Semaine
6 : reprise de l'école. Back to school.
Après
notre visite à l'école en juillet rien que pour nous, Flore est enthousiaste à
l'idée de retourner à l'école. C'est bien la première fois! Mais,
la réunion de pré-rentrée entre élèves, professeurs et parents
aura fait resurgir des doutes. Est-ce
que je vais me faire des copines ? Est-ce
que les garçons sont aussi bêtes qu'en France ? (d'autant
qu'en la regardant, ils ont rigolé). Est-ce
que je vais comprendre et me faire comprendre ? De mon côté,
je me demande si nous avons bien fait de l'inscrire de Fifth
grade (à peu près le
CM2), les autres paraissent bien grands (elle a un an de moins), nous
n'avons pas bien regardé
le niveau auquel cela correspondait, est ce que ce ne sera pas trop
dur ? Il faut déjà qu'elle se familiarise avec le vocabulaire,
même le plus simple (chiffres pairs se disent even
et impairs odd :
encore faut-il le savoir). Je tente de la rassurer mais je suis aussi
inquiète. Julie, notre voisine, viendra à notre secours. D'une
certaine manière, elle comprend bien les choses. Elle dira à Flore
que si les garçons ont rigolé, c'est certainement qu'ils l'ont
trouvée mignonne (cute)
mais qu'ils ne savent pas comment l'exprimer ; puis elle nous
proposera de retourner le lendemain à l'école pour refaire une
visite privée avec elle. L'effet est magique, Flore se sent mieux et
je suis rassurée, même si je suis assez mal à l'aise à déambuler
dans l'école comme si le lieu nous appartenait, rentrer dans les
classes où les professeurs installent leur classe pour le lendemain,
mais qui nous accueillent très chaleureusement. Les parents sont des
partenaires ici.
Sinon, le lien avec l'école m’apparaît comme une
révolution culturelle. Tout le monde communique par mail, sur la
page web, les professeurs se présentent de manière très
personnalisée : enfants, animaux domestiques, conjoints..., les
parents sont grandement invités à investir l'école, y compris au
sein de la classe (les parents font partie du système mais il y a
aussi des codes car cela ne me semble pas pour autant la jungle), ici
on montre ce que l'on fait, la classe est ouverte (open space).
L'école que nous avons choisie est publique, mais pour autant,
enfants et parents doivent s'investir car ce qui est offert n'est pas
pour autant donné. Le don s'accompagne d'une dette que tout le monde
est invité à honorer en s'investissant dans le volontariat. Je suis
allée à la première réunion des parents d'élèves. Ils
organisent beaucoup de manifestations pour récolter des fonds qui
sont redistribués en actions pour les enfants (achat de nouveau
matériel, nouvelles activités...).
Pour autant, les commentaires que j'ai déjà entendus
me font penser à ce que j'entendais déjà en France : comment
gérer les parents qui vous disent comment faire votre classe !
Les profs demandent le même niveau à chacun sans pousser les plus
performants ! Finalement, les questions de transmission sont
tout autant un enjeu personnel.
L'école
suppose une adaptation à de nouveaux horaires, une nouvelle
organisation sur l'année. L'école publique n'étant pas sous la
responsabilité directe de l’État
américain, mais sous la responsabilité de chaque État,
il peut y avoir des variantes en fonction des États,
mais le principe est assez proche. Le matin, l'école commence à
8h20. Elle finit
à 14h50. Les enfants ont une récréation dans la journée de
10 minutes, 20 minutes pour
manger (le temps pour les écoliers français de faire la queue à la
cantine!). Tous les jours de la semaine sont travaillés. Les
vacances sont à Noël (11 jours en comptant les WE), à Pâques 4
jours qui entourent un WE et les
vacances l'été qui
commencent
mi-juin
(l'école fini plus ou moins tôt en fonction des jours de neige, ou
l'école aura été fermée pendant
l'année). Puis, elle
recommence mi-août.
Il y a aussi quelques longs WE dus à des jours fériés : en
septembre labor's day
(un jour), en novembre thanksgiving (trois
jours pour les élèves), en janvier Martin Luther King's day
(un jour associé à un jour non travaillé par les élèves), en
février
President's day
(un
jour), en mai Memorial day
(un jour de souvenir pour toutes les guerres). Donc, question jours
fériés c'est assez équivalent sauf qu'ils n'en ont que deux dans
la période des beaux jours : ah ! le regretté joli mois
de mai français; par contre, les jours fériés ne sont pas à dates
fixes, mais toujours accolés à un WE, ce qui est extrêmement
pratique pour profiter de trois ou 4 jours complets. Par contre, pour
les vacances, c'est beaucoup plus court. Je m'amuse à entendre les
débats sur le rallongement ou raccourcissement des vacances en
France, associés à des théories extrêmement complexes sur les
rythmes biologiques. Sommes-nous
prêts à renoncer à nos vacances pour plus vivre en harmonie avec
la nature ? J'ai le sentiment que les vacances ici prennent un
tout autre sens : on visite sa famille bien souvent éloignée,
on se retrouve en famille pour célébrer les fêtes traditionnelles
(thanksgiving et Christmas
sont des fêtes familiales). C'est plus rare de prendre une semaine
pour faire du ski, une semaine à l'étranger et deux à trois
semaines au bord de mer. Un pays étranger ici, ce sont les autres
États.
D'autre part, on peut remarquer qu'aucun jour férié n'est associé
à une fête religieuse. Seules, les vacances peuvent être en lien :
Christmas et Easter.
Les jours fériés sont plutôt des reconnaissances de faits
importants liés à leur histoire ou
en hommage à des personnages qui ont compté.
Lorsqu'il
faut remplir un document administratif, et l'école n'est pas en
reste question documents, c'est un vrai travail de
des-conditionnement. Il
y a des petits ajustements à opérer qui selon la loi de Pavlov sont
parfois un peu difficiles à réaliser. Lorsque l'on nous demande
notre nom, ils
attendent que l'on commence par son prénom (first name)
puis par le nom de famille (last name) ;
les dates : on commence toujours par le mois, puis le jour
(les deux portent des
majuscules); les
lettres ne s'écrivent pas en attaché ; les chiffres sont
comme ceux sur vos claviers (attention pour le 1, 4, 7)...
Quant
à moi, je suis obligée à apprendre une troisième langue vivante
qui m'est particulièrement difficile : le langage des nouvelles
technologies. En plus du vocabulaire d'usage, il me faut aussi me
familiariser avec le vocabulaire spécifique : LOL, MDR... et la
nouvelle orthographe. Après avoir tant passé du temps à apprendre
cette maudite orthographe française (et encore aujourd'hui, je fais
beaucoup de fautes), maintenant je n'arrive pas à comprendre un mot
écrit lorsque son orthographe ne n'est pas familière :
c'est un comble. Lisez ! me disaient mes professeurs très
inspirés. Le problème, c'est que moi je dévore les livres, sans
passer par la case « regarder les mots », en particulier
leur orthographe. Comment peut-on s'intéresser à une histoire en
faisant attention à l'orthographe des mots ? Je n'ai pas une
mémoire photographique, c'est sans doute ce qui explique pourquoi
j'ai toujours été plus à l'aise avec l'Espagnol où toutes les
lettres se prononcent. Je présente l'énorme désavantage de
m'intéresser au contenu, pas au contenant. Shame on me
(honte
à moi).
Les
Skype parties que je poursuis activement tant que l'école n'a pas
repris en France, me rapprochent de mon point d'origine mais ont
tendance à m'éloigner de mon point d'arrivée. Il va falloir que je
trouve un équilibre. En attendant, je profite de ces moments
d'échange pour baigner un peu plus longtemps dans le bain français.
Moi qui ne suis pas une spécialiste d'internet et de l'utilisation
de l'ordinateur en général, je deviens une vraie "pro" lorsqu'il
s'agit de Skype. La motivation est le moteur de nos actions, la mère
de nos réussites. Peut-être qu'il y a un filon à suivre pour
l'apprentissage : comment motiver les apprenants ?
- Une petite dose de besoin : une personne trop bien nourrie n'a pas faim, mais quelqu'un de trop affamé ne peut pas non plus se concentrer sur le résultat,
- quelques ingrédients ludiques : une énigme a plus de chances de susciter l'intérêt, qu'une page à apprendre par cœur
- un savant dosage entre libertés d'action et règles à suivre
- une participation active dans le résultat.
« just
a spoon full of sugar helps the medecine go down »