Semaine
7 : la fin du début ou le début de la fin !
Je ne suis plus en vacances, maintenant c'est la vraie
vie qui commence. Un message d'une collègue me rappelle que ce
jour-là (lundi 27 août) la rentrée se fait dans les institutions
que j'ai laissées derrière moi. Ce même jour, je me débats avec
ma nouvelle tondeuse et le rotofil dont l'utilisation ne m'est pas
encore parfaitement familière. Il va falloir que je trouve autre
chose, sinon je vais vraiment regretter !
C'est pourquoi, il faut que je commence à me consacrer
à la recherche d'activités pour moi-même, la tonte de la pelouse
me fait faire du sport, mais je n'ai pas l'impression que cela soit
bien équilibré. Et puis, j'espère bien que « les tondeuses
se seront tuent quand la bise fut venue ». Je ne suis pas sûre
de continuer à faire de l'escalade (j'ai entendu parler d'un mur en
salle mais à une heure de route!). L'escrime me paraît bien
compromis aussi. Ici, en tant que sport de combat, je pense que
j'aurai plus de choix dans les stands de tir ! Et puis l'escrime
qui m'intéresse, c'est celle qui se pratique dans un club sympa, ou
on partage autant les bons moments que les combats défoulants.
Alors, j'ai pensé à la Zumba. C'est très complet, on m'a dit que
c'est amusant. Il faut encore que je me renseigne. J'ai amené mes
rollers, mais les pistes ne sont pas très lisses. Le vélo devra
trouver des parcours pas trop raides, s'il veut sortir du garage.
Personnellement, j'aime faire du vélo dans les Landes : en plus
de la bonne odeur de pin, c'est presque le plat pays. A Lyon, j'avais
trouvé des parcours très bien aménagés dans un parc à proximité
(Miribel jonage). Mais, il me manquait le porte-vélo pour rejoindre
le parc. Ici, j'ai la voiture qui permet de faire rentrer les vélos
à l'intérieur, mais je n'ai pas encore une vue bien structurée sur
les pistes possibles. Je vais devoir partir à la conquête du
territoire...
Mais le problème, c'est que je suis encore perdue pour
trouver mon chemin. J'ai l'impression que tout se ressemble, que les
magasins sont tous les mêmes, que les rues s'entrecroisent à
l'infini. C'est comme une TV allumée dans un salon, je suis scotchée
devant les images qui tournent en boucle, mais mon esprit ne
fonctionne pas. J'ai besoin d'une bonne vieille carte et je retrouve
mes capacités à m'orienter (qui a dit que les femmes ne savent pas
lire les cartes routières ?). J'ai aussi l'impression de mieux comprendre
comment s'organise la topographie environnante. Mon cerveau a du mal
à mémoriser ce qui lui est trop étranger, associé à des
difficultés à envisager l'avenir ici, je crois que mon esprit
s'embrume. J'ai déjà eu l'occasion de conduire dans Paris, Dublin,
Lisbonne, St Petersbourg, Helsinki... mais j'étais plus jeune et
sans doute moins prise par des doutes existentiels... Hagerstown
m’apparaît comme une nébuleuse et désorganise mon appareil à
penser. Heureusement, la douce voix de la grincheuse m'aide à
retrouver mon chemin. Mais je la soupçonne quand même de me faire
faire des détours, histoire soit de me perdre un peu plus, ce qui
fait que j'aurai toujours besoin d'elle (cela me rappelle les mères
abusives), soit de se venger de mon esprit rebelle.
Pour ne pas sombrer dans la
nostalgie, je garde quelques réminiscences d'une ancienne
vie. Les cartons du déménagement sont toujours dans le garage et me
rappellent à chaque passage que nous ne sommes que de transit ;
sur internet, « vente privée » m'informe toujours de
leurs ventes à venir, « Citizen kids » et « bulles
de gones », m'envoient toujours leur lettre de la semaine pour
m'informer des différentes activités à faire avec les enfants sur
Lyon et sa région, mais cela ne comprend pas Hagerstown. J'ai
l'impression d'appartenir à deux mondes que je tente de mixer. Il y
aura long à dire lorsque nous nous serons débarrassés des cartons
et lorsque je supprimerai de mon ordinateur ces souvenirs d'un passé
révolu.
D'ailleurs,
je viens d'aborder mon troisième round de rangement :
le ménage dans mon ordinateur. J'ai toujours beaucoup de scrupules à
enlever des adresses, des messages mis en réserve de peur d'en avoir
un jour besoin et de ne plus l'avoir sous la main. Il y en a qui
conserve de vieilles reliques toutes défraîchies (« on ne
sait jamais, ça peut toujours servir », mon père est
spécialiste dans ce domaine), moi ce sont les adresses mail de
propriétaires dont je ne reconnais même plus le nom (et il aurait
été vraiment trop facile d'indiquer sa qualité, vous n'êtes pas
joueur, vous!), ou des adresses à moitié complètes ce qui fait que
régulièrement les mails me sont retournés : "n'habites pas à
l'adresse indiquée". Ce matin, la résolution est prise, je fais le
tri, pour laisser la place à de nouvelles adresses aussi, il ne faut
pas oublier que je vais avoir de nouveaux contacts. C'est comme une
page qui se tourne, un jour dans mon passé j'ai utilisé ces
adresses, maintenant elles ne serviront plus. C'est la même chose
pour les messages que j'avais pris la précaution de garder rangés
par catégories, car ma mémoire peut être passoire. Il ne s'agit
pas seulement d'archiver, mais de jeter, de se débarrasser, de
faire peau neuve. Peut-être que je suis en train de m'engager dans
un processus de deuil ! « les adresses mortes se ramassent
à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi, et le vent du nord
les emporte dans la nuit froide de l'oubli. »
Par contre aucun regret d'avoir enfin
du temps pour classer avec méthodes mes adresses. Peut-être que
quelques habitudes pavloviennes émergeront de cette situation
inédite.
Lorsque
l'on doit converser en Anglais, il
y a un mot qu'il faut a tout prix connaître : stuff
= machin, truc, bidule... Moi qui en temps normal, tente d'apporter
des précisions sur ce que je veux dire, ici j'abuse de l'expression
qui utilise stuff.
C'est très pratique pour éviter la case : apprentissage
laborieux du vocabulaire. Je me souviens que lorsque je devais être
en 4ème (début de l'adolescence), le directeur de notre
établissement scolaire était passé dans notre classe pour nous
expliquer qu'il était important d'utiliser les mots justes et de
bannir les mots four tout : truc, bidule, machin. Vous pensez
bien que dans l'esprit de jeunes rebelles que nous étions à
l'époque, nous nous sommes employés à justement les utiliser le
plus possible. Me voilà redevenue jeune et rebelle.
L'autre
mot indispensable est get, ou got au prétérite,
ou have got, ou will get. Rafraîchissez
un peu votre mémoire
sur les temps et le tour est joué, ou
presque...
Ça sert pour tout.
Pour
continuer dans l'anglais, hier soir (mercredi 29 septembre), j'ai
participé à mon premier groupe de lecture organisé par Peggy, ma
prof d'anglais. Le groupe rassemble majoritairement des ex-pat, ou
conjoints en grande partie Suédois, quelques Français et une
Brésilienne. Hier soir, un mythe est tombé : tous les Suédois
ne parlent pas l'anglais couramment. Moi qui croyais que l'anglais
leur était aussi naturel que le fait d'accueillir le père Noël
pendant sa longue période de repos, me voilà démystifier. Avec mon
anglais sauvegardé d'une période ancienne mais dont l'usage est
resté assez bien ancré , et une autre personne qui parle aussi
français et dont l'anglais est la première langue, nous allons
faire tomber quelques préjugés. Les Français n'ont rien à envier
à leurs homologues Suédois en matière de bilinguisme. Je ne suis
pas sure que cela s'applique dans tous les cas !
Pour
notre réunion de lecture en novembre, la date retenue tombe le
lendemain des élections aux États-Unis, et cela met notre hôte en
émoi. Elle nous annonce franchement ses préférences, mais nous
invite à aller rencontrer aussi des Américains de l'autre bord.
Quelques-unes suggèrent que ce soit notre thème de discussion ce
soir-là en novembre. Personnellement, je trouve cela intéressant,
nous venons justement de terminer un livre qui parle de l'immigration
d'Amérique centrale et les questions politiques qui animent ce pays
me paraissent assez centrales justement. Par contre, il y a trois
points que je ne suis pas sûre un jour de pouvoir discuter librement
avec un Américain, car cela me semble toucher quelques fondements,
fondations fondamentales (c'est la loi des trois F). Pour permettre à
chacun de se faire une idée, je vous donne quelques clus
(prononcer clous, ce qui me semble assez bien adapté à la
circonstance, mais ce n'est pas bien sûr la traduction) : in
god we trust ; we support our troops in
Afganistan ou proud to have a son in law in the
marine ; et enfin
proud to be American
(devises
qui nous pouvons trouver sur l'arrière des voitures, sur les boîtes
aux lettres, comme pancarte dans les jardins surtout en période
d'élection) .
D'autre
part, jeudi soir (jeudi 30 août), j'ai participé à une leçon et
un test pour mon permis de conduire : drug and alcohol test.
L'intitulé du court de 3h est Safe and sober. Ce
groupe est à destination des étrangers qui veulent conduire dans
l’État du Maryland. J'ai la chance en tant que Française de ne
pas avoir à passer d'autres tests, ni sur le code ni sur la
conduite, il y a en effet des accords entre les pays. Des
ressortissants d'autres pays y sont soumis et pas seulement les
Anglais, pour qui la conduite à gauche est un handicap ici. Est-ce
que la France a une réputation de bonne conduite ? Nous sommes
une dizaine d'élèves et l'ambiance est sympathique. Nous évoquons
les règles dans nos pays respectifs : l'âge de la conduite ici
est de 16 ans, par contre pour acheter de l'alcool et en principe
pour en boire c'est seulement à 21 ans. Les jeunes sont considérés
assez responsables pour conduire à 16 ans mais pas pour boire de
l'alcool ! Notre encadrant nous indique qu'il y a eu des essais
pour rabaisser l'âge pour l'alcool, cela a été un vrai désastre.
Et il cite la France en exemple, car malgré l'alcool autorisé à
partir de 18 ans, il n'y a pas de problème. Je le trouve bien
optimiste ! Mais il est vrai qu'ici l'alcool est un vrai
problème et surtout la conduite en état d'ébriété. De même, de
façon amusante (et un peu hors sujet) il nous dira qu'en Europe la
nudité est acceptée et que pour autant les atteintes aux morses
sont moins élevées qu'ici. Cela nous rappelle
qu'il n'est pas tant question d'âge pour être responsable mais
plutôt de manière d'accompagner à la découverte de toute
nouvelle liberté. Je me souviens déjà il y a 20 ans aux
États-Unis, l'alcool me semblait ne pouvoir s'aborder que selon
deux manières radicales : en abus ou en sobriété totale.
Entre les deux, il ne semblait pas exister de lien paisible avec
l'alcool, autour de la notion de plaisir de la dégustation. C'était
plus l'état recherché avec l'alcool que le goût du breuvage. C'est
pourquoi, il est interdit dans presque tous les États de circuler
avec une bouteille d'alcool ouverte, à l'air libre. En France aussi, nous
avons des dérives et l'alcoolisme est loin d'être une exclusivité
américaine. Mais le plus souvent, le rapport que nous entretenons
avec l'alcool n'est pas celui de la démesure. Il est plutôt associé
à la convivialité, le partage, la notion d'initiés. Les
adolescents, ou les jeunes adultes vont avoir envie de
découvrir un monde jusqu'alors
interdit, explorer la face cachée du monde des adultes et celui de
leurs parents. Il est important que ce passage se fasse dans la
transition... Santé à tous!
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