9h : je tente d'appeler l'assureur que je n'ai pas eu la veille. Toutes les lignes sont occupées. C'est pire que dans les toilettes d'un lycée au moment de la pause...
9h05 : l'attente commence, il fait froid dehors, les nuages sont nombreux, le vent du Nord nous rappelle qu'une polaire s'impose: l'été refuse de s'installer.
A tous les coups, le chauffeur ne va pas trouver la maison. Faut-il que j'aille à sa rencontre ? J'oublie le portable, comme d'habitude, mais s'il m'appelle, il vaut mieux que je reste à l'intérieur. Je rentre et j'attends. Je n'aime pas attendre, et pourtant ce n'est que le début. Je garde le portable à portée de main, dans la poche de ma veste. D'habitude, il n'est jamais là où je suis et j'arrive toujours trop tard pour répondre, ou je loupe des messages. Va-t-il devenir à partir d'aujourd'hui un prolongement de moi-même ?
Le chauffeur m'appelle. Il fallait s'y attendre, il n'a pas trouvé la maison. Je vais à sa rencontre, il n'était pas loin : il doit vraiment avoir un bon GPS car il faut la trouver la maison de mes parents dans ce petit coin de campagne lyonnaise... Premier embarquement : le taxi de l'entreprise, vraiment confortable mais qui ressemble quand même à une camionnette.
C'est parti ! Ce lieu mille fois exploré enfant que j'abandonne et qui ne me retient même pas. Je fouille dans mon sac pour vérifier les passeports, le visa, ranger ce qui va dans la valise, se débarrasser des derniers encombrants inutiles, mais la route tourne, le chauffeur conduit vite et j'ai mal au cœur. J'ai bien besoin de cela moi qui a déjà le mal de l'avion. Il n'y a plus rien à ranger de toute façon, alors je me redresse et j'explore le paysage qui défile et qui ne m'attend pas. Tous ces morceaux de vie que je laisse derrière moi, cette route je la connais par cœur et pourtant je la redécouvre sous un angle nouveau, celui du départ. L'émotion est là, silencieuse, encombrante : on change de vie tout de même ! Le ciel est gris, au moins lui, il ne me manquera pas. La température est fraîche, 12 ° mi juillet : l'été reste engourdi. Ça promet pour Londres ! Quand il y a du changement dans notre vie, les clichés sont des valeurs sures, eux ne changent pas, ça nous rassure.
Un petit message d'Isa. « Bon voyage, amusez-vous bien dans votre nouvelle vie ». Il y a déjà eu celui de Mya ce matin sans doute avant de partir travailler car je venais de me lever. «bonne route, vous nous manquez déjà». Et puis hier celui de Béa «bon voyage. Take care » . C'est fou comme cela fait du bien... Il est bon de partir enveloppées des mots de nos amis, de ces pensées qui nous relient. Les liens sont solides, ils viennent avec nous. Ce sont ces mots que j'emporterai avec moi, qui m'accompagneront dans mon périple. Ça compte quand on abandonne tout derrière soi : 3 petits SMS et puis s'en vont...
La route est toujours la même et pourtant aujourd'hui, la perspective change. Les graffitis sont plus nombreux et plus grossiers, les magasins nous apparaissent sous un nouveau jour : c'est drôle ce pépiniériste qui vend des oliviers dans notre région ; et ce graffiti en anglais qui nous rappelle notre destination « @#$%^&*... » mais qui est bien français : les flics sont à l'honneur ! Cette route-là, j'ai dû la prendre plus de mille fois, comment peut-elle encore me surprendre ? C'est l'effet Kiss départ : quand on quitte un endroit connu pour un long moment, notre œil est attentif au moindre détail car on a envie d'emporter avec soi ces dernières sensations, ces dernières émotions pour garder vivant les restes de notre vie.
A cette heure-là, la route est dégagée, même pas de bouchon pour ralentir l'allure, c'est bien la première fois que j'espère un ralentissement. Le voyage est plus court que d'habitude. D'ordinaire, je découpe ce chemin en trois parties car il me paraît long et ennuyeux. Aujourd'hui, j'arrive déjà en fin de deuxième partie et je n'ai rien vu passer.
« Oh temps, suspends ton vol
et vous heures propices, suspendez votre cours
… »
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