce
système une dette immense. Ici les soins sont soumis au même
principe que pour le reste du fonctionnement de la société :
c'est le principe de la responsabilité individuelle. Je vous livre
quelques observations et réflexions à ce sujet :
- la publicité pour les médicaments, pour un hôpital, un centre de soins... est très courante. Or, il me semble que publicité et santé sont deux concepts opposés. En effet, la publicité cherche à faire vendre, pas à mettre en avant les qualités réelles d'un produit, ses risques potentiels, les moyens de prévenir les maladies plutôt que de les traiter. Cela place le soin, les médicaments au même niveau qu'un objet de consommation courante.
- Avec une ordonnance, les médicaments ne sont donnés qu'en quantité exacte, ce qui évite de conserver chez soi tous ces médicaments non utilisés. En France, la plupart du temps, quand on en a besoin, on ne sait même plus qu'on en a encore et on se fait prescrire de nouveau les mêmes. Ce fonctionnement des soins en France n'est pas sans conséquence : bien sur pour le trou de la sécurité sociale, mais aussi pour la sécurité individuelle : avoir en grand nombre des médicaments dans son armoire peut être dangereux si on choisit l'automédication volontaire ou accidentelle.
- Beaucoup d'Américains, non couverts par leur entreprise, font le choix de ne pas prendre d'assurance. Comment peut-on faire un pari sur la santé ? Ils peuvent alors renoncer à des soins courants, ou des examens de contrôle car ce serait à leurs frais. J'ai du mal à ne pas imaginer les conséquences en matière de prévention.
- Les personnes âgées sont accueillies dans les familles à défaut de pouvoir payer une maison de retraite. Lors de mon séjour à San Diego, certains WE, j'avais eu l'occasion de m'occuper d'un vieux monsieur qui habitait chez sa fille et qui avait besoin de quelqu'un pour l'aider dans sa vie quotidienne. En semaine, ils avaient une personne Mexicaine qui restait avec eux jours et nuits. Mais le WE, quand ils avaient besoin de s'absenter, ils me demandaient de venir pour m'en occuper. La solidarité familiale se doit de fonctionner à défaut d'une solidarité nationale.
- Lorsque l'on doit avancer les frais, on a tout de suite conscience du prix de chaque chose. Ne pas avoir à avancer les frais à la pharmacie, à l'hôpital (ce qui n'est pas à remettre en cause pour les familles qui manquent de trésorerie) ne conduit pas en contrepartie à une prise de conscience du coût réel. A défaut, il y a un risque d'abus sans même être un abuseur compulsif.
- En France, faire le choix d'un autre forme de médication, plus naturelle, plus en prévention, plus en harmonie avec l'équilibre du corps et de l'esprit... est un luxe. En effet, cela suppose de renoncer à la gratuité pour assumer les frais de telles pratiques, même s'il est vrai que de plus en plus de soins autres qu’allopathiques sont remboursés aujourd'hui.
Être décideur pour sa santé ou bénéficier d'un soin
gratuit en toutes circonstances ? un mixte serait peut-être la
solution. Mais cela devient un enjeu culturel, et même plus
profondément identitaire (comme une partie de soi). C'est sans doute
pour cela que d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, les
réformes sont si difficiles à conduire.
Dernières
démarches pour mon permis de conduire dans le Maryland, je vais
bientôt pouvoir rouler comme les Américains! Vendredi 7 septembre :
j'ai mon permis tout frais de ce matin. C'est
intéressant la démarche à suivre. Il m'avait fallu passer le test
de bonne conduite sans drogues, Sesam pour ouvrir la porte de la
pièce d'identité américaine. Puis, ce matin, papiers
administratifs : beaucoup de documents à fournir évidemment, ma
carte de sécurité sociale, mon passeport, le document du test
« save and sober », deux justificatifs de
domicile. Comme je ne porte pas le même nom que mon mari et que le
nom sur les adresses des factures est à celui de mon mari, il me
manquait un justificatif de domicile (le certificat de mariage,
traduit de France ne fonctionne pas). J'ai dû aller faire faire un
autre justificatif de domicile auprès de la banque, avec un relevé
de compte où apparaît le crédit (ou débit) qu'il y a sur le
compte : côté transparent, on ne fait pas mieux. Mais cela a
convenu. Heureusement que j'avais déjà ouvert mon compte en banque.
Pour le permis, il faut aussi répondre à la question de race :
blanc caucasien. La guichetière m'a demandé quand même de préciser
si je n'étais pas hispanique : les relations avec leurs cousins du
Sud sont tendues... Ma taille ? je vous la donne en mille :
5,8 ; mon poids ? 141 : non je n'ai ni rapetissé, ni
grossis, sinon, vous imaginer le rapport ! Heureusement, il y avait
un convertisseur. La personne au guichet confondait mon passeport et
mon permis de conduire, et pourtant elle doit en voir passer des
passeports... L'ouverture aux autres ne va pas toujours de soi.
J'ai
presque oublié de le préciser, alors que j'ai été
particulièrement séduite par la démarche : c'est là que nous
avons à répondre à la question du don d'organe. Tout le monde est
invité à se prononcer à cette occasion, et cela apparaît sur
notre permis sous la forme d'un petit cœur rouge. Pourquoi faire
compliqué, quand on peut faire simple ?
N’empêche
qu'avec tout ça ils m'ont pris mon permis français, et je n'ai plus
que l’Américain, car apparemment on n'a pas le droit d'en avoir
deux, peut-être pour éviter que l'on conduise avec le deuxième si
on s'est fait confisquer le premier ? Ce n'est pas que j'y
tenais, mais c'est assez symbolique tout de même, le permis de conduire : il
ouvre la porte à pas mal de liberté, et je l'avais
depuis l'âge de 18 ans. Maintenant, j'ai le permis avec une photo de
moi vieillie de 27 ans. Mais ici, c'est une vraie carte d'identité,
alors il vaut mieux ressembler à ce que l'on est devenu...Par
contre dès qu'il s'agit d'aller faire assurer sa voiture, on est
redevenu jeune conducteur. En effet, le prix de l'assurance ne tient
pas compte de notre background
de France, ce qui compte c'est d'avoir roulé
aux US : avec deux mois sans accident, on peut avoir un petit
rabais ! Je peux enfin pouvoir rouler comme les Américains...