Jeudi 12 juillet, 11h55. All aboard !
9h45 : arrivée à l'Aéroport Saint-Exupéry. Chercher et trouver l'enregistrement. C'est facile, c'est la queue la plus longue, à part celle pour Sétif en Algérie. Trois quarts d'heure plus tard, enfin le sourire de l'enregistreuse. Je n'ai jamais su comment les appeler les personnes qui s'occupent de l'enregistrement. Ce ne sont pas les hôtesses, ni les guichetières. Alors comment on les appelle?
Il y a un problème avec nos billets. Des souvenirs reviennent... mais pourtant, nous sommes bien arrivées à l'heure cette fois. Elle prend le téléphone sans m'en dire plus. 4 minutes plus tard, elle explique, toujours au téléphone, pas à moi, qu'elle n'a pas nos places pour le prochain vol. Si je devais décrire l'électronique aérienne, ce serait un caractère rigide mais désorganisé dans un chaos ambiant. C'est sans doute pour cela qu'il est rigide, pour lutter contre une désorganisation interne. La solution est trouvée, mais maintenant c'est le tapis des bagages qui ne marche pas. Le sort s'acharne! L'enregistrement rien que pour nous a duré 10 minutes... il ne nous reste plus que le temps de passer la douane. 15 minutes d'attente. Il faut se dénuder, se délester de tous ce qui peut réveiller le monstre, au risque qu'il ne bipe et qu'une fouille corporelle ne soit organisée. On n'a plus rien sur soi, on est à nu. Et pourtant, ma fille qui avait pensé préalablement à ne pas s'entourer de ce qui pourrait être susceptible de déclencher le BIP, dans une forme d'anticipation anxieuse, m'attend pour être fouillée : « ça soûle » me dira-t-elle plus tard.
Le reste de la douane ne sera qu'une formalité. On peut alors se poser et … attendre. A côté de notre porte d'embarquement, il y a l’embarquement pour l'Algérie. Une voix de haut-parleur demande aux personnes qui sont devant l'enregistrement de se pousser pour laisser monter à bord en priorité les personnes en fauteuil roulant. La voix est informative, elle indique aussi que monteront à bord en premier ceux de l'arrière de l'avion. Trois minutes plus tard, la même voix de haut-parleur mais cette fois énervée, reprend : « Merci de laisser passer les personnes en fauteuil roulant car nous vous rappelons que ces derniers ne marchent pas et que s'ils ne passent pas, vous non plus vous ne passerez pas. » Le retour au pays sans doute explique cette impatience. Qu'en sera-t-il pour moi à mon retour en France ?
Mais c'est déjà l'heure de l'embarquement. La dernière personne avec qui j'aurai parlé français est le douanier. Triste réalité de voyage. Encore un petit quack : nos places attribuées par la réservation informatique sont changées et ne correspondent pas à ce qui est écrit sur le bording pass. A l'arrivée dans l'avion, nous sommes déjà en pays Britannique. A bord, j'informe l’hôtesse de ce changement. Elle ne me comprend pas. Le dernier Français aura bien été le douanier...
L'avion décolle. Je n'aime pas les décollages, ni les atterrissages d'ailleurs, c'est là qu'il y a le plus de risques. Il y a deux jours, j'ai entendu que le rapport concernant le vol Rio-Paris qui s'était écrasé en mer venait d'être rendu. Les passagers ne se sont rendu compte de rien. Si je dois mourir en avion, j'aimerais que cela soit ainsi. Dès que je dois prendre l'avion, j'ai un sens très spécial qui s'anime et qui me fait être attentive à tout ce qui concerne les avions et si possible les accidents. Si rien d'exceptionnel ne transpire dans les médias, je vais même jusqu'à pousser le vice à regarder un film catastrophe d'avion. Il y a une fois, j'ai regardé, trois jours avant de décoller, le film sur les rescapés du vol dans les Andes. Masochiste ? Je ne crois pas. J'ai plutôt besoin de me faire peur ou de conjurer le danger en tentant de l'appréhender. Cela reste tout de même une énigme pour moi...
Quelques soubresauts plus tard, nous volons au-dessus des nuages. Le temps en France est toujours gris, mais nous ne sommes plus vraiment en France. Nous sommes dans cet espace de no man-land qui fonctionne de façon binaire : soit il fait jour avec du soleil soit il fait nuit avec la lune, et seulement quelques dégradés entre les deux. Il n'y a pas d'autres nuances, qui sont tellement terrestres : le gris, le gris bleu, le gris noir, le noir total, le blanc, le gris blanc, le blanc bleu.... Et pour nous il fait jour, c'est toujours cela de prit sur le soleil.
Un snack est servi. Very british : jus de tomate et cacahuètes. Il est pourtant midi mais rien d'autre à se mettre sous la dent.
Au sol tout est compressé, les distances paraissent s'effondrer, les montagnes se rapetisser, les villes s'étouffer.
Quelques nuages plus loin : Londres. La ville est étendue, le paysage se confond, un stade se distingue, un golf. Les maisons se répètent, et où que je regarde tout se ressemble. Comment peut- on aimer autant d'uniformité ? L'anglais a sans doute besoin d'avoir des repères stables. Pour un peu que le temps soit gris, je trouve quant à moi cela déprimant.
Ça y est, le pilote a repris les commandes de l'avion pour entamer la descente, le pilotage automatique a ses limites tout de même. Mais moi, je n'aime pas quand c'est le pilote qui conduit. La crainte de l’erreur humaine sans doute. Finalement, j'ai plus confiance dans la rigidité d'une machine. Moi qui aime tant les hommes, comment puis-je être rassurée d'un avion qui vole tout seul et angoissée dès que le pilote reprend les commandes. Mes contradictions ne m'aident pas.
Le soleil brille sur la ville. Mais tout de même, quelques nuages nous accueillent. L’Angleterre sans nuages, c'est comme un saucisson sans peau, ça ne tient pas. Mais pour moi, qui dit nuages, dit avion qui bouge. Et ça, c'est l'angoisse :
« heureux qui comme Bertrand,
a fait un grand voyage,
sur tous les continents
et même davantage,
sans jamais renoncer
avec beaucoup d'courage
il affronte la tempête,
et la peur du naufrage... »
Atterrissage réussit. Personne n'applaudit : il n'y a donc pas d'Américains dans l'avion ? Et pourtant j'ai reconnu un peu d'accent US que j'aime tant.
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