J - 2 mois. Préparation du
déménagement : mais où est passé le temps de la tendre
insouciance ?
Aujourd'hui deux mois exactement
avant notre départ, c'est mon anniversaire et nous n'avons pas
trouvé d'autres dates avec les collègues pour tenter de boucler
notre article afin de le rendre avant mon départ. L'article sera
finalement donné à la revue le 4 juin. Nous n'avons pas travaillé
pour rien. Je suis fière d'avoir collaboré à ce travail.
L'écriture à trois mains est une invitation au partage et au
renoncement de soi.
Une course contre la montre
s'organise : il faut que tout soit prêt, ne rien oublier.
Ranger, ranger, ranger. Dans la maison, pour la voiture, au travail.
Le maître mot devient : anticipation. Pas trop tôt car sinon,
tout risque de tomber à l'eau, et pas trop tard car sinon on risque
de se laisser déborder par la dernière minute. J'ai l'impression de
ranger plusieurs fois les mêmes endroits. En fait, le rangement en
vue d'un déménagement, c'est comme lorsque l'on enlève l'écorce
d'un oignon, il y a toujours plusieurs couches. Maintenant, les
week-ends se partagent en deux temps : ranger et voir des
amis ou de la famille. J'ai besoin de cette chaleur, de cette
présence, de prolonger encore un peu ces moments de bonheur. C'est
fou comme les amis ça fait du bien. C'est pour moi le meilleur
anti-stress, même si je tente d'occulter pour ces quelques instants
que je ne suis pas sûre de les revoir avant le départ. Côté
rangement, il faut se délester : soit en donnant, soit en
emmenant à la déchetterie. Je vais prendre plaisir à aller
régulièrement à la déchetterie où je vais avoir mes habitudes et
puis j'aime l'odeur des haies taillée. C'est un monde plutôt
masculin, où chacun vague à ses occupations, pressé d'en avoir
terminé. Il y a une organisation bien rodée, c'est à chacun son
tour, tout doit être trié, chaque chose à sa place. Les séjours à
la déchetterie sont marqués par un mouvement ambivalent : on
se sent plus léger après s'être débarrassé de tous ces objets
inutiles, mais parfois c'est lourd d'abandonner ce qui nous a suivis
dans notre vie.
Nous n'irons pas finalement aux
journées gallo-romaines de St Romain en gal : il a plu toute la
journée. Il y a des choses qui se perdent avec regret. Cette remonté
au temps antique, je l'apprécie particulièrement. C'est vraiment
une plongée vers notre passé, nos racines, nos fondations. J'ai
déjà eu l'occasion de prendre la machine à remonter le temps pour
nous immerger dans le temps moyenâgeux, et là encore c'est notre
histoire qui s'offre à nous. Et pour ne rien gâcher, c'est très
ludique. Je me console en pensant qu'aux États-Unis, il y aura sans
doute des reconstitutions de la guerre de sécession, on va habiter
pas très loin de là où se sont déroulées des batailles
importantes. On aura moins de distances à parcourir dans le temps et
cette histoire sera moins la nôtre. Mais l'histoire au fond, elle
n'appartient à personne, c'est l'histoire de l'humanité. A la même
période dans le monde, se labouraient d'autres champs de bataille.
Au
niveau de l'entreprise de Kris, il y a un réaménagement interne qui
s'organise et tout le monde doit re-postuler sur son poste sans
certitude d'être repris au même poste. C'est intéressant pour nous
qui sommes prêts pour le grand saut ! Tout est organisé pour
notre départ et nous devons attendre le verdict. En attendant la vie
continue. L'attente durera quelques semaines pendant lesquelles je ne
sais plus très bien si je dois me réjouir ou m'attrister, si je
dois continuer le rangement ou mettre en suspens.
Je reste fidèle à moi-même : wait and see. Pour
le rangement néanmoins, je continuerais quand même car sinon nous
serions trop en retard, et puis ce sera toujours cela de fait :
un bon rangement tous les 7 ans permet de remettre de l'ordre dans
une vie, en effet notre précèdent déménagement datait de 7 ans
(le chiffre 7 marque un changement : 7 jours dans une semaine, 7
ans de malheur, une année sabbatique revient tous les 7 ans, les 7
péchés capitaux... il faudra que j'y pense dans 7 ans). Finalement,
Kris sera reconduit sur son poste avec quelques changements sur ses
responsabilités, mais rien qui ne viendra troubler notre départ.
Le 18 juin 2012 : l'appel du
large. Les déménageurs arrivent en nombre et en muscles. « Tu
as vu les beaux gosses », me dira ma fille, sur le chemin de
l'école. Un peu plus tôt, il y a eu déjà les gars de l'entreprise
de façade. Le chantier a pris du retard à cause de la pluie. 2012
aura été une année pluvieuse ! 8H10 du matin, il faut que je
gère tout ce monde, et je dois partir à l'école de Flore dans 15
minutes. Heureusement, ils sont tous très autonomes, et je me sens
plutôt inutile et encombrante. J'ai déjà fait ma part de travail ;
maintenant, je laisse la place à d'autres. 15H30. La mise en carton
est finie. Jamais je n'aurais cru que tout ce que nous possédons
s'emballe en si peu de temps. Le camion ne sera là que le lendemain,
alors nous resterons la nuit avec les cartons. C'est un excellent
terrain de jeu pour cache cache ou pour faire des cabanes.
Mardi 19 juin, le jour d'après...
Le chargement va se faire entre 13h30 et 15h30. Jamais je n'aurais
cru que tout ce que nous possédons occupe si peu de place dans une
journée. La maison est vide. C'est un excellent terrain de jeu pour
les glissades et les vocalises. Il ne nous reste plus que quelques
affaires pour tenir un siège pendant une semaine. Ce sera la semaine
camping. Tout partira le WE prochain, et nous serons officiellement
Sans Domicile Fixe.

