Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

lundi 18 mars 2013

Remonter du temps


Du jeudi 12 juillet au vendredi 13 juillet, en arrivant quand même le 12 juillet. Remonter du temps, ou comment survivre à cette folie spatio-temporelle ?

Départ le jeudi 12 juillet à 14h30 de Londres, arrivée le jeudi 12 juillet à 18h00 à Washington : trois heures de vol... mais c'est sans compter le décalage horaire de 5 heures (heure anglaise car il faut toujours compter 6 heures avec la France). 

La mère et l'enfant : 
L'avion roule, la piste est longue, il ne faut pas oublier que nous sommes dans le plus grand aéroport d'Europe (1,227 hectares). L'avion est pris de hoquets au rythme des roulements sur une piste qui pourrait paraître pleine de trous et de bosses. Les avions sur terre ressemblent à « des albatros, vastes oiseaux des mers. A peine sont-ils déposés sur les planches, que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, laissent piteusement leurs grandes ailes blanches comme des avirons traîner à côté d'eux ». Un enfant joue avec sa voix qui chevrote en écho avec l'avion qui frétille. L'avion s'arrête, sans doute pour attendre son tour, l'enfant se met à pleurer. Il vient de perdre l'objet de son plaisir. Sa mère le prend sur les genoux, l'installe confortablement et l'embrasse. Seule une mère peut supporter les pleurs d'un enfant et le gratifier d'un baiser réparateur. Il ne trouve pour autant pas encore l'apaisement. La mère sort un biberon et aussitôt l'enfant se love contre son épaule, tète goulûment et prend une touffe de cheveux de sa mère entre ses doigts. Il rassemble assez de cheveux pour faire une mèche, la caresse de ses doigts, et se caresse le visage avec, tantôt la mèche est d'un côté du visage de la mère, tantôt de l'autre au gré des mouvements de celle-ci. Elle continue sa conversation avec le père, à la fois indifférente au jeu de l'enfant et en même temps attentive à ses besoins. Elle le laisse faire, malgré des tiraillements forts sur la mèche, qui semble se présenter comme un objet parfaitement indépendant, autonome pour l'enfant. Me vient en tête l'image d'un doudou. La mèche doit être douce, sentir bon la mère, être assez disponible pour que l'enfant en dispose à son gré et permettre d'introduire l'illusion de maîtrise. Là encore, c'est un signe d'ajustement entre l'enfant et sa mère qui semble lui signifier « je t'offre une partie de moi pour que tu en disposes ». L'enfant ferme les yeux et s'abandonne à cette caresse qui le berce. Il s'endort, rassuré et comblé. Bel instant de plénitude.

L'avion a pris son envole, l'albatros retrouve ses aises. Les commandes sont gérées par la machine ce qui a fait taire les mouvements indisciplinés de l'avion. Dès que l'homme reprend les commandes, cela se sent tout de suite, l'appareil bouge, s'agite tel un enfant qui n'en fait qu'à sa tête. Tandis que lorsque la machine reprend les rênes, alors l'enfant se tait et s'apaise. C'est étonnant d’ailleurs qu'une telle machine si volumineuse, si malhabile sur terre, puisse se transformer en ce phénix majestueux aux ailes déployées qui gouverne les aires. Je me sens bien, en sécurité à 12 560 km au-dessus de la terre... Je vais pouvoir m'endormir à mon tour car après avoir bien mangé, regardé une vidéo, écrit quelques lignes, je me sens fatiguée. Mon siège s'allonge. Comme je n'ai pas l'habitude, je cherche les commandes, je regarde autour de moi les autres passagers pour voir comment ils ont fait, jusqu’où on peut aller avec ce siège. Un homme est parfaitement allongé, c'est que cela doit être possible. J'ai trouvé le bouton et mon siège se transforme en couchette, complètement dépliée. C'est bien sûr la première fois que je peux m'allonger pour dormir dans un avion. Je suis plutôt habituée aux rangées à trois places où les jambes n'ont pas de quoi tenir, la tête qui menace de s'écrouler sur l'épaule du voisin que l'on ne connaît pas, où tout mouvement déclenche un cataclysme chez les voisins et c'est toute la rangée qui se réveille... Mais là, c'est autre chose. Tout n'est que « calme, luxe et volupté ». Bon d'accord, il faut reconnaître que la taille de la couchette est plus celle d'un banc public que celle d'un lit king size, et même la couverture ressemble à celle d'un SDF, à la différence qu'elle était préemballée. « Les amoureux qui s'bécotent sur les bancs publics, bancs publics, bancs publics, en s'disant des je t'aime pathétiques, on des p'tites gueules bien sympathiques ».

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