Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 28 juin 2013

Back to school (première partie)


Semaine 6 : reprise de l'école. Back to school.

Après notre visite à l'école en juillet rien que pour nous, Flore est enthousiaste à l'idée de retourner à l'école. C'est bien la première fois! Mais, la réunion de pré-rentrée entre élèves, professeurs et parents aura fait resurgir des doutes. Est-ce que je vais me faire des copines ? Est-ce que les garçons sont aussi bêtes qu'en France ? (d'autant qu'en la regardant, ils ont rigolé). Est-ce que je vais comprendre et me faire comprendre ? De mon côté, je me demande si nous avons bien fait de l'inscrire de Fifth grade (à peu près le CM2), les autres paraissent bien grands (elle a un an de moins), nous n'avons pas bien regardé le niveau auquel cela correspondait, est ce que ce ne sera pas trop dur ? Il faut déjà qu'elle se familiarise avec le vocabulaire, même le plus simple (chiffres pairs se disent even et impairs odd : encore faut-il le savoir). Je tente de la rassurer mais je suis aussi inquiète. Julie, notre voisine, viendra à notre secours. D'une certaine manière, elle comprend bien les choses. Elle dira à Flore que si les garçons ont rigolé, c'est certainement qu'ils l'ont trouvée mignonne (cute) mais qu'ils ne savent pas comment l'exprimer ; puis elle nous proposera de retourner le lendemain à l'école pour refaire une visite privée avec elle. L'effet est magique, Flore se sent mieux et je suis rassurée, même si je suis assez mal à l'aise à déambuler dans l'école comme si le lieu nous appartenait, rentrer dans les classes où les professeurs installent leur classe pour le lendemain, mais qui nous accueillent très chaleureusement. Les parents sont des partenaires ici.
Sinon, le lien avec l'école m’apparaît comme une révolution culturelle. Tout le monde communique par mail, sur la page web, les professeurs se présentent de manière très personnalisée : enfants, animaux domestiques, conjoints..., les parents sont grandement invités à investir l'école, y compris au sein de la classe (les parents font partie du système mais il y a aussi des codes car cela ne me semble pas pour autant la jungle), ici on montre ce que l'on fait, la classe est ouverte (open space). L'école que nous avons choisie est publique, mais pour autant, enfants et parents doivent s'investir car ce qui est offert n'est pas pour autant donné. Le don s'accompagne d'une dette que tout le monde est invité à honorer en s'investissant dans le volontariat. Je suis allée à la première réunion des parents d'élèves. Ils organisent beaucoup de manifestations pour récolter des fonds qui sont redistribués en actions pour les enfants (achat de nouveau matériel, nouvelles activités...).
Pour autant, les commentaires que j'ai déjà entendus me font penser à ce que j'entendais déjà en France : comment gérer les parents qui vous disent comment faire votre classe ! Les profs demandent le même niveau à chacun sans pousser les plus performants ! Finalement, les questions de transmission sont tout autant un enjeu personnel.

L'école suppose une adaptation à de nouveaux horaires, une nouvelle organisation sur l'année. L'école publique n'étant pas sous la responsabilité directe de l’État américain, mais sous la responsabilité de chaque État, il peut y avoir des variantes en fonction des États, mais le principe est assez proche. Le matin, l'école commence à 8h20. Elle finit à 14h50. Les enfants ont une récréation dans la journée de 10 minutes, 20 minutes pour manger (le temps pour les écoliers français de faire la queue à la cantine!). Tous les jours de la semaine sont travaillés. Les vacances sont à Noël (11 jours en comptant les WE), à Pâques 4 jours qui entourent un WE et les vacances l'été qui commencent mi-juin (l'école fini plus ou moins tôt en fonction des jours de neige, ou l'école aura été fermée pendant l'année). Puis, elle recommence mi-août. Il y a aussi quelques longs WE dus à des jours fériés : en septembre labor's day (un jour), en novembre thanksgiving (trois jours pour les élèves), en janvier Martin Luther King's day (un jour associé à un jour non travaillé par les élèves), en février President's day (un jour), en mai Memorial day (un jour de souvenir pour toutes les guerres). Donc, question jours fériés c'est assez équivalent sauf qu'ils n'en ont que deux dans la période des beaux jours : ah ! le regretté joli mois de mai français; par contre, les jours fériés ne sont pas à dates fixes, mais toujours accolés à un WE, ce qui est extrêmement pratique pour profiter de trois ou 4 jours complets. Par contre, pour les vacances, c'est beaucoup plus court. Je m'amuse à entendre les débats sur le rallongement ou raccourcissement des vacances en France, associés à des théories extrêmement complexes sur les rythmes biologiques. Sommes-nous prêts à renoncer à nos vacances pour plus vivre en harmonie avec la nature ? J'ai le sentiment que les vacances ici prennent un tout autre sens : on visite sa famille bien souvent éloignée, on se retrouve en famille pour célébrer les fêtes traditionnelles (thanksgiving et Christmas sont des fêtes familiales). C'est plus rare de prendre une semaine pour faire du ski, une semaine à l'étranger et deux à trois semaines au bord de mer. Un pays étranger ici, ce sont les autres États. D'autre part, on peut remarquer qu'aucun jour férié n'est associé à une fête religieuse. Seules, les vacances peuvent être en lien : Christmas et Easter. Les jours fériés sont plutôt des reconnaissances de faits importants liés à leur histoire ou en hommage à des personnages qui ont compté.

Lorsqu'il faut remplir un document administratif, et l'école n'est pas en reste question documents, c'est un vrai travail de des-conditionnement. Il y a des petits ajustements à opérer qui selon la loi de Pavlov sont parfois un peu difficiles à réaliser. Lorsque l'on nous demande notre nom, ils attendent que l'on commence par son prénom (first name) puis par le nom de famille (last name) ; les dates : on commence toujours par le mois, puis le jour  (les deux portent des majuscules); les lettres ne s'écrivent pas en attaché ; les chiffres sont comme ceux sur vos claviers (attention pour le 1, 4, 7)...

Quant à moi, je suis obligée à apprendre une troisième langue vivante qui m'est particulièrement difficile : le langage des nouvelles technologies. En plus du vocabulaire d'usage, il me faut aussi me familiariser avec le vocabulaire spécifique : LOL, MDR... et la nouvelle orthographe. Après avoir tant passé du temps à apprendre cette maudite orthographe française (et encore aujourd'hui, je fais beaucoup de fautes), maintenant je n'arrive pas à comprendre un mot écrit lorsque son orthographe ne n'est pas familière : c'est un comble. Lisez ! me disaient mes professeurs très inspirés. Le problème, c'est que moi je dévore les livres, sans passer par la case « regarder les mots », en particulier leur orthographe. Comment peut-on s'intéresser à une histoire en faisant attention à l'orthographe des mots ? Je n'ai pas une mémoire photographique, c'est sans doute ce qui explique pourquoi j'ai toujours été plus à l'aise avec l'Espagnol où toutes les lettres se prononcent. Je présente l'énorme désavantage de m'intéresser au contenu, pas au contenant. Shame on me (honte à moi).

Les Skype parties que je poursuis activement tant que l'école n'a pas repris en France, me rapprochent de mon point d'origine mais ont tendance à m'éloigner de mon point d'arrivée. Il va falloir que je trouve un équilibre. En attendant, je profite de ces moments d'échange pour baigner un peu plus longtemps dans le bain français. Moi qui ne suis pas une spécialiste d'internet et de l'utilisation de l'ordinateur en général, je deviens une vraie "pro" lorsqu'il s'agit de Skype. La motivation est le moteur de nos actions, la mère de nos réussites. Peut-être qu'il y a un filon à suivre pour l'apprentissage : comment motiver les apprenants ?
  1. Une petite dose de besoin : une personne trop bien nourrie n'a pas faim, mais quelqu'un de trop affamé ne peut pas non plus se concentrer sur le résultat,
  2. quelques ingrédients ludiques : une énigme a plus de chances de susciter l'intérêt, qu'une page à apprendre par cœur
  3. un savant dosage entre libertés d'action et règles à suivre
  4. une participation active dans le résultat.
« just a spoon full of sugar helps the medecine go down »

vendredi 21 juin 2013

Plongée en Caroline du Nord : dernière chance d'en profiter avant la rentrée


WE du 15 août : WE plongeur en Caroline du Nord. Dernière chance d'en profiter avant la rentrée.

C'est le royaume des épaves et la vie autour n'est pas sans intérêt : requins-tigres des sables, barracudas, glass fish... Les animaux sont très tranquilles, friendly (amicaux) : les intrus ici, c'est nous. Les plongées seront un régal : 2 fois 40 minutes de bonheur pour une journée sous le sceau (saut) ... du mal de mer. L'eau est à 30° ce qui augmente le bonheur. La termo clim est quand même présente même si l'eau ne doit pas descendre en dessous de 25°, mais lorsque l'on remonte, on a l'impression de prendre son bain, protégé par une escadrille de barracudas, tellement proches qu'on peut quasiment les toucher. Le bonheur est presque parfait, sauf qu'il faut remonter sur le bateau et retrouver le mal de mer. Terry, notre dive master (directeur de plongée) me dira que pour lui, ça lui a passé en mangeant des pommes. « Manger des pommes », ça c'est un slogan...
Pour un régime minceur, choisir le régime plongeur : entre l'énergie dépensée dans l'eau pour compenser le différentiel avec la t° du corps (choisissez de préférence une eau froide car ici avec de l'eau à 30° le différentiel n'est pas terrible), et l'exercice de la plongée, vous allez perdre vos kg en trop, en rien de temps. Mais le plus important, c'est le mal de mer, car sinon, vous risquerez de compenser par de la malbouffe (junk food) que vous auriez emportée avec vous. Tandis qu'avec le mal de mer, effet garantit, sinon on vous rembourse vos frais alimentaires.

La nature a voulu que nous ne soyons tous différents. Alors que je suis camouflée dans ma serviette pour lutter contre l'air marin vivifiant, je regarde avec étonnement un plongeur s’asperger d'eau douce et rester à l'air libre sans se sécher. Je suis frileuse, et je ne pourrais jamais imaginer un tel scénario pour moi-même. De même, alors que je lutte depuis une bonne heure contre le mal de mer, je regarde envieuse certains plongeurs discuter dans la cabine en bas, ou vaquer à leurs occupations le nez dans leurs affaires, ou encore se soumettre aux odeurs de carburant sans broncher. Ce sont mes trois pires ennemis sur un bateau. Et avec cela, il faut que je regarde l'horizon sans discontinuer, ce qui présente un intérêt limité tant pour le paysage que pour la conversation (cela m'aura quand même permis de voir des dauphins nager dans les vagues du bateau : vive le mal de mer !). Lorsque le mal de mer s'en prend à moi, je suis particulièrement peu disponible pour l'échange, j'ai beaucoup de mal à sourire et voir les autres manger, ou pire les voir fumer m'est vraiment insupportable. Toute personne soumise aux effets du mal de mer ne paraît plus du tout sympathique. Pour savoir si une personne est antipathique ou s'il est victime du mal de mer, ne juger pas trop vite, à la première impression mais à son teint (cela ne vaut que sur un bateau!). Parfois, j'ai la chance de ne pas avoir le mal de mer, mais j'ai l'appréhension que cela arrive. Il suffit donc que je pose le pied sur un bateau (même effet dans un avion), pour ne pas être très disponible à l'échange.
En tout cas, même tout entière concentrée sur mon mal de mer, je ne m'en suis pas pour autant privée de penser que si la nature à juger bon de ne pas nous cloner, il serait sage de penser à plutôt qu'éradiquer les différences, chercher à les sublimer ! Ce sont ces différences qui font les couleurs de la vie, et mises bout à bout, elles forment un arc-en-ciel, tandis que mélangées, elles font du blanc. Je pense là à l'école française, et de nombreuses autres dans le monde, qui cherche à homogénéifier le niveau scolaire au risque de laisser de côté les plus forts et les plus faibles. Ils peuvent alors finir par décrocher tandis qu'en cherchant un peu, chacun pourrait développer son talent et en faire profiter les autres avec l'énorme avantage de se sentir reconnu et donc d'avoir une valeur. Mais j'entends déjà les manques de moyens...

Il est convenu aux États-Unis, que chacun se débrouille pour son repas de midi et son petit déjeuner. Il est même plutôt étonnant de poser la question sur une telle organisation. Sur le bateau français, l'habitude est de partager tout ce qui est apporté : bouteille de blanc (tous au goulot s'il vous plaît), le saucisson, les sucreries... parfois il y a beaucoup à partager, et d'autres fois beaucoup moins. On se rend compte aussi, que ce sont souvent les mêmes qui apportent! (on revient sur la nature qui nous a fait différents). Ici, chacun amène ce qu'il veut et il ne vient pas en tête de partager car il y a un savoir tacite sur le fait que l'autre à lui aussi prévu d'apporter ce qui lui conviendrait. Seule l'eau est proposée et apparemment aussi une pastèque (ce qui est l'essentiel). Il est question ici de responsabilité individuelle en ce qui concerne l'alimentation. On peut donc voir des fruits pour certains, des sandwichs, des crackers... pour moi, je n'ai apporté que des barres de céréales, que j'aurai à cœur de surtout ne pas sortir pour ne pas stimuler mon mal de mer. On peut se dire que c'est peut-être ce principe qui a des effets sur l'obésité car il y aura plus de crackers et de sandwichs que de fruits. Ce qui pourrait laisser entendre que la responsabilité individuelle est directement responsable de l'obésité. Cela ne me paraît pas si simple, car si vous regardez le prix de cette junk food (vraiment très abordable), associé à un matraquage très performant dans la publicité, vous aurez vite fait de passer pour un masochiste de ne pas vous laisser tenter. Je propose plutôt que d'augmenter le prix de la malbouffe (ce qui ne manquerait pas de créer d'énormes problèmes avec des sociétés alimentaires très puissantes), il faudrait mieux aider ceux qui produisent des produits sains ; de même, il pourrait être interdit de matraquer de pubs pendant les émissions d'enfants, tout commence très tôt, après il est souvent trop tard.
Le repas du soir est proposé dans un restaurant voisin. Chacun paye sa part, sauf le dernier soir où nous n'avons qu'à régler le tip car notre club le prend à sa charge. Le RDV est à... 17h30. Il est vrai que le repas de midi était plus un snack qu'un pique-nique. Nous commençons à nous familiariser avec ce repas du soir aussi tôt, le temps pour l'apéro est forcément plus réduit, il nous faut renoncer...

La plongée dure entre 25 et 30 minutes sur site selon la profondeur. Cela me convient bien, car j'ai souvent l'impression qu'il y a un enjeu en France à rester le plus longtemps possible dans l'eau. A ce petit jeu, je ne suis pas favorite : entre le froid et l'intérêt limité après un temps déjà suffisant, j'ai du mal à dépasser 45 minutes en tout. Mais, l'enjeu est de taille car vous êtes jugé sur votre capacité à rester longtemps dans l'eau. Les favoris restent 1h dans une eau à 15°, sans combinaison étanche. Alors justement pour améliorer mes chances d'être dans le trio de tête, je me suis acheter une combinaison étanche. Cela a été ma révolution : non seulement le froid n'est plus un problème, mais l'intérêt de la plongée s'en trouve grandi. C'est le double effet étanche. Je n'ai jamais eu l'ambition de jouer les superwoman à résister au froid ; par contre il est impossible pour soi-même comme pour son coéquipier d’accepter de reconnaître que l'on a froid après … 5 minutes d'immersion. Je ne reste pas forcément plus de temps, mais j'apprécie au centuple (unité de mesure internationale). Par contre, ici dans une eau à 30°, je retrouve ma combinaison standard qui a manifestement rétréci...

Il faut encore jongler avec les différentes unités de mesure : mon bloc est gonflé à 2100 pmi; avec le nitrox, on ne doit pas dépasser 132 feet de profondeur ; les plombs pèsent 4 pounds; la température de l'eau est de 85°F, prête à bouillir (ils me feront la remarque qu'avec les Celsius, la température paraît toujours plus froide, et c'est vrai l'eau en Europe est plus froide...) : plongeur européen, si tu décides de venir plonger aux États-Unis, prépares toi à emporter ton convertisseur.
Nous avons pu noter quelques différences entre les plongées de Kris et les miennes : on me portera mes blocs au départ, et je ne pourrais en rapporter qu'un au retour, le deuxième a mystérieusement disparu ; j'ai un dive buddy (un co-équipié de plongée), alors que Kris est laissé à choisir à plonger seul ou se joindre au premier qui passe mais qui ne l'attend pas. Par contre, il y a des ressemblances : le matin, réveil 5h30, organisation sur le bateau à 6h, départ du bateau à 6h45 (il faut 1h30 de bateau pour arriver sur les sites, 2h quand vous êtes chanceux et que les vagues ralentissent l'allure et augmentent le mal de mer), retour vers 14h. Et puis, il y a aussi des chasseurs avec bouteilles qui plongent armés des fusils harpon ; il semble admis de rapporter des choses des fonds marins : dents de requins (pas pris directement sur l'animal mais plutôt trouvées au fond, vestige d'une attaque ancienne ou simplement des dents de lait que la petite souris peu aquatique aura laissés traîner), coquillages : il y en a même qui plongent avec des filets ; au palier, chacun se gère, mon buddy me laissera poursuivre tandis qu'il remonte à la surface, mais il est vrai aussi qu'il a beaucoup moins de paliers que moi (mon ordi ne gère pas le nitrox). Je préfère les différences que les ressemblances...

vendredi 14 juin 2013

Un mois tout juste

Semaine 5 : un mois tout juste. August, 12th

Il y a un mois tout juste, nous débarquions à l'aéroport de Washington. Nous sommes aujourd'hui le 15 août (non férié ici), j'ai fait des courses ce matin, chercher des timbres, regarder la classe dans laquelle sera Flore à la rentrée et regarder le bus qu'elle devra prendre, fait le ménage, emmener Flore à un cours d'essai de gym : est-ce que c'est cela que l'on appelle adaptation ? Demain, je dois conduire jusqu'en Caroline du Nord. Nous passons le WE pour plonger, et Kris est déjà sur place.

Sur la route du Sud, en direction de la Caroline du Nord pour un WE plongée, je conduis pour 8 heures de temps. Nous jouons les Belges ou les Allemands qui descendent sur la Côte d'Azur. Combien de fois en les voyant remonter l'A7, ne me suis-je pas dit que leur route était encore bien longue. Eh bien, aujourd'hui et à partir de maintenant, vu les distances dans ce pays, je ne serai plus que Belge ou Allemande ! Pour me consoler de la distance, je regarde le paysage. Des arbres, encore des arbres, toujours des arbres, où que l'on regarde de l'highway, il y a des arbres de partout. Moi, je distingue à peine les chênes, des boulots, des pins et peut être encore des saule pleureurs, et des palmiers, mais après pour les autres, ce ne sont pour moi que des arbres. Les villes sont parfaitement camouflées par les arbres, ce qui fait que vous avez vraiment l'impression de traverser le pays au temps des premiers explorateurs. A part peut-être, ces quelques voitures sur le bord de la route comme à Québec, mais celles-ci sont loin de toutes habitations, il y souvent quelqu'un à l'intérieur et il n'y a pas de panneau en vente. Je pense qu'ils devraient plus les rendre visibles pour favoriser la vente. Celles-ci sont tellement camouflées qu'on pourrait croire... qu'elles se cachent !
La vitesse autorisée sur les highways est de 55, ou 65 et même jusqu'à 70 miles an hour. J'ai tenté de convertir : 85, 104 ou 112 km par heure. En fait, ils nous obligent à rouler sous la pluie ! Beaucoup me dépassent très souvent, malgré mes 7 miles au-dessus, y compris les camions qui doublent sans complexe. Il y a ceux aussi qui doublent par la droite : je rappelle que les États-Unis roulent à droite, comme chez nous, et que tout dépassement doit se faire par la gauche. Je crois avoir compris que le principe ici consiste à rester sur sa voie, gauche ou droite, et celui qui veut soit entrer sur l'autoroute, soit te doubler se débrouille pour te laisser tranquille (les voitures qui s'engagent sur l'autoroute et qui se déportent sur la gauche car une voiture est sur la voie de droite...). Autre vie, autres morses.

La recherche des plaques est un excellent passe temps pour agrémenter les longs voyages en voiture. Le plus souvent, chaque Etat a une devise marquée sur les plaques.
Massachusette : spirit of América (l'esprit de l'Amérique)
New Jersey : garden state
New york (à ne pas confondre avec la ville) : empire state
New Hamshire : live free or die (vivre libre ou mourir) : ma préférée.
Vermont : green state
Maryland : war of 1812
Connecticut : constitution state
La caroline du Nord : first in flight. Au départ, je ne comprenais pas très bien le sens de ce message alors je me suis demandé si ce n'était pas plutôt first in fight, pouvant signifier que pendant la guerre de sécession, ils avaient été les premiers à s'engager. Mais en m'approchant d'une plaque, j'ai repéré un avion première génération, dessiné. Cela se rapporte à l'histoire des frères Wright (1)
Le Canada n'est pas en reste, ce que nous avons pu constater lors de nos premières vacances :
Québec : je me souviens (peut-être du vieux pays?) ou : la belle province.
Ontario : yours to discover
En revenant à la maison, j'ai cherché les devises d'autres Etats emblématiques :
Alaska (difficile de trouver une plaque ici): the last frontier ou North to the futur
Hawaiï (encore plus difficile à trouver) : Aloha state
Floride : sunshine state
Le Dakota du Nord (en hommage à Julie qui en est originaire) : discover the spirit
Le Dakota du sud (pour ne pas laisser la petite sœur jalouse) : Great faces, great Places (en regardant attentivement on peut voir les têtes de 4 présidents Américains en dessous).
Nebraska (en hommage à une très belle chanson du boss) : je n'ai pas trouvé de devise, mais elles s'accompagnent souvent d'un Chariot tourné vers l'Ouest et tiré par un cheval.
Texas (en hommage à Boby et JR) : the lone star state.
Louisiana, qui est l'un de mes États préférés, surtout pour la nouvelle Orléan : Pelican State
Et encore quelques petites, histoire de vous faire réviser votre géographie (il ne faudrait pas que ce soit toujours les mêmes qui travaillent!) :
Delaware : the first state
Idaho : famous potatoes (je ne suis pas persuadée que ce soit vraiment la devise !).

La grincheuse ou un GPS en mal de relation : conduire vers une direction inconnue, suppose d'emporter avec soi son GPS. Le GPS, c'est ma conscience morale, mon surmoi tyrannique : elle m'indique que je suis toujours en dépassement de vitesse, elle accepte jusqu'à 3 milles au-delà, après elle voit rouge ; elle veut me faire prendre un chemin sans autre détour. Il faut lui faire confiance aveuglément, et personnellement je ne suis pas sujette à la cécité. J'ai besoin de garder un certain contrôle, je n'aime pas m'abandonner entièrement à la machine, surtout lorsque c'est moi qui la programme. Les machines et moi appartenons à deux mondes singulièrement différents, qui se sont rencontrées par hasard. Nos langages, notre manière de pensée, nos codes sont diamétralement opposés, ce qui ne rend pas l'apprivoisement très facile.
Je l'ai surnommée la grincheuse pour lui donner une consistance humaine, elle qui peut tout nous dire en gardant le même ton. Je me suis même imaginée la voir nous traiter d'imbécile lorsque nous ne suivions pas ses indications à la lettre, mais au lieu de cela, inlassablement « dès que possible, faites demi-tour », ou « turn around when possible».
Il y a très peu de rest aera (aires de repos) sur le long des highways. Alors, il nous faut faire un détour dans un restaurant indiqué par les panneaux aux intersections, pour les toilettes. Cela n'a de cesse de contrarier la grincheuse, qui se montre très insistante dans ces moments-là pour nous faire reprendre le bon chemin, dans une forme de compulsion de répétition, jusqu'à ce que nous cédions à sa demande. Je pense qu'elle est anxieuse de nous mener à bon port... à moins qu'elle ne soit prise dans un besoin de maîtrise elle aussi !

En Caroline du Nord au mois d'août, il y a deux bonnes nouvelles : l'Atlantique est à 30°. Jamais, je n'avais imaginé qu'il y avait deux Atlantiques : le nôtre, forcément froid, et celui-ci de l'autre côté. Cela doit être un coup du golf Stream ! ; et la place sur la plage : priez pauvres Aoûtiens de France, de ne jamais voir ce dessert de sable nu, sinon... impossible de revenir en arrière. Pour moi, c'est ça, le rêve Américain ! Par contre, il nous faut penser aux codes vestimentaires. A-t-on le droit de marcher en maillot de bain sur les routes pour rentrer à l'hôtel ? Les Américains peuvent être très prudes parfois. Les hommes portent tous sans exception (sauf un : Kris), un maillot très large type caleçon. Avec un maillot moulant, je pense que Kris s'attire quelques regards étonnés, voire inquiets. Il faudra penser à en acheter un autre. 

(1) Le vent, le sable et un rêve de vol ont amené Wilbur et Orville Wright au Faucon de Kitty original, en Caroline du Nord où, après quatre ans d'expérimentation, ils ont pu présenter un stellaire et réaliser les premiers vols d'avion réussis en 1903.

vendredi 7 juin 2013

La décision : un tsunami dans un verre d'eau


J - 1 ans. La décision : un tsunami dans un verre d'eau.

Parfois, c'est dans les toilettes d'un bungalow que des grandes décisions se prennent. Je m'amuse à penser que c'est sans doute là aussi (dans les toilettes, pas dans le bungalow !) qu'Ulysse a imaginé la construction du cheval de Troie, que Christophe Colomb a organisé son voyage vers les Indes, que Napoléon a construit sa bataille d'Austerlitz, que le général De Gaulle a écrit son appel du 18 juin... Pour nous, ce sera l'appel du large : les États-Unis. Nous avions le choix au départ. La Suède n'était pas une proposition valable, même si elle était la plus prometteuse pour Kris. Je ne suis pas prête à apprendre le suédois, je n'aime pas le froid, et le dépaysement n'est pas des plus exotiques. Pour l'exotisme, il y avait le Brésil. Mais vu que Kris devait partir 6 mois avant nous, ma confiance dans les Brésiliennes à la recherche d'une vie meilleure est limitée. Il y avait aussi l'Inde, mais avec un enfant, nous n'étions pas très sûrs de la prise en charge médicale, des écoles, des normes d'hygiène... Le Japon était une autre option qui nous aurait bien tentés pour le dépaysement, le changement de culture tout en gardant des repères occidentaux (normes d'hygiène, de santé publique...). Mais, il a fallu renoncer à cause d'un tsunami dévastateur... Les Japonais n'ont pas de chance avec le nucléaire, leur histoire se répète douloureusement. Mais ce sont les hommes en général qui ne savent pas tirer des leçons de leur passé. Combien de Fukushima faudra-t-il pour que l'homme réagisse ? Les Indiens ont une devise : « nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants », ils vont être contents nos enfants, de la terre qu'on leur laisse !

Afin de nous préparer à cette expérience quelque peu inhabituelle, l'entreprise nous à proposer de participer à une journée de formation sur l'expatriation. Premier défi, trouver une date qui soient compatibles avec nos trois agendas (le mien, celui de Kris et celui de Flore qui même si elle ne participe pas à la journée, doit pouvoir trouver une occupation ce jour-là). Ce sera pendant les vacances de Noël. Nous évoquerons beaucoup la culture américaine, leur manière de fonctionner et l'adaptation à un nouveau mode de vie. Il sera question de comment concilier nos deux approches de vie pour, sans doute trouver une troisième voie : celle de l'adaptation sans le renoncement à ce que nous sommes. J'ai trouvé particulièrement intéressant de comprendre comment l'éducation fonctionne, mais aussi les relations dans l'entreprise. L'expatriation est aussi un vrai défi pour la famille, le couple dans lequel chacun ne part pas pour les mêmes raisons. Nous voilà près pour commencer le processus.

L'annonce à nos proches : une telle annonce est toujours difficile. D'abord à la famille, qui malgré leur joie pour nous, sont tristes de penser qu'ils ne vont plus nous voir aussi souvent. Aux amis ensuite : nous avions pris des habitudes ensemble qu'il nous faudra suspendre (mâchons réguliers, activités en commun, fêtes régulières...). Ce qu'il y a de bien avec la famille ou les amis, c'est qu'on peut se lâcher et pleinement profiter. Il y a vraiment quelques soirées que je ne suis pas prête d'oublier... « Quand révérais-je, mon petit village ? …. et en quelle saison ? ». Et, enfin au travail : un vrai faux départ. Je décide de demander un congé sabbatique. Le sabbat c'est le repos bien mérité après une semaine de durs labeurs. C'est aussi un temps réservé à la méditation. Je pense que cela s'applique bien à ma situation. De plus, je ne suis pas prête à renoncer à cette part de ma vie qui est autant une ressource financière que narcissique. De même, dans ce travail, je suis bien, j'ai l'impression de contribuer à la qualité d'un service rendu, je n'en ai pas encore fait le tour. Mes amis, mes frères, « nous n'irons plus au bois ensemble, les lauriers sont coupés »... 

Les premières pertes collatérales. Le panier bio sera la première victime. J'y tenais à ce panier, même si certaines semaines, je me demandais bien comment cuisiner ces légumes étranges. Je ne suis pas, il faut l'avouer, une fine cuisinière, c'est là mon moindre défaut. C'est pourquoi, sans doute je n'aime pas passer du temps à éplucher les légumes. Mais le panier, cela ouvre de nouveaux horizons, c'est une invitation au voyage, surtout dans le temps avec tous ces légumes anciens : topinambours, panais, tomates des origines, pomme de terre de Parmentier... c'est un monde ouvert sur les saveurs. Le goût des produits cultivés par le panier est incomparable : c'est le goût du bio.
Et puis, il y a aussi tous ces petits trucs et astuces chèrement acquis : fraises au champ, intermarché drive, le citro-tonic, les conseils des collègues pour garder les chaussettes blanches (ici aux États-Unis les machines à laver tournent 45 minutes, alors pour garder les chaussettes blanches, il vaut mieux les acheter colorées !), les huiles essentielles et le propolis pour tous les maux... Il ne faut pas oublier non plus les spécialités locales que nous sommes sûres de ne pas retrouver : la raclette, le rosée pamp, le hammam, le marché... Ce qui est drôle, c'est que je m'inquiète des produits alimentaires que nous allons trouver alors que je connais déjà les États-Unis et que c'est un pays plutôt développé question alimentation : comment vont être les légumes, les fruits ? Est-ce que l'on trouve du poisson frais ? La viande sera-t-elle aux hormones ? J'ai aussi une forte inquiétude sur les repas à préparer pour Flore. Je n'imagine pas qu'il y ait une cantine, en fait il y a bien un repas prévu par le County mais on va s'abstenir. Serais-je contaminée par la peur typiquement française de la malbouffe ou simplement la crainte de ne pas retrouver les produits auxquels on est attaché ? Je pense avec le recul que c'est tout simplement le transfert d'inquiétudes sur ce qui est palpable plutôt que de se confronter à l'angoisse du changement intérieur, des pertes qui y sont liées. Toute situation de changement personnelle confronte à des pertes et des renoncements psychiques, personnels. Il est plus facile de voir ce qui sera perdu que ce qui sera à gagner car c'est à venir. Alors, en attendant, je transfère mes peurs, mes doutes.

J'ai quand même fait la provision de ce que je veux être sûre d'avoir : huiles essentielles, citro tonic et propolis (je ne sais plus nous soigner autrement !), de savons naturels sans tout ce qui tue la peau en même temps que les microbes. Je me rassure en gardant ce que j'ai de plus précieux pour notre santé : ils vont être bien étonnés à la douane s'ils veulent ouvrir la valise...

Ce qui sera sans doute pour moi le plus difficile à envisager, sera l'idée de quitter mes amis, ma famille, mon travail. Tous, me nourrissent et me garantissent mon équilibre. Je veux être sûre de les retrouver. Pour autant, je m'invente une nouvelle vie, une nouvelle carrière, sans toutefois renoncer aux repères antérieurs qui ont l'énorme avantage d'être réels. Des fois, j'imagine que l'expérience va tellement nous séduire, que nous allons repartir : deux ans au Brésil, trois ans en Chine ou au Japon quand le dragon de Fukushima se sera rendormi.

Les premiers rebonds. Je n'ai que peu le temps de me projeter, tant je suis submergée par le quotidien. Je pense que c'est aussi une manière d'éviter le sujet. Mais, les nuits de réveils matinaux m'invitent à me construire des projets nouveaux : ouvrir un cabinet à mon retour, faire un master recherche, écrire, mais aussi sur place travailler même bénévolement avec les bébés, les autistes, ou travailler par internet : je suis sûre qu'il y des personnes qui ne peuvent pas se déplacer pour voir un psychologue, alors pourquoi ne pas mettre à profit les nouvelles technologies ?

Il y a aussi l’intérêt que les autres portent à ce qui n'est encore que les balbutiements d'une nouvelle vie. Une de mes collègues me livrera le jour de nos aux revoirs, qu'elle m'envie et qu'elle voudrait être à ma place. En même temps, tous invariablement me demandent ce que je vais faire, comme si le vide était impossible, effrayant. Ce que je vais faire ? RIEN. Le milieu de la vie est une étape importante, je ne vais pas risquer de me la faire voler en m'agitant dans tous les sens, au risque de le regretter dans les années futures. En fait, je veux prendre le temps de savoir ce que je veux vraiment faire, car au-delà de ce que je ferrai aux États-unis, c'est vraiment, une étape qui peut marquer un tournant.
Ce qui est aussi très important, ce sont les marques d'amitié et les remerciements professionnels. Je n'ai jamais eu autant de témoignages de la qualité de mon travail que depuis que j'ai dit que j’allais le suspendre. C'est au crépuscule de notre vie, que la lumière est la plus vive !