Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...
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vendredi 7 juin 2013

La décision : un tsunami dans un verre d'eau


J - 1 ans. La décision : un tsunami dans un verre d'eau.

Parfois, c'est dans les toilettes d'un bungalow que des grandes décisions se prennent. Je m'amuse à penser que c'est sans doute là aussi (dans les toilettes, pas dans le bungalow !) qu'Ulysse a imaginé la construction du cheval de Troie, que Christophe Colomb a organisé son voyage vers les Indes, que Napoléon a construit sa bataille d'Austerlitz, que le général De Gaulle a écrit son appel du 18 juin... Pour nous, ce sera l'appel du large : les États-Unis. Nous avions le choix au départ. La Suède n'était pas une proposition valable, même si elle était la plus prometteuse pour Kris. Je ne suis pas prête à apprendre le suédois, je n'aime pas le froid, et le dépaysement n'est pas des plus exotiques. Pour l'exotisme, il y avait le Brésil. Mais vu que Kris devait partir 6 mois avant nous, ma confiance dans les Brésiliennes à la recherche d'une vie meilleure est limitée. Il y avait aussi l'Inde, mais avec un enfant, nous n'étions pas très sûrs de la prise en charge médicale, des écoles, des normes d'hygiène... Le Japon était une autre option qui nous aurait bien tentés pour le dépaysement, le changement de culture tout en gardant des repères occidentaux (normes d'hygiène, de santé publique...). Mais, il a fallu renoncer à cause d'un tsunami dévastateur... Les Japonais n'ont pas de chance avec le nucléaire, leur histoire se répète douloureusement. Mais ce sont les hommes en général qui ne savent pas tirer des leçons de leur passé. Combien de Fukushima faudra-t-il pour que l'homme réagisse ? Les Indiens ont une devise : « nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants », ils vont être contents nos enfants, de la terre qu'on leur laisse !

Afin de nous préparer à cette expérience quelque peu inhabituelle, l'entreprise nous à proposer de participer à une journée de formation sur l'expatriation. Premier défi, trouver une date qui soient compatibles avec nos trois agendas (le mien, celui de Kris et celui de Flore qui même si elle ne participe pas à la journée, doit pouvoir trouver une occupation ce jour-là). Ce sera pendant les vacances de Noël. Nous évoquerons beaucoup la culture américaine, leur manière de fonctionner et l'adaptation à un nouveau mode de vie. Il sera question de comment concilier nos deux approches de vie pour, sans doute trouver une troisième voie : celle de l'adaptation sans le renoncement à ce que nous sommes. J'ai trouvé particulièrement intéressant de comprendre comment l'éducation fonctionne, mais aussi les relations dans l'entreprise. L'expatriation est aussi un vrai défi pour la famille, le couple dans lequel chacun ne part pas pour les mêmes raisons. Nous voilà près pour commencer le processus.

L'annonce à nos proches : une telle annonce est toujours difficile. D'abord à la famille, qui malgré leur joie pour nous, sont tristes de penser qu'ils ne vont plus nous voir aussi souvent. Aux amis ensuite : nous avions pris des habitudes ensemble qu'il nous faudra suspendre (mâchons réguliers, activités en commun, fêtes régulières...). Ce qu'il y a de bien avec la famille ou les amis, c'est qu'on peut se lâcher et pleinement profiter. Il y a vraiment quelques soirées que je ne suis pas prête d'oublier... « Quand révérais-je, mon petit village ? …. et en quelle saison ? ». Et, enfin au travail : un vrai faux départ. Je décide de demander un congé sabbatique. Le sabbat c'est le repos bien mérité après une semaine de durs labeurs. C'est aussi un temps réservé à la méditation. Je pense que cela s'applique bien à ma situation. De plus, je ne suis pas prête à renoncer à cette part de ma vie qui est autant une ressource financière que narcissique. De même, dans ce travail, je suis bien, j'ai l'impression de contribuer à la qualité d'un service rendu, je n'en ai pas encore fait le tour. Mes amis, mes frères, « nous n'irons plus au bois ensemble, les lauriers sont coupés »... 

Les premières pertes collatérales. Le panier bio sera la première victime. J'y tenais à ce panier, même si certaines semaines, je me demandais bien comment cuisiner ces légumes étranges. Je ne suis pas, il faut l'avouer, une fine cuisinière, c'est là mon moindre défaut. C'est pourquoi, sans doute je n'aime pas passer du temps à éplucher les légumes. Mais le panier, cela ouvre de nouveaux horizons, c'est une invitation au voyage, surtout dans le temps avec tous ces légumes anciens : topinambours, panais, tomates des origines, pomme de terre de Parmentier... c'est un monde ouvert sur les saveurs. Le goût des produits cultivés par le panier est incomparable : c'est le goût du bio.
Et puis, il y a aussi tous ces petits trucs et astuces chèrement acquis : fraises au champ, intermarché drive, le citro-tonic, les conseils des collègues pour garder les chaussettes blanches (ici aux États-Unis les machines à laver tournent 45 minutes, alors pour garder les chaussettes blanches, il vaut mieux les acheter colorées !), les huiles essentielles et le propolis pour tous les maux... Il ne faut pas oublier non plus les spécialités locales que nous sommes sûres de ne pas retrouver : la raclette, le rosée pamp, le hammam, le marché... Ce qui est drôle, c'est que je m'inquiète des produits alimentaires que nous allons trouver alors que je connais déjà les États-Unis et que c'est un pays plutôt développé question alimentation : comment vont être les légumes, les fruits ? Est-ce que l'on trouve du poisson frais ? La viande sera-t-elle aux hormones ? J'ai aussi une forte inquiétude sur les repas à préparer pour Flore. Je n'imagine pas qu'il y ait une cantine, en fait il y a bien un repas prévu par le County mais on va s'abstenir. Serais-je contaminée par la peur typiquement française de la malbouffe ou simplement la crainte de ne pas retrouver les produits auxquels on est attaché ? Je pense avec le recul que c'est tout simplement le transfert d'inquiétudes sur ce qui est palpable plutôt que de se confronter à l'angoisse du changement intérieur, des pertes qui y sont liées. Toute situation de changement personnelle confronte à des pertes et des renoncements psychiques, personnels. Il est plus facile de voir ce qui sera perdu que ce qui sera à gagner car c'est à venir. Alors, en attendant, je transfère mes peurs, mes doutes.

J'ai quand même fait la provision de ce que je veux être sûre d'avoir : huiles essentielles, citro tonic et propolis (je ne sais plus nous soigner autrement !), de savons naturels sans tout ce qui tue la peau en même temps que les microbes. Je me rassure en gardant ce que j'ai de plus précieux pour notre santé : ils vont être bien étonnés à la douane s'ils veulent ouvrir la valise...

Ce qui sera sans doute pour moi le plus difficile à envisager, sera l'idée de quitter mes amis, ma famille, mon travail. Tous, me nourrissent et me garantissent mon équilibre. Je veux être sûre de les retrouver. Pour autant, je m'invente une nouvelle vie, une nouvelle carrière, sans toutefois renoncer aux repères antérieurs qui ont l'énorme avantage d'être réels. Des fois, j'imagine que l'expérience va tellement nous séduire, que nous allons repartir : deux ans au Brésil, trois ans en Chine ou au Japon quand le dragon de Fukushima se sera rendormi.

Les premiers rebonds. Je n'ai que peu le temps de me projeter, tant je suis submergée par le quotidien. Je pense que c'est aussi une manière d'éviter le sujet. Mais, les nuits de réveils matinaux m'invitent à me construire des projets nouveaux : ouvrir un cabinet à mon retour, faire un master recherche, écrire, mais aussi sur place travailler même bénévolement avec les bébés, les autistes, ou travailler par internet : je suis sûre qu'il y des personnes qui ne peuvent pas se déplacer pour voir un psychologue, alors pourquoi ne pas mettre à profit les nouvelles technologies ?

Il y a aussi l’intérêt que les autres portent à ce qui n'est encore que les balbutiements d'une nouvelle vie. Une de mes collègues me livrera le jour de nos aux revoirs, qu'elle m'envie et qu'elle voudrait être à ma place. En même temps, tous invariablement me demandent ce que je vais faire, comme si le vide était impossible, effrayant. Ce que je vais faire ? RIEN. Le milieu de la vie est une étape importante, je ne vais pas risquer de me la faire voler en m'agitant dans tous les sens, au risque de le regretter dans les années futures. En fait, je veux prendre le temps de savoir ce que je veux vraiment faire, car au-delà de ce que je ferrai aux États-unis, c'est vraiment, une étape qui peut marquer un tournant.
Ce qui est aussi très important, ce sont les marques d'amitié et les remerciements professionnels. Je n'ai jamais eu autant de témoignages de la qualité de mon travail que depuis que j'ai dit que j’allais le suspendre. C'est au crépuscule de notre vie, que la lumière est la plus vive !

vendredi 17 mai 2013

La première vague de départ : une déferlante


J - 6 mois : la première vague de départ, une déferlante.

Le 2 janvier : pas le temps de se remettre du réveillon, il faut s'engager vers un premier mouvement migratoire. C'est rare les mouvements migratoires en plein hiver, surtout pour partir vers une région où il fait aussi froid. Mais tel est notre destin. Les choses sont scellées, il va nous falloir apprendre à gérer l'absence, l'organisation respective chacun de son côté. En effet, Kris part en explorateur dès le 2 janvier, tandis que nous devrions le rejoindre en juillet. Heureusement, Skype est là pour nous rapprocher. Et c'est vrai, que cela rapproche. Je pense qu'avec Kris, nous ne sommes jamais autant parlés de suite qu'avec Skype. Il faut dire qu'il faut attendre le WE pour se connecter, à cause du décalage horaire. A l'heure de nous appeler, il est au travail et ce n'est pas possible sans doute pour des raisons de risque de piratage. Et quand il est rentré du travail, Morphée s'est déjà occupé de nous. Alors, il faut faire une liste de tout ce que l'on a à se dire. Car, au-delà de la dimension affective et des nouvelles de la semaine, il y a quelques détails à régler :
  1. comment on s'occupe de la piscine ?
  2. elle est où l'essence pour la tondeuse ?
  3. c'est quoi les documents qu'il nous faut pour le visa ?
  4. Est-ce que tu as appelé ta mère ?
  5. On part où en vacances cet été ?
  6. Pour la vente des voitures, on fait comment ?...
    Skype = le supermarché des longues distances. Mais, Kris aura l'occasion de revenir assez souvent finalement, puis nous irons le voir une fois. Nous ne sommes jamais restés plus de deux mois sans se voir, et encore qu'une seule fois. Les concours de circonstances font qu'il a été là pour les moments clefs de la préparation au départ : déménagement, emménagement des locataires, ce qui a été un énorme soulagement. En effet, même si j'ai réussi à gérer bon nombre de points qui m'étaient devenus étrangers à force de laisser l'autre faire, il y a des moments où compter sur quelqu'un, c'est comme une bouée de sauvetage dans une mer calme, mais immense : cela sauve du burn out.
La nouvelle organisation : le changement commence à la reprise de l'école après les vacances de Noël. Je vais être seule pour assurer les accompagnements de notre fille à l'école bilingue située à une demi-heure de chez nous. Lorsque j'aurai des réunions le soir, il faudra que je trouve des solutions pour la faire garder. Une babysitteur s'impose. Mais je sais que je peux aussi compter sur les amis qui l'accueillent très facilement, j'ai même parfois l'impression que ce n'est pas assez. Il est vrai que Flore est facile, surtout chez les autres. Elle s'adapte à tout, elle est sympa, polie, dégourdie. La seule chose que les amis redoutent, c'est qu'elle ne mange pas ce qui est mou. Et il est vrai que souvent, pour les enfants on pense à faire des choses molles : purée, soupe, compote, yaourts. Oublier tout cela, vive les pommes de terre sautées, les légumes non moulinés, les fruits frais, le fromage à la coupe. Ce n'est pas très compliqué, mais il faut y penser.
Finalement, je vais m'adapter moi aussi à cette nouvelle organisation. On a beaucoup de CD d'histoires à écouter dans la voiture et les révisions de l'école se font aussi là.

Nous allons avoir besoin de nouveaux passeports. Les nôtres sont encore valables mais pas pour toute la durée du séjour. Il nous donc les refaire. Le RDV est pris à la mairie la plus proche. Il faut être présentes toutes les deux au rendez-vous de demande et à celui de restitution. C'est que maintenant, nous sommes photographiées sous toutes les coutures. J'espère que les photos conviendront, c'est souvent à cause de la photo que l'on est recalé. Apparemment, elles passent. C'est tant mieux, car nous avons RDV à l'ambassade US pour les visas dans un mois. Il faut que nos passeports soient prêts d'ici là.
Pour les visas, les documents à fournir sont en double exemplaire, en français et en anglais. Une personne à l'entreprise s'occupe de notre cas. Elle indique à Kris les démarches et documents, et en retour Kris me fait passer ses messages. La précision des documents est de rigueur. J'ai l'impression que je cherche à sortir de l'ex-URSS. Jusqu'au jour, où je ne comprends pas bien le message, j'ai besoin d'une indication supplémentaire et il faut faire assez vite car les délais se ra-menuisent. Mais Kris n'est pas joignable. Alors, je contacte directement la personne de l'entreprise. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? C'est tellement plus facile. Lorsque l'on est pris dans le tourbillon du temps qui passe trop vite, on en oublie les évidences... J'ai d'ailleurs bien fait de la contacter directement, car à la mairie de notre mariage, l'employée n'a pas exactement l'expérience des précisions en question, et il faudra que j'y retourne. Ce n'est pas exactement comme si je n'avais rien d'autre à faire... Les papiers sont réunis : ambassade, nous voilà! J'ai tout de même un petit pincement à l'idée que mon passé se rappelle à moi. Je suppose qu'ils gardent quelques traces informatiques des différents mouvements sur leur territoire. Cela fait déjà 18 ans, et malgré tout ce temps, je suis sûre que la rigidité informatique ne sera pas en reste pour me retrouver...
Mardi 19 février, 11h du matin, RDV à l'ambassade Américaine à Paris. Nous ne serons pas en retard, il ne faudrait pas commencer du mauvais pied. Nous aurons deux contrôles, le premier nous prendra nos documents et m'informera que la traduction n'était pas nécessaire. Cela fait marcher les avocats me dira-t-il ! Quand je pense à toutes ces manipulations qu'il m'a fallu faire, je suis verte (couleur prémonitoire). Le deuxième me pose quelques questions sur le but de notre séjour et si je n'ai pas eu de problèmes auparavant sur le territoire américain. Bien sur que non ! Tous deux seront davantage centrés sur Flore que sur moi, les Américains aiment les enfants, ils sont très fiers de leur famille. Si cela doit opacifier mon passé, aucun problème. Nous terminerons notre journée par la visite du palais de la découverte. Toujours un régal. Les visas arriveront une semaine plus tard. Je peux souffler...

Nous pouvons commencer le délestage. Nous sommes arrivées à nous inscrire pour un vide grenier, en salle, donc indifférent aux conditions climatiques. Je suis passée par une connaissance pour l'inscription, car sinon il faut venir à 15h un vendredi : cela ne s'adresse pas aux gens qui travaillent.
J'en profite pour proposer à deux amies de le faire avec nous : ce sera plus sympa de passer la journée ensemble, et les enfants pourront collaborer à la vente. Pour autant, nous ne sommes pas autorisés à utiliser deux tables (1m80). On va jouer serré! C'est intéressant de faire le tri de ce que l'on veut garder, de ce qui peut être vendu et à quel prix. La maison est passée en revue pour être sur de ne rien oublier. Le jour arrive et comme bien entendu notre table déborde. Notre voisin arrivera plus tard, alors nous allons utiliser sa table pour le début de la vente. Il faut venir à 7h pour installer, début de la vente prévue à 8 h. Et là, il faut être prêt... car c'est le rush, beaucoup de collectionneurs, de gens qui achètent pour revendre, les prix sont débattus avec vigueur... on n'est pas trop de trois pour répondre de partout. La matinée est décisive. En trois heures, la moitié du stand est partie, heureusement car les grades ciel de nos objets sont instables. Les enfants se régalent à négocier la vente, ils sont fiers de voir que leurs objets sont choisis, ils apprennent le rapport à l'argent : trois bonnes raisons de passer une journée debout, à discuter les prix, à manger un sandwich et surtout à se lever à 6 h 30 un dimanche. Mais la raison essentielle, c'est le rangement par le vide, pour nous ce sera vital. Cette journée inaugurera le début d'un long processus, dans lequel il y a peu de place pour la nostalgie. Et je pense déjà aux yard sales des États-Unis, où nous pourrons revivre la même aventure.

vendredi 26 avril 2013

La pré-visite


J - 3 mois : la pré-visite.

L'entreprise de Kris a prévu un voyage pour Flore et moi, afin de faire le choix d'une maison. Ce sera nos vacances de printemps. Kris s 'est renseigné sur l'école publique pour Flore, ce qui suppose que nous trouvions une maison dans un quartier qui dépend de cette école. Nous n'en aurons que deux à visiter. C'est parfait, je n'ai pas envie de passer tout mon temps à visiter des maisons.

L'aller sur Hagerstown : le surbooking, entre perte et récompense. Nous sommes arrivées un peu juste à l'aéroport, apparemment, ils ont déjà donné nos places à d'autres (nous sommes quand même arrivées plus d'une heure en avance, pour un vol Européen, puisque nous nous arrêtons d'abord à Londres). Nous allons perdre 19 heures de vie aux US, dont 12h de nuit, mais nous allons être indemnisées à hauteur de la perte. Et cela fait une plutôt belle somme. Je crois que je ne voyagerai plus qu'en surbooking ! La dame a simplement oublié de nous dire qu'il fallait dépenser cette fortune en 2 semaines. Je ne suis pas sûre de savoir faire. Mais si un surbooking se renouvelle, j'apprendrai...

London by night. Comme nous sommes obligées de prendre un autre vol, nous choisirons l'option de dormir à Londres pour partir plutôt le lendemain. Nous aurons alors la chance de visiter Londres de nuit. Départ d'Heathrow 21 heures, bus n° H 54, premier arrêt à l’hôtel Holiday Inn Heathrow, puis à l’hôtel The Park Inn Heathrow, puis à l’hôtel Sheraton Heathrow Marriott, et enfin notre hôtel Renaissance Heathrow. Cette visite nous a complètement lessivées : ne pas louper l'arrêt, ne pas louper l'arrêt, ne pas louper l'arrêt... Le temps est gris et pluvieux (nous sommes bien à Londres !), il est difficile de bien distinguer les hôtels. Notre nuit à Londres sera courte, le bus le lendemain passe à 7h30. L'hôtel est très confortable, la nourriture très anglaise...


Aéroport de Washington. Nous sommes arrivées à 13 h, avec un peu de retard, l'avion qui était en train d'amorcer sa descente est brusquement remonté et a fait un petit tour, sans doute pour nous permettre d'admirer la vue du ciel de Washington ! J'apprécie très modérément ce numéro de voltige !!! Ce qui va nous prendre le plus de temps c'est le passage de douane. Entre mon passé qui se réveille, et un entrepôt où sont logés les étrangers avant de leur permettre de fouler le sol américain (les Américains n'ont pas renoncé au passage des étrangers par un entrepôt du type Ellis Island (1)), on aura mis 1 h pour sortir. Notre chauffeur est là, il nous attendait. Il nous reste tout de même un peu de temps pour explorer Washington. On va se garer près de la baraque d'Obama. La maison blanche est toujours blanche, quels que soient les présidents qui l'habitent. Il y a des choses qui ne changent pas ! 




Hagerstown : entre joie et déception. Il y a d'abord la campagne : le bon air, la nature, les animaux sauvages , les distances réduites, la disparition des bouchons; mais, en même temps, cela s'accompagne d'activités réduites, la culture rétrécie, de choix réduit des produits (encore que... nous avons des outlets juste en bordure de ville)... Pour une famille, c'est idéal. Il faudra prendre le meilleur et laisser de côté les renoncements que cela impose.

Nous sommes invités plusieurs soirs chez des collègues français expatriés. Une habitation d'expat présente souvent l'image d'un rétrécissement ou d'un élargissement : c'est le château d'un noble désargenté ou la maison des 7 nains sauf qu'ils sont 15. On garde les meubles que l'on avait d'une autre maison, mais on achète peu de choses nouvelles car le retour annoncé laisse en suspend des questions sur l'adaptation de ce nouveau mobilier dans le pays d'origine (ne serait-ce que tout ce qui est électrique). Et puis, la taille des maisons entre la France et les USA n'est pas la même. Lorsque l'on déménage dans une maison à soi, on va avoir à cœur de s'installer dans cette nouvelle maison, soit en débarrassant les choses en trop, trop grandes, soit en récupérant des meubles nouveaux plus adaptés au nouveau logement. Là le logement est de transit, il faut l'habiter sans l'investir totalement (au risque de beaucoup de frais pour un temps court). J'imagine notre nouvelle demeure aux riches accents Américains, devoir se travestir de parures exotiques (pour les Américains, l'Europe et en particulier la France est teintée de couleurs exotiques). Mais ce qui compte ces soirs-là, c'est de se sentir accueillis, attendus, même si pour certains, notre arrivée signera leur propre retour en France. La meilleure communion est celle qui se partage entre frères d'armes ! 

Nous serons aussi invités par un collègue américain. Nous mangerons à table, avec du vin. Le repas sera constitué d'un plat principal avec une salade et d'un dessert. C'est très agréable mais il nous faut aussi nous familiariser avec les codes sociaux à table. Les enfants mangent dans la cuisine et sont servis en premier. Pour nous, petite prière de remerciement avant de commencer le repas. On se sert spontanément. Il nous a été difficile de savoir si cela pouvait faire plaisir que nous participions au rangement de la table. Les codes sociaux sont de vrais challenges : ils créent une communion entre ceux qui les partagent, mais peuvent laisser extrêmement perplexes ceux qui ne les connaissent pas.

Aux États Unis tout est plus grand : les espaces, les miles, les jours de travail, les Fahrenheit, les voitures, les yards, les maisons... et les Américains. Il y a peut-être une corrélation entre la taille des gens d'ici et les tailles utilisées autour d'eux. En tout cas, il y a une constante : c'est au supermarché que la taille des Américains est la plus impressionnante. A croire que le simple fait de fréquenter les magasins à un effet sur le poids. Je vais peut-être m'abstenir ! Il y a en effet un phénomène très étrange, plus on fait des courses, plus on a des choses à acheter. Ils sont très forts pour mettre à porter de regard tout ce que vous avez oublié avant. En France, nous sommes des petits joueurs dans ce domaine. En tout état de cause, l'obésité touche ici plus du tiers de la population et dans un certain nombre de cas, cette obésité me semble vraiment morbide tant chez les hommes que chez les femmes. Et là encore en Europe, nous sommes des petits joueurs. 18 ans plus tôt, il était déjà beaucoup question d'obésité et je me souviens qu'à mon retour en France, les Français s'inquiétaient de voir débarquer ce phénomène chez eux. Il est vrai que la France et l'Europe aujourd'hui sont touchés mais pas de cette ampleur. Les pays occidentaux vont mourir de leur hygiène de vie...

La circulation : un fait est établi aux USA, à part à NYC, vous devez avoir une voiture, un vélo ne suffit pas. Mais les voitures et la circulation ici supposent quelques ajustements. Je garde mon pied gauche en alerte, alors que je n'ai pas de pédale à lui donner, vitesses automatiques obligent. J'ai parfois l'impression que mon pied gauche hésite entre s'accrocher à ce qu'il connaît de sa vie bien remplie et accepter ses nouvelles conditions de vie plutôt oisives. L'avenir montrera qu'il aura réussi à s'adapter pour profiter de ce temps libre. Par contre, mon esprit est en alerte, il y a de nouvelles règles de conduite (je les avais déjà expérimentées surtout à San Diego, mais les retrouver n'a pas été si naturel, encore un coup de Pavlov). En ce qui concerne la vie sur les routes, je retiendrais surtout qu'il est possible de tourner à droite au feu rouge lorsque la voie est dégagée, il faut accélérer à l'orange (tous les Américains ne sont pas d'accord sur cette règle), beaucoup de panneaux d'avertissement (travaux, école...) sont fluorescents, il est souvent rappelé les risques encourus en cas de non-respect des règles (punition, chantage et conséquences catastrophiques sont les trois reines en la matière), la sirène des ambulances vous fait perdre de quelques degrés  votre acuité auditive à chacun de leur passage. La loi du premier arrivé sur la route, premier servi semble valable. Depuis, heureusement, j'ai trouvé de généreux Américains pour me laisser passer à un carrefour particulièrement chargé : je leur rends grâce aujourd'hui.

Les Amish : nous vivons à côté d'un état qui en compte beaucoup : la Pennsylvanie. Hagerstown est une ville construite à un carrefour : de chemin de fer (pour trouver une maison loin d'un chemin de fer c'est impossible) ; de plusieurs états : situé dans le Maryland (ne pas prononcer marine-land, cela ne fait pas sérieux), elle est au bord de la Pennsylvanie, de la Virginie et de la Virginie-Occidentale ; et de routes : bordée par l'interstate 81 (de la frontière Canadienne à l'état du Tennessee) et de l'interstate 70 (du Maryland jusqu'à l'Utah). Nous allons donc alors avoir les Amish comme voisins. Les Amish sont une communauté religieuse, vivant de façon simple et à l’écart de la société moderne (pas d'électricité, ni de voiture à moteur pour les plus puristes). Le plus souvent agriculteurs, on trouve beaucoup de leurs produits à Hagerstown. J'espère au moins que leurs produits sont bio. Quitte à refuser le progrès, j'espère qu'ils refusent les engrais et autres pesticides. Cela a du bon de refuser certains aspects de la modernité, je ne suis pour autant pas sur de vouloir me fondre à leur mode de vie!

Nous sommes au mois d'avril et le temps est contrasté. Mercredi -3 au réveil, dimanche +28. Petit calcul mental : quel est le différentiel de température en moins de 4 jours ? Cela explique peut-être la réactivité des américains, aux différentes circonstances de la vie : il faut toujours porter un maillot de bain sous sa polaire !

Aquarium de Baltimore
Washington DC
Nous consacrons une journée à visiter Baltimore et une pour Washington. J'apprécie la gratuité des musées à Washington, ce qui permet de faire un peu de visite sans se soucier de tout voir, au risque de finir asphyxier. La ville se présente différente de notre représentation des villes américaines toute en hauteur ; ici, le vert domine, les animaux ont leur quartier (oies sauvages et squirels, je ménage mes amis Américains qui ne peuvent absolument pas prononcer notre écureuil local), les habitations ne jouent pas au jeu de celui qui montera le plus haut.

Le retour en France : retient la nuit. Départ 18 h, arrivée 6h du matin à Londres, et midi à la maison. Nous retrouvons la classe éco, et la nuit dans un avion n'a rien de reposant. Chaque fois que je m'endors, ma tête bascule et je me réveille en sursaut de peur de tomber sur l'épaule du voisin ; lorsque je décide de changer de place avec Flore, qui elle au moins peut s'allonger sur mes jambes ce qui me laisse le hublot pour reposer ma tête, le sommeil a décidé d'émigrer vers d'autres horizons et je ne peux que regarder un film à la TV pour passer le temps. A Londres, il faut être en alerte pour le changement d'avion. Le vol pour Lyon dure trop peu de temps pour pouvoir dormir. Arrivée à la maison, je ne peux que rêver d'un bon lit, ce n'est plus de mon âge les nuits blanches ! Pour ne pas trop nourrir le décalage horaire, je demande à Flore de me réveiller à 14 h. Ces deux heures de sommeil répareront partiellement les dégâts de la nuit précédente, mais le décalage horaire aura quand même été le plus fort : il sera difficile de s'endormir avant 3 h du matin, les deux nuits suivantes.

A peine arrivée, je suis contactée par deux entreprises de déménagement pour faire un devis. Je suis précipitée dans le magma de la lave en fusion ! C'est le top départ de l'organisation pré-départ. Tout sera emballé par les soins des déménageurs, il ne faut rien emballer nous-même au risque de ne pas être couvert par les assurances. Mais c'est parfait pour moi ! Par contre, il ne faut pas prendre les bouteilles de vin, les armes, de la nourriture, les produits d'entretien et produits toxiques, les animaux domestiques, et tout ce qui est susceptible d'apporter des germs sur le territoire américain. Ils sont plutôt prudents aux USA ! Il va donc falloir trier et ne laisser aux déménageurs que ce qui peut se transporter. Que va-t-on faire de la cave à vins ? On a une sarbacane rapportée de Malaisie, ça compte comme arme ? Je vais tenter de faire le tri, mais quelques produits illicites échapperont à ma vigilance et resteront tout de même. Les déménageurs ne feront pas le tri et ils passeront la frontière : le foin pour Lapinette, le cirage à chaussures, l'engrais… si j'avais su, j'aurai moins pris de précaution.

(1) Ellis Island, a été une station d'inspection de l'immigration , ouvert en janvier 1892 sur une petite île juste à côté de la statue de la Liberté, près de New York City. En cela, elle a aussi été la porte d'entrée pour des millions d'immigrants pour les Etats-Unis.

samedi 30 mars 2013

Mais où est passé le temps de la tendre insouciance?


J - 2 mois. Préparation du déménagement : mais où est passé le temps de la tendre insouciance ?

Aujourd'hui deux mois exactement avant notre départ, c'est mon anniversaire et nous n'avons pas trouvé d'autres dates avec les collègues pour tenter de boucler notre article afin de le rendre avant mon départ. L'article sera finalement donné à la revue le 4 juin. Nous n'avons pas travaillé pour rien. Je suis fière d'avoir collaboré à ce travail. L'écriture à trois mains est une invitation au partage et au renoncement de soi.

Une course contre la montre s'organise : il faut que tout soit prêt, ne rien oublier. Ranger, ranger, ranger. Dans la maison, pour la voiture, au travail. Le maître mot devient : anticipation. Pas trop tôt car sinon, tout risque de tomber à l'eau, et pas trop tard car sinon on risque de se laisser déborder par la dernière minute. J'ai l'impression de ranger plusieurs fois les mêmes endroits. En fait, le rangement en vue d'un déménagement, c'est comme lorsque l'on enlève l'écorce d'un oignon, il y a toujours plusieurs couches. Maintenant, les week-ends se partagent en deux temps : ranger et voir des amis ou de la famille. J'ai besoin de cette chaleur, de cette présence, de prolonger encore un peu ces moments de bonheur. C'est fou comme les amis ça fait du bien. C'est pour moi le meilleur anti-stress, même si je tente d'occulter pour ces quelques instants que je ne suis pas sûre de les revoir avant le départ. Côté rangement, il faut se délester : soit en donnant, soit en emmenant à la déchetterie. Je vais prendre plaisir à aller régulièrement à la déchetterie où je vais avoir mes habitudes et puis j'aime l'odeur des haies taillée. C'est un monde plutôt masculin, où chacun vague à ses occupations, pressé d'en avoir terminé. Il y a une organisation bien rodée, c'est à chacun son tour, tout doit être trié, chaque chose à sa place. Les séjours à la déchetterie sont marqués par un mouvement ambivalent : on se sent plus léger après s'être débarrassé de tous ces objets inutiles, mais parfois c'est lourd d'abandonner ce qui nous a suivis dans notre vie.

Nous n'irons pas finalement aux journées gallo-romaines de St Romain en gal : il a plu toute la journée. Il y a des choses qui se perdent avec regret. Cette remonté au temps antique, je l'apprécie particulièrement. C'est vraiment une plongée vers notre passé, nos racines, nos fondations. J'ai déjà eu l'occasion de prendre la machine à remonter le temps pour nous immerger dans le temps moyenâgeux, et là encore c'est notre histoire qui s'offre à nous. Et pour ne rien gâcher, c'est très ludique. Je me console en pensant qu'aux États-Unis, il y aura sans doute des reconstitutions de la guerre de sécession, on va habiter pas très loin de là où se sont déroulées des batailles importantes. On aura moins de distances à parcourir dans le temps et cette histoire sera moins la nôtre. Mais l'histoire au fond, elle n'appartient à personne, c'est l'histoire de l'humanité. A la même période dans le monde, se labouraient d'autres champs de bataille.

Au niveau de l'entreprise de Kris, il y a un réaménagement interne qui s'organise et tout le monde doit re-postuler sur son poste sans certitude d'être repris au même poste. C'est intéressant pour nous qui sommes prêts pour le grand saut ! Tout est organisé pour notre départ et nous devons attendre le verdict. En attendant la vie continue. L'attente durera quelques semaines pendant lesquelles je ne sais plus très bien si je dois me réjouir ou m'attrister, si je dois continuer le rangement ou mettre en suspens. Je reste fidèle à moi-même : wait and see. Pour le rangement néanmoins, je continuerais quand même car sinon nous serions trop en retard, et puis ce sera toujours cela de fait : un bon rangement tous les 7 ans permet de remettre de l'ordre dans une vie, en effet notre précèdent déménagement datait de 7 ans (le chiffre 7 marque un changement : 7 jours dans une semaine, 7 ans de malheur, une année sabbatique revient tous les 7 ans, les 7 péchés capitaux... il faudra que j'y pense dans 7 ans). Finalement, Kris sera reconduit sur son poste avec quelques changements sur ses responsabilités, mais rien qui ne viendra troubler notre départ.

Le 18 juin 2012 : l'appel du large. Les déménageurs arrivent en nombre et en muscles. « Tu as vu les beaux gosses », me dira ma fille, sur le chemin de l'école. Un peu plus tôt, il y a eu déjà les gars de l'entreprise de façade. Le chantier a pris du retard à cause de la pluie. 2012 aura été une année pluvieuse ! 8H10 du matin, il faut que je gère tout ce monde, et je dois partir à l'école de Flore dans 15 minutes. Heureusement, ils sont tous très autonomes, et je me sens plutôt inutile et encombrante. J'ai déjà fait ma part de travail ; maintenant, je laisse la place à d'autres. 15H30. La mise en carton est finie. Jamais je n'aurais cru que tout ce que nous possédons s'emballe en si peu de temps. Le camion ne sera là que le lendemain, alors nous resterons la nuit avec les cartons. C'est un excellent terrain de jeu pour cache cache ou pour faire des cabanes.
Mardi 19 juin, le jour d'après... Le chargement va se faire entre 13h30 et 15h30. Jamais je n'aurais cru que tout ce que nous possédons occupe si peu de place dans une journée. La maison est vide. C'est un excellent terrain de jeu pour les glissades et les vocalises. Il ne nous reste plus que quelques affaires pour tenir un siège pendant une semaine. Ce sera la semaine camping. Tout partira le WE prochain, et nous serons officiellement Sans Domicile Fixe.

lundi 18 mars 2013

Le squat, la remise des clefs et les résiliations


J - 3 semaines. Le squat, la remise des clefs et les résiliations : le bon, la brute et les truands.

Nous avons eu de nombreuses propositions de lieux pour dormir pendant notre temps de transfert. Je suis touchée par la qualité des liens avec nos amis. Ils n'hésitent pas à nous accueillir chez eux pendant cette phase de déracinement. Maintenant, il nous faut nous décider et leur donner une réponse. Je pense qu'il vaut mieux rester une semaine entière à un endroit pour ne pas trop nous éparpiller et aussi pour profiter pleinement de nos amis. Alors, la première semaine se passera chez Isa, elle n'habite pas très loin de l'école de notre fille, son appartement est grand, ses enfants à elle sont déjà indépendants. La deuxième semaine, sera chez Marylaine. Je ne l'ai pas beaucoup vu cette année, ce sera l'occasion de passer du temps ensemble. Elle a une maison qui est sur la route de l'école et sa fille sera déjà partie en vacances. La dernière semaine, plus courte car nous partons le jeudi, nous la passerons chez Aude et Greg, nos amis et voisins. Leur maison est grande aussi, pas loin du centre équestre de Flore et leurs enfants à eux sont avenir. Pour les Week-end, nous irons pour le premier chez Charly et Angel et pour le deuxième chez mes parents. J'ai envie de passer du temps avec chacun. Je suis encore là et ils me manquent déjà. Cette période de transhumance sera de la couleur de l'été : des rayons de soleil dans une vie en rose. Nous n'avons pas pu aller chez tous bien sûr, mais ces marques d'attention sont restées comme des fortifiants pour passer tranquillement l'hiver. Pour ne pas tomber malade l'hiver prochain, je vous recommande soit du citro-tonic, soit un petit squat chez vos amis...

Avant de remettre la maison aux futurs locataires, il faut la remettre à neuf. Tout d'abord : remettre à propre les joints de salle de bain. Je n'aurai jamais cru que cela soit aussi facile, il nous a fallu, vivre avec les joints noirs des précédents propriétaires car je ne suis pas arrivée à décider Kris de l'urgence de la situation. Et je croyais que cela serait vraiment trop technique pour moi. Je ne suis pas bricoleuse, c'est là mon second moindre défaut. Devant une tâche à réaliser, je suis comme une poule devant un œuf dur : « je crois que j'ai déjà vu cela quelque part, mais à quoi ça sert déjà ? » Par contre, je suis un bon manœuvre, il suffit de m'expliquer et j'applique avec soin. Les joints ne seront plus jamais noirs ! Ensuite, la piscine têtue, qui résiste à mes soins, elle refuse de se clarifier. Je réalise à quel point la piscine est comme une ado qui a besoin de nous résister pour avoir le sentiment d'exister, sans doute. Et cette année, tout particulièrement car le temps n'est pas favorable, n'ai-je pas déjà dit que 2012 était une année pluvieuse ? La pluie a une action sur les hormones de la piscine ! Kris ne m'est pas d'une grande aide car il ne cesse de me dire que c'est toutes les années pareil. Il n'aime pas s'occuper de la piscine et je reconnais que je lui laissais faire la technique, tandis que je profitais de l'eau claire. Il ne reste plus qu'une semaine pour trouver une solution. Il y quelques semaines de cela, nous avons reçu un dépliant publicitaire concernant un produit révolutionnaire pour les piscines, à base d'oxygène actif, et en plus qui est naturel. Ça ne coûte rien d'essayer. Je me renseigne au magasin et cela semble très prometteur. Il suffit de mettre deux bidons de ce produit pour que toute trace de chlore disparaisse et que l'eau retrouve son état naturel en 24 h. Après 12 h le résultat n'est pas très probant. Je suis déçue. Mais après 24 h, là c'est une révolution aquatique : l'eau est redevenue bleu limpide. La piscine ne sera plus jamais verte !

Dernier point, la peinture de la porte du garage. Depuis, que nous sommes arrivés dans la maison, la porte du garage perd sa peinture. Il nous faut faire quelque chose, d'autant qu'en passant le kärcher pour la nettoyer, cela s'est aggravé. Et comme nous avons eu la bonne idée de le faire juste deux semaines avant le passage de relais, nous n'avons plus le choix, ou plus exactement je n'ai plus le choix. Je vais m'activer à passer trois couches de peinture en un week-end : samedi, pinceaux en main à 7 h, 22 h, dimanche à 7 h. La porte du garage ne perdra plus jamais sa peau ! Dans son nouvel habit, la maison me donne envie de l'habiter... 

Maintenant que je ne vais plus habiter chez moi, il faut que je m'occupe des résiliations, pour l'eau, l'électricité, le gaz, la voiture, le téléphone, internet... J'en ai la tête qui tourne. « Vous souhaitez résilier votre abonnement, tapez 1 ; vous prévoyez de reprendre un abonnement sur la même commune, tapez 1bis; sur une autre commune, tapez 2; dans un autre département, tapez 3; dans un autre univers, tapez 4; sur une autre planète, tapez 5», c'est où qu'il faut taper pour ne pas reprendre d'abonnement??? Dans l'ensemble, je suis surprise de voir que tout est simple comme un coup de fil. Ils prennent en compte votre demande, vous renseignent efficacement, il n'y a pas d'autres démarches à faire sinon leur indiquer par internet la consommation au jour de la résiliation. En cas de déplacement de leur part, il n'y a pas besoin d'être là, à poiroter 4 heures en les attendant.

Reste le ménage avant la remise des clefs. J'ai prévu quatre heures pour moi, et j'ai demandé à Danielle qui nous aide habituellement pour le ménage, de venir trois heures aussi. Cela ne va pas suffire, on rajoutera une heure pour chacune. C'est fou le temps que cela prend pour faire le ménage d'une maison vide. Nous ne lésinons pas sur la propreté, après tout cela reste notre maison. Je vais faire le ménage comme j'aurais voulu trouver la maison en arrivant. Danielle, philosophe me dit que cela vaut bien une séance de sport en piscine.

Samedi, c'est la remise des clefs. Je suis arrivée en avance pour trier les clefs, pour finir de laver les vitres que je n'ai pas eu le temps de faire, pour ranger nos dernières affaires dans la voiture. Il y a un phénomène très étrange lorsque l'on déménage : c'est la multiplication des affaires. Mais à la différence de la multiplication des pains, ici on aurait plutôt besoin d'en avoir moins ! 
Je rajoute aussi de l'eau dans la piscine. Il s'est décidé à faire un peu chaud cette semaine et la piscine meure de soif. J'installe donc le tuyau d'arrosage. Je ne me sens pas triste de laisser ma maison. Je crois que je suis prête. J'espère quand même que les locataires en prendront soin. On va passer le WE chez des amis. Cela nous changera d'air, au cas où l'émotion nous rattrape quand même. Chez eux, la piscine est bonne, il faut dire qu'il fait particulièrement chaud ce jour-là. Ici aussi, elle meure de soif. Charly installe le tuyau d'arrosage... j'ai déjà vu cette image quelque part : mais au fait, je n'ai pas arrêté l'eau ce matin dans notre piscine, en partant. Branle bas de combat, pour trouver une solution. Je n'ai plus les clefs, si j'y vais, je devrais passer sur le grillage. C'est un comble! J'appelle les locataires. Ouf, ils vont pouvoir s'en occuper. Tout est rentré dans l'ordre, la piscine n'a pas débordé. Au moins, elle ne mourra pas de soif...

Le samedi aura été chaud, mais le dimanche où nous avions prévu d'aller une dernière fois à Walibi, il va pleuvoir toute la journée. Nous n'irons pas finalement à Walibi ! Il y a des choses qui se perdent avec moins de regret (PS : ce n'est pas l'avis de ma fille).

Le passage de relais de la maison étant fait, il faut donc que je contacte les différents fournisseurs d'énergie pour leur indiquer notre dernière consommation. Sur certains sites, je n'arrive pas à accéder à « ma consommation ». Je crois qu'ils ont compris qu'on ne se réabonnerait pas, alors ils nous induisent en erreur. Sur d'autres, il faut que le technicien passe finalement. On me l'avait pas dit la première fois que j'avais appelé. Comment, cela se passe-t-il ? je n'ai pas besoin d'être là au moins ? « Si bien sur entre 8h et midi ». Mais comment je fais, je n'ai plus la maison. Je ne vais pas attendre dans ma voiture, tout de même. « Demander à un voisin, ou un ami ». Nous n'avons manifestement pas la même notion du voisinage ou de l'amitié, je vais encore moins faire poiroter quelqu'un à ma place. Bon, le prochain RDV, ce serait possible quand ? « Vendredi 13 juillet ». Si vous reprenez toutes nos dates, vous verrez que la réponse comporte une anomalie. A vous de la découvrir... C'était plus simple avec un coup de fil. Mais rien de vaut la présence humaine, ne serait-ce que pour les engueuler ! Rassurez-vous aux États-Unis, ce ne sera pas plus simple, car là en plus il faut prouver que l'on n'a pas d'antécédents d'impayés. Et pour cela, il faut fournir tout un tas de documents que l'on n'a pas puisque précisément on vient d'arriver. « nous sommes désolés, nous ne pourrons pas vous ouvrir votre ligne sans ces renseignements». Comment se passer de la précieuse énergie, cela va être difficile de s'allumer aux bougies et de pédaler pour avoir du courant, de chercher l'eau potable au puits... David sera la solution. David, c'est notre mentor, notre tuteur, notre passe-droit, notre indispensable homme à tout faire, notre fronde contre Goliath. Il nous aide pour notre installation, c'est prévu par l'entreprise : pour trouver une maison, régler les problèmes administratifs, nous faire visiter la ville, se porter garant lorsque l'opératrice ne veut rien savoir, nous organiser le test de conduite pour avoir notre permis, nous renseigner sur les meilleurs stores en ville, se faire engueuler à notre place quand on n'a pas les bons papiers. Sans David, point de salut...                                     

last rush avant le repos pas encore éternel...

j - 1. La veille.  Last rush avant le repos pas encore éternel...

Il ne me reste plus qu'une journée pour penser à tout. Cette journée, je vais la vivre à 100 à l'heure, dans tous les sens : c'est l'agitation de dernière minute, le temps qui se dérobe.
Avant de me rendre au boulot, je dois laver la voiture. Elle n'est pas encore vendue, mais si cela arrive après notre départ, au moins elle sera propre. Mince, juste avant moi à la station de lavage, une voiture s'engage dans le lavage automatique. Je sens que la journée va être longue...
Au travail, il me faut gérer une dernière urgence. Jusqu'au bout je vais être prise par ce métier. Au moins, j'emporterai avec moi ce travail qui me prend tant. Je ne vais pas avoir le temps de manger. De toute façon, ce n'est pas grave, je n'ai pas faim.
L'après-midi, j'ai prévu de recevoir une dernière fois les étudiants avec lesquels je travaille à l'Université. Les RDV s'enchaînent, je n'ai pas le temps de souffler. Je n'aurai pas le temps de rendre la clef de mon bureau, avant la fermeture du secrétariat. Je l'emporterai donc avec moi.
Il me reste à récupérer Flore qui a passé la journée chez une copine. Nos amis savent que je suis pressée, mais je ne peux pas partir comme une voleuse. C'est tout de même la dernière fois que l'on se voit avant un long moment. Et puis, je suis bien avec eux. Cela aussi, je veux l'emmener avec moi.
Je maudis ces magasins français qui ferment si tôt. Je vais avoir du mal à arriver avant 19h pour récupérer les deux paires de lunettes, surtout qu'il y a un bon bouchon et d'autres ralentissements. Je téléphone pour les prévenir, ils savent que je pars le lendemain pour les États-Unis. Ils vont pouvoir m'attendre, le service à la française a quand même du bon.
A 20 h, je vérifie que les services de téléphonie mobile sont bien disponibles 24 heures sur 24, même si à cette heure-là, le personnel n'est pas toujours au mieux de sa forme. Je suis informée que la communication est susceptible d'être enregistrée. Ils vont être bien surpris d'entendre mon interlocutrice parler à sa collègue en même temps, et se plaindre d'avoir pris cet appel juste avant la fin de son service, ou de maudire son ordinateur qui ne fonctionne pas. Mais, elle répondra à ma demande. Demain, je serai connectée au monde.
Il me reste à récupérer Flore qui a passé la journée chez une copine. Nos amis savent que je suis pressée, mais je ne peux pas partir comme une voleuse. C'est tout de même la dernière fois que l'on se voit avant un long moment. Et puis, je suis bien avec eux. Cela aussi, je veux l'emmener avec moi.
Je maudis ces magasins français qui ferment si tôt. Je vais avoir du mal à arriver avant 19h pour récupérer les deux paires de lunettes, surtout qu'il y a un bon bouchon et d'autres ralentissements. Je téléphone pour les prévenir, ils savent que je pars le lendemain pour les États-Unis. Ils vont pouvoir m'attendre, le service à la française a quand même du bon.
A 20 h, je vérifie que les services de téléphonie mobile sont bien disponibles 24 heures sur 24, même si à cette heure-là, le personnel n'est pas toujours au mieux de sa forme. Je suis informée que la communication est susceptible d'être enregistrée. Ils vont être bien surpris d'entendre mon interlocutrice parler à sa collègue en même temps, et se plaindre d'avoir pris cet appel juste avant la fin de son service, ou de maudire son ordinateur qui ne fonctionne pas. Mais, elle répondra à ma demande. Demain, je serai connectée au monde.
Mon frère qui maintenant vit à l'autre bout du monde, mais qui est actuellement en France pour les vacances, ne m'a pas encore donné de nouvelles. J'aurai pourtant aimé lui parler avant de partir. Je ne sais pas comment le joindre car son ancien téléphone ne marche plus et je n'ai plus de connexion internet. De toute façon il est trop tard pour se joindre par internet. On a toujours été lié avec mes frères, mais très indépendants. Je paye cher aujourd'hui le prix de cette indépendance.
Il me faut encore ranger les valises pour ne garder avec nous que ce que nous pouvons passer par la douane, mais sans rien oublier d'essentiel. Et puis, il faut arriver à les fermer.
Demain, j’appellerai l'assureur, car je ne suis pas encore arrivée à les joindre. « tous nos conseillers sont occupés, merci de rappeler plus tard ». Plus tard pour moi, devient un vrai challenge...