Aujourd'hui,
vendredi 5 avril, je me suis faite arracher une dent pour la première
fois de ma vie. Mon arracheur de dent était d'une grande
gentillesse, très prévenant, m'appelant sans cesse sweety,
Honey,
me disant que je faisais du bon travail, mais arracher une dent ne
peut se faire dans la douceur. Et toute sa prévenance n'ont rien pu
faire pour empêcher les larmes de couler. Je me suis sentie fragile,
faible, pathétique. Ce n'était même pas la douleur qui a fait
naître une telle émotion, car ici aussi ils endorment avant
l'extraction, de nos jours. Alors, qu'est-ce qui a pu me rendre si
sensible ? Les soins dentaires ont toujours été une épreuve
pour moi. J'en ai eu beaucoup malheureusement, et pas toujours très
délicatement. C'est pourquoi, j'essaye de prévenir plutôt que de
guérir. Mais malgré ma prévention,l’abcès s'est installé,
pernicieusement et il a fallu qu'il se déclare ici, loin de chez
moi. Je crois aussi que je suis en train de perdre quelque chose
de ma force, de ma détermination à vaincre les obstacles. Me voilà
redevenue jeune adolescente, qui devait aller voir seule le dentiste
après le collège. Personne pour m'aider à vaincre ma peur de la
souffrance, personne pour me soutenir face à mon boucher charcutier.
Heureusement,
qu'il y a d'autres plaisirs. Aujourd'hui, Flore vient de repérer le
terrier de nos nouveaux Gus Gus et comme il fallait s'y attendre, ils
nous ont fait la joie de s'être multiplier. Nous avons vu deux
jeunes, à peine capables de sortir du terrier. J'espère que notre
enthousiasme à les rencontrer ne sera pas préjudiciable à leur
santé !
Un
autre plaisir va prendre un détour inattendu.En évoquant le
Volontariat (bénévolat) avec la personne qui s'occupe d'un atelier
de poterie, chez qui nous allons souvent, elle m'indique qu'il y a
beaucoup d'options ici pour cela et notamment la SPA (Human
society :
quel nom intéressant, en fait human
est un faux ami, cela signifie bon, charitable, avec compassion,
mais peut-être qu'il y a bien longtemps, ou dans une autre vie, à
moins que ce soit par anticipation pour une future façon de
vivre!!! la société humaine possédait ou possèdera ces qualités !).
Alors, j'ai pensé que ce serait une très bonne idée pour Flore qui
vient de perdre lapinette et qui est extrêmement intéressée par
les animaux (une bonne partie de son argent de poche passe dans les
dons aux organismes qui s'occupent des animaux). Nous ne pensons pas
que ce serait bien de reprendre un animal domestique pendant notre
séjour aux États-Unis, car nous n'allons sans doute pas rester
suffisamment longtemps pour qu'il n'est pas à souffrir du voyage en
avion. Ce matin en allant acheter le cadeau d'anniversaire d'un
copain de la classe de Flore, sur notre route, nous nous sommes
arrêtées à la Human
Society.
Les animaux m'ont semblé être bien traités, mais ils semblent
tellement manquer de chaleur, de contacts. Notre décision est prise,
nous nous inscrivons pour être bénévoles. Je ne suis plus très
sûre de le faire seulement pour Flore.
J'avoue
que j'aime tout particulièrement cette notion de Volontariat. Vous
êtes vraiment encouragés à vous engager dans des actions bénévoles,
il y a même une obligation d'heures à réaliser pour entrer au
collège (Université chez nous), peut-être un peu comme notre
service civile ? Mais cela ne semble pas être vrai dans tous
les États, la décentralisation nous fait perdre nos repères. Je
trouve l'idée absolument géniale. Cela implique le jeune non
seulement dans la collectivité, lui donne une opportunité de
participer à la vie d'une entreprise, mais aussi lui permet d'être
acteur dans le besoin d'entraide. Le bénévolat est beaucoup plus
répandu qu'en France, c'est même une institution ici. Ce n'est pas
rare de trouver des personnes qui sont bénévoles dans de nombreuses
actions. Il est vrai que votre engagement est largement apprécié et
remercié. Cela est très valorisant. De France, j'entends déjà les
commentaires : cela prend le travail de quelqu'un ! Le
gouvernement devrait mieux prendre en charge ces associations sans
qu'elles aient besoin de recourir à des bénévoles ! Je pense que
l'un n’exclue pas l'autre. Les États-Unis pourrait sans doute
reconsidérer leur organisation sociale, et la France devrait plus
s'ouvrir à la culture du bénévolat. Ici, il n'y a rien de plus
simple. Selon votre motivation, vous vous rendez à l'organisme que
vous avez repéré comme pouvant répondre au plus près à votre
désir d'engagement. Il faut vous inscrire ou pas, parfois participer
à des sessions de formation mais pas toujours, mais ensuite, vous
êtes le bienvenu à tout moment quand cela vous ai possible. Il ne
s'agit pas que d'organismes d'aide, il peut aussi s'agir du théâtre
locale, d'une entreprise à but lucratif (comme un hôpital)... Cela
est largement reconnu sur un CV. Moi qui est toujours pensé que cela
était quelque chose de bien, tant pour les autres que pour soi, mais
qui n'avais pas le temps pour vraiment m' engager (malgré mon
souhait, je n'étais pas prête à prendre du temps sur mon temps
libre, tant mon besoin aussi de faire du sport, de voir la famille et
les amis était fort, sauf pour faire partie d'un groupe de conteuses
3 à 4 fois dans l'année), ici j'en profite car j'ai enfin du temps.
Vous êtes toujours les bienvenus, on apprécie vraiment votre
engagement et on vous le fait savoir : à l'école où je
réalise de nombreuses actions, il y a même un petit déjeuné
offert en l'honneur des bénévoles, à la Human
society,
il y a une personne dédiée complètement aux bénévoles. Le
bénévolat permet un triple bénéfice :
- pour l'autre : on remplit une mission d'aide à ceux qui en ont besoin, on participe à une action locale,
- pour soi : on s'investit auprès des autres, on comprend mieux comment fonctionne une société, on parle anglais (je ne vous dis tout le nouveau vocabulaire à la SPA), on est valorisé car on a vraiment le sentiment de rendre service, on partage un centre d'intérêt avec d'autres ce qui crée une communauté, on enrichit son expérience...
- pour la société : l'entraide entretient un climat de respect, de considération pour l'autre, de meilleure connaissance.
Mais attention, il y a quand même des fois ou l'engagement est tellement
total qu'il devient déviant : on ne le fait plus pour l'autre,
mais seulement pour soi, on peut en arriver à une forme de bénévolat
agressif (si vous ne partager pas les mêmes engagements, les mêmes
opinions, vous pouvez être malmenés)... Comme quoi, il y a toujours
une part cachée à toute chose, peut-être que la nature humaine est
ainsi faite :
the dark side of the human nature !
Et
ce côté sombre de l'Homme, nous allons malheureusement le retrouvé
avec l'attentat au Marathon de Boston (lundi 15 avril). Avec cet
attentat, nous sommes passés au stade du
climat de suspicion terrible, tous les événements qui vont
rassembler de la foule vont paraître suspects, une cible idéale.
Cela paraît tellement simple et efficace de faire exploser une bombe
en plein milieu d'une manifestation de masse. Ce qui est inquiétant
aussi, c'est la massivité des situations de violence, tant internes
(14 déc avec la tuerie dans une école dans le Connecticut)
qu'externes. Mais encore une fois, ce qui me désole, c'est la
manière dont on en parle. Cela ne permet pas de traiter le sujet de
fond c'est-à-dire la société dans laquelle se déploie cette
violence, mais qui en est sans doute est à l'origine de cette
violence. Je pense que ce n'est pas seulement les États-Unis qui
auraient à se préoccuper de ce phénomène, car cela révèle un
phénomène plus global. L'homme a-t-il renoncer à tout jamais à
faire taire la violence ? L'humanité est-elle condamnée a ne
jamais vivre en paix ? En tout cas, à chaque fois, cela nous
rappelle combien la vie humaine est fragile... Et en plus avec cet
événement en particulier, avec le fait que l'on s’interroge sur
l'origine des suspects (aujourd'hui, ils parlaient de deux suspects
d'origine tchétchène, mais la Tchétchénie est bien sur associée
à la Russie), il y a fort à parier que cela ravive de vieilles
blessures ici... Ce sont bien souvent ces blessures-là qui quand
elles ne sont pas bien refermées, peuvent expliquer la violence qui
explose de manière inattendue pour des observateurs étrangers
(Rwanda, Yougoslavie...). Alors, je suis admirative de la force
intérieure qu'il a fallut à nos grands-parents pour arriver à
faire taire leurs ressentiments réciproques et faire alliance avec
l'Allemagne après la seconde guerre mondiale et assurer ainsi une
paix durable en Europe (traité de 1954 seulement 9 ans après la fin
de la guerre*). Les vieilles blessures d'hier se sont-elles refermées
pour se transformer aujourd'hui en stéréotypies, clichés,
agacements sur nos voisins. J'espère quand même que je ne me trompe
pas ! En tout cas, l'une de mes meilleures amies ici est
Allemande, nous partageons tellement de choses, de sentiments,
d'envies que j'en arrive à croire qu'elle est Française ! Cela
m'arrive fréquemment de glisser quelques mots de ma langue
maternelle avec elle d'ailleurs (et réciproquement). Mais sans doute
que nous sommes ni l'un ni l'autre plus seulement Française ou
Allemande. Nous sommes expats !
(*)
Née
de la déclaration Schuman, la Communauté européenne du charbon et
de l’acier (CECA) réunit l’Allemagne, l’Italie, la France, la
Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. En mettant en commun leur
production de charbon et d’acier, la France et l’Allemagne
substituent la solidarité d’intérêts à la rivalité et à la
rancœur, cinq ans seulement après la fin de la guerre.