Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 24 mai 2013

Séjour au Québec : vacances chez les cousins


Semaine 3 : séjour au Québec. Vacances chez les cousins... (première partie)

Nous allons commencer notre séjour par New York City, qui se trouve sur notre chemin en direction de la région de Québec.
New York City l'été ressemble à une fourmilière, entre les rues étroites enlacées d'immeubles à perte de vue en hauteur, on a l'impression d'être compressé. La hauteur des immeubles nous fait oublier la couleur du ciel. Mais la ville reste à l'image de mon souvenir, tout est gigantesque, du matériel aux sensations. Je pense que vis-à-vis de NYC, les sentiments ne peuvent qu'être contrastés : on adore ou on déteste. En ce qui me concerne, j'adore. J'aime ce tumulte, j'aime ces odeurs, j'aime cette ambiance. Times square le soir est un déluge de lumières, la statue de la liberté ou central parc sont des havres de paix, les spectacles sont grandioses (merci pour la billetterie moitié moins chère le jour même, nous avons pu ainsi doubler notre plaisir). Tout de suite, je retrouve mes repères, les rues sont organisées comme un tissage : il y a les fils qui soutiennent la structure et lui donne sa force (5ème avenue, 7ème, 8ème) et les fils qui croisent et qui donnent au tissage final toute sa richesse esthétique (42ème rue, 51ème rue...). Il n'y a bien que broadway avenue qui dérange cette harmonie par son tissage décalé. Le destin nous aura fait arriver précisément à ground 0 en sortant de notre métro pour aller à la statue de la liberté. Je me souviens : la première bombe en 1993, les tours dévastées en 2001, la reconstruction de deux nouvelles tours aura pris 10 ans. 10 ans pour se reconstruire !
une des deux nouvelles tours à ground 0


Quebec city, les canons face au St Laurent
Après NYC la tumultueuse, Québec City la savoureuse. Nous n'avons pas souhaité nous arrêter à Montréal pour que le contraste soit encore plus saisissant. Montréal ressemble plus aux villes américaines, elle est mixte entre les anglophones et les francophones et nous avions besoin d'un endroit plus familier. Québec, dans ce sens nous permet de retrouver les accents de notre pays, l'environnement de notre continent. Nous ne sommes pas encore complètement américanisés ! La ville paraît humaine, chaleureuse, elle a la saveur de nos racines.

Ce qu'il y a de bien avec la famille, c'est qu'ils nous réservent toujours ce qu'il y a de meilleur. L'été qui se cessait de nous bouder, a été réservé juste pour nous, par les cousins. En effet, en arrivant au Québec, on apprendra qu'il n'a pas plût depuis plus de trois semaines, et il fera chaud tout au long de notre voyage. J'ai de la peine à imaginer comment ce pays si lumineux, si chaud, aux couleurs verdoyantes en été peut se retrouver complètement enfui sous la neige. Du désert vert à l'enfer blanc il n'y a qu'une saison, et encore bien courte. Il nous faudra revenir pendant l'hiver ! Dans la région boréale, la température peut varier de + 40° en été à - 40° en hiver. Comment s'adapter pour survivre ?

La couleur des toits et des maisons peut prendre toutes les nuances du panel de couleurs : bleu ciel, foncé, bleu turquoise, rouge, noir, orange, vert, mais le plus souvent marron foncé ou clair. Ces points de couleur apparaissent comme un champ de fleurs sauvages : un peu de couleurs dans beaucoup de vert. Tout au long de notre route (des États Unis au Québec), les arbres sont à perte de vue, même s'ils varient un peu d'une région à l'autre. Si les gens d'ici pensent que la végétation abondante va complètement compenser les rejets de CO2 dans l'atmosphère, c'est un peu rapide comme calcul. Ce qui est intéressant à noter, c'est que les villes gigantesques de la côte Est sont en fait concentrées sur des bouts de terre finalement pas si grands que cela au regard de l'immensité du territoire. Alors que nous voyageons le long d'une des parties du continent très peuplée, nous avons l'impression de toujours rester en pleine nature.

L'arrivée au Québec se caractérise par une eau du robinet sans goût de javel, de voitures moins grandes, plus dans le standard Européen la capote en moins, le clim et les limitations de vitesse plus bases : 100 km/h sur autoroute et la clim supportable. Et bien sur, le Français compris et parlé partout. Par contre pour nous, comprendre le français parlé au Québec est un vrai challenge : cela nous demande presque autant d'énergie que pour comprendre l'anglais. Entre leurs mots bien à eux et leur accent très prononcé, il est parfois hasardeux de se comprendre. Je me vois redemander plusieurs fois ce qu'ils veulent dire. Pourtant, avant de partir, j'avais pris des cours de Québécois avec un conteur du Québec : Fred Pellerin. Au cours de ses spectacles (le plaisir étant tel, je suis allée le voir deux fois), il joue avec les mots, avec son accent et nous raconte les plus divins des contes pour adultes à partir des légendes de son village St Elix de Caxton. Mais en parlant de lui ici autour de moi (il est très connu au Québec), les gens m'ont dit qu'il inventait des mots que même eux n'utilisaient pas : comment voulez-vous que je m'y retrouve ?
Première leçon de québécois : le vocabulaire. A l'aide de votre dictionnaire bilingue, retrouver le sens des mots ci-dessous :
  • pssine
  • breuvage 
  • le bar laitier 
  • allo 
  • bonjour (attention aux faux amis)
  • Couette et café
Concernant les voitures, elles sont en effet plus petites que leurs consœurs américaines, alors qu'on imagine facilement que pour rouler dans la neige, ou pour transporter le bois de chauffage, les pickups seraient bien utiles. Comment faire avec des voitures de taille européenne, comme ces mustangs décapotables que l'on voit très souvent  ? Je me laisse abuser par mes clichés, sans doute ! En tout cas, leurs voitures leur permettent de pleinement profiter du soleil de l'été, à défaut de les utiliser l'hiver... Une petite smart en voie d'extinction (ou en voie de non-apparition) a été aperçue perdue sur l’autoroute 40 entre Montréal et Québec. N'hésitez pas à lui faire signe à la prochaine rencontre car c'est extrêmement rare, même ici.
Il y a beaucoup de voitures, mais aussi des tracteurs et autres véhicules mis en vente dans les bords des routes, à l'entrée des maisons. C'est ce que nous aurions dû faire pour vendre la twingo, mais vu que notre front yard est fermé et que nous habitons dans une impasse, je ne suis pas sûre du résultat.

Les routes ne sont pas en meilleur état qu'aux États-Unis, et il y a beaucoup de travaux notamment sur les routes secondaires qui peuvent être complètement coupées et déviées dans des méandres qui n'apparaissent même pas sur le GPS. Notre temps étant compté vu le nombre de km à parcourir, nous avions prévu de prendre une route secondaire plus directe pour nous rendre au village des bûcherons. Ne jamais se laisser tenter par les petites routes campagnardes au profil alléchant, elles cachent souvent une déviation perverse. Et comme une déviation peut en cacher une autre, on n'est pas à l’abri de faire plusieurs fois le tour sans trouver la sortie (sauf par la route principale). Nous n'irons pas au village des bûcherons... JJ. Rousseau en son temps écrivait : « oserai-je exprimer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute éducation ? Ce n'est pas de gagner du temps, c'est d'en perdre ». Merci les cousins pour cette leçon d'éducation...
Petite expérience inoubliable : demander la route à votre logeuse d'un soir dans un « couette et café », assistée de son aide de chambre : entre les panneaux qui ne se voient plus, les routes en travaux et les meilleures routes à prendre selon chacune d'elles, bien sur en désaccord, et qui se mettent en plus à parler dans la langue du pays, je vous prédis un grand moment de solitude que vous serez rendre savoureux en ne cherchant tout simplement pas à comprendre.

Il y a beaucoup de panneaux qui indiquent la traversée de la route par des animaux, il ne faut pas oublier que la nature sauvage à encore quelques droits. Ces panneaux sont à prendre au sérieux : les animaux ne sont pas que des dessins sur des panneaux, il nous a été donné de voir deux bambis sur le bord de la route qui avaient fait les frais de la puissance des moteurs. Heureusement pour eux, les animaux ont sans doute compris par expérience, qu'une route à traverser est synonyme de danger. En tout cas, je n'ai pu apercevoir furtivement qu'une seule biche (vivante) de tout notre voyage, et ce n'est pas faute d'avoir regardé... Automobilistes, soyez vigilants, une biche sur un panneau peut vraiment en cacher une autre.

Les distances plus longues font changer la perspective du temps vécu : le « On est bientôt arrivé ?», peut se révéler une question piège ; le « on arrive dans pas longtemps » prend un sens ambigu et énigmatique. Il n'y a personne dans ce bas monde pour inventer une machine sérieuse, peu consommatrice d'énergie non renouvelable, qui pourrait nous transporter d'un bout à l'autre des continents en 5 minutes (et si possible en nous retrouvant en un seul morceau) ?

une baleine par temps d'orage
Il est toujours décevant de ne pas avoir la chance de voir ce que la nature nous réserve de meilleur alors que l'on se trouve en son centre. C'est toujours les autres qui ont pu voir la baleine nager juste à côté d'eux, faire des sauts toujours plus haut, le caribou sortir de la forêt, l'ours noir venir farfouiller dans leur poubelle... Nous n'avons vu que les animaux dans le zoo ou les baleines de loin. Les autres avaient-ils payés plus cher pour le spectacle de marine land ? De même, lorsque l'on croise un Autochtone, il y a toujours mieux à faire que les attrapes touristes de nos guides. C'est ainsi que nous avons appris l’existence d'un zoo ou les animaux avaient été élevés dans le zoo même et qui se laissaient approcher et caresser ; mais nous étions déjà trop loin ; il y a un camping sur le St Laurent où les baleines viennent déjeuner le matin ; mais nous n'avons pas notre matériel de camping... C'est frustrant, d'autant que nous ne sommes pas prêts de revenir.

des ours bruns au Zoo de St Felicien, région Nord de Québec
En comparaison avec le Québec ou les États-unis, pays aux riches accents sauvages, la France est un pays domestiqué. Qu'est devenu notre fibre de liberté ? En tout cas, la nature en France n'a de sauvage que le lointain souvenir, tandis qu'ici la dimension sauvage reste très palpable (nos mollets et bras dénudés en font la dangereuse expérience). Me reviens en mémoire la difficile réintroduction de l'ours en France ; ici, l'ours est un frère et les caribous, des parents pas si éloignés. Nous avons notre truc pour gérer la rencontre avec un ours noir : ils sont opportunistes (ça me rappelle quelqu'un !) c'est pourquoi, on les retrouve souvent devant les poubelles. Il ne faut ni courir, ni nager , ni grimper à un arbre car ils sont bien meilleurs que nous dans chacun de ces sports (je comprends mieux les médailles américaines aux jeux olympiques, il doit y avoir un lien de parenté). Du coup, il ne reste pas beaucoup d'options. Alors, j'en ai une pour vous ; préparer un sandwich, si possible pas très bon pour n'avoir aucun regret à la dernière minute, et en cas de rencontre avec un ours, donner lui le sandwich, puis faites mine d'avoir autre chose à faire.

Les noms des villages sont souvent savoureux pour nous : l'île aux fesses à Drummondville, grandes piles ou Grand Mère près du parc de la Mauricie, Port Persil sur le St Laurent... Si j'avais trouvé que les Américains manquaient d'imagination pour nommer leurs villes, ici les noms sont sources d'inspiration. Aux USA, souvent les mêmes noms reviennent plusieurs fois, un État et une ville peuvent porter le même nom ce qui nécessite toujours de préciser de quoi vous parlez ; si vous dites Washington, les Américains penseront à l’État qui se trouve sur le nord de la côte ouest ; ils nous empruntent même le nom de nos villes : Montpelier, Versailles, Paris, Marseille, St Petersbrougs, Francfort... Amusez-vous à les retrouver sur la carte, ces villes existent vraiment. J'aimerais savoir comment ils les prononcent ! Mais bien sur, la population des États-Unis et celle du Canada n'est pas comparable (314 millions pour la première et 34 500 00 pour la deuxième, en 2011) et il faut bien trouver un nom pour chaque endroit.

Les églises semblent vouloir rejoindre le ciel avec un clocher fin, très pointu, il est aussi argenté (aux États-Unis il est aussi très pointu mais blanc). C'est sans doute pour se rapprocher de l'haut delà ; mais sans doute aussi que c'est un mélange de flèches indiennes autochtones et de religion européenne incrustée : vive la mixité ! (pour ne vexer personne, je rappelle que mon interprétation de la réalité est issue de mon imagination et n'a souvent rien à voir avec une vérité absolue).

Les tips restent la règle au Québec, et cela reste notre cauchemar. Nous, les Européens et les Français en particulier, nous passons vraiment pour des radins, impolis et peu reconnaissants des efforts fournis. Alors qu'il s'agit simplement de deux modes de pensée et d'organisation de la société. Le principe est simple : tout service doit être accompagné d'un tip, mais la valeur change selon la qualité du service ou la prestation (au restaurant on donne plus que pour la personne chargée du ménage dans la chambre d'hôtel). Il faut aussi garder en tête un autre principe : toujours avoir l'indispensable monnaie pour le pourboire. Lorsque l'on demande aux Autochtones comment fonctionnent les tips, invariablement ils vous disent que l'on n'ait pas obligé de donner et que cela dépend vraiment de la qualité du service. Merci pour la précision, maintenant, combien on donne ??? J'ai appris, depuis, qu'il existe une application pour calculer le montant des tips. Mais entre-temps, nous nous serons familiarisés avec le principe, et nous n'en aurons pas besoin. En même temps si une application est nécessaire pour cela, il vaut mieux tout de suite afficher le montant...

Pavlov en son temps avait bien démontré que les réflexes conditionnés étaient très puissants. Je ne savais pas que j'allais un jour, jouer son chien ! Les tips, les codes, le langage : quand on me dit bonjour pour me souhaiter une bonne journée et me dire au revoir, j'ai toujours un effet de surprise : pourquoi elle me dit bonjour, nous nous sommes vus il y a 5 minutes ? J'ai été tellement nourri aux règles d'usage, que dès que celles-ci changent, je perds mes réflexes de base. Le conditionnement peut être une des explications des difficultés insurmontables pour se comprendre d'une nation à une autre, et de l'incompréhension au jugement, le pas n'est pas souvent très grand. D'autant que le conditionnement peut être extrêmement puissant : Pavlov avait réussi à faire saliver un chien au bruit d'une sonnette ; et bien, chaque culture réussit à faire vivre très mal une entorse à ses règles, qui en plus sont souvent implicites, tellement encrées en soi qu'on pense qu'elles sont naturelles. C'est au moment de quitter sa peau culturelle que l'on se rend compte qu'elle n'est en fait qu'une surface bien lisse.

tapisserie de la vie quotidienne chez les hurons
Les hurons : les Indiens ici sont appelés Autochtones. Alors qu'est-ce que je suis moi par rapport à Québécois, que j'ai l'habitude d'appeler autochtones ? Un extraterrestre ? Pour les gens d'ici, nous venons du vieux pays, en rapport avec le nouveau monde. Faut-il voir une connotation particulière pour le mot "vieux" ? Pour quelqu'un qui est en train d'amorcer son virage du milieu de la vie, la notion de vieux peut avoir un sens un peu ambigu (« cacher ses cheveux blancs et ces rides que je ne serais voir »). Mais en fait, je suis très fière de mon vieux pays, d'abord parce que c'est lui qui est vieux et pas moi, et ensuite parce que en sa qualité de vieux il est chargé d'histoire fascinante. L'histoire des Amérindiens n'est en rien moins fascinante, mais les traces laissées par leurs ancêtres sont moins conservées, d'abord par les effets du temps, mais aussi par les effets d'une mémoire collective un peu sélective. Nous avons eu la chance de visiter ce village, qui m'a semblé assez bien retracer une partie de l'histoire de cette nation. Les Québécois ne sont pas en reste pour nous parler de leur histoire à travers un village reconstitué : le village d'antan à Drummondville. Village de la fin du 18ème siècle, début 19ème, l’échelle du temps est quelque peu distendue. La machine à remonter le temps a connu quelques faiblesses... (voir nos propres remontées du temps en France!)

Pour nous remettre de toutes nos aventures Québéquoises, nous pouvons toujours compter sur le fait de regarder les jeux olympiques à la télévision Canadienne (Juillet 2012, jeux de la XXXème Olympiade de l'ère moderne). Mais cela présente un intérêt partiel et tout relatif pour nous. Je crois qu'il est dit quelque part que les Français sont extrêmement chauvins! Mais il est vrai que regarder en priorité les sports dans lesquels les Canadiens gagnent des médailles peut parfois être un peu frustrant car il n'y a pas toujours de Français en compétition, et ma connaissance des sportifs Canadiens, il est vrai, est assez limitée. A la télévision Américaine, il est un peu plus facile de retrouver des Français, car l'invasion Américaine a bien eu lieu sur ces jeux (première nation en matière de nombre de médailles). J'ai donc pu voir le BMX, le basket féminin, la natation, le saut à la perche... Le chauvinisme est bien partagé par les autres nations, je peux vous assurer que l'enthousiasme pour les médailles des sportifs Américains est bien là. Peut-être que nous sommes un peu plus communicatifs sur nos émotions ou qu'elles sont plus fortes, car... moins nombreuses !

diaporama des vacances chez les cousins (juillet 2012)

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