Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 26 avril 2013

La pré-visite


J - 3 mois : la pré-visite.

L'entreprise de Kris a prévu un voyage pour Flore et moi, afin de faire le choix d'une maison. Ce sera nos vacances de printemps. Kris s 'est renseigné sur l'école publique pour Flore, ce qui suppose que nous trouvions une maison dans un quartier qui dépend de cette école. Nous n'en aurons que deux à visiter. C'est parfait, je n'ai pas envie de passer tout mon temps à visiter des maisons.

L'aller sur Hagerstown : le surbooking, entre perte et récompense. Nous sommes arrivées un peu juste à l'aéroport, apparemment, ils ont déjà donné nos places à d'autres (nous sommes quand même arrivées plus d'une heure en avance, pour un vol Européen, puisque nous nous arrêtons d'abord à Londres). Nous allons perdre 19 heures de vie aux US, dont 12h de nuit, mais nous allons être indemnisées à hauteur de la perte. Et cela fait une plutôt belle somme. Je crois que je ne voyagerai plus qu'en surbooking ! La dame a simplement oublié de nous dire qu'il fallait dépenser cette fortune en 2 semaines. Je ne suis pas sûre de savoir faire. Mais si un surbooking se renouvelle, j'apprendrai...

London by night. Comme nous sommes obligées de prendre un autre vol, nous choisirons l'option de dormir à Londres pour partir plutôt le lendemain. Nous aurons alors la chance de visiter Londres de nuit. Départ d'Heathrow 21 heures, bus n° H 54, premier arrêt à l’hôtel Holiday Inn Heathrow, puis à l’hôtel The Park Inn Heathrow, puis à l’hôtel Sheraton Heathrow Marriott, et enfin notre hôtel Renaissance Heathrow. Cette visite nous a complètement lessivées : ne pas louper l'arrêt, ne pas louper l'arrêt, ne pas louper l'arrêt... Le temps est gris et pluvieux (nous sommes bien à Londres !), il est difficile de bien distinguer les hôtels. Notre nuit à Londres sera courte, le bus le lendemain passe à 7h30. L'hôtel est très confortable, la nourriture très anglaise...


Aéroport de Washington. Nous sommes arrivées à 13 h, avec un peu de retard, l'avion qui était en train d'amorcer sa descente est brusquement remonté et a fait un petit tour, sans doute pour nous permettre d'admirer la vue du ciel de Washington ! J'apprécie très modérément ce numéro de voltige !!! Ce qui va nous prendre le plus de temps c'est le passage de douane. Entre mon passé qui se réveille, et un entrepôt où sont logés les étrangers avant de leur permettre de fouler le sol américain (les Américains n'ont pas renoncé au passage des étrangers par un entrepôt du type Ellis Island (1)), on aura mis 1 h pour sortir. Notre chauffeur est là, il nous attendait. Il nous reste tout de même un peu de temps pour explorer Washington. On va se garer près de la baraque d'Obama. La maison blanche est toujours blanche, quels que soient les présidents qui l'habitent. Il y a des choses qui ne changent pas ! 




Hagerstown : entre joie et déception. Il y a d'abord la campagne : le bon air, la nature, les animaux sauvages , les distances réduites, la disparition des bouchons; mais, en même temps, cela s'accompagne d'activités réduites, la culture rétrécie, de choix réduit des produits (encore que... nous avons des outlets juste en bordure de ville)... Pour une famille, c'est idéal. Il faudra prendre le meilleur et laisser de côté les renoncements que cela impose.

Nous sommes invités plusieurs soirs chez des collègues français expatriés. Une habitation d'expat présente souvent l'image d'un rétrécissement ou d'un élargissement : c'est le château d'un noble désargenté ou la maison des 7 nains sauf qu'ils sont 15. On garde les meubles que l'on avait d'une autre maison, mais on achète peu de choses nouvelles car le retour annoncé laisse en suspend des questions sur l'adaptation de ce nouveau mobilier dans le pays d'origine (ne serait-ce que tout ce qui est électrique). Et puis, la taille des maisons entre la France et les USA n'est pas la même. Lorsque l'on déménage dans une maison à soi, on va avoir à cœur de s'installer dans cette nouvelle maison, soit en débarrassant les choses en trop, trop grandes, soit en récupérant des meubles nouveaux plus adaptés au nouveau logement. Là le logement est de transit, il faut l'habiter sans l'investir totalement (au risque de beaucoup de frais pour un temps court). J'imagine notre nouvelle demeure aux riches accents Américains, devoir se travestir de parures exotiques (pour les Américains, l'Europe et en particulier la France est teintée de couleurs exotiques). Mais ce qui compte ces soirs-là, c'est de se sentir accueillis, attendus, même si pour certains, notre arrivée signera leur propre retour en France. La meilleure communion est celle qui se partage entre frères d'armes ! 

Nous serons aussi invités par un collègue américain. Nous mangerons à table, avec du vin. Le repas sera constitué d'un plat principal avec une salade et d'un dessert. C'est très agréable mais il nous faut aussi nous familiariser avec les codes sociaux à table. Les enfants mangent dans la cuisine et sont servis en premier. Pour nous, petite prière de remerciement avant de commencer le repas. On se sert spontanément. Il nous a été difficile de savoir si cela pouvait faire plaisir que nous participions au rangement de la table. Les codes sociaux sont de vrais challenges : ils créent une communion entre ceux qui les partagent, mais peuvent laisser extrêmement perplexes ceux qui ne les connaissent pas.

Aux États Unis tout est plus grand : les espaces, les miles, les jours de travail, les Fahrenheit, les voitures, les yards, les maisons... et les Américains. Il y a peut-être une corrélation entre la taille des gens d'ici et les tailles utilisées autour d'eux. En tout cas, il y a une constante : c'est au supermarché que la taille des Américains est la plus impressionnante. A croire que le simple fait de fréquenter les magasins à un effet sur le poids. Je vais peut-être m'abstenir ! Il y a en effet un phénomène très étrange, plus on fait des courses, plus on a des choses à acheter. Ils sont très forts pour mettre à porter de regard tout ce que vous avez oublié avant. En France, nous sommes des petits joueurs dans ce domaine. En tout état de cause, l'obésité touche ici plus du tiers de la population et dans un certain nombre de cas, cette obésité me semble vraiment morbide tant chez les hommes que chez les femmes. Et là encore en Europe, nous sommes des petits joueurs. 18 ans plus tôt, il était déjà beaucoup question d'obésité et je me souviens qu'à mon retour en France, les Français s'inquiétaient de voir débarquer ce phénomène chez eux. Il est vrai que la France et l'Europe aujourd'hui sont touchés mais pas de cette ampleur. Les pays occidentaux vont mourir de leur hygiène de vie...

La circulation : un fait est établi aux USA, à part à NYC, vous devez avoir une voiture, un vélo ne suffit pas. Mais les voitures et la circulation ici supposent quelques ajustements. Je garde mon pied gauche en alerte, alors que je n'ai pas de pédale à lui donner, vitesses automatiques obligent. J'ai parfois l'impression que mon pied gauche hésite entre s'accrocher à ce qu'il connaît de sa vie bien remplie et accepter ses nouvelles conditions de vie plutôt oisives. L'avenir montrera qu'il aura réussi à s'adapter pour profiter de ce temps libre. Par contre, mon esprit est en alerte, il y a de nouvelles règles de conduite (je les avais déjà expérimentées surtout à San Diego, mais les retrouver n'a pas été si naturel, encore un coup de Pavlov). En ce qui concerne la vie sur les routes, je retiendrais surtout qu'il est possible de tourner à droite au feu rouge lorsque la voie est dégagée, il faut accélérer à l'orange (tous les Américains ne sont pas d'accord sur cette règle), beaucoup de panneaux d'avertissement (travaux, école...) sont fluorescents, il est souvent rappelé les risques encourus en cas de non-respect des règles (punition, chantage et conséquences catastrophiques sont les trois reines en la matière), la sirène des ambulances vous fait perdre de quelques degrés  votre acuité auditive à chacun de leur passage. La loi du premier arrivé sur la route, premier servi semble valable. Depuis, heureusement, j'ai trouvé de généreux Américains pour me laisser passer à un carrefour particulièrement chargé : je leur rends grâce aujourd'hui.

Les Amish : nous vivons à côté d'un état qui en compte beaucoup : la Pennsylvanie. Hagerstown est une ville construite à un carrefour : de chemin de fer (pour trouver une maison loin d'un chemin de fer c'est impossible) ; de plusieurs états : situé dans le Maryland (ne pas prononcer marine-land, cela ne fait pas sérieux), elle est au bord de la Pennsylvanie, de la Virginie et de la Virginie-Occidentale ; et de routes : bordée par l'interstate 81 (de la frontière Canadienne à l'état du Tennessee) et de l'interstate 70 (du Maryland jusqu'à l'Utah). Nous allons donc alors avoir les Amish comme voisins. Les Amish sont une communauté religieuse, vivant de façon simple et à l’écart de la société moderne (pas d'électricité, ni de voiture à moteur pour les plus puristes). Le plus souvent agriculteurs, on trouve beaucoup de leurs produits à Hagerstown. J'espère au moins que leurs produits sont bio. Quitte à refuser le progrès, j'espère qu'ils refusent les engrais et autres pesticides. Cela a du bon de refuser certains aspects de la modernité, je ne suis pour autant pas sur de vouloir me fondre à leur mode de vie!

Nous sommes au mois d'avril et le temps est contrasté. Mercredi -3 au réveil, dimanche +28. Petit calcul mental : quel est le différentiel de température en moins de 4 jours ? Cela explique peut-être la réactivité des américains, aux différentes circonstances de la vie : il faut toujours porter un maillot de bain sous sa polaire !

Aquarium de Baltimore
Washington DC
Nous consacrons une journée à visiter Baltimore et une pour Washington. J'apprécie la gratuité des musées à Washington, ce qui permet de faire un peu de visite sans se soucier de tout voir, au risque de finir asphyxier. La ville se présente différente de notre représentation des villes américaines toute en hauteur ; ici, le vert domine, les animaux ont leur quartier (oies sauvages et squirels, je ménage mes amis Américains qui ne peuvent absolument pas prononcer notre écureuil local), les habitations ne jouent pas au jeu de celui qui montera le plus haut.

Le retour en France : retient la nuit. Départ 18 h, arrivée 6h du matin à Londres, et midi à la maison. Nous retrouvons la classe éco, et la nuit dans un avion n'a rien de reposant. Chaque fois que je m'endors, ma tête bascule et je me réveille en sursaut de peur de tomber sur l'épaule du voisin ; lorsque je décide de changer de place avec Flore, qui elle au moins peut s'allonger sur mes jambes ce qui me laisse le hublot pour reposer ma tête, le sommeil a décidé d'émigrer vers d'autres horizons et je ne peux que regarder un film à la TV pour passer le temps. A Londres, il faut être en alerte pour le changement d'avion. Le vol pour Lyon dure trop peu de temps pour pouvoir dormir. Arrivée à la maison, je ne peux que rêver d'un bon lit, ce n'est plus de mon âge les nuits blanches ! Pour ne pas trop nourrir le décalage horaire, je demande à Flore de me réveiller à 14 h. Ces deux heures de sommeil répareront partiellement les dégâts de la nuit précédente, mais le décalage horaire aura quand même été le plus fort : il sera difficile de s'endormir avant 3 h du matin, les deux nuits suivantes.

A peine arrivée, je suis contactée par deux entreprises de déménagement pour faire un devis. Je suis précipitée dans le magma de la lave en fusion ! C'est le top départ de l'organisation pré-départ. Tout sera emballé par les soins des déménageurs, il ne faut rien emballer nous-même au risque de ne pas être couvert par les assurances. Mais c'est parfait pour moi ! Par contre, il ne faut pas prendre les bouteilles de vin, les armes, de la nourriture, les produits d'entretien et produits toxiques, les animaux domestiques, et tout ce qui est susceptible d'apporter des germs sur le territoire américain. Ils sont plutôt prudents aux USA ! Il va donc falloir trier et ne laisser aux déménageurs que ce qui peut se transporter. Que va-t-on faire de la cave à vins ? On a une sarbacane rapportée de Malaisie, ça compte comme arme ? Je vais tenter de faire le tri, mais quelques produits illicites échapperont à ma vigilance et resteront tout de même. Les déménageurs ne feront pas le tri et ils passeront la frontière : le foin pour Lapinette, le cirage à chaussures, l'engrais… si j'avais su, j'aurai moins pris de précaution.

(1) Ellis Island, a été une station d'inspection de l'immigration , ouvert en janvier 1892 sur une petite île juste à côté de la statue de la Liberté, près de New York City. En cela, elle a aussi été la porte d'entrée pour des millions d'immigrants pour les Etats-Unis.

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