WE du 15 août : WE plongeur en
Caroline du Nord. Dernière chance d'en profiter avant la rentrée.
C'est
le royaume des épaves et la vie autour n'est pas sans intérêt :
requins-tigres
des sables, barracudas, glass
fish...
Les animaux sont très tranquilles,
friendly
(amicaux) : les intrus ici, c'est nous. Les plongées seront un
régal : 2 fois 40 minutes de bonheur pour une journée sous le
sceau (saut) ... du mal de mer. L'eau est à 30° ce qui augmente le bonheur. La
termo clim est quand même présente même si l'eau ne doit pas
descendre en dessous de 25°, mais lorsque l'on remonte, on a
l'impression de prendre son bain, protégé par une escadrille de
barracudas, tellement proches qu'on peut
quasiment les toucher. Le bonheur est presque parfait, sauf qu'il
faut remonter sur le bateau et retrouver le mal de mer. Terry, notre
dive master
(directeur
de plongée) me dira que pour lui, ça lui a passé
en mangeant des pommes. « Manger des pommes », ça c'est
un slogan...
Pour
un régime minceur, choisir le régime plongeur : entre
l'énergie dépensée dans l'eau pour compenser le différentiel avec
la t° du corps (choisissez de préférence une eau froide car ici
avec de l'eau à 30° le différentiel n'est pas terrible), et
l'exercice de la plongée, vous allez
perdre vos kg en trop, en rien de temps. Mais le plus important,
c'est le mal de mer, car sinon, vous risquerez de compenser par de
la malbouffe (junk food)
que vous auriez emportée avec vous. Tandis qu'avec le mal de mer,
effet garantit, sinon on vous rembourse vos frais alimentaires.
La nature a voulu que nous ne soyons tous différents.
Alors que je suis camouflée dans ma serviette pour lutter contre
l'air marin vivifiant, je regarde avec étonnement un plongeur
s’asperger d'eau douce et rester à l'air libre sans se sécher. Je
suis frileuse, et je ne pourrais jamais imaginer un tel scénario
pour moi-même. De même, alors que je lutte depuis une bonne heure
contre le mal de mer, je regarde envieuse certains plongeurs discuter
dans la cabine en bas, ou vaquer à leurs occupations le nez dans
leurs affaires, ou encore se soumettre aux odeurs de carburant sans
broncher. Ce sont mes trois pires ennemis sur un bateau. Et avec
cela, il faut que je regarde l'horizon sans discontinuer, ce qui
présente un intérêt limité tant pour le paysage que pour la
conversation (cela m'aura quand même permis de voir des dauphins
nager dans les vagues du bateau : vive le mal de mer !).
Lorsque le mal de mer s'en prend à moi, je suis particulièrement
peu disponible pour l'échange, j'ai beaucoup de mal à sourire et
voir les autres manger, ou pire les voir fumer m'est vraiment
insupportable. Toute personne soumise aux effets du mal de mer ne
paraît plus du tout sympathique. Pour savoir si une personne est
antipathique ou s'il est victime du mal de mer, ne juger pas trop
vite, à la première impression mais à son teint (cela ne vaut que
sur un bateau!). Parfois, j'ai la chance de ne pas avoir le mal de
mer, mais j'ai l'appréhension que cela arrive. Il suffit donc que je
pose le pied sur un bateau (même effet dans un avion), pour ne pas
être très disponible à l'échange.
En tout cas, même tout entière concentrée sur mon mal
de mer, je ne m'en suis pas pour autant privée de penser que si la
nature à juger bon de ne pas nous cloner, il serait sage de penser
à plutôt qu'éradiquer les différences, chercher à les sublimer ! Ce sont ces différences qui font les couleurs de la
vie, et mises bout à bout, elles forment un arc-en-ciel, tandis que
mélangées, elles font du blanc. Je pense là à l'école française,
et de nombreuses autres dans le monde, qui cherche à homogénéifier
le niveau scolaire au risque de laisser de côté les plus forts et
les plus faibles. Ils peuvent alors finir par décrocher tandis qu'en
cherchant un peu, chacun pourrait développer son talent et en faire
profiter les autres avec l'énorme avantage de se sentir reconnu et
donc d'avoir une valeur. Mais j'entends déjà les manques de
moyens...
Il
est convenu aux États-Unis, que chacun se débrouille pour son repas
de midi et son petit déjeuner.
Il est même plutôt étonnant de poser la question sur une telle
organisation. Sur le bateau français, l'habitude est de partager
tout ce qui est apporté : bouteille de blanc (tous au goulot
s'il vous plaît), le saucisson, les sucreries... parfois il y a
beaucoup à partager, et d'autres fois beaucoup moins. On se rend
compte aussi, que ce sont souvent les mêmes qui apportent! (on
revient sur la nature qui nous a fait différents). Ici, chacun amène
ce qu'il veut et il ne vient pas en tête de partager car il y a un
savoir tacite sur le fait que l'autre à lui aussi prévu d'apporter
ce qui lui conviendrait. Seule l'eau est proposée et apparemment
aussi une pastèque (ce qui est l'essentiel). Il est question ici de
responsabilité individuelle en ce qui concerne l'alimentation. On
peut donc voir des fruits pour certains, des sandwichs, des
crackers... pour moi, je n'ai apporté que des barres de céréales,
que j'aurai à cœur de surtout ne pas sortir pour ne pas stimuler
mon mal de mer. On peut se dire que c'est peut-être
ce principe qui a des effets sur l'obésité car il y aura plus de crackers et de sandwichs que de fruits. Ce qui pourrait laisser
entendre que la responsabilité individuelle est directement
responsable de l'obésité. Cela ne me paraît pas si simple, car si
vous regardez le prix de cette junk food
(vraiment
très abordable), associé
à un matraquage très performant dans la publicité, vous aurez vite
fait de passer pour un masochiste de ne pas vous laisser tenter. Je
propose plutôt que d'augmenter le prix de la malbouffe (ce qui ne
manquerait pas de créer d'énormes problèmes avec des sociétés
alimentaires très puissantes), il faudrait mieux aider ceux qui
produisent des produits sains ; de même, il pourrait être
interdit de matraquer de pubs pendant les émissions d'enfants, tout
commence très tôt, après il est souvent trop tard.
Le
repas du soir est proposé dans un restaurant
voisin. Chacun paye sa part, sauf le dernier soir où nous n'avons
qu'à régler le tip
car
notre club le prend à sa charge.
Le RDV est à... 17h30. Il est vrai que le repas de midi était plus
un snack qu'un pique-nique.
Nous commençons à nous familiariser avec ce repas du soir aussi
tôt, le temps pour l'apéro est forcément plus réduit, il nous
faut renoncer...
La
plongée dure entre 25 et 30 minutes sur site selon la profondeur.
Cela me convient bien, car j'ai souvent l'impression qu'il y a un
enjeu en France à rester le plus longtemps possible dans l'eau. A ce
petit jeu, je ne suis pas favorite : entre le froid et l'intérêt
limité après un temps déjà suffisant, j'ai du mal à dépasser 45
minutes en tout. Mais, l'enjeu est de taille car vous êtes jugé sur
votre capacité à rester longtemps dans l'eau. Les favoris restent
1h dans une eau à 15°, sans combinaison étanche. Alors justement
pour améliorer mes chances
d'être dans le trio de tête, je me suis acheter une combinaison
étanche. Cela a été ma révolution : non seulement le froid
n'est plus un problème, mais l'intérêt de la plongée s'en trouve
grandi. C'est le double effet étanche. Je n'ai jamais eu l'ambition
de jouer les superwoman
à résister au froid ; par contre il est impossible pour
soi-même
comme pour son coéquipier d’accepter de reconnaître que l'on a
froid après … 5 minutes d'immersion. Je ne reste pas forcément
plus de temps, mais j'apprécie au centuple (unité de mesure
internationale). Par contre, ici dans une eau à 30°, je retrouve ma
combinaison standard qui a manifestement rétréci...
Il
faut encore jongler avec les différentes
unités de mesure : mon bloc est gonflé à 2100 pmi;
avec le nitrox, on ne doit pas dépasser 132 feet
de
profondeur ; les plombs pèsent 4 pounds;
la température de l'eau est de 85°F, prête à bouillir (ils me
feront la remarque qu'avec les Celsius, la température paraît
toujours plus froide, et c'est vrai l'eau en Europe est plus froide...) : plongeur européen, si tu décides de
venir plonger aux États-Unis, prépares
toi à emporter ton convertisseur.
Nous
avons pu noter quelques différences entre les plongées de Kris et
les miennes : on me portera mes blocs au départ, et je ne
pourrais en rapporter qu'un au retour, le deuxième a
mystérieusement disparu ; j'ai un dive
buddy (un
co-équipié de plongée), alors que Kris est laissé à choisir à
plonger seul ou se joindre au premier qui passe mais qui ne l'attend
pas. Par contre, il y a des ressemblances : le matin, réveil
5h30, organisation sur le bateau à 6h, départ du bateau à 6h45 (il
faut 1h30 de bateau pour arriver sur les sites, 2h quand vous êtes
chanceux et que les vagues ralentissent l'allure et augmentent le mal
de mer), retour vers 14h. Et puis, il y a aussi des chasseurs avec
bouteilles qui plongent armés des fusils harpon ; il semble
admis de rapporter des choses des fonds marins : dents de
requins (pas pris directement sur l'animal mais plutôt trouvées au
fond, vestige d'une attaque ancienne ou simplement des dents de lait
que la petite souris peu aquatique aura laissés traîner),
coquillages : il y en a même qui plongent avec des filets ;
au palier, chacun se gère, mon buddy
me laissera poursuivre tandis qu'il remonte à la surface, mais
il est vrai aussi qu'il a beaucoup moins de paliers que moi (mon ordi
ne gère pas le nitrox). Je préfère les différences que les
ressemblances...
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