Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 12 avril 2013

début d'une semaine américaine


Dimanche 15 juillet : début d'une semaine américaine.

Est-ce que je suis en vacances ou est-ce une semaine comme celles que je vais être amenée à vivre à partir de maintenant ?

Le corps reste indompté et la nuit est décousue. Lundi matin seulement, je me lèverai au son du réveil : il aura fallu trois nuits pour faire taire les sirènes !

L'été nous envahit, il fait chaud et humide. Les insectes se régalent. « N'ai-je que tant rêver de cet été brûlant, que pour mieux espérer un automne fraîchissant ? »

Dans le registre découverte, dans la cuisine j’aperçois le broyeur de déchets organiques installé dans l'évier. C'est pratique pour se débarrasser écologiquement de ces déchets naturels. C'est quand même mieux que de placer une poubelle remplie de vers exterminateurs, dans sa cuisine! Maintenant, reste à savoir comment cela marche. Est-ce que l'on peut tout mettre ? En quelle quantité ? Faut-il l'accompagner d'eau ? Encore un mystère à résoudre, Sherlock !

Il va falloir compléter notre arsenal d'objets utiles pour notre confort immédiat  Les magasins sont ouverts le dimanche. C'est sans doute pour cela que la semaine commence le dimanche. A certains carrefours, il y a des hommes sandwich qui brandissent des pancartes publicitaires. Je reste pensive sur l'efficacité d'un tel procédé, et un peu inquiète sur la qualité de vie de cet homme. Mais ce qu'il propose n'est pas ce que nous recherchons. Nous nous dirigeons vers le magasin de bricolage du coin. La caissière emballe nos courses dans des sacs en plastique. C'est commode, mais pour l'écologie, c'est une autre affaire ! Lors de mon premier séjour il y a plusieurs années, les magasins ne fournissaient pas de sacs plastiques, mais des sacs en papier recyclé. Les États-Unis sont en train de revenir en arrière pour la préservation de l'environnement. Déjà qu'ils ont la clim à fond, les voitures superpuissantes, les lumières allumées nuits et jours : ils ne sont pas près de ratifier les accords de Kyoto.

Je réalise avec ces premières courses, que je suis en train de faire ma révolution culturelle : pour la première fois de ma vie, excepté lorsque j'étais enfant, je me laisse entretenir par quelqu'un. Ce n'est pas si simple pour l'estime de soi. 100 ans de luttes féminines réduites en poussière! En vrai, je n'ai pas encore complètement franchi le pas car je suis toujours en congés payés. Alors, je joue aux divas qui se moquent des questions bassement monétaires.

Dans les magasins, j'ai encore du mal à m'ajuster à l'anglais. Ma mémoire est infidèle surtout pour bien comprendre chacun des mots. J'ai encore trop souvent la désagréable sensation d'être à côté de la question, ce qui me donne l'impression de jouer au jeu du fou, dont je vous rappelle le principe : une personne, considérée comme le médecin sort de la pièce et n'entend pas ce qui se dit de l'autre côté. Elle a pour consigne à son retour de poser des questions à chaque personne pour découvrir de quelle maladie ils souffrent. En secret, les autres se mettent d'accord pour répondre aux questions du médecin en décaler : le premier répond « n'importe quoi » puis la personne suivante répond à la question posée au premier, et le troisième répond à la question du deuxième et ainsi de suite. Mais au jeu du fou, moi je connais les règles. Je vais bien avoir besoin d'un petit rafraîchissement dans un bain linguistique.
Heureusement, je peux prendre des cours d'anglais. Lundi matin, Peggy arrive, entourée d'un nombre important de livres. Je la comprends parfaitement, sans effort. Est-ce bien le même Anglais que la veille ? Elle se rend compte que ces livres apportés pour ma fille, ne sont pas ajustés à son niveau. Les efforts mis dans l'école bilingue en France ont été payants. Le cours commence, mais... pour ma fille. Quant à moi, elle me propose des livres de vocabulaire et de grammaire assez rébarbatifs. Zut, il faut que je retourne à l'école. Heureusement, elle propose aussi des soirées pour échanger sur la lecture d'un livre. Ou, des ballades entre expats : je vais devenir une vrai desperate housewife ! A son départ, nous avons droit à notre premier hug américain, bien serré aux épaules mais pas trop serré ailleurs, avec une petite tape amicale dans le dos, pas du genre accolades de joueurs de rugby.

Notre installation dans notre nouvelle vie Américaine est une chose, mais il ne faut pas oublier les derniers points non aboutis en France. Ça y est, je viens d'avoir l'assureur pour régler le dernier détail de notre changement de situation. Il faut que j'appelle de l'autre côté de l'Atlantique pour que leurs lignes ne soient pas toutes occupées. Il est vrai que je n'ai pas fait attention à l'heure en France et ce n'est pas une heure de pointe. Une petite voix pré-enregistrée m'accueille : « Bonjour, bienvenue, vous être bien à …, nous allons donner suite à votre appel. Indiquer l'objet de votre demande". " Changement de vie !"... "J'ai bien pris en compte votre demande, je recherche un conseiller.  Dans le cadre de notre service de qualité, et sauf avis contraire de votre part, cet appel est susceptible d'être enregistré», tiens pourquoi pas, je laisserai ainsi des miettes de moi là-bas...

Lundi matin, arrivée du container aérien. Enfin, une partie de nos souvenirs nous rejoignent. On se sent moins seules. Surtout qu'avec l'indisponibilité d'internet, les liens sont distendus. Pour l'instant ce n'est qu'un carton bien emballé dont on ne peut encore rien sortir car il nous faut des pinces très coupantes. Ce n'est pas grave, car on sait qu'à l'intérieur, il y a nos trésors.

Ce soir (lundi), il ne faut pas oublier de mettre les poubelles dehors. Demain, le service privé de ramassage des ordures ménagères, passe. Il a fallu s'abonner à ce service car il n'est pas prévu collectivement. Nous avions le choix de la compagnie. Nous avons pris la même que les voisins. Au moins, elle offre un passage pour le recyclage. On va continuer à être des citoyens responsables. Une poubelle pour les déchets courant nous est offerte en cadeau de bienvenue! Mais que se passe-t-il quand on ne prend pas ce service ? Les poubelles s'entassent ? Est-ce obligatoire ? Le lendemain, je me suis levée de bonne heure. Le camion passe à 6H30. Mais il s'arrête seulement chez d'autres voisins qui apparemment n'ont pas la même compagnie que nous. Nos poubelles à nous sont orphelines. C'est sans compter qu'un quart d'heure plus tard, notre compagnie arrive. Cette fois nos poubelles sont ramassées, elles vont pouvoir commencer une nouvelle vie. Les mardis, nous ne serons plus jamais réveillés par la musique country du radio-réveil, mais par le bruit des camions poubelles !!!

Depuis que je suis arrivée, mon portable me suis partout. Pas mon téléphone, mais mon ordinateur portable, car j'ai beaucoup d'idées qui se bousculent dans ma tête et j'ai envie de les écrire :
« J'écris pour consoler ceux que la peine inonde
pour apaiser les cœurs de ces douleurs profondes
pour réveiller aussi les pensées vagabondes
et endormir sans bruit les pensées les plus sombres.
J'écris pour le soleil qui brille dans la nuit
j'écris pour l'étranger qui fuit de son pays
J'écris sans rien attendre d'un retour incertain
j'écris sans jamais savoir ce que sera demain
J'écris sur l'écorce de l'arbre pour laisser une empreinte
j'écris dans l'air du temps pour que les mots s'échappent,
j'écris dans le jardin du temps, sans aucune contrainte
j'écris sous les étoiles avant qu'elles ne me happent
sous le soleil brûlant j'écris aussi sur l'eau
mais dans le désert blanc j'écris sans faire d'écho
j'écris sur le sable et dans les champs de blé
j'écris, j'écrisje crie sans jamais m'arrêter. » poème écrit à l'occasion d'un atelier d'écriture en mars 2011, mais tout à fait adapté à la circonstance. Je crois que mon inconscient, lui savait déjà ! En tout cas, question inconscient je suis servie, cette nuit, j'ai rêvé que j'écrivais. Au niveau de l'axe temporel, c'était bien un rêve, beaucoup de choses se mélangeaient, mais je me suis vu me dire qu'il faudrait retenir cela pour l'écrire comme je le fais maintenant depuis plusieurs jours. Est-ce un signe ? Mon téléphone portable quant à lui reste sourd et muet, non pas parce que je n'ai pas d'appel car Kris à mon numéro, mais parce qu'il est toujours loin de moi. Je ne suis pas prête de l'avoir greffé à la main ! D'autant que je me suis rendu compte que dès qu'il est utilisé pour appeler, mais aussi pour enregistrer son message vocal, ou lorsque l'on est appelé, on consomme des minutes. Je comprends mieux les 240 minutes du forfait...

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