Dimanche 15 juillet : début d'une semaine américaine.
Est-ce que je suis en vacances ou est-ce une semaine comme celles que
je vais être amenée à vivre à partir de maintenant ?
Le corps
reste indompté et la nuit est décousue. Lundi matin seulement, je
me lèverai au son du réveil : il aura fallu trois nuits pour
faire taire les sirènes !
L'été
nous envahit, il fait chaud et humide. Les insectes se régalent.
« N'ai-je que tant rêver de cet été brûlant, que pour mieux
espérer un automne fraîchissant ? »
Dans le registre découverte, dans la
cuisine j’aperçois le broyeur de déchets organiques
installé dans l'évier. C'est pratique pour se
débarrasser écologiquement de ces déchets naturels. C'est quand
même mieux que de placer une poubelle remplie de
vers exterminateurs, dans sa cuisine! Maintenant, reste à
savoir comment cela marche. Est-ce que l'on peut tout mettre ?
En quelle quantité ? Faut-il l'accompagner d'eau ? Encore
un mystère à résoudre, Sherlock
!
Il va falloir compléter notre arsenal d'objets utiles pour notre confort immédiat Les
magasins sont ouverts le dimanche. C'est sans doute pour cela que la semaine
commence le dimanche. A certains carrefours, il y a des hommes
sandwich qui brandissent des pancartes publicitaires. Je reste
pensive sur l'efficacité d'un tel procédé, et un peu inquiète sur
la qualité de vie de cet homme. Mais ce qu'il propose n'est pas ce
que nous recherchons. Nous nous dirigeons vers le magasin de
bricolage du coin. La caissière emballe nos courses dans des sacs en
plastique. C'est commode, mais pour l'écologie, c'est une autre
affaire ! Lors de mon premier séjour il y a plusieurs années, les
magasins ne fournissaient pas de sacs plastiques, mais des sacs en
papier recyclé. Les États-Unis sont en train de revenir en arrière
pour la préservation de l'environnement. Déjà qu'ils ont la clim à
fond, les voitures superpuissantes, les lumières allumées nuits et
jours : ils ne sont pas près de ratifier les accords de Kyoto.
Je réalise avec ces premières courses, que je suis
en train de faire ma révolution culturelle : pour la première
fois de ma vie, excepté lorsque j'étais enfant, je me laisse
entretenir par quelqu'un. Ce n'est pas si simple pour l'estime de
soi. 100 ans de luttes féminines réduites en poussière! En vrai,
je n'ai pas encore complètement franchi le pas car je suis toujours
en congés payés. Alors, je joue aux divas qui se moquent des
questions bassement monétaires.
Dans les magasins, j'ai
encore du mal à m'ajuster à l'anglais. Ma mémoire est infidèle
surtout pour bien comprendre chacun des mots. J'ai encore trop
souvent la désagréable sensation d'être à côté de la question,
ce qui me donne l'impression de jouer au jeu du fou, dont je
vous rappelle le principe : une personne, considérée comme le
médecin sort de la pièce et n'entend pas ce qui se dit de l'autre
côté. Elle a pour consigne à son retour de poser des questions à
chaque personne pour découvrir de quelle maladie ils souffrent. En
secret, les autres se mettent d'accord pour répondre aux questions
du médecin en décaler : le premier répond « n'importe
quoi » puis la personne suivante répond à la question posée
au premier, et le troisième répond à la question du deuxième et
ainsi de suite. Mais au jeu du fou, moi je connais les règles. Je
vais bien avoir besoin d'un petit rafraîchissement dans un bain
linguistique.
Heureusement,
je peux prendre des cours d'anglais. Lundi matin, Peggy arrive,
entourée d'un nombre important de livres. Je la comprends
parfaitement, sans effort. Est-ce bien le même Anglais que la
veille ? Elle se rend compte que ces livres apportés pour ma
fille, ne sont pas ajustés à son niveau. Les efforts mis dans
l'école bilingue en France ont été payants. Le cours commence,
mais... pour ma fille. Quant à moi, elle me propose des livres de
vocabulaire et de grammaire assez rébarbatifs. Zut, il faut que je
retourne à l'école. Heureusement, elle propose aussi des soirées
pour échanger sur la lecture d'un livre. Ou, des ballades entre
expats : je vais devenir une vrai desperate housewife !
A son départ, nous avons droit à notre premier hug
américain, bien serré aux épaules mais pas trop serré ailleurs,
avec une petite tape amicale dans le dos, pas du genre accolades de
joueurs de rugby.
Notre installation dans notre nouvelle vie Américaine est une chose, mais il ne faut pas oublier les derniers points non aboutis en France. Ça y
est, je viens d'avoir l'assureur pour régler le dernier détail de
notre changement de situation. Il faut que j'appelle de l'autre côté
de l'Atlantique pour que leurs lignes ne soient pas toutes occupées.
Il est vrai que je n'ai pas fait attention à l'heure en France et ce
n'est pas une heure de pointe. Une petite voix pré-enregistrée m'accueille : « Bonjour, bienvenue, vous
être bien à …, nous allons donner suite à votre appel. Indiquer
l'objet de votre demande". " Changement de vie !"... "J'ai
bien pris en compte votre demande, je recherche un conseiller.
Dans le cadre de notre service de qualité, et sauf avis contraire de
votre part, cet appel est susceptible d'être enregistré»,
tiens pourquoi pas, je laisserai ainsi des miettes de moi là-bas...
Lundi matin, arrivée
du container aérien. Enfin, une partie de nos souvenirs nous
rejoignent. On se sent moins seules. Surtout qu'avec
l'indisponibilité d'internet, les liens sont distendus. Pour
l'instant ce n'est qu'un carton bien emballé dont on ne peut encore
rien sortir car il nous faut des pinces très coupantes. Ce n'est pas
grave, car on sait qu'à l'intérieur, il y a nos trésors.
Ce
soir (lundi), il ne faut pas oublier de mettre les poubelles dehors. Demain,
le service privé de ramassage des ordures ménagères, passe. Il a
fallu s'abonner à ce service car il n'est pas prévu
collectivement. Nous avions le choix de la compagnie. Nous avons pris
la même que les voisins. Au moins, elle offre un passage pour le
recyclage. On va continuer à être des citoyens responsables. Une poubelle pour les déchets courant nous est offerte en cadeau de bienvenue! Mais
que se passe-t-il quand on ne prend pas ce service ? Les
poubelles s'entassent ? Est-ce obligatoire ? Le lendemain,
je me suis levée de bonne heure. Le camion passe à 6H30. Mais il
s'arrête seulement chez d'autres voisins qui apparemment n'ont pas
la même compagnie que nous. Nos poubelles à nous sont orphelines.
C'est sans compter qu'un quart d'heure plus tard, notre compagnie
arrive. Cette fois nos poubelles sont ramassées, elles vont pouvoir
commencer une nouvelle vie. Les mardis, nous ne serons plus jamais
réveillés par la musique country du radio-réveil, mais par le
bruit des camions poubelles !!!
Depuis
que je suis arrivée, mon portable me suis partout. Pas mon
téléphone, mais mon ordinateur portable, car j'ai beaucoup d'idées
qui se bousculent dans ma tête et j'ai envie de les écrire :
« J'écris
pour consoler
ceux que
la peine
inonde
pour
apaiser les cœurs de ces douleurs profondes
pour
réveiller aussi les pensées vagabondes
et
endormir sans bruit les pensées les plus sombres.
J'écris
pour le soleil qui brille dans la nuit
j'écris
pour l'étranger qui fuit de son pays
J'écris
sans rien attendre d'un retour incertain
j'écris
sans jamais savoir ce que sera demain
J'écris
sur l'écorce de l'arbre pour laisser une empreinte
j'écris
dans l'air du temps pour que les mots s'échappent,
j'écris
dans le jardin du temps, sans aucune contrainte
j'écris
sous les étoiles avant qu'elles ne me happent
sous le
soleil brûlant j'écris aussi sur l'eau
mais
dans le désert blanc j'écris sans faire d'écho
j'écris
sur le sable et dans les champs de blé
j'écris,
j'écris… je
crie sans
jamais
m'arrêter. »
poème écrit à l'occasion d'un atelier
d'écriture en mars 2011, mais tout à fait adapté à la
circonstance. Je crois que mon inconscient, lui savait déjà !
En tout cas, question inconscient je suis servie, cette nuit, j'ai
rêvé que j'écrivais. Au niveau de l'axe temporel, c'était bien un
rêve, beaucoup de choses se mélangeaient, mais je me suis vu me
dire qu'il faudrait retenir cela pour l'écrire comme je le fais
maintenant depuis plusieurs jours. Est-ce un signe ? Mon
téléphone portable quant à lui reste sourd et muet, non pas parce
que je n'ai pas d'appel car Kris à mon numéro, mais parce qu'il est
toujours loin de moi. Je ne suis pas prête de l'avoir greffé à la
main ! D'autant que je me suis rendu compte que dès qu'il est
utilisé pour appeler, mais aussi pour enregistrer son message vocal,
ou lorsque l'on est appelé, on consomme des minutes. Je comprends
mieux les 240 minutes du forfait...
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