1992 :
j'ai 25 ans, je suis en attente de finir mes études et j'ai un peu
de temps devant moi, le centre social dans lequel je travaillais n'a
pas une bonne santé financière et ils viennent de fermer la
structure dont j'avais la responsabilité. De toute façon, je ne
voulais pas faire directrice de centre aéré toute ma vie. C'est le
bon moment pour tenter l'aventure linguistique. J'ai toujours pensé
que l'Anglais n'était pas une option pour un Français, mais une
obligation, et ce n'est pas avec les textes de Shakespeare que
j'avais appris à parler l'anglais de la vie quotidienne. La grande
Bretagne ou l'Irlande ne me paraissaient pas assez éloignés
(l'expérience du bain linguistique est aussi un rituel de passage
dans la vie de jeune adulte), l'Australie un peu compliqué à
organiser à l'époque, alors les États-Unis réunissaient toutes
les conditions pour un séjour réussi. Je me suis inscrite à un
programme de jeunes filles au pair, très bien organisé dans ce
pays. Mon anglais laborieux m'inquiétait pour tenter l'aventure de
manière plus autonome. Premier contact avec une
host family :
New York City(NYC). New York, premier choc culturel. Ici, la ville
est appelé the
big apple,
et se caractérise par le gigantisme à tous les étages. J'ai
beaucoup aimé cette ville, mais j'ai été heureuse aussi d'en
partir. Au
bout d'un an de vie dans son giron, j'ai été heureuse de sortir de
ce gigantisme un peu déshumanisant : il aura fallu un an pour
que NYC accouche de moi.
Le
pinut
butter and jelly sandwich, comme
repas de midi. Une des maxime de la host
family
chez laquelle je vivais : « on n'a pas besoin d'acheter de
la nourriture sophistiquée et chère pour les enfants, leur goût
n'est pas encore développé ». Je n'avais pas encore eu
d'enfant, je n'étais pas encore intéressée par les questions
concernant comment bien se nourrir, mais déjà j'avais en tête que
la nourriture est le moteur essentiel de toutes nos activités. Le
goût quant à lui, il se cultive, c'est un savant dosage entre essai
et attente, sans forçage, ni délaissement. Bien sûr, les goût des
enfants est différent de celui des adultes, mais il ne se développe
pas comme cela tout à coup, par magie. En France, on a trop tendance
à envisager la méthode du forçage, parfois l'alimentation tourne
au cauchemar (est ce qu'il a bien eu ses 5 fruits et légumes
aujourd'hui ? est-ce qu'il n'a pas mangé trop gras, trop salé
ou trop sucré ?). Mais de là, à donner comme tout repas de
midi une tartine de pinut
butter and jelly
sandwich ! Les entreprises agro-alimentaires l'on bien compris.
Elles composent des recettes très en phase avec le goût des
enfants, en faisant croire que c'est bon pour leur santé (qui n'a
jamais cru qu'un verre de lait, du pain et du Nutella avait à voir
avec l'équilibre alimentaire, comme ma fille me l'a suggéré après
avoir regardé la pub à la TV). Les enseignes de restauration rapide
offre des cadeaux aux enfants à chacun de leur passage, ce qui leur
donne envie de revenir juste pour le cadeau. Et deviner qui ira tout
droit chez l'enseigne en question à leur adolescence ? Le sens du
goût se développe au contraire très tôt, c'est même avec
l’alimentation de la mère enceinte que les choses commencent.
C'est vrai que parfois il s'avère difficile de faire goûter à son
enfant, que les fruits et légumes ne sont pas leur cible préférée
et que cela demande des efforts, déjà pour les cuisiner. Il y a un
jeu que ma fille aime tout particulièrement : le jeu des
devinettes. Vous coupez quelques morceaux de fruits différents. Vous
bander les yeux de l'enfant et vous lui faites goûter un fruit les
yeux bandés. Il doit le reconnaître au goût. Attention pas de
farce, ne donner pas à votre enfant à goûter des saveurs fortes
(moutarde et autres aromates) à son insu, nous ne sommes plus des
adolescents tout de même ! Pour animé le jeu, au bout d'un
moment lorsque l'enfant fait des sans faute, donner lui a reconnaître
deux fruits à la fois, et si vous êtes vraiment un farceur, mettez
lui un soupçon de Nutella sur le fruit à la fin du jeu. Effet
garantit. Les Américains remplaceront tout naturellement le Nutella
par le pinut
butter
local. Aucun problème.
Même
si je ne suis pas à l'aise dans la host
family,
mes souvenirs ici sont fabuleux. D'abord les amis : Ricky,
Tania, Sam, Cristal, souvenez vous, les happy
hours
ou les
lady night,
les halloween
parties,
le gospel du dimanche matin à Harlem, le Roller blade à central
park... Puis les voyages à travers l'est, de Miami à Boston en
passant par la Nouvelle Orléans et les chutes du Niagara, mes
meilleurs souvenirs.
Mais
c'est aussi : le
26 février 1993 premier attentat à la bombe dans les sous sol du
World trade center. Entre les sous sol et le dernier niveau, il y
avait 110 étages, les plus hauts immeubles de Manhattan. Ils
étaient devenus les symboles de NYC, devançant même l'Empire State
Building. Premier avertissement d'un monde en train de changer, dans
lequel les équilibres tendaient à se fracturés. C'est pourquoi,
j'ai été particulièrement ébranlée à l'annonce de l'attentat
par 2 avions le 11 septembre 2001. Il aura fallu seulement 8 ans,
pour que cette fois le monde bascule... Je me souviens, j'avais été
en formation toute la journée et je devais me rendre à un groupe
d'analyse de la pratique que j'animais dans une crèche. Je pense que
cela a en effet eu un impact sur le monde, pas seulement sur les
États-Unis. En tout cas mes souvenirs à moi de ce jour-là, sont à
jamais gravés dans ma mémoire.