Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 26 juillet 2013

semaine 8 et 9 : Début d'une vie ordinaire (première partie)


Semaine 8 et 9 : début d'une vie ordinaire

Aujourd'hui lundi 3 septembre, c'est la fête du travail aux États-Unis (labor's day) et le jour est férié. Nous aurons eu deux fêtes du travail la même année, pour moi qui ne travaille pas en ce moment, c'est intéressant. Nous allons en profiter pour faire une rando dans un parc alentour. Le nombre de jours de vacances étant (largement) plus réduit qu'en France, il n'est pas rare à l'occasion de ce WE de s'entendre souhaiter « bonnes vacances ». Pour autant, fête du travail ne rime pas avec fermeture des magasins. Tout est ouvert sur les horaires d'un dimanche. Il y a même des soldes spéciales pour ce WE. Je serai curieuse de voir s'ils ferment la journée de Noël.

Avec la reprise de l'école, il faut organiser une visite de santé chez le médecin, puis il faut rechercher d'un labo pour une prise de sang. Je ne me sens pas encore pleinement à l'aise au téléphone pour faire toutes ces démarches de cette manière, alors je me déplace. D'autre part, c'est plus commode pour montrer sa carte d'assuré car sinon, pas de RDV possible. Je ne comprends pas que la santé soit dépendante d'un compte en banque. Il est vrai qu'en France, nous sommes abonnés à une santé pour tous et de qualité, mais nous oublions trop souvent que nous avons à l’égard de ce système une dette immense. Ici les soins sont soumis au même principe que pour le reste du fonctionnement de la société : c'est le principe de la responsabilité individuelle. Je vous livre quelques observations et réflexions à ce sujet :
  • la publicité pour les médicaments, pour un hôpital, un centre de soins... est très courante. Or, il me semble que publicité et santé sont deux concepts opposés. En effet, la publicité cherche à faire vendre, pas à mettre en avant les qualités réelles d'un produit, ses risques potentiels, les moyens de prévenir les maladies plutôt que de les traiter. Cela place le soin, les médicaments au même niveau qu'un objet de consommation courante.
  • Avec une ordonnance, les médicaments ne sont donnés qu'en quantité exacte, ce qui évite de conserver chez soi tous ces médicaments non utilisés. En France, la plupart du temps, quand on en a besoin, on ne sait même plus qu'on en a encore et on se fait prescrire de nouveau les mêmes. Ce fonctionnement des soins en France n'est pas sans conséquence : bien sur pour le trou de la sécurité sociale, mais aussi pour la sécurité individuelle : avoir en grand nombre des médicaments dans son armoire peut être dangereux si on choisit l'automédication volontaire ou accidentelle.
  • Beaucoup d'Américains, non couverts par leur entreprise, font le choix de ne pas prendre d'assurance. Comment peut-on faire un pari sur la santé ? Ils peuvent alors renoncer à des soins courants, ou des examens de contrôle car ce serait à leurs frais. J'ai du mal à ne pas imaginer les conséquences en matière de prévention.
  • Les personnes âgées sont accueillies dans les familles à défaut de pouvoir payer une maison de retraite. Lors de mon séjour à San Diego, certains WE, j'avais eu l'occasion de m'occuper d'un vieux monsieur qui habitait chez sa fille et qui avait besoin de quelqu'un pour l'aider dans sa vie quotidienne. En semaine, ils avaient une personne Mexicaine qui restait avec eux jours et nuits. Mais le WE, quand ils avaient besoin de s'absenter, ils me demandaient de venir pour m'en occuper. La solidarité familiale se doit de fonctionner à défaut d'une solidarité nationale.
  • Lorsque l'on doit avancer les frais, on a tout de suite conscience du prix de chaque chose. Ne pas avoir à avancer les frais à la pharmacie, à l'hôpital (ce qui n'est pas à remettre en cause pour les familles qui manquent de trésorerie) ne conduit pas en contrepartie à une prise de conscience du coût réel. A défaut, il y a un risque d'abus sans même être un abuseur compulsif.
  • En France, faire le choix d'un autre forme de médication, plus naturelle, plus en prévention, plus en harmonie avec l'équilibre du corps et de l'esprit... est un luxe. En effet, cela suppose de renoncer à la gratuité pour assumer les frais de telles pratiques, même s'il est vrai que de plus en plus de soins autres qu’allopathiques sont remboursés aujourd'hui.
Être décideur pour sa santé ou bénéficier d'un soin gratuit en toutes circonstances ? un mixte serait peut-être la solution. Mais cela devient un enjeu culturel, et même plus profondément identitaire (comme une partie de soi). C'est sans doute pour cela que d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, les réformes sont si difficiles à conduire.

Dernières démarches pour mon permis de conduire dans le Maryland, je vais bientôt pouvoir rouler comme les Américains! Vendredi 7 septembre : j'ai mon permis tout frais de ce matin. C'est intéressant la démarche à suivre. Il m'avait fallu passer le test de bonne conduite sans drogues, Sesam pour ouvrir la porte de la pièce d'identité américaine. Puis, ce matin, papiers administratifs : beaucoup de documents à fournir évidemment, ma carte de sécurité sociale, mon passeport, le document du test « save and sober », deux justificatifs de domicile. Comme je ne porte pas le même nom que mon mari et que le nom sur les adresses des factures est à celui de mon mari, il me manquait un justificatif de domicile (le certificat de mariage, traduit de France ne fonctionne pas). J'ai dû aller faire faire un autre justificatif de domicile auprès de la banque, avec un relevé de compte où apparaît le crédit (ou débit) qu'il y a sur le compte : côté transparent, on ne fait pas mieux. Mais cela a convenu. Heureusement que j'avais déjà ouvert mon compte en banque. Pour le permis, il faut aussi répondre à la question de race : blanc caucasien. La guichetière m'a demandé quand même de préciser si je n'étais pas hispanique : les relations avec leurs cousins du Sud sont tendues... Ma taille ? je vous la donne en mille : 5,8 ; mon poids ? 141 : non je n'ai ni rapetissé, ni grossis, sinon, vous imaginer le rapport ! Heureusement, il y avait un convertisseur. La personne au guichet confondait mon passeport et mon permis de conduire, et pourtant elle doit en voir passer des passeports... L'ouverture aux autres ne va pas toujours de soi.
J'ai presque oublié de le préciser, alors que j'ai été particulièrement séduite par la démarche : c'est là que nous avons à répondre à la question du don d'organe. Tout le monde est invité à se prononcer à cette occasion, et cela apparaît sur notre permis sous la forme d'un petit cœur rouge. Pourquoi faire compliqué, quand on peut faire simple ?
N’empêche qu'avec tout ça ils m'ont pris mon permis français, et je n'ai plus que l’Américain, car apparemment on n'a pas le droit d'en avoir deux, peut-être pour éviter que l'on conduise avec le deuxième si on s'est fait confisquer le premier ? Ce n'est pas que j'y tenais, mais c'est assez symbolique tout de même, le permis de conduire : il ouvre la porte à pas mal de liberté, et je l'avais depuis l'âge de 18 ans. Maintenant, j'ai le permis avec une photo de moi vieillie de 27 ans. Mais ici, c'est une vraie carte d'identité, alors il vaut mieux ressembler à ce que l'on est devenu...Par contre dès qu'il s'agit d'aller faire assurer sa voiture, on est redevenu jeune conducteur. En effet, le prix de l'assurance ne tient pas compte de notre background de France, ce qui compte c'est d'avoir roulé aux US : avec deux mois sans accident, on peut avoir un petit rabais ! Je peux enfin pouvoir rouler comme les Américains...

1 commentaire:

Oreo a dit…

Notre ami Jean-Jacques le chantait bien "Long is the road" (to drive) ;-)