En hiver, voici comment se compose une semaine :
le
lundi (je préfère que les
semaines commencent le lundi) je commence la journée par le ménage.
Ce n'est pas la partie de vie la plus glorieuse du conjoint d'expat,
mais cela ne se fait pas tout seul, et pas question de vivre dans un
taudis, ni de payer quelqu'un pour le faire alors que le conjoint
d'expat à justement du temps libre (l'argent
ainsi économisé
sera redistribué en voyages!).
11H : cours individuel d'anglais, pendant une heure trente.
Déjeuné. Skype, avec des amis, des collègues ou des nouveaux
collègues que j'aide dans leurs démarches de jeunes professionnels.
Approfondissement du cours d'anglais. Bibliothèque.
Le
mardi : randonnée avec un
petit groupe dans les Appalaches. C'est bon pour la forme, pour
l'anglais et pour la socialisation. Je termine mon entraînement
physique au Y (surnom du YMCA), puis sauna. Déjeuner. Bénévolat à
l'école. 5.30 pm,
cours de natation pour Flore, petit entraînement physique pour moi,
ou courses, ou discussion avec les amies.
Le
mercredi : c'est mon tour
d’emmener ma fille et une voisine à l'école (le bus scolaire
jaune passe trop tôt, à peu près à l'heure où Flore se réveille)
puis bénévolat à l'école le
matin. Déjeuné. Skype ou
écriture, travail sur le dossier professionnel, ou lecture de textes
psy. 5.15pm :
cours de gym pour Flore, courses pour moi ou révision du vocabulaire
d'anglais. En même
temps, Flore aime bien que je la regarde. Plus jeune, elle n'a pas
beaucoup eu la change d'avoir sa maman qui restait la regarder faire
ses activités qui se déroulaient entre 12h et 14h à l'école. Bien
sur, nous faisions d'autres choses ensemble, de l'escalade, du
roller, du ski, de la natation, mais jamais lors d'un cours.
Le
Jeudi : co-voturage pour
les filles (= car pool,
à ne pas confondre avec les limousine qui ont une piscine
intégrée...), Y pour moi : rachet ball, vélo ou marche
rapide, fitness, sauna. Déjeuner. Skype, Écriture ou lecture.
Le
vendredi : co-voiturage
pour les fille, et Y pour moi (même entraînement que le jeudi).
Déjeuner. Skype, écriture ou lecture.
Le
WE : en famille.
Découverte de la région, sport, atelier d'art pour Flore.
C'est important de garder un rythme, une routine, tout
en s'autorisant quelques extra : toute invitation est
privilégiée par rapport à la routine (sauf dans mes engagements
bénévoles : les enfants comptent sur moi).
Le sauna est un grand plaisir, autant sur le moment que
dans ses répercussions sur la journée car il permet à mon corps ne
pas souffrir de frilosité. Pour le sauna, j'ai adopté le régime
suédois : trois fois par semaine. C'est vrai qu'il y a pire
pour passer ses journées, d'autant que c'est un lieu de rencontre
intéressant.
En fait, cette semaine type se révèlera extrêmement
fluctuante, car pour moi la situation d'expatriation sera marquée
par des semaines en tout : tout psy ; tout sport ;
tout blog ; tout Américain ; tout Français.
J'ai quand même trouvé un équilibre entre la vie
Américaine, les activités professionnelles (bénévoles) aux
États-Unis et avec la France, les amis Français et Américains.
C'est sans doute cela que notre formatrice à l'expatriation a appelé
la troisième voie : ni complètement Américain, ni
complètement Français, dans un entre-deux. Il vaut alors savoir
nager entre deux environnements, deux cultures (voir plus, étant
donné le nombre important d'expat d'autres nationalités), deux
langues, deux correcteurs d'orthographe, des activités heures
françaises et d'autre,s heures américaine. Il m'est quand même
arrivé de ne pas honorer un RDV français à cause du décalage
horaire. Moi qui n'aime pas être en retard, c'est réussi...
Comme
j'ai enfin du temps pour des activités que je n'aurai jamais eu
l'occasion de faire en France, je vais en profiter. Conférence à 10
h du matin heure de Paris, soit 6 h de moins à Hagerstown. Non, vous
ne rêvez pas (quoiqu'à cette heure-là!) votre soustraction est
juste, il s'agit bien de 4 h du matin, heure d'Hagerstown. Même pour
une lève tôt comme moi, cela fait très tôt. Pour la première
conférence, j'ai mis mon réveil à 3h30, mais heureusement je me
réveille à 3h15 car il me faudra un peu de temps pour comprendre
comment fonctionne la vidéo-conférence. D'accord, l'informatique ce
n'est pas mon fort, mais à 3h30 du matin, vous avouerez que j'ai de
bonnes raisons d'avoir besoin de temps pour comprendre. Il faut aller
sur le site « gotoawebinar » et c'est assez simple, il
est vrai. Sauf que mon ordinateur est sous Ubuntu et que cela marche
avec Windows. Le temps que je comprenne, et que j'aille sur Windows,
il est 4 h et la conférence va commencer. Au moins, j'aurai eu le
temps de me préparer un café... mon subconscient avait prévu mon
besoin de temps pour réagir : il me connaît bien...
Deuxième conférence, je suis
assez rassurée par ma première expérience réussie, alors je
m'inscris à plusieurs autres. Mais pour la deuxième, j'ai oublié
d’enclencher la sonnerie du réveil (cela ressemble à la fonction
pm, qui je vous le rappelle est indispensable sur un radio-réveil,
dans un pays où les journées sont découpées en deux tranches de
12h chacune). Je vais me réveiller à 5h30. Lorsque j'arrive à la
conférence, elle est déjà terminée. Cette fois, mon subconscient
n'a pas anticipé mon erreur, il ne peut quand même pas tout
prévoir. À moins qu'il ne sache que ce jour-là j'avais besoin de
sommeil... 3ème conférence, je me réveille par intermittence, et
je rêve que je rencontre les mêmes problèmes que la première fois
avec en plus, un réveil qui sonne en retard... Mais cette fois, tout
fonctionne à merveille, le réveil sonne à 3h40 et je ne rencontre
aucun problème d'installation. Mon subconscient peut retourner ce
coucher. Quatrième conférence, nous avons changé d'heure mais pas
encore en France. Nous n'avons donc plus que 5 h de décalage. Ça compte à
5h du matin !
J'ai une amie suédoise qui prend des cours par internet avec la Suède, pour devenir prof d'anglais. Un jour, elle nous explique que ces prochains cours ne vont pas être pratiques car ce sera à 4 pm et elle aura les enfants à gérer. Je l’interroge alors : 4 pm, mais cela veut dire que ce sera tard en Suède, c'est drôle qu'ils organisent des cours à 22h du soir. Elle réfléchit... et se rend compte qu'elle s'est trompée ; ce sera probablement plutôt 4 am du matin pour elle. À chacun son subconscient...
J'ai une amie suédoise qui prend des cours par internet avec la Suède, pour devenir prof d'anglais. Un jour, elle nous explique que ces prochains cours ne vont pas être pratiques car ce sera à 4 pm et elle aura les enfants à gérer. Je l’interroge alors : 4 pm, mais cela veut dire que ce sera tard en Suède, c'est drôle qu'ils organisent des cours à 22h du soir. Elle réfléchit... et se rend compte qu'elle s'est trompée ; ce sera probablement plutôt 4 am du matin pour elle. À chacun son subconscient...
Mes activités de socialisation me prennent beaucoup de
temps, et je demande comment je faisais avec une activité
professionnelle à temps plein avant. Sans doute que je devais un peu
négliger mes amis. Mais aujourd'hui je profite de mon temps libéré
pour me rattraper, tant auprès de nos nouveaux amis, que des amis en
France. Je prends le temps d'écrire à chacun personnellement ou de
prendre le temps d'une Skype partie. Je tente de ne pas répondre
trop vite car cela fait un peu désespéré de relation, mais en même
temps, je sais qu'en répondant de suite, je n'aurai pas à y
repenser, ce qui est coûteux en énergie. Combien de fois lorsque je
travaillais, n'ai-je pas tant attendu que je ne cessais d'y penser,
ce qui me mobilisait de l'énergie psychique tout le temps.
Des fois j'imagine importer Skype avec moi en France,
mais pour continuer à voir mes amis français. J'ai l'impression de
n'avoir jamais eu autant l'occasion de les voir qu'avec nos Skype
parties. Plus besoin de se déplacer, on peut se voir en direct. Ce
serait un peu notre monde virtuel. Serait-ce la machine de
télé-transportation, mais sans transport ? Nous allons
inaugurer ce nouveau mode de connexion avec nos amis expat Français
qui habite tout près de Washington. Nous voilà rentré dans l'ère
de la télé-trans-communication.
Pour les activités de
socialisation, rien de mieux que partager une discussion sur un bon
livre. Je participe donc à un groupe de lecture : chaque mois,
à l'initiative de notre prof d'anglais commune, Peggy, nous nous
retrouvons pour évoquer notre lecture d'un livre. Le groupe est
essentiellement composé d'expat en lien avec Peggy, mais il nous
arrive aussi d'inviter quelques Américains. Et C'est une
excellente occasion de découvrir la littérature américaine, ou
anglaise. Et il est vrai qu'à travers elle, c'est aussi l'histoire
de l'Amérique, ses racines que nous explorons. Nous avons lu un
livre sur les Japonais vivant aux États-Unis pendant la Seconde
Guerre Mondiale. Suite à l'attaque de Pear Harbor, les Japonais des
USA étaient vus comme des traîtres et ont été conduits dans des
camps au milieu de nul part. Nous avons aussi lu un livre qui fut
pour moi une révélation à propos d'un procès d'un noir américain
accusé de viol sur une jeune fille blanche dans les année 30 « to
kill a mocking bird ». Non seulement, l'écriture est
exceptionnelle, mais l'histoire et le contexte sociétal sont plus
qu'intéressants. Mais aussi un livre sur un cirque à l'époque de
la dépression dans les année 30 « water for
elephants ». Tout récemment, il nous a été proposé
de lire : « the true diary of a part time indien »,
encore un journal intime, à la fois extrêmement drôle et très
émouvant.
Et puis, il y a aussi le fait que depuis que la
nouveauté est devenue moins écrasante, je peux enfin prendre
plaisir à la découverte de ce qui est nouveau. Et je retrouve mon
entrain pour l'aventure en direction de la nouveauté. Tout est
source d'enrichissement, de la découverte d'un nouvel endroit, d'un
nouveau produit, aux nouvelles rencontres. J'ai aussi envie de
parcourir des contrées encore inconnues, ou même de redécouvrir
des endroits déjà visités mais d'une autre manière (on ne peut
visiter de la même manière lorsque l'on a 20 ans ou lorsque l'on en
a 45).
Avec tout cela, je suis arrivée à un point où j'ai
l'impression que les journées ne seront pas assez longues pour tout
faire. Il faut dire que mes journées se terminent tôt car
invariablement, je m'endors entre 8h et 9h, rarement plus tard. Mais
ce n'est pas parce que je dors beaucoup car je me réveille
systématiquement entre 4h30 et 6h. Le décalage horaire n'a rien
changé à l'affaire, car en France c'était la même chose. Il y a
des situations où cela m'arrange : lorsqu'il faut que j'assiste
à une conférence audio de France qui commence à 10h du matin,
heure locale ; de même j'en profite pour réviser mon
vocabulaire, ou lire avec une veilleuse. Mais les journées semblent
quand même courtes. La vie appartient à ceux qui se couchent tôt...