Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 28 juin 2013

Back to school (première partie)


Semaine 6 : reprise de l'école. Back to school.

Après notre visite à l'école en juillet rien que pour nous, Flore est enthousiaste à l'idée de retourner à l'école. C'est bien la première fois! Mais, la réunion de pré-rentrée entre élèves, professeurs et parents aura fait resurgir des doutes. Est-ce que je vais me faire des copines ? Est-ce que les garçons sont aussi bêtes qu'en France ? (d'autant qu'en la regardant, ils ont rigolé). Est-ce que je vais comprendre et me faire comprendre ? De mon côté, je me demande si nous avons bien fait de l'inscrire de Fifth grade (à peu près le CM2), les autres paraissent bien grands (elle a un an de moins), nous n'avons pas bien regardé le niveau auquel cela correspondait, est ce que ce ne sera pas trop dur ? Il faut déjà qu'elle se familiarise avec le vocabulaire, même le plus simple (chiffres pairs se disent even et impairs odd : encore faut-il le savoir). Je tente de la rassurer mais je suis aussi inquiète. Julie, notre voisine, viendra à notre secours. D'une certaine manière, elle comprend bien les choses. Elle dira à Flore que si les garçons ont rigolé, c'est certainement qu'ils l'ont trouvée mignonne (cute) mais qu'ils ne savent pas comment l'exprimer ; puis elle nous proposera de retourner le lendemain à l'école pour refaire une visite privée avec elle. L'effet est magique, Flore se sent mieux et je suis rassurée, même si je suis assez mal à l'aise à déambuler dans l'école comme si le lieu nous appartenait, rentrer dans les classes où les professeurs installent leur classe pour le lendemain, mais qui nous accueillent très chaleureusement. Les parents sont des partenaires ici.
Sinon, le lien avec l'école m’apparaît comme une révolution culturelle. Tout le monde communique par mail, sur la page web, les professeurs se présentent de manière très personnalisée : enfants, animaux domestiques, conjoints..., les parents sont grandement invités à investir l'école, y compris au sein de la classe (les parents font partie du système mais il y a aussi des codes car cela ne me semble pas pour autant la jungle), ici on montre ce que l'on fait, la classe est ouverte (open space). L'école que nous avons choisie est publique, mais pour autant, enfants et parents doivent s'investir car ce qui est offert n'est pas pour autant donné. Le don s'accompagne d'une dette que tout le monde est invité à honorer en s'investissant dans le volontariat. Je suis allée à la première réunion des parents d'élèves. Ils organisent beaucoup de manifestations pour récolter des fonds qui sont redistribués en actions pour les enfants (achat de nouveau matériel, nouvelles activités...).
Pour autant, les commentaires que j'ai déjà entendus me font penser à ce que j'entendais déjà en France : comment gérer les parents qui vous disent comment faire votre classe ! Les profs demandent le même niveau à chacun sans pousser les plus performants ! Finalement, les questions de transmission sont tout autant un enjeu personnel.

L'école suppose une adaptation à de nouveaux horaires, une nouvelle organisation sur l'année. L'école publique n'étant pas sous la responsabilité directe de l’État américain, mais sous la responsabilité de chaque État, il peut y avoir des variantes en fonction des États, mais le principe est assez proche. Le matin, l'école commence à 8h20. Elle finit à 14h50. Les enfants ont une récréation dans la journée de 10 minutes, 20 minutes pour manger (le temps pour les écoliers français de faire la queue à la cantine!). Tous les jours de la semaine sont travaillés. Les vacances sont à Noël (11 jours en comptant les WE), à Pâques 4 jours qui entourent un WE et les vacances l'été qui commencent mi-juin (l'école fini plus ou moins tôt en fonction des jours de neige, ou l'école aura été fermée pendant l'année). Puis, elle recommence mi-août. Il y a aussi quelques longs WE dus à des jours fériés : en septembre labor's day (un jour), en novembre thanksgiving (trois jours pour les élèves), en janvier Martin Luther King's day (un jour associé à un jour non travaillé par les élèves), en février President's day (un jour), en mai Memorial day (un jour de souvenir pour toutes les guerres). Donc, question jours fériés c'est assez équivalent sauf qu'ils n'en ont que deux dans la période des beaux jours : ah ! le regretté joli mois de mai français; par contre, les jours fériés ne sont pas à dates fixes, mais toujours accolés à un WE, ce qui est extrêmement pratique pour profiter de trois ou 4 jours complets. Par contre, pour les vacances, c'est beaucoup plus court. Je m'amuse à entendre les débats sur le rallongement ou raccourcissement des vacances en France, associés à des théories extrêmement complexes sur les rythmes biologiques. Sommes-nous prêts à renoncer à nos vacances pour plus vivre en harmonie avec la nature ? J'ai le sentiment que les vacances ici prennent un tout autre sens : on visite sa famille bien souvent éloignée, on se retrouve en famille pour célébrer les fêtes traditionnelles (thanksgiving et Christmas sont des fêtes familiales). C'est plus rare de prendre une semaine pour faire du ski, une semaine à l'étranger et deux à trois semaines au bord de mer. Un pays étranger ici, ce sont les autres États. D'autre part, on peut remarquer qu'aucun jour férié n'est associé à une fête religieuse. Seules, les vacances peuvent être en lien : Christmas et Easter. Les jours fériés sont plutôt des reconnaissances de faits importants liés à leur histoire ou en hommage à des personnages qui ont compté.

Lorsqu'il faut remplir un document administratif, et l'école n'est pas en reste question documents, c'est un vrai travail de des-conditionnement. Il y a des petits ajustements à opérer qui selon la loi de Pavlov sont parfois un peu difficiles à réaliser. Lorsque l'on nous demande notre nom, ils attendent que l'on commence par son prénom (first name) puis par le nom de famille (last name) ; les dates : on commence toujours par le mois, puis le jour  (les deux portent des majuscules); les lettres ne s'écrivent pas en attaché ; les chiffres sont comme ceux sur vos claviers (attention pour le 1, 4, 7)...

Quant à moi, je suis obligée à apprendre une troisième langue vivante qui m'est particulièrement difficile : le langage des nouvelles technologies. En plus du vocabulaire d'usage, il me faut aussi me familiariser avec le vocabulaire spécifique : LOL, MDR... et la nouvelle orthographe. Après avoir tant passé du temps à apprendre cette maudite orthographe française (et encore aujourd'hui, je fais beaucoup de fautes), maintenant je n'arrive pas à comprendre un mot écrit lorsque son orthographe ne n'est pas familière : c'est un comble. Lisez ! me disaient mes professeurs très inspirés. Le problème, c'est que moi je dévore les livres, sans passer par la case « regarder les mots », en particulier leur orthographe. Comment peut-on s'intéresser à une histoire en faisant attention à l'orthographe des mots ? Je n'ai pas une mémoire photographique, c'est sans doute ce qui explique pourquoi j'ai toujours été plus à l'aise avec l'Espagnol où toutes les lettres se prononcent. Je présente l'énorme désavantage de m'intéresser au contenu, pas au contenant. Shame on me (honte à moi).

Les Skype parties que je poursuis activement tant que l'école n'a pas repris en France, me rapprochent de mon point d'origine mais ont tendance à m'éloigner de mon point d'arrivée. Il va falloir que je trouve un équilibre. En attendant, je profite de ces moments d'échange pour baigner un peu plus longtemps dans le bain français. Moi qui ne suis pas une spécialiste d'internet et de l'utilisation de l'ordinateur en général, je deviens une vraie "pro" lorsqu'il s'agit de Skype. La motivation est le moteur de nos actions, la mère de nos réussites. Peut-être qu'il y a un filon à suivre pour l'apprentissage : comment motiver les apprenants ?
  1. Une petite dose de besoin : une personne trop bien nourrie n'a pas faim, mais quelqu'un de trop affamé ne peut pas non plus se concentrer sur le résultat,
  2. quelques ingrédients ludiques : une énigme a plus de chances de susciter l'intérêt, qu'une page à apprendre par cœur
  3. un savant dosage entre libertés d'action et règles à suivre
  4. une participation active dans le résultat.
« just a spoon full of sugar helps the medecine go down »

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