Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

samedi 30 mars 2013

Mais où est passé le temps de la tendre insouciance?


J - 2 mois. Préparation du déménagement : mais où est passé le temps de la tendre insouciance ?

Aujourd'hui deux mois exactement avant notre départ, c'est mon anniversaire et nous n'avons pas trouvé d'autres dates avec les collègues pour tenter de boucler notre article afin de le rendre avant mon départ. L'article sera finalement donné à la revue le 4 juin. Nous n'avons pas travaillé pour rien. Je suis fière d'avoir collaboré à ce travail. L'écriture à trois mains est une invitation au partage et au renoncement de soi.

Une course contre la montre s'organise : il faut que tout soit prêt, ne rien oublier. Ranger, ranger, ranger. Dans la maison, pour la voiture, au travail. Le maître mot devient : anticipation. Pas trop tôt car sinon, tout risque de tomber à l'eau, et pas trop tard car sinon on risque de se laisser déborder par la dernière minute. J'ai l'impression de ranger plusieurs fois les mêmes endroits. En fait, le rangement en vue d'un déménagement, c'est comme lorsque l'on enlève l'écorce d'un oignon, il y a toujours plusieurs couches. Maintenant, les week-ends se partagent en deux temps : ranger et voir des amis ou de la famille. J'ai besoin de cette chaleur, de cette présence, de prolonger encore un peu ces moments de bonheur. C'est fou comme les amis ça fait du bien. C'est pour moi le meilleur anti-stress, même si je tente d'occulter pour ces quelques instants que je ne suis pas sûre de les revoir avant le départ. Côté rangement, il faut se délester : soit en donnant, soit en emmenant à la déchetterie. Je vais prendre plaisir à aller régulièrement à la déchetterie où je vais avoir mes habitudes et puis j'aime l'odeur des haies taillée. C'est un monde plutôt masculin, où chacun vague à ses occupations, pressé d'en avoir terminé. Il y a une organisation bien rodée, c'est à chacun son tour, tout doit être trié, chaque chose à sa place. Les séjours à la déchetterie sont marqués par un mouvement ambivalent : on se sent plus léger après s'être débarrassé de tous ces objets inutiles, mais parfois c'est lourd d'abandonner ce qui nous a suivis dans notre vie.

Nous n'irons pas finalement aux journées gallo-romaines de St Romain en gal : il a plu toute la journée. Il y a des choses qui se perdent avec regret. Cette remonté au temps antique, je l'apprécie particulièrement. C'est vraiment une plongée vers notre passé, nos racines, nos fondations. J'ai déjà eu l'occasion de prendre la machine à remonter le temps pour nous immerger dans le temps moyenâgeux, et là encore c'est notre histoire qui s'offre à nous. Et pour ne rien gâcher, c'est très ludique. Je me console en pensant qu'aux États-Unis, il y aura sans doute des reconstitutions de la guerre de sécession, on va habiter pas très loin de là où se sont déroulées des batailles importantes. On aura moins de distances à parcourir dans le temps et cette histoire sera moins la nôtre. Mais l'histoire au fond, elle n'appartient à personne, c'est l'histoire de l'humanité. A la même période dans le monde, se labouraient d'autres champs de bataille.

Au niveau de l'entreprise de Kris, il y a un réaménagement interne qui s'organise et tout le monde doit re-postuler sur son poste sans certitude d'être repris au même poste. C'est intéressant pour nous qui sommes prêts pour le grand saut ! Tout est organisé pour notre départ et nous devons attendre le verdict. En attendant la vie continue. L'attente durera quelques semaines pendant lesquelles je ne sais plus très bien si je dois me réjouir ou m'attrister, si je dois continuer le rangement ou mettre en suspens. Je reste fidèle à moi-même : wait and see. Pour le rangement néanmoins, je continuerais quand même car sinon nous serions trop en retard, et puis ce sera toujours cela de fait : un bon rangement tous les 7 ans permet de remettre de l'ordre dans une vie, en effet notre précèdent déménagement datait de 7 ans (le chiffre 7 marque un changement : 7 jours dans une semaine, 7 ans de malheur, une année sabbatique revient tous les 7 ans, les 7 péchés capitaux... il faudra que j'y pense dans 7 ans). Finalement, Kris sera reconduit sur son poste avec quelques changements sur ses responsabilités, mais rien qui ne viendra troubler notre départ.

Le 18 juin 2012 : l'appel du large. Les déménageurs arrivent en nombre et en muscles. « Tu as vu les beaux gosses », me dira ma fille, sur le chemin de l'école. Un peu plus tôt, il y a eu déjà les gars de l'entreprise de façade. Le chantier a pris du retard à cause de la pluie. 2012 aura été une année pluvieuse ! 8H10 du matin, il faut que je gère tout ce monde, et je dois partir à l'école de Flore dans 15 minutes. Heureusement, ils sont tous très autonomes, et je me sens plutôt inutile et encombrante. J'ai déjà fait ma part de travail ; maintenant, je laisse la place à d'autres. 15H30. La mise en carton est finie. Jamais je n'aurais cru que tout ce que nous possédons s'emballe en si peu de temps. Le camion ne sera là que le lendemain, alors nous resterons la nuit avec les cartons. C'est un excellent terrain de jeu pour cache cache ou pour faire des cabanes.
Mardi 19 juin, le jour d'après... Le chargement va se faire entre 13h30 et 15h30. Jamais je n'aurais cru que tout ce que nous possédons occupe si peu de place dans une journée. La maison est vide. C'est un excellent terrain de jeu pour les glissades et les vocalises. Il ne nous reste plus que quelques affaires pour tenir un siège pendant une semaine. Ce sera la semaine camping. Tout partira le WE prochain, et nous serons officiellement Sans Domicile Fixe.

vendredi 22 mars 2013

Une nouvelle vie commence


Vendredi 13 juillet. Une nouvelle vie commence.

A 6 heures du matin, finalement, le sommeil me reprend. Dehors, ce sont les oiseaux qui m'offrent mon premier concert. Eux, se lèvent tandis que je retourne me coucher. C'est moi qui suis décalée. Ils sont nombreux et variés, on se croirait dans une volière. Je pense qu'il faudra aller les étudier de près avec les jumelles car il y a des chants que je n'avais jamais entendus. De toute façon, notre fille a prévu d'installer une maison à oiseaux.

Deux heures plus tard, je suis debout de nouveau. Il y a une maison à explorer tout de même. Un café est le bienvenu. Au précédent voyage, j'avais pris soin de rapporter une cafetière italienne, histoire de se faire du bon café et il est vrai qu'il est bon. Mon souvenir du café Américain m'avait rendue prudente, c'est ce que l'on appelle communément du jus de chaussettes. Je ne suis pas encore prête à lâcher tous les cordons. Il faut déjà renoncer au fromage, au pain, au vin... pour un Français, c'est inhumain.

Ce matin, Kris est parti au travail, internet n'est pas encore installé dans la maison, alors il ne me reste plus qu'à découvrir les nouveaux lieux. Dans la chambre principale, il y a deux dressings de la taille d'une petite salle de bain pour l'un et d'un WC pour l'autre. Nous ne manquerons pas de place pour ranger nos affaires ! Je me demande même si nous aurons assez d'affaires pour remplir toute cette place ! Nous pouvons rentrer entièrement dedans ce qui pourra toujours servir de cachette. Cet espace si grand est peut-être dû à une différence de taille entre le Français et l'Américain : my american tailor is rich.

Sweet home
Les rideaux des fenêtres ne sont pas occultant.  La lumière du jour s'invite chez vous très tôt. Et les volets ne sont que des décors de cinéma, ils sont collés à la maison et de toute façon ils ne sont pas de la bonne taille. Je réalise que j'ai besoin du noir pour bien dormir, même si en ce moment ce n'est pas seulement cela qui m’empêche de bien dormir. Peut-être aussi que c'est une façon de se garantir de l'inviolabilité de notre habitat : les volets clos seraient des gages de paix. En France, les volets sont fermés tous les soirs, il s'agit d'un principe sacré. La nuit, un volet ouvert, c'est une porte ouverte sur notre intimité. Ici, au contraire peut-être d'une maison trop close signifie que ces occupants ont quelque chose à cacher. Reste, que les grasses matinées vont être difficiles.
Je vous invite à essayer ce petit test : un soir, français de France, résister à la tentation de fermer vos volets de portes et fenêtres (vous pouvez verrouiller tout de même, je ne voudrais pas qu'il vous arrive des ennuis). Dites-moi ce que vous ressentez ! (le blog est interactif, vous pouvez aussi poster des commentaires, et je voudrais vraiment avoir votre avis).
Chaque fenêtre et chaque porte dispose d'une moustiquaire, il faudra faire attention avant de sortir car on ne la voit pas. Cela nous ramène à l'état sauvage de la nature ici : elle reste indomptée, menaçante, intrusive. C'est l'homme qui s'en protège et la maison devient son propre piège. C'est sans compter sur le débordement de vie de notre fille qui malgré les recommandations, n'a pas vu la moustiquaire et rentre dedans le genou en avant. Les moustiques auront leur chatière !

La nature sauvage, c'est aussi le petit lapin dans le jardin. Il s'était caché dans une plante grasse et il se sauve sans demander son reste. Il sera sans doute difficile à domestiquer. Pour nous c'est vraiment le retour de l'état sauvage : nous avons laissé derrière nous une lapinette naine domestique, toute gentille qui se laissait caresser abondamment et nous sommes passés à un lapin sans foi ni loi qui ne se laisse pas approcher. Bienvenue au far ouest! Il ne manque plus que les grizzlis et les chats sauvages... Ce qui est étonnant tout de même ici, c'est la cohabitation entre cet état sauvage encore bien préservé et l'hyper technicité humaine. Je ne suis pas sûre de savoir lequel des deux est le plus sauvage !
Le grizzli sauvage!!!
Lapinette


Dehors, c'est le principe de l'open space qui domine. Notre jardin à nous se distingue car il a une barrière tout autour, mais au moins il n'y aura pas de haie à tailler. J'ai tout de même l'impression qu'une frontière existe entre les jardins. Quelques détails rappellent de quel côté de la frontière on se trouve : chez nous ou chez le voisin. La taille de la tonte, la garniture des abords (petites pierres dorées ou mauvaises herbes mal taillées)... J'ai hâte de voir comment s'organise cette cohabitation. Il est intéressant de noter aussi que sans rien qui occulte la vue, nous allons être invités à partager visuellement le BBQ de nos voisins, leur baignade dans des petites piscines hors-sol (rectification des grandes piscines), leur repos sur la terrasse.. Pas question de faire du monokini ici, on est chez soi mais on partage un espace visuel avec les autres. Il va y avoir certainement des codes à respecter, mais lesquels ? Être sous le regard de l'autre suppose de bien se conduire. Il faudra regarder autour de nous avant de faire quoi que ce soit au risque de mal se conduire sans même en avoir conscience. C'est le code de la bonne conduite.



lundi 18 mars 2013

Changement de décor


Jeudi 12 juillet 17H30 : arrivée à l'aéroport de Washington Dulles. 

L'aéroport n'est pas très grand, mais très propre. J'ai du mal à trouver une poubelle, à croire qu'ici il n'y a pas de déchets. Pour l'aéroport de la capitale des États-Unis, c'est un peu rikiki surtout quand on vient d'Heathrow. Petit quiz de géographie (sans se faire aider par internet) : où se situe Washington DC, la capitale des États-Unis d'Amérique, tout de même ? Sur la côte est ou la côte ouest ? Au nord ou au sud de New York, qui n'est rien d'autre qu'une ville standard des États-Unis, même pas une capitale d'Etat ? Au bord de mer où dans les terres ? 
Par contre, qui dit petit, dit rapide, une demi-heure pour sortir : record battu, mon passé me laisse tranquille, mais... retard de notre chauffeur. C'est à nous de l'attendre. Autour de nous, les Américains s'attendent avec des fleurs, des ballons marqués welcome back, des cœurs. Cela semble important de marquer sa joie de revoir quelqu'un. C'est peut-être dû à leur histoire d'un départ sans retour des premiers pilgrims (premiers colons à arriver sur le sol américain) ce qui leur ferait redouter tout départ. Après tout, partir c'est découvrir...

L'attente de notre chauffeur est longue. Il y a peut-être un problème. Je tente d'utiliser mon téléphone portable, dont j'avais pris soin la veille d'étendre la zone de couverture à l'international. L'opératrice n'a pas compris que cette extension concernait le monde, pas seulement l'Europe. C'est le monde qui s'offre à nous, pas juste le prolongement européen de la France! Mais pour l'instant, le monde est bien réduit. Mon téléphone, qui au moins est bien chargé, ne m'est d'aucune utilité.
Kris arrive, c'est nous qui étions en avance. Nous pouvons enfin prendre la voiture.


Voyage à travers les routes américaines longues et monotones : « les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone ». Les routes sont aussi à l'image des rollers coster des parcs d'attractions : ça monte et ça descend. Je suis fatiguée, je m'endors, il est quand même 2 heures du matin, heure française quand nous quittons Washington, après avoir un peu tourné, il est vrai. La voiture est confortable mais le siège ne s'allonge pas comme dans l'avion, il faut déjà renoncer. Je suis prise entre l'envie de dormir, et l'envie de rester alerte pour m’imprégner de tous ces nouveaux détails. J'ai peur de manquer quelque chose. Mais cette route, je vais être amenée à la prendre de nombreuses fois. Je ne dois pas perdre de vue que je ne suis pas là pour un voyage touristique.

Arrivée à 21 h à la maison. Elle ressemble à la nôtre en France, on peut se détendre. Dehors dans le jardin, un bal de lucioles s'improvise. Ce n'est pas encore le feu d'artifice du 14 juillet, mais c'est déjà fort accueillant.
La nuit s’achève en France et elle vient de commencer pour nous. Avant de sombrer face à l'implacable marchand de sable qui ne cesse de me harceler, j'envoie les premières nouvelles à ceux rester au pays : «Bonsoir, je profite de ce moment de calme pour vous donner quelques nouvelles de notre voyage. Le vol s'est très bien déroulé, nous sommes même arrivées en avance, les vents devaient nous être favorables, c'est de bon augure... Il faisait froid et gris au départ de France; ici il fait chaud et gris et il est même tombées quelques gouttes de pluie : l'été ne cesse de nous bouder. Demain pour le 14 juillet, nous allons nous retrouver à l'ambassade de France, histoire de conserver quelques repères bien français. En effet, le plongeon anglophone s'est fait sans attendre, et nous ne communiquons plus que dans la langue de Shakespeare (même si je ne suis pas très sure que Shakespeare se reconnaîtrait dans la langue parlée ici...). Nous vous souhaitons un bon été réparateur plein de douceur et de nouvelles découvertes. Bien à vous, Coleen et Flore». Rien de bien spectaculaire, juste des nouvelles. Le temps de retrouver toutes les adresses de mes amis et des collègues, de voir comment on peut tenter d'utiliser le réseau voisin à défaut d'avoir encore internet à la maison, il est déjà 23 h. Je crois que je vais devoir me mettre à facebook ou créer un blog...

Réveil à 3h30 du matin. Je suis en plein décalage ! Mon corps garde l'empreinte de la France. Il n'est pas encore prêt pour vivre à l'heure Américaine. Au loin, j'entends la sirène d'un train. Hagerstown est construit sur un carrefour de plusieurs voies de chemin de fer. Ce ne sont plus que des trains de marchandises qui circulent, il n'y a même pas de gare en ville. Pourquoi, faut-il faire sonner la sirène à cette heure-là ? La nuit, tous les bruits sont amplifiés, c'est une vraie caisse de résonance. C'est pourquoi, je l'entends aussi bien, car dans la réalité, nous sommes assez loin d'une voie de chemin de fer. A Lyon, nous vivions non loin de l'aéroport. A 6 heures du matin commençait la valse des avions. Ici, ce sera le chant des sirènes.  

Remonter du temps


Du jeudi 12 juillet au vendredi 13 juillet, en arrivant quand même le 12 juillet. Remonter du temps, ou comment survivre à cette folie spatio-temporelle ?

Départ le jeudi 12 juillet à 14h30 de Londres, arrivée le jeudi 12 juillet à 18h00 à Washington : trois heures de vol... mais c'est sans compter le décalage horaire de 5 heures (heure anglaise car il faut toujours compter 6 heures avec la France). 

La mère et l'enfant : 
L'avion roule, la piste est longue, il ne faut pas oublier que nous sommes dans le plus grand aéroport d'Europe (1,227 hectares). L'avion est pris de hoquets au rythme des roulements sur une piste qui pourrait paraître pleine de trous et de bosses. Les avions sur terre ressemblent à « des albatros, vastes oiseaux des mers. A peine sont-ils déposés sur les planches, que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, laissent piteusement leurs grandes ailes blanches comme des avirons traîner à côté d'eux ». Un enfant joue avec sa voix qui chevrote en écho avec l'avion qui frétille. L'avion s'arrête, sans doute pour attendre son tour, l'enfant se met à pleurer. Il vient de perdre l'objet de son plaisir. Sa mère le prend sur les genoux, l'installe confortablement et l'embrasse. Seule une mère peut supporter les pleurs d'un enfant et le gratifier d'un baiser réparateur. Il ne trouve pour autant pas encore l'apaisement. La mère sort un biberon et aussitôt l'enfant se love contre son épaule, tète goulûment et prend une touffe de cheveux de sa mère entre ses doigts. Il rassemble assez de cheveux pour faire une mèche, la caresse de ses doigts, et se caresse le visage avec, tantôt la mèche est d'un côté du visage de la mère, tantôt de l'autre au gré des mouvements de celle-ci. Elle continue sa conversation avec le père, à la fois indifférente au jeu de l'enfant et en même temps attentive à ses besoins. Elle le laisse faire, malgré des tiraillements forts sur la mèche, qui semble se présenter comme un objet parfaitement indépendant, autonome pour l'enfant. Me vient en tête l'image d'un doudou. La mèche doit être douce, sentir bon la mère, être assez disponible pour que l'enfant en dispose à son gré et permettre d'introduire l'illusion de maîtrise. Là encore, c'est un signe d'ajustement entre l'enfant et sa mère qui semble lui signifier « je t'offre une partie de moi pour que tu en disposes ». L'enfant ferme les yeux et s'abandonne à cette caresse qui le berce. Il s'endort, rassuré et comblé. Bel instant de plénitude.

L'avion a pris son envole, l'albatros retrouve ses aises. Les commandes sont gérées par la machine ce qui a fait taire les mouvements indisciplinés de l'avion. Dès que l'homme reprend les commandes, cela se sent tout de suite, l'appareil bouge, s'agite tel un enfant qui n'en fait qu'à sa tête. Tandis que lorsque la machine reprend les rênes, alors l'enfant se tait et s'apaise. C'est étonnant d’ailleurs qu'une telle machine si volumineuse, si malhabile sur terre, puisse se transformer en ce phénix majestueux aux ailes déployées qui gouverne les aires. Je me sens bien, en sécurité à 12 560 km au-dessus de la terre... Je vais pouvoir m'endormir à mon tour car après avoir bien mangé, regardé une vidéo, écrit quelques lignes, je me sens fatiguée. Mon siège s'allonge. Comme je n'ai pas l'habitude, je cherche les commandes, je regarde autour de moi les autres passagers pour voir comment ils ont fait, jusqu’où on peut aller avec ce siège. Un homme est parfaitement allongé, c'est que cela doit être possible. J'ai trouvé le bouton et mon siège se transforme en couchette, complètement dépliée. C'est bien sûr la première fois que je peux m'allonger pour dormir dans un avion. Je suis plutôt habituée aux rangées à trois places où les jambes n'ont pas de quoi tenir, la tête qui menace de s'écrouler sur l'épaule du voisin que l'on ne connaît pas, où tout mouvement déclenche un cataclysme chez les voisins et c'est toute la rangée qui se réveille... Mais là, c'est autre chose. Tout n'est que « calme, luxe et volupté ». Bon d'accord, il faut reconnaître que la taille de la couchette est plus celle d'un banc public que celle d'un lit king size, et même la couverture ressemble à celle d'un SDF, à la différence qu'elle était préemballée. « Les amoureux qui s'bécotent sur les bancs publics, bancs publics, bancs publics, en s'disant des je t'aime pathétiques, on des p'tites gueules bien sympathiques ».

Le squat, la remise des clefs et les résiliations


J - 3 semaines. Le squat, la remise des clefs et les résiliations : le bon, la brute et les truands.

Nous avons eu de nombreuses propositions de lieux pour dormir pendant notre temps de transfert. Je suis touchée par la qualité des liens avec nos amis. Ils n'hésitent pas à nous accueillir chez eux pendant cette phase de déracinement. Maintenant, il nous faut nous décider et leur donner une réponse. Je pense qu'il vaut mieux rester une semaine entière à un endroit pour ne pas trop nous éparpiller et aussi pour profiter pleinement de nos amis. Alors, la première semaine se passera chez Isa, elle n'habite pas très loin de l'école de notre fille, son appartement est grand, ses enfants à elle sont déjà indépendants. La deuxième semaine, sera chez Marylaine. Je ne l'ai pas beaucoup vu cette année, ce sera l'occasion de passer du temps ensemble. Elle a une maison qui est sur la route de l'école et sa fille sera déjà partie en vacances. La dernière semaine, plus courte car nous partons le jeudi, nous la passerons chez Aude et Greg, nos amis et voisins. Leur maison est grande aussi, pas loin du centre équestre de Flore et leurs enfants à eux sont avenir. Pour les Week-end, nous irons pour le premier chez Charly et Angel et pour le deuxième chez mes parents. J'ai envie de passer du temps avec chacun. Je suis encore là et ils me manquent déjà. Cette période de transhumance sera de la couleur de l'été : des rayons de soleil dans une vie en rose. Nous n'avons pas pu aller chez tous bien sûr, mais ces marques d'attention sont restées comme des fortifiants pour passer tranquillement l'hiver. Pour ne pas tomber malade l'hiver prochain, je vous recommande soit du citro-tonic, soit un petit squat chez vos amis...

Avant de remettre la maison aux futurs locataires, il faut la remettre à neuf. Tout d'abord : remettre à propre les joints de salle de bain. Je n'aurai jamais cru que cela soit aussi facile, il nous a fallu, vivre avec les joints noirs des précédents propriétaires car je ne suis pas arrivée à décider Kris de l'urgence de la situation. Et je croyais que cela serait vraiment trop technique pour moi. Je ne suis pas bricoleuse, c'est là mon second moindre défaut. Devant une tâche à réaliser, je suis comme une poule devant un œuf dur : « je crois que j'ai déjà vu cela quelque part, mais à quoi ça sert déjà ? » Par contre, je suis un bon manœuvre, il suffit de m'expliquer et j'applique avec soin. Les joints ne seront plus jamais noirs ! Ensuite, la piscine têtue, qui résiste à mes soins, elle refuse de se clarifier. Je réalise à quel point la piscine est comme une ado qui a besoin de nous résister pour avoir le sentiment d'exister, sans doute. Et cette année, tout particulièrement car le temps n'est pas favorable, n'ai-je pas déjà dit que 2012 était une année pluvieuse ? La pluie a une action sur les hormones de la piscine ! Kris ne m'est pas d'une grande aide car il ne cesse de me dire que c'est toutes les années pareil. Il n'aime pas s'occuper de la piscine et je reconnais que je lui laissais faire la technique, tandis que je profitais de l'eau claire. Il ne reste plus qu'une semaine pour trouver une solution. Il y quelques semaines de cela, nous avons reçu un dépliant publicitaire concernant un produit révolutionnaire pour les piscines, à base d'oxygène actif, et en plus qui est naturel. Ça ne coûte rien d'essayer. Je me renseigne au magasin et cela semble très prometteur. Il suffit de mettre deux bidons de ce produit pour que toute trace de chlore disparaisse et que l'eau retrouve son état naturel en 24 h. Après 12 h le résultat n'est pas très probant. Je suis déçue. Mais après 24 h, là c'est une révolution aquatique : l'eau est redevenue bleu limpide. La piscine ne sera plus jamais verte !

Dernier point, la peinture de la porte du garage. Depuis, que nous sommes arrivés dans la maison, la porte du garage perd sa peinture. Il nous faut faire quelque chose, d'autant qu'en passant le kärcher pour la nettoyer, cela s'est aggravé. Et comme nous avons eu la bonne idée de le faire juste deux semaines avant le passage de relais, nous n'avons plus le choix, ou plus exactement je n'ai plus le choix. Je vais m'activer à passer trois couches de peinture en un week-end : samedi, pinceaux en main à 7 h, 22 h, dimanche à 7 h. La porte du garage ne perdra plus jamais sa peau ! Dans son nouvel habit, la maison me donne envie de l'habiter... 

Maintenant que je ne vais plus habiter chez moi, il faut que je m'occupe des résiliations, pour l'eau, l'électricité, le gaz, la voiture, le téléphone, internet... J'en ai la tête qui tourne. « Vous souhaitez résilier votre abonnement, tapez 1 ; vous prévoyez de reprendre un abonnement sur la même commune, tapez 1bis; sur une autre commune, tapez 2; dans un autre département, tapez 3; dans un autre univers, tapez 4; sur une autre planète, tapez 5», c'est où qu'il faut taper pour ne pas reprendre d'abonnement??? Dans l'ensemble, je suis surprise de voir que tout est simple comme un coup de fil. Ils prennent en compte votre demande, vous renseignent efficacement, il n'y a pas d'autres démarches à faire sinon leur indiquer par internet la consommation au jour de la résiliation. En cas de déplacement de leur part, il n'y a pas besoin d'être là, à poiroter 4 heures en les attendant.

Reste le ménage avant la remise des clefs. J'ai prévu quatre heures pour moi, et j'ai demandé à Danielle qui nous aide habituellement pour le ménage, de venir trois heures aussi. Cela ne va pas suffire, on rajoutera une heure pour chacune. C'est fou le temps que cela prend pour faire le ménage d'une maison vide. Nous ne lésinons pas sur la propreté, après tout cela reste notre maison. Je vais faire le ménage comme j'aurais voulu trouver la maison en arrivant. Danielle, philosophe me dit que cela vaut bien une séance de sport en piscine.

Samedi, c'est la remise des clefs. Je suis arrivée en avance pour trier les clefs, pour finir de laver les vitres que je n'ai pas eu le temps de faire, pour ranger nos dernières affaires dans la voiture. Il y a un phénomène très étrange lorsque l'on déménage : c'est la multiplication des affaires. Mais à la différence de la multiplication des pains, ici on aurait plutôt besoin d'en avoir moins ! 
Je rajoute aussi de l'eau dans la piscine. Il s'est décidé à faire un peu chaud cette semaine et la piscine meure de soif. J'installe donc le tuyau d'arrosage. Je ne me sens pas triste de laisser ma maison. Je crois que je suis prête. J'espère quand même que les locataires en prendront soin. On va passer le WE chez des amis. Cela nous changera d'air, au cas où l'émotion nous rattrape quand même. Chez eux, la piscine est bonne, il faut dire qu'il fait particulièrement chaud ce jour-là. Ici aussi, elle meure de soif. Charly installe le tuyau d'arrosage... j'ai déjà vu cette image quelque part : mais au fait, je n'ai pas arrêté l'eau ce matin dans notre piscine, en partant. Branle bas de combat, pour trouver une solution. Je n'ai plus les clefs, si j'y vais, je devrais passer sur le grillage. C'est un comble! J'appelle les locataires. Ouf, ils vont pouvoir s'en occuper. Tout est rentré dans l'ordre, la piscine n'a pas débordé. Au moins, elle ne mourra pas de soif...

Le samedi aura été chaud, mais le dimanche où nous avions prévu d'aller une dernière fois à Walibi, il va pleuvoir toute la journée. Nous n'irons pas finalement à Walibi ! Il y a des choses qui se perdent avec moins de regret (PS : ce n'est pas l'avis de ma fille).

Le passage de relais de la maison étant fait, il faut donc que je contacte les différents fournisseurs d'énergie pour leur indiquer notre dernière consommation. Sur certains sites, je n'arrive pas à accéder à « ma consommation ». Je crois qu'ils ont compris qu'on ne se réabonnerait pas, alors ils nous induisent en erreur. Sur d'autres, il faut que le technicien passe finalement. On me l'avait pas dit la première fois que j'avais appelé. Comment, cela se passe-t-il ? je n'ai pas besoin d'être là au moins ? « Si bien sur entre 8h et midi ». Mais comment je fais, je n'ai plus la maison. Je ne vais pas attendre dans ma voiture, tout de même. « Demander à un voisin, ou un ami ». Nous n'avons manifestement pas la même notion du voisinage ou de l'amitié, je vais encore moins faire poiroter quelqu'un à ma place. Bon, le prochain RDV, ce serait possible quand ? « Vendredi 13 juillet ». Si vous reprenez toutes nos dates, vous verrez que la réponse comporte une anomalie. A vous de la découvrir... C'était plus simple avec un coup de fil. Mais rien de vaut la présence humaine, ne serait-ce que pour les engueuler ! Rassurez-vous aux États-Unis, ce ne sera pas plus simple, car là en plus il faut prouver que l'on n'a pas d'antécédents d'impayés. Et pour cela, il faut fournir tout un tas de documents que l'on n'a pas puisque précisément on vient d'arriver. « nous sommes désolés, nous ne pourrons pas vous ouvrir votre ligne sans ces renseignements». Comment se passer de la précieuse énergie, cela va être difficile de s'allumer aux bougies et de pédaler pour avoir du courant, de chercher l'eau potable au puits... David sera la solution. David, c'est notre mentor, notre tuteur, notre passe-droit, notre indispensable homme à tout faire, notre fronde contre Goliath. Il nous aide pour notre installation, c'est prévu par l'entreprise : pour trouver une maison, régler les problèmes administratifs, nous faire visiter la ville, se porter garant lorsque l'opératrice ne veut rien savoir, nous organiser le test de conduite pour avoir notre permis, nous renseigner sur les meilleurs stores en ville, se faire engueuler à notre place quand on n'a pas les bons papiers. Sans David, point de salut...                                     

Welcome in UK


Welcome in UK. Jeudi 12 juillet, 13h30 ou 12h30 : Heathrow. Melting pot.

Le Chef d'orchestre nous attend, fidèle à son poste avec ses baguettes fluorescentes au bout de ses mains. Le ballet peut commencer. Les avions sont bien rangés en quinconce, prêts à bouger au rythme d'un seul homme. Un Ballet de danse ou un concert de musique classique, avec ces avions de la même couleur pour uniformiser le tout !Il faut dire qu'à Heathrow, la compagnie que j'ai prise utilise un terminal entier. Alors les avions sont tous les mêmes. Le chef se distingue par son gilet jaune et ses écouteurs sur les oreilles, à croire que la musique qu'il joue l'indispose.
Le préservatif jaune, symbole de la vigueur du vent, est en berne. L'avion n'a pas eu besoin de gérer les vents contraires.

Descente de l'avion. Il faut maintenant jongler avec le décalage horaire. C'est un peu tôt pour jongler, mais comme dit mon père « les Anglais, il faut toujours qu'ils se distinguent. ». Une heure de décalage. Dans quel sens au fait ? Une heure de moins. 

Ici, nous ne sommes pas vraiment en Angleterre, nous sommes à Heathrow tout simplement. Une ville à part, qui grouille et qui est faite de tout ce qui humainement existe sur terre. Des gros, des maigres, des blancs, des noirs, des occidentaux, des orientaux... c'est la tour de Babel. Toutes les nationalités sont représentées tant parmi ceux qui travaillent, que parmi les voyageurs, y compris des Anglais d'ailleurs qui sont facilement reconnaissables à leur teint blanc. Je pense que blanche neige a été pensée en Angleterre car seules les anglaises peuvent avoir la peau blanche comme de la neige. 
Par ailleurs, toutes les religions sont représentées aussi. Les signes religieux ostentatoires tant décriés en France, sont courants ici. Des femmes voilées qui travaillent et qui me paraissent très occidentales. Des hommes d'affaires super pressés avec leur kippa sur la tête. Mais il y a un lien tout de même qui relie tous ces hommes et ces femmes si différents : le téléphone portable, à porter de main, inconditionnellement disponible, qui ne demande rien en retour. Au fait où est le mien ? Ah oui, dans la poche de ma veste. Mais à tout les coups la batterie est vide.

L'avion suivant étant de la même compagnie, nous restons dans le même terminal, ce qui n'est pas rien car il y en a 5 de terminaux à Heathrow (dont un de fermé). Mais tout de même, il nous faut prendre un petit métro de trois stations. J'ai du mal à me représenter le gigantisme de cet aéroport. En 2011, il est passé 69.4 millions de voyageurs dans cet aéroport. C'est un peu comme si un peu plus de tous les Français en un an étaient passés par là. Je ne suis pas sûr que les Anglais auraient apprécié !!!
Maintenant, notre billet pour Washington nous fait passer en classe éco plus. Mais le petit quack à Lyon nous a finalement surclassées en classe Biz-ness. On passe en classe spéciale ultra-rapide, ultra-confort, ultra-serviable. Plus de sourires, plus d'aides, plus de facilité. On est dans un autre monde. Tout d'abord, on passe en premier, les files d'attente se raccourcissent, le personnel est à nos petits soins. Je n'ai jamais connu cela, on se sent à part, important, même si je garde en tête que ce qui est important ce n'est pas moi, mais plutôt l'argent dépensé pour cette bis-ness class, ne nous illusionnons pas trop vite ! N’empêche qu'en attendant, je savoure : l'attente est moins pénible, le temps se raccourcit, les coussins sont plus moelleux, le personnel plus disponible... Et, par la même occasion, le temps de m’habituer, cela m'offre une pause pour gérer la part émotionnelle du départ. Encore ça de prit. 

D'autant que je suis vite rattrapée par un drôle de contrôle sur nos affaires avant de monter dans l'avion. Nous sommes presque les seules à être contrôlées. Je ne pense pas que cela soit dû à nos têtes de terroristes, alors cela doit peut-être venir du décalage physique entre nous et ceux de la classe business, même si je trouve que les autres ne sont pas si différents. Mais rien de trop, ni d'illégal dans nos bagages. On passe. Et dans l'avion, le confort s'offre à nous, en dehors du fait que nous ne sommes pas côté hublot et que nous sommes en sens contraire du vol. Tout de suite, l’écart se creuse avec tout ce que j'ai connu avant : le confort est incomparable, la nourriture est bonne, l'attention du personnel hors norme (presque trop : accueil avec un petit rafraîchissement de type champagne ou jus d'orange, rangement de nos chaussures, le pain tombé à terre par notre faute est ramassé par l’hôtesse). Il va falloir s'habituer...


Précisions d'écriture :
pour la commodité de lecture, j'ai préféré aérer le texte, malgré mon besoin au moment de l'écriture initiale de tout rassembler.
Je viens de trouver un site pour les corrections d'orthographe et de grammaires, ce qui me permettra, je l'espère, de satisfaire les plus exigeants d'entre vous.

All abord !


Jeudi 12 juillet, 11h55. All aboard !
9h45 : arrivée à l'Aéroport Saint-Exupéry. Chercher et trouver l'enregistrement. C'est facile, c'est la queue la plus longue, à part celle pour Sétif en Algérie. Trois quarts d'heure plus tard, enfin le sourire de l'enregistreuse. Je n'ai jamais su comment les appeler les personnes qui s'occupent de l'enregistrement. Ce ne sont pas les hôtesses, ni les guichetières. Alors comment on les appelle?
Il y a un problème avec nos billets. Des souvenirs reviennent... mais pourtant, nous sommes bien arrivées à l'heure cette fois. Elle prend le téléphone sans m'en dire plus. 4 minutes plus tard, elle explique, toujours au téléphone, pas à moi, qu'elle n'a pas nos places pour le prochain vol. Si je devais décrire l'électronique aérienne, ce serait un caractère rigide mais désorganisé dans un chaos ambiant. C'est sans doute pour cela qu'il est rigide, pour lutter contre une désorganisation interne. La solution est trouvée, mais maintenant c'est le tapis des bagages qui ne marche pas. Le sort s'acharne! L'enregistrement rien que pour nous a duré 10 minutes... il ne nous reste plus que le temps de passer la douane. 15 minutes d'attente. Il faut se dénuder, se délester de tous ce qui peut réveiller le monstre, au risque qu'il ne bipe et qu'une fouille corporelle ne soit organisée. On n'a plus rien sur soi, on est à nu. Et pourtant, ma fille qui avait pensé préalablement à ne pas s'entourer de ce qui pourrait être susceptible de déclencher le BIP, dans une forme d'anticipation anxieuse, m'attend pour être fouillée : « ça soûle » me dira-t-elle plus tard.
Le reste de la douane ne sera qu'une formalité. On peut alors se poser et … attendre. A côté de notre porte d'embarquement, il y a l’embarquement pour l'Algérie. Une voix de haut-parleur demande aux personnes qui sont devant l'enregistrement de se pousser pour laisser monter à bord en priorité les personnes en fauteuil roulant. La voix est informative, elle indique aussi que monteront à bord en premier ceux de l'arrière de l'avion. Trois minutes plus tard, la même voix de haut-parleur mais cette fois énervée, reprend : « Merci de laisser passer les personnes en fauteuil roulant car nous vous rappelons que ces derniers ne marchent pas et que s'ils ne passent pas, vous non plus vous ne passerez pas. » Le retour au pays sans doute explique cette impatience. Qu'en sera-t-il pour moi à mon retour en France ?
Mais c'est déjà l'heure de l'embarquement. La dernière personne avec qui j'aurai parlé français est le douanier. Triste réalité de voyage. Encore un petit quack : nos places attribuées par la réservation informatique sont changées et ne correspondent pas à ce qui est écrit sur le bording pass. A l'arrivée dans l'avion, nous sommes déjà en pays Britannique. A bord, j'informe l’hôtesse de ce changement. Elle ne me comprend pas. Le dernier Français aura bien été le douanier...
L'avion décolle. Je n'aime pas les décollages, ni les atterrissages d'ailleurs, c'est là qu'il y a le plus de risques. Il y a deux jours, j'ai entendu que le rapport concernant le vol Rio-Paris qui s'était écrasé en mer venait d'être rendu. Les passagers ne se sont rendu compte de rien. Si je dois mourir en avion, j'aimerais que cela soit ainsi. Dès que je dois prendre l'avion, j'ai un sens très spécial qui s'anime et qui me fait être attentive à tout ce qui concerne les avions et si possible les accidents. Si rien d'exceptionnel ne transpire dans les médias, je vais même jusqu'à pousser le vice à regarder un film catastrophe d'avion. Il y a une fois, j'ai regardé, trois jours avant de décoller, le film sur les rescapés du vol dans les Andes. Masochiste ? Je ne crois pas. J'ai plutôt besoin de me faire peur ou de conjurer le danger en tentant de l'appréhender. Cela reste tout de même une énigme pour moi...
Quelques soubresauts plus tard, nous volons au-dessus des nuages. Le temps en France est toujours gris, mais nous ne sommes plus vraiment en France. Nous sommes dans cet espace de no man-land qui fonctionne de façon binaire : soit il fait jour avec du soleil soit il fait nuit avec la lune, et seulement quelques dégradés entre les deux. Il n'y a pas d'autres nuances, qui sont tellement terrestres : le gris, le gris bleu, le gris noir, le noir total, le blanc, le gris blanc, le blanc bleu.... Et pour nous il fait jour, c'est toujours cela de prit sur le soleil.
Un snack est servi. Very british : jus de tomate et cacahuètes. Il est pourtant midi mais rien d'autre à se mettre sous la dent.
Au sol tout est compressé, les distances paraissent s'effondrer, les montagnes se rapetisser, les villes s'étouffer.
Quelques nuages plus loin : Londres. La ville est étendue, le paysage se confond, un stade se distingue, un golf. Les maisons se répètent, et où que je regarde tout se ressemble. Comment peut- on aimer autant d'uniformité ? L'anglais a sans doute besoin d'avoir des repères stables. Pour un peu que le temps soit gris, je trouve quant à moi cela déprimant.
Ça y est, le pilote a repris les commandes de l'avion pour entamer la descente, le pilotage automatique a ses limites tout de même. Mais moi, je n'aime pas quand c'est le pilote qui conduit. La crainte de l’erreur humaine sans doute. Finalement, j'ai plus confiance dans la rigidité d'une machine. Moi qui aime tant les hommes, comment puis-je être rassurée d'un avion qui vole tout seul et angoissée dès que le pilote reprend les commandes. Mes contradictions ne m'aident pas.
Le soleil brille sur la ville. Mais tout de même, quelques nuages nous accueillent. L’Angleterre sans nuages, c'est comme un saucisson sans peau, ça ne tient pas. Mais pour moi, qui dit nuages, dit avion qui bouge. Et ça, c'est l'angoisse :
« heureux qui comme Bertrand,
a fait un grand voyage,
sur tous les continents
et même davantage,
sans jamais renoncer
avec beaucoup d'courage
il affronte la tempête,
et la peur du naufrage... »
Atterrissage réussit. Personne n'applaudit : il n'y a donc pas d'Américains dans l'avion ? Et pourtant j'ai reconnu un peu d'accent US que j'aime tant.

last rush avant le repos pas encore éternel...

j - 1. La veille.  Last rush avant le repos pas encore éternel...

Il ne me reste plus qu'une journée pour penser à tout. Cette journée, je vais la vivre à 100 à l'heure, dans tous les sens : c'est l'agitation de dernière minute, le temps qui se dérobe.
Avant de me rendre au boulot, je dois laver la voiture. Elle n'est pas encore vendue, mais si cela arrive après notre départ, au moins elle sera propre. Mince, juste avant moi à la station de lavage, une voiture s'engage dans le lavage automatique. Je sens que la journée va être longue...
Au travail, il me faut gérer une dernière urgence. Jusqu'au bout je vais être prise par ce métier. Au moins, j'emporterai avec moi ce travail qui me prend tant. Je ne vais pas avoir le temps de manger. De toute façon, ce n'est pas grave, je n'ai pas faim.
L'après-midi, j'ai prévu de recevoir une dernière fois les étudiants avec lesquels je travaille à l'Université. Les RDV s'enchaînent, je n'ai pas le temps de souffler. Je n'aurai pas le temps de rendre la clef de mon bureau, avant la fermeture du secrétariat. Je l'emporterai donc avec moi.
Il me reste à récupérer Flore qui a passé la journée chez une copine. Nos amis savent que je suis pressée, mais je ne peux pas partir comme une voleuse. C'est tout de même la dernière fois que l'on se voit avant un long moment. Et puis, je suis bien avec eux. Cela aussi, je veux l'emmener avec moi.
Je maudis ces magasins français qui ferment si tôt. Je vais avoir du mal à arriver avant 19h pour récupérer les deux paires de lunettes, surtout qu'il y a un bon bouchon et d'autres ralentissements. Je téléphone pour les prévenir, ils savent que je pars le lendemain pour les États-Unis. Ils vont pouvoir m'attendre, le service à la française a quand même du bon.
A 20 h, je vérifie que les services de téléphonie mobile sont bien disponibles 24 heures sur 24, même si à cette heure-là, le personnel n'est pas toujours au mieux de sa forme. Je suis informée que la communication est susceptible d'être enregistrée. Ils vont être bien surpris d'entendre mon interlocutrice parler à sa collègue en même temps, et se plaindre d'avoir pris cet appel juste avant la fin de son service, ou de maudire son ordinateur qui ne fonctionne pas. Mais, elle répondra à ma demande. Demain, je serai connectée au monde.
Il me reste à récupérer Flore qui a passé la journée chez une copine. Nos amis savent que je suis pressée, mais je ne peux pas partir comme une voleuse. C'est tout de même la dernière fois que l'on se voit avant un long moment. Et puis, je suis bien avec eux. Cela aussi, je veux l'emmener avec moi.
Je maudis ces magasins français qui ferment si tôt. Je vais avoir du mal à arriver avant 19h pour récupérer les deux paires de lunettes, surtout qu'il y a un bon bouchon et d'autres ralentissements. Je téléphone pour les prévenir, ils savent que je pars le lendemain pour les États-Unis. Ils vont pouvoir m'attendre, le service à la française a quand même du bon.
A 20 h, je vérifie que les services de téléphonie mobile sont bien disponibles 24 heures sur 24, même si à cette heure-là, le personnel n'est pas toujours au mieux de sa forme. Je suis informée que la communication est susceptible d'être enregistrée. Ils vont être bien surpris d'entendre mon interlocutrice parler à sa collègue en même temps, et se plaindre d'avoir pris cet appel juste avant la fin de son service, ou de maudire son ordinateur qui ne fonctionne pas. Mais, elle répondra à ma demande. Demain, je serai connectée au monde.
Mon frère qui maintenant vit à l'autre bout du monde, mais qui est actuellement en France pour les vacances, ne m'a pas encore donné de nouvelles. J'aurai pourtant aimé lui parler avant de partir. Je ne sais pas comment le joindre car son ancien téléphone ne marche plus et je n'ai plus de connexion internet. De toute façon il est trop tard pour se joindre par internet. On a toujours été lié avec mes frères, mais très indépendants. Je paye cher aujourd'hui le prix de cette indépendance.
Il me faut encore ranger les valises pour ne garder avec nous que ce que nous pouvons passer par la douane, mais sans rien oublier d'essentiel. Et puis, il faut arriver à les fermer.
Demain, j’appellerai l'assureur, car je ne suis pas encore arrivée à les joindre. « tous nos conseillers sont occupés, merci de rappeler plus tard ». Plus tard pour moi, devient un vrai challenge...


Oh temps suspends ton vol...

Jeudi 12 juillet, 9h15 : départ. « Oh temps suspends ton vol... »

9h : je tente d'appeler l'assureur que je n'ai pas eu la veille. Toutes les lignes sont occupées. C'est pire que dans les toilettes d'un lycée au moment de la pause...

9h05 : l'attente commence, il fait froid dehors, les nuages sont nombreux, le vent du Nord nous rappelle qu'une polaire s'impose: l'été refuse de s'installer.

A tous les coups, le chauffeur ne va pas trouver la maison. Faut-il que j'aille à sa rencontre ? J'oublie le portable, comme d'habitude, mais s'il m'appelle, il vaut mieux que je reste à l'intérieur. Je rentre et j'attends. Je n'aime pas attendre, et pourtant ce n'est que le début. Je garde le portable à portée de main, dans la poche de ma veste. D'habitude, il n'est jamais là où je suis et j'arrive toujours trop tard pour répondre, ou je loupe des messages. Va-t-il devenir à partir d'aujourd'hui un prolongement de moi-même ?

Le chauffeur m'appelle. Il fallait s'y attendre, il n'a pas trouvé la maison. Je vais à sa rencontre, il n'était pas loin : il doit vraiment avoir un bon GPS car il faut la trouver la maison de mes parents dans ce petit coin de campagne lyonnaise... Premier embarquement : le taxi de l'entreprise, vraiment confortable mais qui ressemble quand même à une camionnette.

C'est parti ! Ce lieu mille fois exploré enfant que j'abandonne et qui ne me retient même pas. Je fouille dans mon sac pour vérifier les passeports, le visa, ranger ce qui va dans la valise, se débarrasser des derniers encombrants inutiles, mais la route tourne, le chauffeur conduit vite et j'ai mal au cœur. J'ai bien besoin de cela moi qui a déjà le mal de l'avion. Il n'y a plus rien à ranger de toute façon, alors je me redresse et j'explore le paysage qui défile et qui ne m'attend pas. Tous ces morceaux de vie que je laisse derrière moi, cette route je la connais par cœur et pourtant je la redécouvre sous un angle nouveau, celui du départ. L'émotion est là, silencieuse, encombrante : on change de vie tout de même ! Le ciel est gris, au moins lui, il ne me manquera pas. La température est fraîche, 12 ° mi juillet : l'été reste engourdi. Ça promet pour Londres ! Quand il y a du changement dans notre vie, les clichés sont des valeurs sures, eux ne changent pas, ça nous rassure.

Un petit message d'Isa. « Bon voyage, amusez-vous bien dans votre nouvelle vie ». Il y a déjà eu celui de Mya ce matin sans doute avant de partir travailler car je venais de me lever. «bonne route, vous nous manquez déjà». Et puis hier celui de Béa «bon voyage. Take care »  . C'est fou comme cela fait du bien... Il est bon de partir enveloppées des mots de nos amis, de ces pensées qui nous relient. Les liens sont solides, ils viennent avec nous. Ce sont ces mots que j'emporterai avec moi, qui m'accompagneront dans mon périple. Ça compte quand on abandonne tout derrière soi : 3 petits SMS et puis s'en vont...

La route est toujours la même et pourtant aujourd'hui, la perspective change. Les graffitis sont plus nombreux et plus grossiers, les magasins nous apparaissent sous un nouveau jour : c'est drôle ce pépiniériste qui vend des oliviers dans notre région ; et ce graffiti en anglais qui nous rappelle notre destination «  @#$%^&*... » mais qui est bien français : les flics sont à l'honneur ! Cette route-là, j'ai dû la prendre plus de mille fois, comment peut-elle encore me surprendre ? C'est l'effet Kiss départ : quand on quitte un endroit connu pour un long moment, notre œil est attentif au moindre détail car on a envie d'emporter avec soi ces dernières sensations, ces dernières émotions pour garder vivant les restes de notre vie.

A cette heure-là, la route est dégagée, même pas de bouchon pour ralentir l'allure, c'est bien la première fois que j'espère un ralentissement. Le voyage est plus court que d'habitude. D'ordinaire, je découpe ce chemin en trois parties car il me paraît long et ennuyeux. Aujourd'hui, j'arrive déjà en fin de deuxième partie et je n'ai rien vu passer.

« Oh temps, suspends ton vol

et vous heures propices, suspendez votre cours

… »