Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 31 janvier 2014

Avril 2013 : un accouchement sans douleur, mais une dent à soigner...


Aujourd'hui, vendredi 5 avril, je me suis faite arracher une dent pour la première fois de ma vie. Mon arracheur de dent était d'une grande gentillesse, très prévenant, m'appelant sans cesse sweety, Honey, me disant que je faisais du bon travail, mais arracher une dent ne peut se faire dans la douceur. Et toute sa prévenance n'ont rien pu faire pour empêcher les larmes de couler. Je me suis sentie fragile, faible, pathétique. Ce n'était même pas la douleur qui a fait naître une telle émotion, car ici aussi ils endorment avant l'extraction, de nos jours. Alors, qu'est-ce qui a pu me rendre si sensible ? Les soins dentaires ont toujours été une épreuve pour moi. J'en ai eu beaucoup malheureusement, et pas toujours très délicatement. C'est pourquoi, j'essaye de prévenir plutôt que de guérir. Mais malgré ma prévention,l’abcès s'est installé, pernicieusement et il a fallu qu'il se déclare ici, loin de chez moi. Je crois aussi que je suis en train de perdre quelque chose de ma force, de ma détermination à vaincre les obstacles. Me voilà redevenue jeune adolescente, qui devait aller voir seule le dentiste après le collège. Personne pour m'aider à vaincre ma peur de la souffrance, personne pour me soutenir face à mon boucher charcutier.

Heureusement, qu'il y a d'autres plaisirs. Aujourd'hui, Flore vient de repérer le terrier de nos nouveaux Gus Gus et comme il fallait s'y attendre, ils nous ont fait la joie de s'être multiplier. Nous avons vu deux jeunes, à peine capables de sortir du terrier. J'espère que notre enthousiasme à les rencontrer ne sera pas préjudiciable à leur santé !
Un autre plaisir va prendre un détour inattendu.En évoquant le Volontariat (bénévolat) avec la personne qui s'occupe d'un atelier de poterie, chez qui nous allons souvent, elle m'indique qu'il y a beaucoup d'options ici pour cela et notamment la SPA (Human society : quel nom intéressant, en fait human est un faux ami, cela signifie bon, charitable, avec compassion, mais peut-être qu'il y a bien longtemps, ou dans une autre vie, à moins que ce soit par anticipation pour une future façon de vivre!!! la société humaine possédait ou possèdera ces qualités !). Alors, j'ai pensé que ce serait une très bonne idée pour Flore qui vient de perdre lapinette et qui est extrêmement intéressée par les animaux (une bonne partie de son argent de poche passe dans les dons aux organismes qui s'occupent des animaux). Nous ne pensons pas que ce serait bien de reprendre un animal domestique pendant notre séjour aux États-Unis, car nous n'allons sans doute pas rester suffisamment longtemps pour qu'il n'est pas à souffrir du voyage en avion. Ce matin en allant acheter le cadeau d'anniversaire d'un copain de la classe de Flore, sur notre route, nous nous sommes arrêtées à la Human Society. Les animaux m'ont semblé être bien traités, mais ils semblent tellement manquer de chaleur, de contacts. Notre décision est prise, nous nous inscrivons pour être bénévoles. Je ne suis plus très sûre de le faire seulement pour Flore.

J'avoue que j'aime tout particulièrement cette notion de Volontariat. Vous êtes vraiment encouragés à vous engager dans des actions bénévoles, il y a même une obligation d'heures à réaliser pour entrer au collège (Université chez nous), peut-être un peu comme notre service civile ? Mais cela ne semble pas être vrai dans tous les États, la décentralisation nous fait perdre nos repères. Je trouve l'idée absolument géniale. Cela implique le jeune non seulement dans la collectivité, lui donne une opportunité de participer à la vie d'une entreprise, mais aussi lui permet d'être acteur dans le besoin d'entraide. Le bénévolat est beaucoup plus répandu qu'en France, c'est même une institution ici. Ce n'est pas rare de trouver des personnes qui sont bénévoles dans de nombreuses actions. Il est vrai que votre engagement est largement apprécié et remercié. Cela est très valorisant. De France, j'entends déjà les commentaires : cela prend le travail de quelqu'un ! Le gouvernement devrait mieux prendre en charge ces associations sans qu'elles aient besoin de recourir à des bénévoles ! Je pense que l'un n’exclue pas l'autre. Les États-Unis pourrait sans doute reconsidérer leur organisation sociale, et la France devrait plus s'ouvrir à la culture du bénévolat. Ici, il n'y a rien de plus simple. Selon votre motivation, vous vous rendez à l'organisme que vous avez repéré comme pouvant répondre au plus près à votre désir d'engagement. Il faut vous inscrire ou pas, parfois participer à des sessions de formation mais pas toujours, mais ensuite, vous êtes le bienvenu à tout moment quand cela vous ai possible. Il ne s'agit pas que d'organismes d'aide, il peut aussi s'agir du théâtre locale, d'une entreprise à but lucratif (comme un hôpital)... Cela est largement reconnu sur un CV. Moi qui est toujours pensé que cela était quelque chose de bien, tant pour les autres que pour soi, mais qui n'avais pas le temps pour vraiment m' engager (malgré mon souhait, je n'étais pas prête à prendre du temps sur mon temps libre, tant mon besoin aussi de faire du sport, de voir la famille et les amis était fort, sauf pour faire partie d'un groupe de conteuses 3 à 4 fois dans l'année), ici j'en profite car j'ai enfin du temps. Vous êtes toujours les bienvenus, on apprécie vraiment votre engagement et on vous le fait savoir : à l'école où je réalise de nombreuses actions, il y a même un petit déjeuné offert en l'honneur des bénévoles, à la Human society, il y a une personne dédiée complètement aux bénévoles. Le bénévolat permet un triple bénéfice :
  • pour l'autre : on remplit une mission d'aide à ceux qui en ont besoin, on participe à une action locale,
  • pour soi : on s'investit auprès des autres, on comprend mieux comment fonctionne une société, on parle anglais (je ne vous dis tout le nouveau vocabulaire à la SPA), on est valorisé car on a vraiment le sentiment de rendre service, on partage un centre d'intérêt avec d'autres ce qui crée une communauté, on enrichit son expérience...
  • pour la société : l'entraide entretient un climat de respect, de considération pour l'autre, de meilleure connaissance.
Mais attention, il y a quand même des fois ou l'engagement est tellement total qu'il devient déviant : on ne le fait plus pour l'autre, mais seulement pour soi, on peut en arriver à une forme de bénévolat agressif (si vous ne partager pas les mêmes engagements, les mêmes opinions, vous pouvez être malmenés)... Comme quoi, il y a toujours une part cachée à toute chose, peut-être que la nature humaine est ainsi faite : the dark side of the human nature !

Et ce côté sombre de l'Homme, nous allons malheureusement le retrouvé avec l'attentat au Marathon de Boston (lundi 15 avril). Avec cet attentat, nous sommes passés au stade du climat de suspicion terrible, tous les événements qui vont rassembler de la foule vont paraître suspects, une cible idéale. Cela paraît tellement simple et efficace de faire exploser une bombe en plein milieu d'une manifestation de masse. Ce qui est inquiétant aussi, c'est la massivité des situations de violence, tant internes (14 déc avec la tuerie dans une école dans le Connecticut) qu'externes. Mais encore une fois, ce qui me désole, c'est la manière dont on en parle. Cela ne permet pas de traiter le sujet de fond c'est-à-dire la société dans laquelle se déploie cette violence, mais qui en est sans doute est à l'origine de cette violence. Je pense que ce n'est pas seulement les États-Unis qui auraient à se préoccuper de ce phénomène, car cela révèle un phénomène plus global. L'homme a-t-il renoncer à tout jamais à faire taire la violence ? L'humanité est-elle condamnée a ne jamais vivre en paix ? En tout cas, à chaque fois, cela nous rappelle combien la vie humaine est fragile... Et en plus avec cet événement en particulier, avec le fait que l'on s’interroge sur l'origine des suspects (aujourd'hui, ils parlaient de deux suspects d'origine tchétchène, mais la Tchétchénie est bien sur associée à la Russie), il y a fort à parier que cela ravive de vieilles blessures ici... Ce sont bien souvent ces blessures-là qui quand elles ne sont pas bien refermées, peuvent expliquer la violence qui explose de manière inattendue pour des observateurs étrangers (Rwanda, Yougoslavie...). Alors, je suis admirative de la force intérieure qu'il a fallut à nos grands-parents pour arriver à faire taire leurs ressentiments réciproques et faire alliance avec l'Allemagne après la seconde guerre mondiale et assurer ainsi une paix durable en Europe (traité de 1954 seulement 9 ans après la fin de la guerre*). Les vieilles blessures d'hier se sont-elles refermées pour se transformer aujourd'hui en stéréotypies, clichés, agacements sur nos voisins. J'espère quand même que je ne me trompe pas ! En tout cas, l'une de mes meilleures amies ici est Allemande, nous partageons tellement de choses, de sentiments, d'envies que j'en arrive à croire qu'elle est Française ! Cela m'arrive fréquemment de glisser quelques mots de ma langue maternelle avec elle d'ailleurs (et réciproquement). Mais sans doute que nous sommes ni l'un ni l'autre plus seulement Française ou Allemande. Nous sommes expats !
(*) Née de la déclaration Schuman, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) réunit l’Allemagne, l’Italie, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. En mettant en commun leur production de charbon et d’acier, la France et l’Allemagne substituent la solidarité d’intérêts à la rivalité et à la rancœur, cinq ans seulement après la fin de la guerre.

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