Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 12 juillet 2013

le fin du début ou le début de la fin ! (première partie)


Semaine 7 : la fin du début ou le début de la fin !

Je ne suis plus en vacances, maintenant c'est la vraie vie qui commence. Un message d'une collègue me rappelle que ce jour-là (lundi 27 août) la rentrée se fait dans les institutions que j'ai laissées derrière moi. Ce même jour, je me débats avec ma nouvelle tondeuse et le rotofil dont l'utilisation ne m'est pas encore parfaitement familière. Il va falloir que je trouve autre chose, sinon je vais vraiment regretter !

C'est pourquoi, il faut que je commence à me consacrer à la recherche d'activités pour moi-même, la tonte de la pelouse me fait faire du sport, mais je n'ai pas l'impression que cela soit bien équilibré. Et puis, j'espère bien que « les tondeuses se seront tuent quand la bise fut venue ». Je ne suis pas sûre de continuer à faire de l'escalade (j'ai entendu parler d'un mur en salle mais à une heure de route!). L'escrime me paraît bien compromis aussi. Ici, en tant que sport de combat, je pense que j'aurai plus de choix dans les stands de tir ! Et puis l'escrime qui m'intéresse, c'est celle qui se pratique dans un club sympa, ou on partage autant les bons moments que les combats défoulants. Alors, j'ai pensé à la Zumba. C'est très complet, on m'a dit que c'est amusant. Il faut encore que je me renseigne. J'ai amené mes rollers, mais les pistes ne sont pas très lisses. Le vélo devra trouver des parcours pas trop raides, s'il veut sortir du garage. Personnellement, j'aime faire du vélo dans les Landes : en plus de la bonne odeur de pin, c'est presque le plat pays. A Lyon, j'avais trouvé des parcours très bien aménagés dans un parc à proximité (Miribel jonage). Mais, il me manquait le porte-vélo pour rejoindre le parc. Ici, j'ai la voiture qui permet de faire rentrer les vélos à l'intérieur, mais je n'ai pas encore une vue bien structurée sur les pistes possibles. Je vais devoir partir à la conquête du territoire...

Mais le problème, c'est que je suis encore perdue pour trouver mon chemin. J'ai l'impression que tout se ressemble, que les magasins sont tous les mêmes, que les rues s'entrecroisent à l'infini. C'est comme une TV allumée dans un salon, je suis scotchée devant les images qui tournent en boucle, mais mon esprit ne fonctionne pas. J'ai besoin d'une bonne vieille carte et je retrouve mes capacités à m'orienter (qui a dit que les femmes ne savent pas lire les cartes routières ?). J'ai aussi l'impression de mieux comprendre comment s'organise la topographie environnante. Mon cerveau a du mal à mémoriser ce qui lui est trop étranger, associé à des difficultés à envisager l'avenir ici, je crois que mon esprit s'embrume. J'ai déjà eu l'occasion de conduire dans Paris, Dublin, Lisbonne, St Petersbourg, Helsinki... mais j'étais plus jeune et sans doute moins prise par des doutes existentiels... Hagerstown m’apparaît comme une nébuleuse et désorganise mon appareil à penser. Heureusement, la douce voix de la grincheuse m'aide à retrouver mon chemin. Mais je la soupçonne quand même de me faire faire des détours, histoire soit de me perdre un peu plus, ce qui fait que j'aurai toujours besoin d'elle (cela me rappelle les mères abusives), soit de se venger de mon esprit rebelle.

Pour ne pas sombrer dans la nostalgie, je garde quelques réminiscences d'une ancienne vie. Les cartons du déménagement sont toujours dans le garage et me rappellent à chaque passage que nous ne sommes que de transit ; sur internet, « vente privée » m'informe toujours de leurs ventes à venir, « Citizen kids » et « bulles de gones », m'envoient toujours leur lettre de la semaine pour m'informer des différentes activités à faire avec les enfants sur Lyon et sa région, mais cela ne comprend pas Hagerstown. J'ai l'impression d'appartenir à deux mondes que je tente de mixer. Il y aura long à dire lorsque nous nous serons débarrassés des cartons et lorsque je supprimerai de mon ordinateur ces souvenirs d'un passé révolu.

D'ailleurs, je viens d'aborder mon troisième round de rangement : le ménage dans mon ordinateur. J'ai toujours beaucoup de scrupules à enlever des adresses, des messages mis en réserve de peur d'en avoir un jour besoin et de ne plus l'avoir sous la main. Il y en a qui conserve de vieilles reliques toutes défraîchies (« on ne sait jamais, ça peut toujours servir », mon père est spécialiste dans ce domaine), moi ce sont les adresses mail de propriétaires dont je ne reconnais même plus le nom (et il aurait été vraiment trop facile d'indiquer sa qualité, vous n'êtes pas joueur, vous!), ou des adresses à moitié complètes ce qui fait que régulièrement les mails me sont retournés : "n'habites pas à l'adresse indiquée". Ce matin, la résolution est prise, je fais le tri, pour laisser la place à de nouvelles adresses aussi, il ne faut pas oublier que je vais avoir de nouveaux contacts. C'est comme une page qui se tourne, un jour dans mon passé j'ai utilisé ces adresses, maintenant elles ne serviront plus. C'est la même chose pour les messages que j'avais pris la précaution de garder rangés par catégories, car ma mémoire peut être passoire. Il ne s'agit pas seulement d'archiver, mais de jeter, de se débarrasser, de faire peau neuve. Peut-être que je suis en train de m'engager dans un processus de deuil ! « les adresses mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi, et le vent du nord les emporte dans la nuit froide de l'oubli. »
Par contre aucun regret d'avoir enfin du temps pour classer avec méthodes mes adresses. Peut-être que quelques habitudes pavloviennes émergeront de cette situation inédite.

Lorsque l'on doit converser en Anglais, il y a un mot qu'il faut a tout prix connaître : stuff = machin, truc, bidule... Moi qui en temps normal, tente d'apporter des précisions sur ce que je veux dire, ici j'abuse de l'expression qui utilise stuff. C'est très pratique pour éviter la case : apprentissage laborieux du vocabulaire. Je me souviens que lorsque je devais être en 4ème (début de l'adolescence), le directeur de notre établissement scolaire était passé dans notre classe pour nous expliquer qu'il était important d'utiliser les mots justes et de bannir les mots four tout : truc, bidule, machin. Vous pensez bien que dans l'esprit de jeunes rebelles que nous étions à l'époque, nous nous sommes employés à justement les utiliser le plus possible. Me voilà redevenue jeune et rebelle.
L'autre mot indispensable est get, ou got au prétérite, ou have got, ou will get. Rafraîchissez un peu votre mémoire sur les temps et le tour est joué, ou presque... Ça sert pour tout.

Pour continuer dans l'anglais, hier soir (mercredi 29 septembre), j'ai participé à mon premier groupe de lecture organisé par Peggy, ma prof d'anglais. Le groupe rassemble majoritairement des ex-pat, ou conjoints en grande partie Suédois, quelques Français et une Brésilienne. Hier soir, un mythe est tombé : tous les Suédois ne parlent pas l'anglais couramment. Moi qui croyais que l'anglais leur était aussi naturel que le fait d'accueillir le père Noël pendant sa longue période de repos, me voilà démystifier. Avec mon anglais sauvegardé d'une période ancienne mais dont l'usage est resté assez bien ancré , et une autre personne qui parle aussi français et dont l'anglais est la première langue, nous allons faire tomber quelques préjugés. Les Français n'ont rien à envier à leurs homologues Suédois en matière de bilinguisme. Je ne suis pas sure que cela s'applique dans tous les cas !
Pour notre réunion de lecture en novembre, la date retenue tombe le lendemain des élections aux États-Unis, et cela met notre hôte en émoi. Elle nous annonce franchement ses préférences, mais nous invite à aller rencontrer aussi des Américains de l'autre bord. Quelques-unes suggèrent que ce soit notre thème de discussion ce soir-là en novembre. Personnellement, je trouve cela intéressant, nous venons justement de terminer un livre qui parle de l'immigration d'Amérique centrale et les questions politiques qui animent ce pays me paraissent assez centrales justement. Par contre, il y a trois points que je ne suis pas sûre un jour de pouvoir discuter librement avec un Américain, car cela me semble toucher quelques fondements, fondations fondamentales (c'est la loi des trois F). Pour permettre à chacun de se faire une idée, je vous donne quelques clus (prononcer clous, ce qui me semble assez bien adapté à la circonstance, mais ce n'est pas bien sûr la traduction) : in god we trust  ; we support our troops in Afganistan ou proud to have a son in law in the marine ; et enfin proud to be American (devises qui nous pouvons trouver sur l'arrière des voitures, sur les boîtes aux lettres, comme pancarte dans les jardins surtout en période d'élection) .

D'autre part, jeudi soir (jeudi 30 août), j'ai participé à une leçon et un test pour mon permis de conduire : drug and alcohol test. L'intitulé du court de 3h est Safe and sober. Ce groupe est à destination des étrangers qui veulent conduire dans l’État du Maryland. J'ai la chance en tant que Française de ne pas avoir à passer d'autres tests, ni sur le code ni sur la conduite, il y a en effet des accords entre les pays. Des ressortissants d'autres pays y sont soumis et pas seulement les Anglais, pour qui la conduite à gauche est un handicap ici. Est-ce que la France a une réputation de bonne conduite ? Nous sommes une dizaine d'élèves et l'ambiance est sympathique. Nous évoquons les règles dans nos pays respectifs : l'âge de la conduite ici est de 16 ans, par contre pour acheter de l'alcool et en principe pour en boire c'est seulement à 21 ans. Les jeunes sont considérés assez responsables pour conduire à 16 ans mais pas pour boire de l'alcool ! Notre encadrant nous indique qu'il y a eu des essais pour rabaisser l'âge pour l'alcool, cela a été un vrai désastre. Et il cite la France en exemple, car malgré l'alcool autorisé à partir de 18 ans, il n'y a pas de problème. Je le trouve bien optimiste ! Mais il est vrai qu'ici l'alcool est un vrai problème et surtout la conduite en état d'ébriété. De même, de façon amusante (et un peu hors sujet) il nous dira qu'en Europe la nudité est acceptée et que pour autant les atteintes aux morses sont moins élevées qu'ici. Cela nous rappelle qu'il n'est pas tant question d'âge pour être responsable mais plutôt de manière d'accompagner à la découverte de toute nouvelle liberté. Je me souviens déjà il y a 20 ans aux États-Unis, l'alcool me semblait ne pouvoir s'aborder que selon deux manières radicales : en abus ou en sobriété totale. Entre les deux, il ne semblait pas exister de lien paisible avec l'alcool, autour de la notion de plaisir de la dégustation. C'était plus l'état recherché avec l'alcool que le goût du breuvage. C'est pourquoi, il est interdit dans presque tous les États de circuler avec une bouteille d'alcool ouverte, à l'air libre. En France aussi, nous avons des dérives et l'alcoolisme est loin d'être une exclusivité américaine. Mais le plus souvent, le rapport que nous entretenons avec l'alcool n'est pas celui de la démesure. Il est plutôt associé à la convivialité, le partage, la notion d'initiés. Les adolescents, ou les jeunes adultes vont avoir envie de découvrir un monde jusqu'alors interdit, explorer la face cachée du monde des adultes et celui de leurs parents. Il est important que ce passage se fasse dans la transition... Santé à tous!

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