J + 1 semaine : Première semaine Américaine
Bon,
cette semaine sera chargée ! Mercredi on reçoit le fret maritime. Ça valait le coup d'envoyer des affaires par avion : deux jours de
gagnés ! Jeudi c'est le RDV à l'école : cela va
déterminer la classe de référence. Vendredi, nous allons être
reconnectés au monde (internet) et lundi prochain à celui des médias
télévisuels. Des fois, j'ai le sentiment que les États Unis sont
restés au temps de la préhistoire sur les questions de
télécommunication. Et le pire dans tout cela, c'est qu'il faut être
disponible plus de 4 heures de suite pour qu'ils viennent faire les
branchements : c'est pire qu'en France ! C'est aussi le monde à
l'envers, dans le pays des réseaux sociaux et du client roi, il faut
attendre plus d'une semaine pour être connecté, et encore pas par
la compagnie de notre choix. Mais que fait donc l'oncle Picsou, ou est-ce l'oncle Sam ?
Mardi,
15 heures : on décide d'ouvrir le coffre-fort aérien. Il nous
faudra des cisailles pour venir à bout des bandeaux en fer, et puis
des cisailles pour ouvrir la boîte en bois, et enfin des ciseaux pour
ouvrir les cartons. Pas de dégâts, c'était bien emballé.
Maintenant surprise : ce sont les vêtements d'hiver et la
combinaison étanche qui sont arrivés en premier. Vu la chaleur
qu'il fait ici en ce moment, c'est un peu décevant de déjà se
projeter dans l'hiver. D'ailleurs, avec une telle chaleur, il
est difficile de résister à l'appel de la clim, d'autant qu'ici la
chaleur est moite. Qu'est devenue notre fibre écolo ? Bien sûr,
il y a la piscine, mais entre 11 h et 16 h, il n'est pas conseillé de
sortir sous le soleil brûlant. Et même sans bouger dans la maison,
c'est difficilement supportable. Heureusement que les nuits sont plus
fraîches.
Gus
Gus traîne souvent dans le jardin. Gus Gus c'est notre nouveau lapin
sauvage. En fait, il y en a plusieurs, et ils nous rendent souvent
visite. Il y a quelques avantages à avoir un lapin sauvage :
pas de crottes dans la maison, ni de cage à nettoyer, pas de
nourriture à acheter, pas de rideaux ni de fils électriques rongés.
Par contre, il faut être plus patient pour l'approcher. Et puis cet
hiver il va sans doute hiberner. Mais peut-être qu'à l'issue de
l'hiver, il nous fera la joie de s'être multiplié.
Mardi
soir, on va manger dans un restaurant japonais pour l'anniversaire
d'une collègue française de Kris. Tout le monde parle anglais,
malgré une majorité de français. Le spectacle est au RDV. Le
cuisinier japonais, qui prépare devant nous, fait son show. C'est
plutôt réussi. Il faudra qu'on emmène nos amis français pendant
leur passage. Malgré un ventre bien rempli, nous rapportons des
doggy bags. Nous aurons assez à manger pour trois
autres repas ! Il suffit de manger une fois par semaine au restaurant,
pour se nourrir toute une semaine !!! Je sens que je vais aimer
the Américain style of life. Maintenant, il ne faut
pas oublier the tip (pourvoir). Le salaire du personnel
des entreprises de service et de restauration est vraiment bas. Le
pourvoir est obligatoire. Il reste à notre entière appréciation en
fonction du service rendu. C'est là que les choses se compliquent
pour nous : quel pourboire laissé ? En France, nous
n'avons pas à nous préoccuper de la qualité du service, nous
n'avons que peu de prise sur la question. Mais au moins nous avons la
garantie que la personne, quelle que soit la qualité de son travail, sera payée à peu près décemment. Notre fibre sociale est
préservée, mais la qualité du service peut parfois laisser à
désirer. Ici, nous avons un devoir de récompenser la qualité du
service rendu, et le salaire de notre serveur dépend de notre
générosité. C'est une lourde responsabilité, d'autant que la
générosité ne s'apprend pas (les tips répondent à
des règles codifiées, mais nous n'avons pas encore accès au code).
Mercredi 7.30 am : le camion chargé de nos précieuses affaires arrive. Les
meubles auront mis exactement un mois pour arriver, c'est moins que
ce que nous avions programmé. C'est plutôt une bonne nouvelle! Ce
n'est pas tant le confort matériel qui me manque, mais bien cette
enveloppe olfactive, visuelle, kinesthésique. Je ne suis pas
habituellement très attachée aux objets, mais à défaut de liens
humains encore en friche, les équilibres changent.
Le
camion est en avance, le chauffeur s'impatiente car les gars du
déménagement sont en retard et ils vont arriver finalement à …
9 h. Je n'arrive pas à joindre Kris pour savoir ce qu'ils font.
C'était bien la peine d'acheter le téléphone en priorité !
Anne ma sœur Ann, ne vois-tu rien venir ? « Je
ne vois rien que le soleil qui poudroye et l’herbe qui verdoye ».
Deux messages et un SMS suivants, Anne ma sœur Ann, ne vois-tu
toujours rien venir ? je vois les voisins qui s'activent et
l'herbe qui jaunit... mais pas la moindre fumée de la délivrance. 5
messages suivants : Anne, ma sœur Ann, ne vois-tu encore toujours rien
venir ? je vois... ah enfin, les voilà. Il y avait du trafic. A
Hagersdtown ? j'ai un doute. Ils arrivent à 4 et question beaux
gosses, la
France est largement devant. Mais
ils vont être efficaces. Quant à moi, je suis de nouveau prise dans
un tourbillon : ranger, ranger, ranger. Heureusement que l'on
avait pré-organisé l'installation, mais il y a quand même des fois
où ce n'est pas si simple, d'autant qu'il y a un embouteillage dans
la maison : les meubles de location sont toujours là ! Les
déménageurs vont arriver à presque tout remonter. On m'avait dit
que les Américains ne sont pas très forts sur le ré-assemblage mais
là franchement, il n'y a rien à dire. C'est peut-être parce qu'au
fond, ils parlent tous espagnol ! Un seul lit restera inachevé, car
nous ne trouvons pas les vis. Une petite recommandation pour les
entreprises de déménagement : pour la tranquillité de vos
collègues, prenez les meubles à démonter en photo car si vous
comptez sur le discernement des propriétaires, vous leur faites une
mauvaise blague. Il est vrai que c'est notre premier déménagement réalisé par une entreprise professionnelle. D'habitude nous nous débrouillons nous-même pour les déménagements, avec quelques copains et la famille. Alors, nous n'avions pas prévu de prendre les meubles en photo.
A 14h00, ils ont fini leur job, et moi je continue le mien. En effet, ils ne déballent pas les vêtements, ni la vaisselle et autres ustensiles. Alors, il me reste plus que... 34 cartons, mais c'est bon de se sentir chez soi. Le sentiment d'existence, de ressourcement, de continuité... puise aussi sa force dans cette enveloppe matérielle. Retrouver ce qui est notre bien, c'est retrouver un peu de soi, ce que l'on a mis de nous lors du choix de chaque objet, c'est retrouver ces repères qui nous rassurent. J'ai besoin d'installer quelques tableaux qui sont les représentants de notre marque. La maison maintenant, nous ressemble... Il y a quelques objets qui resteront dans les cartons avant le prochain déménagement : le service à escargots, je ne pense pas que l'on en aura besoin ici, à moins de ramasser les escargots soi-même ! ; les tringles à rideaux ne sont pas de la bonne taille ; la bouilloire électrique met une demi-heure avant que l'eau ne soit chaude, changement de voltage oblige. Sinon, le reste trouve assez naturellement sa place dans cette nouvelle demeure. C'est fou comme les objets sont souples et s'adaptent facilement à cette nouvelle existence. C'est sans doute bon signe pour leurs propriétaires.
A 14h00, ils ont fini leur job, et moi je continue le mien. En effet, ils ne déballent pas les vêtements, ni la vaisselle et autres ustensiles. Alors, il me reste plus que... 34 cartons, mais c'est bon de se sentir chez soi. Le sentiment d'existence, de ressourcement, de continuité... puise aussi sa force dans cette enveloppe matérielle. Retrouver ce qui est notre bien, c'est retrouver un peu de soi, ce que l'on a mis de nous lors du choix de chaque objet, c'est retrouver ces repères qui nous rassurent. J'ai besoin d'installer quelques tableaux qui sont les représentants de notre marque. La maison maintenant, nous ressemble... Il y a quelques objets qui resteront dans les cartons avant le prochain déménagement : le service à escargots, je ne pense pas que l'on en aura besoin ici, à moins de ramasser les escargots soi-même ! ; les tringles à rideaux ne sont pas de la bonne taille ; la bouilloire électrique met une demi-heure avant que l'eau ne soit chaude, changement de voltage oblige. Sinon, le reste trouve assez naturellement sa place dans cette nouvelle demeure. C'est fou comme les objets sont souples et s'adaptent facilement à cette nouvelle existence. C'est sans doute bon signe pour leurs propriétaires.
L'emménagement
prendra plusieurs jours. Il faut dire que les meubles de location
jouent les squatteurs ? C'est quand même dingue ces hôtes
indésirables qui se permettent de squatter sans complexe !
Quand on déballe les cartons que l'on a pas emballés soi-même, on est pris entre deux mouvements.
L'un de peur panique : mais où est donc passé le vase en
faïence de belle-maman ? Ah oui, c'est vrai je ne l'ai pas
pris. Mais par contre, les assiettes art déco qui nous ont tant aidés pour nos repas entre amis, elles sont passées où ? ; et
un sentiment de joie mêlée de surprise : Ah, tiens, les jeux de
jardin ! les affaires pour la piscine !...
C'est alors comme une pochette surprise que l'on déballe, on ne sait
jamais ce que l'on va trouver à l'intérieur. Il y a aussi les
grands moments de solitude : « la théière du Japon,
attend son petit couvercle dans la salle à manger ; les
supports des relax ont perdu leurs coussins ; lit à une place,
blanc, très beau standing, en attente d'être remonté, recherche
vis de petite taille, couleur argent pour vie à deux et plus si
affinités». En ce moment, je passe ma vie entre le
rangement, les courses, le bricolage, la cuisine, le jardinage, le
ménage. Il y a comme une erreur. Vite, un antidote. L'écriture
sera mon antidote. Par contre, pour que j'ai des choses à écrire,
il me faut faire autre chose qu'écrire. Et me revoilà plonger dans
le bricolage, les courses, le rangement... Il y a quand même
parfois de grandes victoires qui se déroulent devant soi. Le lit que
les déménageurs n'avaient pas réussi à remonter faute de trouver
les vis, eh bien je les ai trouvées, moi, les vis. Ils étaient tout
simplement... visés aux barreaux, mais un peu cachés, il est vrai. Le
vieux lit solitaire ne finira pas sa vie abandonné de tous, je l'ai
remonté sans soucis. Avec un peu d'imagination et beaucoup de
motivation, on peut vraiment déplacer des montagnes.
| les voisins |
Face
à l'entrain de ma fille pour aller voir nos nouveaux voisins, je
décide de l'accompagner pour nous présenter. La première maison
nous réserve un accueil mitigé. C'est vraiment rare ici. Cela me
refroidit un peu. On continue heureusement, avec la maison
suivante. L'accueil est tout
autre, ils veulent nous faire entrer alors qu'ils se préparent pour
partir en WE. Puis, il y a celle de Julie (prononcer Djouli, merci "le
petit quotidien"(1) de m'avoir autorisée à utiliser les lettres normales
pour aider à la prononciation et pas la phonétique que
personnellement je n'ai jamais vraiment comprise). La chaleur de
l’accueil est exceptionnelle. Sa fille invite Flore à faire du
trampoline, Julie m'explique l'utilisation du broyeur de cuisine et la
discussion s'installe sur les bons plans du coin. Elle me propose de
me faire visiter les environs. Elle s’interroge sur notre souci de ne pas utiliser la Clim alors qu'il fait 100 degrés dehors (non, nous ne
sommes pas en train de bouillir, mais simplement d'utiliser les
Fahrenheit). Il est vrai que les Américains mettent plutôt la clim à 72° (voire moins) : calculer le différentiel et vous comprendrez que la planète a du soucis à se faire...
(1) le petit quotidien est une revue quotidienne pour les enfants de 6 à 10 ans, auquel notre fille était abonnée en France
Une bourrasque de vent nous rappelle la dureté du climat et les changements de temps, brutaux. En moins d'une demi-heure, le temps a brusquement changé et une mini-tempête de vent, de pluie et d'objets volants non identifiés passe sur nos têtes. Cela aura au moins rafraîchi l'atmosphère. « Une petite poubelle noire, sans nom, recherche son propriétaire ». Serait-ce la nôtre ? La voisine Julie, qui nous a rendu visite, me le suggère car elle connaît les poubelles de tous ici, et elle ne reconnaît pas celle-là.
Le livreur de poubelle était justement passé, le matin suivant pour nous livrer la poubelle de recyclage. Pas un mot, pas un contact, juste une poubelle rouge placée devant la maison. Mais à qui peut bien appartenir la petite poubelle noire, envolée la veille?
Vendredi 20 juillet : la délivrance. Nous voilà connectés à internet. De nombreux messages d'amis et de collègues m'attendent, avec de nombreux spams aussi qui me promettent tous une vie meilleure avec tous les articles qu'ils proposent. Question vie meilleure, je vais me laisser tenter par celle qui s'offre à moi aux USA, alors je fais le ménage. Je peux enfin prendre connaissance de ces douces pensées qui me font parvenir l'odeur de la France. C'est vraiment quand on est loin, qu'on a besoin de se rapprocher. Il y a des distances qui réunissent. Cela m'avait fait le même effet la première fois que j'étais venue aux États-Unis, sauf qu'à l'époque internet balbutiait, le minitel battait son plein... mais seulement en France, et il me fallait parfois attendre un mois pour avoir du précieux courrier. Comme j'ai pu l'attendre ce courrier et le coup de téléphone mensuel à mes parents car cela coûtait trop cher d'appeler plus souvent ! Aujourd'hui, avec Skype, plus de soucis, je vais pouvoir faire visiter la maison à tout le monde sans que cela ne coûte un sou.
Le bruit des
autres : les samedis sont bruyants dans notre rue, entre le
marchand de glaces et les enfants qui jouent, les gens qui
s'interpellent, on se croirait sur un marché Français ! Vive l'open
space...
Ce quartier d'habitude si calme, se transforme en fête foraine au
samedi venu. En même temps, cela ressemble à ce que nous pouvons
voir dans les films. On attend à tout moment retrouver le magicien
d'Oz,
ou
Shirley Temple.
| the quiet neighborhood |
1 commentaire:
Toujours un plaisir de te lire, d'autant plus que je n'avais pas "visité" ton blog depuis plusieurs semaines! là je viens de rentrer en immersion dans ton histoire.et c'est passionnant!
Mais à qui donc est cette poubelle noire??? ;-)
Bises
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