J - 6 mois : la première
vague de départ, une déferlante.
Le 2 janvier : pas le temps
de se remettre du réveillon, il faut s'engager vers un premier
mouvement migratoire. C'est rare les mouvements migratoires en plein
hiver, surtout pour partir vers une région où il fait aussi froid.
Mais tel est notre destin. Les choses sont scellées, il va nous
falloir apprendre à gérer l'absence, l'organisation respective
chacun de son côté. En effet, Kris part en explorateur dès le 2 janvier, tandis que nous devrions le rejoindre en juillet. Heureusement, Skype est là pour nous
rapprocher. Et c'est vrai, que cela rapproche. Je pense qu'avec Kris,
nous ne sommes jamais autant parlés de suite qu'avec Skype. Il faut
dire qu'il faut attendre le WE pour se connecter, à cause du
décalage horaire. A l'heure de nous appeler, il est au travail et ce n'est pas possible sans doute pour des raisons de risque de
piratage. Et quand il est rentré du travail, Morphée s'est déjà
occupé de nous. Alors, il faut faire une liste de tout ce que l'on a
à se dire. Car, au-delà de la dimension affective et des nouvelles
de la semaine, il y a quelques détails à régler :
- comment on s'occupe de la piscine ?
- elle est où l'essence pour la tondeuse ?
- c'est quoi les documents qu'il nous faut pour le visa ?
- Est-ce que tu as appelé ta mère ?
- On part où en vacances cet été ?
- Pour la vente des voitures, on fait comment ?...
Skype =
le supermarché des longues distances. Mais, Kris aura l'occasion de
revenir assez souvent finalement, puis nous irons le voir une fois.
Nous ne sommes jamais restés plus de deux mois sans se voir, et
encore qu'une seule fois. Les concours de circonstances
font qu'il a été là pour les moments clefs de la préparation au
départ : déménagement, emménagement des locataires, ce qui a
été un énorme soulagement. En effet, même si j'ai réussi à
gérer bon nombre de points qui m'étaient devenus étrangers à
force de laisser l'autre faire, il y a des moments où compter sur
quelqu'un, c'est comme une bouée de sauvetage dans une mer calme,
mais immense : cela sauve du burn out.
La nouvelle organisation : le
changement commence à la reprise de l'école après les vacances de
Noël. Je vais être seule pour assurer les accompagnements de notre
fille à l'école bilingue située à une demi-heure de chez nous.
Lorsque j'aurai des réunions le soir, il faudra que je trouve des
solutions pour la faire garder. Une babysitteur s'impose. Mais je
sais que je peux aussi compter sur les amis qui l'accueillent très
facilement, j'ai même parfois l'impression que ce n'est pas assez.
Il est vrai que Flore est facile, surtout chez les autres. Elle
s'adapte à tout, elle est sympa, polie, dégourdie. La seule chose
que les amis redoutent, c'est qu'elle ne mange pas ce qui est mou. Et
il est vrai que souvent, pour les enfants on pense à faire des choses
molles : purée, soupe, compote, yaourts. Oublier tout cela,
vive les pommes de terre sautées, les légumes non moulinés, les
fruits frais, le fromage à la coupe. Ce n'est pas très compliqué,
mais il faut y penser.
Finalement, je vais m'adapter moi
aussi à cette nouvelle organisation. On a beaucoup de CD d'histoires
à écouter dans la voiture et les révisions de l'école se font
aussi là.
Nous allons avoir besoin de
nouveaux passeports. Les nôtres sont encore valables mais pas pour
toute la durée du séjour. Il nous donc les refaire. Le RDV est pris
à la mairie la plus proche. Il faut être présentes toutes les deux
au rendez-vous de demande et à celui de restitution. C'est que
maintenant, nous sommes photographiées sous toutes les coutures.
J'espère que les photos conviendront, c'est souvent à cause de la photo
que l'on est recalé. Apparemment, elles passent. C'est tant mieux, car
nous avons RDV à l'ambassade US pour les visas dans un mois. Il faut
que nos passeports soient prêts d'ici là.
Pour les visas, les documents à
fournir sont en double exemplaire, en français et en anglais. Une
personne à l'entreprise s'occupe de notre cas. Elle indique à Kris
les démarches et documents, et en retour Kris me fait passer ses
messages. La précision des documents est de rigueur. J'ai
l'impression que je cherche à sortir de l'ex-URSS. Jusqu'au jour, où
je ne comprends pas bien le message, j'ai besoin d'une indication
supplémentaire et il faut faire assez vite car les délais se
ra-menuisent. Mais Kris n'est pas joignable. Alors, je contacte
directement la personne de l'entreprise. Comment n'y ai-je pas pensé
plus tôt ? C'est tellement plus facile. Lorsque l'on est pris dans le tourbillon du temps qui passe trop vite, on en oublie les évidences... J'ai d'ailleurs bien
fait de la contacter directement, car à la mairie de notre mariage, l'employée n'a pas
exactement l'expérience des précisions en question, et il faudra
que j'y retourne. Ce n'est pas exactement comme si je n'avais rien
d'autre à faire... Les papiers sont réunis : ambassade, nous
voilà! J'ai tout de même un petit pincement à l'idée que mon
passé se rappelle à moi. Je suppose qu'ils gardent quelques traces
informatiques des différents mouvements sur leur territoire. Cela
fait déjà 18 ans, et malgré tout ce temps, je suis sûre que la
rigidité informatique ne sera pas en reste pour me retrouver...
Mardi 19 février, 11h du matin,
RDV à l'ambassade Américaine à Paris. Nous ne serons pas en
retard, il ne faudrait pas commencer du mauvais pied. Nous aurons
deux contrôles, le premier nous prendra nos documents et m'informera
que la traduction n'était pas nécessaire. Cela fait marcher les
avocats me dira-t-il ! Quand je pense à toutes ces
manipulations qu'il m'a fallu faire, je suis verte (couleur
prémonitoire). Le deuxième me pose quelques questions sur le but de
notre séjour et si je n'ai pas eu de problèmes auparavant sur le
territoire américain. Bien sur que non ! Tous deux seront
davantage centrés sur Flore que sur moi, les Américains aiment les
enfants, ils sont très fiers de leur famille. Si cela doit opacifier
mon passé, aucun problème. Nous terminerons notre journée par la
visite du palais de la découverte. Toujours un régal. Les visas
arriveront une semaine plus tard. Je peux souffler...
Nous pouvons commencer le
délestage. Nous sommes arrivées à nous inscrire pour un vide
grenier, en salle, donc indifférent aux conditions climatiques. Je
suis passée par une connaissance pour l'inscription, car sinon il
faut venir à 15h un vendredi : cela ne s'adresse pas aux gens
qui travaillent.
J'en
profite pour proposer à deux amies de le faire avec nous : ce
sera plus sympa de passer la journée ensemble, et les enfants
pourront collaborer à la vente. Pour autant, nous ne sommes pas
autorisés
à utiliser deux tables (1m80). On va jouer serré! C'est intéressant
de faire le tri de ce que l'on veut garder, de ce qui peut être
vendu et à quel prix. La maison est passée en revue pour être sur
de ne rien oublier. Le jour arrive et comme bien entendu notre table
déborde. Notre voisin arrivera plus tard, alors nous allons utiliser
sa table pour le début de la vente. Il faut venir à 7h pour
installer, début de la vente prévue à 8 h.
Et là, il faut être prêt... car c'est le rush, beaucoup de
collectionneurs, de gens qui achètent pour revendre, les prix sont
débattus avec vigueur... on n'est pas trop de trois pour répondre
de partout. La matinée est décisive. En trois heures,
la moitié du stand est partie,
heureusement car les grades ciel de nos objets sont instables. Les
enfants se régalent à négocier la vente, ils sont fiers de voir
que leurs objets sont choisis,
ils apprennent le rapport à l'argent : trois bonnes raisons de
passer une journée debout, à discuter les prix, à manger un
sandwich et surtout à se lever à 6 h 30 un dimanche. Mais la raison
essentielle, c'est le
rangement par le vide, pour nous ce sera vital. Cette journée
inaugurera le début d'un long processus, dans lequel il y a peu de
place pour la nostalgie. Et je pense déjà aux yard
sales des États-Unis, où
nous pourrons revivre la même aventure.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire