Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 28 novembre 2014

J-18 ans : le temps des origines... (première partie)

1992 : j'ai 25 ans, je suis en attente de finir mes études et j'ai un peu de temps devant moi, le centre social dans lequel je travaillais n'a pas une bonne santé financière et ils viennent de fermer la structure dont j'avais la responsabilité. De toute façon, je ne voulais pas faire directrice de centre aéré toute ma vie. C'est le bon moment pour tenter l'aventure linguistique. J'ai toujours pensé que l'Anglais n'était pas une option pour un Français, mais une obligation, et ce n'est pas avec les textes de Shakespeare que j'avais appris à parler l'anglais de la vie quotidienne. La grande Bretagne ou l'Irlande ne me paraissaient pas assez éloignés (l'expérience du bain linguistique est aussi un rituel de passage dans la vie de jeune adulte), l'Australie un peu compliqué à organiser à l'époque, alors les États-Unis réunissaient toutes les conditions pour un séjour réussi. Je me suis inscrite à un programme de jeunes filles au pair, très bien organisé dans ce pays. Mon anglais laborieux m'inquiétait pour tenter l'aventure de manière plus autonome. Premier contact avec une host family : New York City(NYC). New York, premier choc culturel. Ici, la ville est appelé the big apple, et se caractérise par le gigantisme à tous les étages. J'ai beaucoup aimé cette ville, mais j'ai été heureuse aussi d'en partir. Au bout d'un an de vie dans son giron, j'ai été heureuse de sortir de ce gigantisme un peu déshumanisant : il aura fallu un an pour que NYC accouche de moi.

Le pinut butter and jelly sandwich, comme repas de midi. Une des maxime de la host family chez laquelle je vivais : « on n'a pas besoin d'acheter de la nourriture sophistiquée et chère pour les enfants, leur goût n'est pas encore développé ». Je n'avais pas encore eu d'enfant, je n'étais pas encore intéressée par les questions concernant comment bien se nourrir, mais déjà j'avais en tête que la nourriture est le moteur essentiel de toutes nos activités. Le goût quant à lui, il se cultive, c'est un savant dosage entre essai et attente, sans forçage, ni délaissement. Bien sûr, les goût des enfants est différent de celui des adultes, mais il ne se développe pas comme cela tout à coup, par magie. En France, on a trop tendance à envisager la méthode du forçage, parfois l'alimentation tourne au cauchemar (est ce qu'il a bien eu ses 5 fruits et légumes aujourd'hui ? est-ce qu'il n'a pas mangé trop gras, trop salé ou trop sucré ?). Mais de là, à donner comme tout repas de midi une tartine de pinut butter and jelly sandwich ! Les entreprises agro-alimentaires l'on bien compris. Elles composent des recettes très en phase avec le goût des enfants, en faisant croire que c'est bon pour leur santé (qui n'a jamais cru qu'un verre de lait, du pain et du Nutella avait à voir avec l'équilibre alimentaire, comme ma fille me l'a suggéré après avoir regardé la pub à la TV). Les enseignes de restauration rapide offre des cadeaux aux enfants à chacun de leur passage, ce qui leur donne envie de revenir juste pour le cadeau. Et deviner qui ira tout droit chez l'enseigne en question à leur adolescence ? Le sens du goût se développe au contraire très tôt, c'est même avec l’alimentation de la mère enceinte que les choses commencent. C'est vrai que parfois il s'avère difficile de faire goûter à son enfant, que les fruits et légumes ne sont pas leur cible préférée et que cela demande des efforts, déjà pour les cuisiner. Il y a un jeu que ma fille aime tout particulièrement : le jeu des devinettes. Vous coupez quelques morceaux de fruits différents. Vous bander les yeux de l'enfant et vous lui faites goûter un fruit les yeux bandés. Il doit le reconnaître au goût. Attention pas de farce, ne donner pas à votre enfant à goûter des saveurs fortes (moutarde et autres aromates) à son insu, nous ne sommes plus des adolescents tout de même ! Pour animé le jeu, au bout d'un moment lorsque l'enfant fait des sans faute, donner lui a reconnaître deux fruits à la fois, et si vous êtes vraiment un farceur, mettez lui un soupçon de Nutella sur le fruit à la fin du jeu. Effet garantit. Les Américains remplaceront tout naturellement le Nutella par le pinut butter local. Aucun problème.

Même si je ne suis pas à l'aise dans la host family, mes souvenirs ici sont fabuleux. D'abord les amis : Ricky, Tania, Sam, Cristal, souvenez vous, les happy hours ou les lady night, les halloween parties, le gospel du dimanche matin à Harlem, le Roller blade à central park... Puis les voyages à travers l'est, de Miami à Boston en passant par la Nouvelle Orléans et les chutes du Niagara, mes meilleurs souvenirs.

Mais c'est aussi : le 26 février 1993 premier attentat à la bombe dans les sous sol du World trade center. Entre les sous sol et le dernier niveau, il y avait  110 étages, les plus hauts immeubles de Manhattan. Ils étaient devenus les symboles de NYC, devançant même l'Empire State Building. Premier avertissement d'un monde en train de changer, dans lequel les équilibres tendaient à se fracturés. C'est pourquoi, j'ai été particulièrement ébranlée à l'annonce de l'attentat par 2 avions le 11 septembre 2001. Il aura fallu seulement 8 ans, pour que cette fois le monde bascule... Je me souviens, j'avais été en formation toute la journée et je devais me rendre à un groupe d'analyse de la pratique que j'animais dans une crèche. Je pense que cela a en effet eu un impact sur le monde, pas seulement sur les États-Unis. En tout cas mes souvenirs à moi de ce jour-là, sont à jamais gravés dans ma mémoire.

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