Petite
question amusante : comment reconnaît-on que l'on se rapproche
de la frontière américaine en deux points ? Le goût de l'eau
redevient chloré ; les magasins
qui se répandent comme des lierres autour d'un arbre au point d'en
asphyxier le centre. Pour ceux qui avaient trouvé la réponse,
si vous êtes Français :
c'est pas mal mais peut mieux faire ; si vous êtes Américain :
congratulation, you are so good, what a fantastic job !
Au
passage de la frontière, je retiendrais deux phénomènes : le
passage de la frontière américaine prend toujours plus de temps que
le passage de la frontière canadienne (5 minutes
pour l'un, trois quarts
d'heure pour l'autre) ; et les pneus éclatés sur la chaussée
sont plus nombreux. Nous avons même pu assister en direct à deux
éclatements de pneus : l'un sur un camion ; il y a eu pour
commencer comme un coup de fusil, puis une odeur de pneu brûlé et
enfin des bouts de pneus éparpillés, le camion est resté assez
équilibré car il pouvait sans doute tenir sur toutes ses autres
roues ; l'autre sur une camionnette bien chargée. Là, le
conducteur a bien rattrapé le véhicule qui commençait à vriller
pour s'arrêter sur la bande d'arrêt d'urgence. Que ce serait-il
passé s'il n'avait pu contrôler le véhicule, alors que nous étions
derrière, heureusement à une distance respectable mais tout de
même ? En 27 ans de conduite sur route, je n'avais jamais eu
l'occasion d'assister à un tel spectacle : be
prepared !
Depuis, j'ai demandé au mari de Julie (qui est
camionneur) ce qui expliquait ce phénomène. Les pneus sont souvent
rechapés car ils sont beaucoup moins chers. Il y a encore des zones
d'ombre sur ma compréhension de ce pays : alors que vous pouvez
être conduit en justice et devoir payer de très fortes amendes pour
un problème survenu chez vous ou par votre faute, comment est ce
possible qu'il n'y ait pas plus de précautions prises à cet
endroit. En ce qui concerne votre responsabilité, elle est immense.
Si vous êtes mal assuré, vous pouvez rencontrer de vrais problèmes,
si le moindre incident vous implique. Julie, à ce sujet, m'explique
que lorsqu'ils ont acheté leur trampoline, elle s'est assurée de
faire signer un papier n'engageant pas sa responsabilité au père
d'une enfant qui venait souvent jouer. Pauvre de nous...
Je ne me sens pas prête à retrouver les congélateurs
américains, communément appelés magasins et maisons sous une clim
d'enfer (pour moi, l'enfer est froid). Je crois que j'ai encore
plus horreur de la clim trop froide que de la chaleur moite. Une
bonne douche froide permet au moins de bénéficier des bienfaits de
l'eau froide sur la peau, tandis que l'air conditionné n'a d'effet
que sur la gorge qu'il enflamme. Comme je n'aime pas rester avec une
question sans réponse (pourquoi ont-ils besoin de mettre la clim si
froide?), j'ai tenté de trouver du sens, toujours très personnel.
L'air conditionné à cette température permet d'éviter de
transpirer et donc d'avoir sur soi des odeurs corporelles qui
pourraient être un signe de négligence. Je crois qu'ici la question
du regard de l'autre sur soi est fondatrice, pas seulement
fondamentale mais fondatrice au sens des fondations. En la mettant
aussi fort, on évite le jugement suprême de l'autre sur soi :
toute odeur corporelle doit être bannie. Les Américains ont oublié
l'origine de l'expression « tu gagneras ton pain à la sueur de
ton front ». En tout cas et selon mon principe, avec la moiteur
ambiante, ici deux douches par jour plus un bain en piscine
s'imposent.
En
revenant sur le sol américain, nous avons souhaité faire une halte
à Salem. Qu'est-ce
que le nom de cette ville vous évoque ? Les sorcières de
Salem. En 1692 (300 ans avant mon premier départ pour les États
Unis !!!), s'est déroulé le procès des
sorcières de Salem.
C'est un épisode fameux
de l'histoire coloniale des États-Unis
qui entraîna la condamnation et l'exécution de
personnes accusées de sorcellerie dans le Massachusetts. Cette
situation est analysée comme découlant d'une période de luttes
intestines et de paranoïa puritaine, associés à des inquiétudes
concernant des attaques d'indiens voisins. Ce procès se soldera par
l'exécution de vingt-cinq personnes et l'emprisonnement d'un bien
plus grand nombre. Cette
visite est un bon moyen de se souvenir que les jugements hâtifs
basés sur des suspicions peu fondées, peuvent se révéler cruels.
D'ailleurs, c'est le sens de leur message, et pour cela ils parlent
de ce qui s'est passé pendant la Seconde
Guerre
Mondiale
contre les Américains
d'origine japonaise, ou pendant la chasse aux sorcières contre les
communistes dans les années 50. Ils auraient pu aller plus loin en
parlant de la guerre contre l'Irak basée sur la suspicion d'armes de
destruction massive, mais peut-être que c'est encore trop tôt. En
tout cas, ils ne manquent pas de rappeler fort justement, qu'à la
même époque et depuis longtemps en Europe, l'inquisition à éliminer
selon le même principe, beaucoup plus de monde. Tout est question de
relativité...
Hartfort,
Connecticut et... Cristal. Quel bonheur de se revoir, de retrouver
les marques de notre ancienne friendship,
mais aussi de se sentir comme chez soi. J'ai vraiment eu l'impression
de la retrouver comme avant. Bien sûr
quelques détails minimes ont changé : aujourd'hui, elle vit
dans une grande maison qu'elle a achetée,
elle est mariée, elle a quelques soucis de santé de personnes dans
la quarantaine. Mais sinon, j'ai l'impression que notre amitié est
toujours là, intacte, préservée. Elle aime communiquer et j'aime
discuter avec elle. Tout est sujet d'intérêt entre nous. De plus,
je la comprends parfaitement et j'ai aussi l'impression de pouvoir
mieux m'exprimer. Est-ce
que le niveau de langue est relatif à l'environnement ? Est-ce
que mes inhibitions langagières sont tributaires du contexte ?
Je vous en prie
professeurs et parents français, apprenez à l'enfant le plaisir de
communiquer avant de leur apprendre la manière de le faire.
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