Semaine 7 : la fin du début ou le début de la fin !
Pour la première fois, je mange dehors à midi. Notre
appréciation de la cohabitation avec les moustiques nous rendait
prudents quant à retrouver le plaisir de manger dehors. Mais je
crois avoir compris leurs modes de vie : ils passent l'été à
Ibiza ! Ils se lèvent vers 17h, font un petit snack sur la
terrasse, attaquent l'apéro à 18h30, 19h qu'ils prolongent jusqu'à
21h, puis ils passent à table (sur nos corps endormis) et enfin font
la fête jusqu'à 5h du matin. Puis, on n'en entend plus parler
jusqu'à 17h. Je m'en suis rendu compte lorsque j'ai eu le malheur de
les réveiller pendant leur sieste, au moment de tondre (tondre n'est
pas une addiction, mais une nécessité!). Ils sont tellement petits
qu'on ne les voit pas, ce qui rend leur action encore plus vicieuse.
En effet, on ne se méfie pas et on offre généreusement nos mollets
et nos bras à leur appétit dévorant !
Au pays des chercheurs d'or, j'ai trouvé deux mines :
Julie et internet. Dans un nouvel environnement, tout est source de
questionnement :
- comment marche le dryer , en effet on se retrouve devant le fonctionnement des machines comme une poule devant un œuf dur ;
- en voiture, quelle vitesse au delà de la limite ne pas dépasser. En tant que Française qui se respecte, j'ai du mal à tenir la stricte limitation de vitesse mais avec les nouveaux radars, j'ai appris à ne pas dépasser une certaine limite au-delà. Qu'est-ce qu'il en est ici car je n'ai pas envie d'avoir affaire au shérif, ni de prendre a ticket ? 7 miles en plus semblent raisonnables ;
- ou trouver les bons magasins, les magasins spécialisés?
- quelle lessive utiliser ? tous les produits dans les magasins sont nouveaux, portent d'autres noms ;
- ou trouver la bibliothèque, la librairie ; le labo pour la prise de sang, l'hôpital que nous espérons ne jamais avoir besoin...
- comment remplir les documents de l'école
...
Je ne me rappelle pas avoir eu autant besoin de savoir où trouver les
choses à mon premier séjour. Il est vrai aussi, que je n'avais pas
à acheter autant de choses pour faire vivre une famille, je n'avais
que moi à m'occuper et je vivais chez des gens qui avaient déjà
leurs
propres réseaux. Et puis j'étais plus jeune, moins attachée aux
produits et ce qu'il y a de mieux pour la santé, pour notre
bien-être.
Alors, Julie est ma source inépuisable de renseignements. Mais dans
ce cas, il s'agit d'une mutualisation de nos besoins respectifs pour
créer une alliance réciproque (Julie me semble avoir besoin aussi
de se sentir utile) ; pour internet, ce n'est pas vraiment
nouveau pour moi, je vis au moyen-Age
des nouvelles technologies mais pas à la pré-histoire tout de même.
Dans ce domaine, cette mine d'or me permet plutôt de trouver les
choses recherchées : la bibliothèque, le livre que je dois
lire pour le groupe de lecture de mercredi,
le magasin de piscine, les activités extra scolaires... Internet me
donne le sentiment de garder vives mes capacités à trouver des
infos, même si parfois, mon utilisation très personnelle que j'en
fais me joue des tours : je trouve les infos que je cherche, je
n'ai donc plus qu'à me déplacer, mais ce n'est pas au bon endroit,
car je n'avais pas vu que l'article était en fait dans le magasin
de... Floride ! Ce n'est pas grave, maintenant je sais où
acheter des livres d'occasion. Internet est une porte « grande »
ouverte sur le monde, mais il faut porter des lunettes spéciales
pour lire correctement toutes ses données : quand je tape
« Hagerstown,
book store »,
il ne me vient pas à l'idée que je puisse tomber sur la page de la
Floride, mais c'est sans compter sur les nombreux liens qu'internet
propose. J'aurai besoin qu'on referme un peu la porte derrière soi
après être allé dans une pièce. Une porte entrebâillée pour
moi, est largement suffisante.
La
nouveauté est source d'intérêt, elle stimule notre curiosité,
elle donne envie de découvrir, elle ouvre de nouveaux horizons. Mais
lorsque la nouveauté est massive, quand elle s'impose sans pouvoir
parfois s'asseoir sur des repères antérieurs, lorsqu'elle envahit
tout notre espace, elle peut devenir encombrante, fatigante. Et ici,
tout est nouveau. Il y a du bon nouveau et le nouveau moins bon
(c'est comme le vin nouveau !). Le bon
« nouveau » se sont les nouvelles activités, les
nouvelles personnes, les nouveaux produits... le « moins bon »
c'est quand il faut chercher un docteur, les étiquettes des produits
pour éviter les produits reconnus toxiques, l'assurance de la
voiture... Très souvent, je compare les fonctionnements des
États-Unis et de la France, cela me permet de tisser des liens de
proximité entre tout ce qui est nouveau et ce qui est ancien pour
moi. Cela me permet aussi de ne pas me laisser submerger par toute
cette nouveauté, au risque d'un début de cirrhose.
Ce matin, j'ai reçu une nouvelle triste de France. Même
ces nouvelles-là ont trouvé leur chemin à travers les océans. La
tristesse est d'autant plus forte que je ne suis pas là pour être
présente auprès de mon amie. Cette nouvelle me rappelle aussi qu'un
jour, je serai à mon tour confrontée à une telle perte. Alors, je
pleure dans la solitude qui est la mienne à ce moment-là. Je sais
aussi que cette nouvelle fait écho à une autre perte pour moi,
celle de ma situation précédente que je retrouverai à jamais
changée en rentrant. « Tu as semé des petits cailloux
derrière toi pour retrouver ton chemin, tu as laissé la vie de
donner la main, laisses tes rêves nourrir ton cœur ».
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