Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 6 septembre 2013

Semaines 12, 13, 14 : le temps des questions fondamentales (première partie)


Semaine 12, 13, 14 : le temps des questions fondamentales

L'une des premières questions fondamentales à laquelle nous avons été confrontés, a été la suivante : comment perdre du temps en 5 étapes, proposé par la situation d'expatriation confrontée à l'administration Américaine (je crois que cela peut parfaitement se transposer dans toutes les administrations du monde).
  • Acheter une voiture d'occasion à un expat qui repart juste après en France.
  • Chercher une assurance : renoncer à l'économie, si vous venez d'arriver vous êtes considéré comme jeune conducteur !!! alors que vous aviez pris la précaution d'acheter une voiture assez ancienne pour que cela soit moins cher. Ce process peut prendre quelques semaines pour un peu que votre conjoint soit en déplacement, que vous cherchez à faire jouer la concurrence, que vous tentiez de récupérer quelques documents français de votre ancienne assurance, traduits si possible en anglais, pour démontrer votre backround.
  • Le site internet du MVA (Motor Vehicul Administration : peut-être un équivalent de notre préfecture? En tout cas, il y a une ressemblance : premier arrivé, premier servi !) vous informe de la nécessité de faire un contrôle technique avant le changement de plaque d'immatriculation (les changements de propriétaire de voiture s'accompagnent d'un changement de plaque). Chez nous, c'est au vendeur de le faire avant la vente ce qui évite les ventes de voitures en trop mauvais état !
  • Vous rendre quand même au MVA pour le changement de plaques d'immatriculation avant le contrôle technique car vous avez besoin de la voiture et le RDV ne peut se faire avant la fin de semaine. C'est en effet quand même possible de manière temporaire. Vous prenez la précaution de vous munir de tous les documents, que vous remplissez préalablement avec le deuxième conducteur, c'est-à-dire votre conjoint. Mais c'est sans compter sur la rigidité des documents administratifs : un document différent pour chaque démarche (si l'immatriculation se fait avant le contrôle technique, les documents sont complètement différents!!!). Vous aviez oublié de vous munir d'un document essentiel : votre conjoint pour la signature de ! Votre deuxième voiture restera au garage quelques jours de plus...
  • Prendre le RDV pour le contrôle technique et revenir plus tard au MVA. Le contrôle technique va révéler des anomalies à régler. Votre RDV au MVA sera de nouveau reculé.
Je vous réfère aux 12 travaux d'Astérix. Comment cela va finir ? Ils deviennent fous, non ?
Entre la mauvaise surprise du prix de l'assurance, le contrôle technique que l'on avait oublié, la rigidité de l'administration sur les documents, la compréhension parfois hésitante d'une langue qui n'est pas la vôtre... acheter une voiture est un luxe d'argent et de temps.
Heureusement qu'il n'y a pas que l'immatriculation de la voiture. Avec le temps libéré par le travail, j'ai voulu tenter de comprendre cette nouvelle culture à partir de quelques éléments d'observation.

- ouverture 7j/7, en continu et très souvent 24h sur 24 des magasins et de certains services (le coiffeur, le magasin de bricolage, l'esthéticien, le magasin d'alimentation, la pharmacie…) : tout, tout de suite et maintenant ou l'empire de la toute-puissance ! Le temps n'est plus scandé par une rythmicité apaisante, par un temps de pose, un plaisir des retrouvailles. Tout doit être possible à tout moment. C'est le temps maternel, celui de l'illusion que tout est possible à tout moment, sans avoir besoin de différer le désir, au contraire du temps paternel, celui de la temporalité qui a pour conséquence la suspension des désirs en y mettant de l'ordre (aux deux sens du mot ordre : soumettre l'autre à l'impératif de la loi, de la règle et sérier, hiérarchiser, arranger). Cette temporalité introduit des ruptures, la succession des événements permettant l'inscription de la durée dans des limites. Elle rompt avec le temps imaginaire, avec la toute-puissance des désirs. Je me demande tout de même qui peut bien faire ses courses entre 2h et 4h du matin...

- la loi de la simplification : en un minimum d'effort, on doit pouvoir arriver à un résultat optimum : le grille-pain qui malgré son petit prix, a prévu une grille qui s'enlève pour sortir les miettes. On se déchausse à l'entrée des maisons, plus pour ne pas salir la maison que pour des raisons culturelles, me semble-t-il. De plus, les maisons ont souvent de la moquette, alors avec nos chaussures pleines de boue... Les préparations culinaires toutes prêtes, pour les gâteaux, pour le repas : bien commode lorsque l'on est une fine cuisinière comme moi... Une seule clef pour toutes les portes de la maison, quel gain d'énergie à chercher la bonne clef! De même, avec la conduite de voitures automatiques, nous sommes un certain nombre à ne pas chercher à rouler sportivement, alors la vitesse automatique est intéressante. Mais peut-être que cela est trop simple et baisse la vigilance des conducteurs. En tout cas pour moi, passer les vitesses est de l'histoire ancienne, sauf pour le tracteur tondeuse. Il n'y a plus que sur ma pelouse que la vigilance de mon pied gauche reste active...
A l'école, de la même manière, pour les matières principales, ils vont à l'essentiel : savoir lire, écrire (oubliez les fautes d'orthographe), compter, découvrir les sciences au sens large (de l'histoire géographie, en passant par les sciences de la vie et de la terre, de la physique, de la géologie, de l'économie). Ils écrivent tout au crayon à papier y compris les tests (on nous a fait acheter 48 crayons à papier, et autant de gommes), ce qui autorise les erreurs et la rectification sans faire de gros pâtés, ni perdre un temps fou pour les enfants trop méticuleux. Par contre, leur écriture en CM2 ressemble parfois à celle d'un débutant. Ils écrivent aussi en script, c'est-à-dire en lettres bâton. Vu la vitesse à laquelle Flore s'est faite au nouveau système (et moi aussi contrairement à d'autres déconditionnements), je me suis demandée quelle pouvait être la valeur de l'écriture cursive, qui s'apprend souvent de manière laborieuse. Je mets de côté la méthode pédagogique qui consiste à déchirer une page mal écrite, et j'essaye de me concentrer sur le sens de l'écriture cursive, autrement appelée écriture en attachée. Cela ne peut s'expliquer par le simple fait de la rapidité d’exécution ou de la qualité de la graphie, vu le temps perdu à tenter de déchiffrer l'écriture des médecins... D'autre part, aujourd'hui, si c'était la seule raison, il serait plus judicieux d'apprendre à écrire vite… sur un clavier d'ordinateur. Donc, il doit y avoir une autre raison. J'ai sollicité une ancienne collègue enseignante à la retraite, et une autre collègue psychomotricienne pour m'aider à comprendre. Si ici ils ont abandonné le système cursif, pourquoi nous le conservons en France ? Il y a plusieurs raisons que j'ai trouvées intéressantes et que je voudrais livrer à votre réflexion.
  • il y a moins de confusion dans les lettres lorsqu'elles s'écrivent en attaché : le b et le p se ressemblent beaucoup plus en script qu'en cursif. Cela soulève une autre question, pourquoi on n'apprend pas tout de suite à écrire en script ?
  • l'écriture cursive à une fonction de contenance : elle délimite en effet les mots entre eux qui sont alors séparés par un espace vide. Cela permet donc une délimitation dedans-dehors et une articulation entre les deux. Cette première délimitation permet une différenciation des mots entre eux. Les mots ont un sens à part entière.
  • et une fonction d'étayage : la lettre associée au reste des lettres qui composent le mot, perd sa singularité (le « o » peut se prononcer tout autrement s'il est attaché au « i »...) au profit d'une identité groupale, d'une enveloppe groupale. Elle fait partie d'un tout et à ce titre elle bénéficie de la protection du groupe, de son étayage.
Pour que cela prenne sens pour l'enfant, il suffit de leur expliquer que les lettres vont se tenir la main pour faire une ronde fermée. Il comprendra très bien que l'on est soit dedans le rond soit en dehors. Il comprendra aussi tout naturellement que quand on est dedans, on bénéficie de l'étayage des autres de la ronde. Le mot prendra plus de force que la lettre et il sera plus facile d'aborder par la suite la notion de phrases, de paragraphes... Cela me rappelle que souvent j'utilise les deux systèmes y compris dans un même mot (propose : le premier p est en script et le deuxième en cursif). Je n'ai pas pu décider mon cœur à choisir. Mais depuis que j'écris ici, je n'ai plus de choix à faire.
Mais j'ai encore quelques propositions pour le principe de simplification :  le lave-vaisselle qui se range tout seul, un café digne de ce nom qui se prépare tout seul au moment de notre réveil, une langue vivante qui s'imprime automatiquement dans votre esprit quand vous changez de pays...

- la culture de la rapidité : le temps, c'est de l'argent, au détriment parfois de la fiabilité. Aux caisses des supermarchés, les articles sont souvent comptés deux fois sur la facture finale ; le technicien pour internet qui fait son installation en 15 minutes, mais qui aura oublié de nous donner le code pour accéder aux mails... Il y a aussi une constante, c'est que tout est organisé pour nous faire gagner du temps : fast food (beaucoup plus nombreux que chez nous!); nourriture préemballée, découpée, aromatisée ; beaucoup de choses se font sans sortir de sa voiture (prendre de l'argent à la banque par exemple). Ce gain de temps se joue aussi à la maison : le lave linge tourne en moins de 50 minutes, mais le résultat est parfois à la hauteur du temps passé... Time is money, mais c'est sans compter en perte d'énergie et de temps pour arriver à un résultat convenable.

- la culture du risque : pour la santé, pour l'assurance, pour le travail... Demain est un concept, aujourd'hui est une réalité... Cela est aussi en lien avec la responsabilité individuelle : je veux décider pour ma vie d'aujourd'hui, même si cela suppose des risques pour l'avenir. En même temps, je constate auprès de mes amis Américains, qu'il existe une peur bien marquée : la peur des autres, ceux qui conduisent sous l'emprise de l'alcool, en utilisant leur téléphone portable, ceux qui font du mal aux enfants... Il y a deux dangers qui concrétisent toutes les peurs : le danger de la route et pour les enfants.

- l'immensité du territoire : pour un américain, l'étranger est représenté par les autres États. Ce qui peut peut-être expliquer leur tendance à être centrés sur eux-même ! Ma voisine souvent me demande des questions amusantes : "est-ce que l'on a des mots vulgaires en français ?" "Non, le français est seulement une langue noble." "Quand on sort de France, on ne comprend vraiment plus les autres dans les autres pays ?" En fait, on continue à parler français mais c'est aussitôt changé dans la langue souhaitée" (ici apprendre le Français consiste à savoir dire : bonjour, comment allez-vous?) ; sa fille de 15 ans, a été un peu déçue en faisant connaissance avec nous. Elle s'imaginait les Français tous très riches (avec tous les produits de haute couture que tous les Français sont obligés de porter tout le temps, autrement ils n'ont rien d'autre) et extrêmement distingués, très modes... Avec nous, elle a dû se rendre à l'évidence : les Français vivent comme elle !
Ce territoire immense oblige à revisiter la notion de distance. Je comprends mieux pourquoi Star Wars a été crée ici. En effet, l'évaluation des distances a plus de sens en années-lumière, qu'en heures terrestres.

- la domination du commerce : ce qui explique qu'il y a des curieux mélanges des genres dans les magasins. Dans une pharmacie, vous aurez plus de chances de trouver des produits pour Halloween que des vaccins pour enfants (c'est moins rentable car il faut les acheter par 10 et qu'ils ne sont pas surs de les vendre!). Dans les supermarchés, il y a au contraire un rayon avec de nombreux médicaments, et une infirmière qui pratique les vaccinations. Un même article peut se retrouver disséminé dans tout le magasin ce qui fait que vous ne pouvez pas ne pas tomber dessus. Mais quand vous cherchez un produit précis, il n'est pas toujours là où votre bon sens vous conduit. Il y a un petit air de cache cache dans les magasins ou au contraire de « tu m'as vu »... Il y aurait sans doute aussi beaucoup à dire sur l'empire du commerce, mais je ne veut pas m'engager dans un débat philosophique dès maintenant. Je ne maîtrise pas encore bien toutes les implications.

- le vis-à-vis: être sans cesse sous le regard de l'autre oblige à une certaine vigilance. En France nous avons plusieurs couches de protection visuelle : une haie, des rideaux, des volets... « cachez ce sein que je ne serais voir ! ». Et pourtant, nous ne sommes pas si prudes ! Une fois chez soi, nous nous sentons parfaitement isolés, au point que nos fenêtres peuvent être grandes pour laisser passer la lumière sans le voyeurisme. Ici, point de tout cela, ni haie, ni rideau, ni volets. Il n'est pas rare de pouvoir voir l'intérieur des maisons le soir quand la lumière est allumée. J'ai l'impression de faire comme mon père lorsqu'il regardait par la fenêtre pour savoir ce que les autres autour de lui mijotaient. Sauf, que vers chez lui, il y avait assez peu de mouvement. Ici, c'est plus animé : « tiens le voisin vient de casser sa tondeuse », « cette voiture, je ne la connais pas, pourquoi les gens ont-ils besoin de venir tourner dans une impasse ? »...
Par contre, paradoxalement, je n'ai jamais autant vu de « no trepassing » : on se donne à voir, mais de loin... La propriété privée, c'est sacré.
De même, ils sont beaucoup plus prudes que nous sur les questions relatives à la nudité ! J'ai eu plusieurs fois l'occasion de voir la réaction d'un Américain confronté à « un nu » non exhibitionniste : c'est surprenant ! Une de mes amies à San Diego (il y a 19 ans) regardait avec moi le film : « la leçon de piano » sorti en 1993, film que j'ai personnellement beaucoup aimé. A un moment, l'amant va apparaître nu, sortant de sa douche. Rien de particulièrement déplacé. Mon amie va alors se cacher les yeux et me dire que c'est dégoûtant. De même, plus récemment, pour son anniversaire, Flore va recevoir en cadeau un livre pour apprendre à dessiner, offert par un copain de classe (en fait, c'est sa mère qui l'a acheté). Premières pages qu'elle ouvre, elle tombe sur... un nu. Gloussements, rires gênés... La mère du copain, qui est aussi une amie, est très gênée. Elle n'était pas arrivée jusque-là du livre et se sent bien mal à l'aise. Je tente d'expliquer que le nu est aussi une œuvre d'art, même si à l'âge de Flore, ce n'est pas vraiment vu ainsi. Le nu est ici un sujet tabou car relié à l'atteinte aux mœurs. Et pourtant, dans le livre de dessin, ce n'est pas un nu vulgaire, ni aguicheur. De même, dans les films, le nu est prescrit. A la morgue dans les téléfilms, le niveau du sexe est brouillé : on ne joue pas avec le nu ! Et puis encore, le maillot de bain des hommes ne doit pas trop moulant pour ne pas laisser paraître le sexe. Et pourtant ceux des femmes peuvent être vraiment sexy ! De même, j'ai eu l'occasion d'aller dans des boîtes de nuit classiques il y a 20 ans en arrière, et certaines danseuses étaient parfois bien dénudées... Encore un paradoxe bien Américain!

- le culte de la famille : dans les maisons, les photos et portrait de famille s’affichent de façon ostentatoire, les photos de leurs enfants occupent toute la place de la décoration, les personnes qui nous reçoivent à l'école ont un badge sur lequel il y a la photo de leur(s) enfant(s), les photos des enfants des profs s'illustrent sur les portes des classes... Les enfants occupent une place importante et la famille constitue un socle de référence. Et pourtant, le nombre de familles séparées ou recomposées aux USA est très important.
    Statistiques de 2009 : (*)                                 USA         France
  • Taux de mariages (pour 1000 habitants)        7,1           3,9
  • Taux de divorces (pour 1000 habitants)         3,6            2,1
Le lien entre le culte de la famille et la proportion de divorce est assez hasardeux. Par contre, la place de l'enfant est au cœur des préoccupations, car tous les enfants ne font malheureusement pas l’objet d’un traitement équivalent (il n'est pas rare d'entendre parler d’abus sur les enfants). De même, il y a ce que l’on montre, ce qui se voit, et ce que l’on ne montre pas, ce qui ne voit pas ! C'est la face cachée de la vérité. J'ai quand même l'impression qu'il y a pas mal de faux-semblants !
(*) J'ai trouvé sur internet un comparatif entre nos deux pays qui remonte déjà à 2004 mais qui est troublant en termes d'indicateurs sociétales : http://www.linternaute.com/actualite/elections-americaines/amerique-et-nous/chiffres-cles.shtml
Il était trop tôt dans notre séjour pour ouvrir la réflexion à partir de ces éléments. Sans doute que j'attendrais un peu d'avoir mieux cerné la culture Américaine pour me permettre un commentaire, sinon c'est le risque du jugement de valeur trop rapide...

Taux de mariages (pour 1000 habitants)


7,5


5,1
Taux de divorces (pour 1000 habitants)
3,8
2
Taux d'obésité
30,5 %
11,3 %
Nombre annuel d'heures travaillées par personne disposant d'un emploi
1821
1532
Part des 25-64 ans ayant suivi des études supérieures (en %)
36,5
23
Taux de criminalité (meurtres commis pour 100 000 habitants)
5,6
1,7
Population pénitentiaire (détenus pour 100 000 habitants)
702
85
Nombre de médecins pour 1000 habitants
2,8
3,1
Taux d'équipement en téléphones mobiles
54 %
68, 9 %
Utilisateurs d'Internet
54,26 %
36,2 %
Durée quotidienne d'écoute de la télévision
4h25
3h22
Lecture des quotidiens (en nombre d'exemplaires pour 1000 lecteurs)
269
164

En parlant de famille, l'expatriation crée une situation de déséquilibre dans le couple. En général, celui qui travaille, travaille plus et celui qui accompagne ne travaille plus du tout. Le niveau de stress ne se situe pas au même niveau : le stress du travail et le stress de savoir ce qu'on l'on va faire d'intéressant dans sa journée. Il y a celui qui est parti pour un projet personnel et celui qui part sans projet prédéfini et qui doit penser à ce qu'il va faire tout en gérant une période de vide à combler. Les activités sportives : il y a celui qui garde une forme olympienne car il a du temps pour entretenir sa forme et celui qui se traîne ; l'apprentissage de la langue ne se situe plus au même niveau non plus : celui qui travaille apprend un anglais d'usage, celui qui ne travaille pas apprend un anglais distingué, celui des livres et des Université, ce qui peut créer des difficultés à se comprendre entre nous lorsque l'on se parle dans la langue d'accueil.
C'est à mon sens l'une des composantes à prendre en considération de manière importante dans le choix de partir. Si ce déséquilibre s'installe sur une situation déjà peu stable dans le couple, il y a fort à parier que l'expérience tourne au vinegar.

vendredi 30 août 2013

10th et 11th weeks : Intègre-ation


C'est reparti... La France endormie se réveille. Et oui, les français ne font pas que se reposer ! (pour ceux qui pourraient imaginer que les Français sont toujours en vacances). Ici dans le Maryland, l’école a repris depuis le 21 aout. Alors, vive l’école!!!

10th et 11th Weeks : intègre-ation

Ce n'est pas le tout, mais avec toutes ces démarches, je vais devenir une grincheuse addict. La mère possessive à gagner, je ne peux plus me passer d'elle! Je la dégaine aussi souvent que nécessaire, en dehors de notre quartier et apparemment elle ne cherche plus à me perdre. C'est sans doute le prix à payer pour ma tranquillité!
J'ai dû aussi m'acheter un agenda, car je commence à avoir besoin d'organiser mes différentes activités. La socialisation étant l'une de mes activités préférées, je ne voudrais pas tout mettre par terre pour une histoire d'organisation. L'agenda de mon téléphone ne m'est d'aucune utilité, vu que je ne le regarde jamais, mon téléphone étant monotâche : il ne me sert qu'à appeler et recevoir des appels alors qu'il serait capable de beaucoup plus. J'ai commencé mes cours d'anglais avec une autre expat, c'est plus convivial ; je fais de la rando et du vélo ; je participe à un groupe de lecture ; je me suis inscrite à la tenue d'un stand lors d'une journée multiculturelle, je donne RDV à des collègues sur Skype pour parler boulot ; je m'occupe aussi des activités de Flore : cheval, art class, docteur, RDV copines ; et nous allons aussi bientôt recevoir nos premiers guests de France.

Dimanche 16 septembre, nous sommes allés voir la reconstitution de la bataille d'Antiétam qui fêtait son 150ème anniversaire (1). Ce jour-là, il ne pleuvait pas, l'été nous a montré toute sa générosité de l'autre côté de l'Atlantique et a étiré ses bras jusqu'au 17 septembre, jour précis de la bataille. Le lendemain, il a plu, comme pour mieux indiquer qu'à tout moment le temps peut être un allié ou un ennemi. Il faut reconnaître que le spectacle était au RDV. Il y avait d'abord de longues allées de tentes garnies d'objets de cette époque (mais aussi quelques boutiques plus récentes pour satisfaire nos besoins immédiats). Puis, il y avait beaucoup de monde en costumes, soldats et civils. Et enfin, la bataille a pu commencer. D'abord, l'arrivée des troupes, hommes, chevaux et matériel. J'ai du mal à évaluer le nombre réel pour chacun, mais cela donnait une très bonne représentation. L'installation des deux camps face à face, avec une rivière entre eux, et un pond à traverser pour les Nordistes (armée de l'Union), tandis que l'armée du Sud, commandée par Lee, les attendait au sommet d'une colline. Une attente silencieuse s'installe, faisant peser cet instant d'une lourde intensité. Le premier coup de canon éclate, levant le doute sur les intentions de chacun. Pendant plus d'une heure, le champ de bataille résonnera des coups de canons, de fusils, s’épaissira du brouillard d'une fumée épaisse, se colorera de gris et de bleu des tuniques au sol. Tantôt le Nord avance, tantôt il recule. A la fin, il nous sera difficile de définir qui a vraiment gagné cette bataille, mais sans aucun doute, ce ne sera pas la communauté des hommes! J'ai participé à une guerre en direct ! Il n'y aura bien que les gradins sur le côté, la voix du commentateur dans le micro et la disproportion entre les deux armées ce jour-là (l'Union étant beaucoup plus représentée sans doute car ce fût le camp des vainqueurs) qui nous rappellera de tout cela n'est qu'une reconstitution. Amateurs de la bande dessinée « les tuniques bleus », vous auriez été servis.
Il nous faudra nous rendre sur la tombe des soldats de la guerre de sécession, apparemment il y en a quelques-uns dans le cimetière d'Hagerstown. Les cimetières sont à ciel ouvert, principe de l'open space oblige. Cela donne à la ville un espace de verdure très bien entretenu, qu'il est agréable de visiter. Et puis, un cimetière, c'est toujours une porte ouverte sur l'histoire d'une région.

(1) la bataille d'Antietam, est le premier grand affrontement armé de la guerre de Sécession à se produire sur le territoire de l’Union. Elle se déroula durant la journée du 17 septembre 1862, dans le comté de Washington. Cette bataille de la campagne du Maryland reste à ce jour, la plus sanglante de l’histoire des États-Unis à se dérouler en une journée, avec près de 23 000 victimes (morts, blessés, prisonniers ou disparus).
 Reconstitution de la bataille d'Antietam

Comme j'ai été obligée par la situation d'expatriation de me reconvertir, je vais bientôt pouvoir postuler au CNRS pour la recherche fondamentale dans le domaine... de l'optimisation dans la tonte de la pelouse, dans le nettoyage des sols et dans la recherche de produits sains. Face à toute activité manuelle, mon esprit a besoin de se mettre en action. Alors je réfléchis à la manière de gagner en qualité technique et esthétique, je cherche l'option la meilleure pour le meilleur résultat. Pour les sols, il faut un balai ni trop grand ni trop volumineux pour passer de partout et affiner les coins (si le balai est trop grand, la force déployée sur le manche, ne permet pas aux extrémités d'être efficaces, on perd alors en qualité). Sur la pelouse, il ne faut pas travailler en carrés de plus en plus rétrécies car les dernières raies promettent d'être inégales, mais il faut tirer une ligne centrale et travailler en rectangle. Par ailleurs, je suis perdue face à tous ces magasins qui se déclinent sur les mêmes registres, mais mon œil va repérer le magasin de produits naturels complètement caché par une grosse enseigne. Cela s'appelle l’œil du chercheur en microéconomie. En deux mois, je suis en passe de devenir une experte dans ces domaines. Comme quoi, il y a toujours un bon côté des choses, à condition de bien vouloir le voir = a blessing in disguise ou in every cloud has a siver lining. L'utilisation des expressions locales est un gage d'intégration réussie ? Par contre, je suis encore à la recherche de ce qui serait le mieux pour moi pour les deux années à venir. Un chercheur n'a jamais fini de chercher...

Je me suis aussi décidée à reprendre le laborieux apprentissage du vocabulaire. Ça fonctionne, mais ce n'est vraiment pas marrant. Alors j'essaye d'avoir ma liste avec moi à tout moment et d'utiliser chaque moment creux pour réviser : les pubs à le TV, la leçon de cheval de Flore, les révisions de Flore le soir : je lui fais réviser ses mots et elle me fait réviser les miens ce qui est très motivant car elle est intraitable avec moi. La récompense, c'est de voir un mot ou une expression nouvellement appris, être utilisés dans un livre, de l'entendre dans une conversation, cela donne l'impression de ne pas travailler pour rien, et surtout cela l'imprime de manière plus pérenne dans ma mémoire.
Par ailleurs, je viens de découvrir un site pour pratiquer l'anglais fort intéressant : british council.com. Encore une fois, le flair du chercheur a gagné. Cela n'évitera pas à la mécanique mnésique de devoir se dérouiller, mais au moins j'ai trouvé la bonne huile. Ils proposent des textes à écouter, avec des questions, des exercices de vocabulaire, de grammaire, mais tout cela en ligne, à son rythme. Par contre, leur in-génie-en informatique a sans doute goûter un peu trop à la bière locale, lorsqu'il a créé le site : pour répondre aux questions, il faut une dextérité de chirurgien !

Je viens de réaliser qu'il ne reste plus que 83 minutes de forfait sur mon téléphone après deux mois d'utilisation. Je n'en reviens pas d'avoir autant consommé. Bien sûr, chaque fois que je regarde mes messages, que j'envoie un texte, que je reçois un appel, que je me trompe de touche et je me connecte sur internet... des minutes sont décomptées. Mais cela signifie quand même que mon téléphone est bien utile. Je commence à avoir moins de réserve à l'utiliser pour communiquer, ce qui est un grand pas, peut-être pas pour l'humanité mais pour mon confort et mon estime personnelle.

Le temps social n'est pas scandé par la fermeture des magasins le dimanche, ce qui donne une impression d'un temps infini. Mais je pense que cela coïncide aussi pour moi a une impression de vide, de manque de projets réels, de perspectives, de projections. Bien sûr, j'ai à faire et les journées se remplissent vite. Mais, l’absence de projections, de délais dans le sens d'un but et d'une durée me laisse un peu désemparée. A la formation sur l'expatriation, la formatrice avait parlé de cette étape de vide, de questionnements, de traversée dépressive et je comprenais parfaitement à quoi cela pouvait correspondre. Mais à l'époque ce n'était que théorique, j'avais à peine le temps pour aller à cette journée de formation... D'autre part, je vois que je m'installe dans une vie qui ne me convient pas. J'ai besoin de chalenges, d'ambition, de réussites. Le travail n'est pas la seule issue, mais il s'agirait pour moi de me sentir utile. Cette nuit, mon inconscient a réveillé ma conscience. J'ai rêvé du travail que je viens de quitter, mais surtout de mon premier poste de psychologue, qui m'avait révélé à moi-même dans ce métier. Bien plus que la longue formation que j'ai suivie, les nombreux stages que j'ai effectués et tous les postes que j'ai occupés par la suite, c'est ce poste-là qui a scellé les fondations, en me confiant ma première mission. C'est aussi le regard des enfants placés dans cette maison d'enfants, bien loin dans la Haute Loire qui m'a confirmé la raison de mon engagement. Alors aujourd'hui, ils sont venus me retrouver comme pour me signifier mon destin : j'ai besoin de m'engager auprès des autres!

vendredi 2 août 2013

Début d'une vie ordinaire (deuxième partie)

Semaine 8 et 9 : début d'une vie ordinaire (deuxième partie)

C'est fou tout ce que l'on peut faire avec du temps libéré : faire du sport aux moments favorables (ni trop chauds, ni trop froids), se laver les dents de manière complète après chaque repas, aller dans les magasins, la banque, la poste quand il n'y a personne qui attend au guichet, travailler sur des textes avec des délais raisonnables, répondre à tous les mails en temps, et prendre le temps d'écrire des mots sympas, réfléchir aux meilleures options, reporter à demain ce que l'on peut faire le jour même ou même la veille, prendre le temps de discuter avec les Voisins, de lire... Mais passer du temps à boire un café et à discuter en pleine journée, faire une rando, du vélo un jour de semaine, ne se fait pas sans une pointe de culpabilité. Je me rassure en me disant que je socialise et que c'est ma mission pour toute la famille. En compensation aussi, je fais le ménage et je m'occupe de la pelouse : je ne suis pas encore arrivée à imaginer payer quelqu'un pour le faire alors que je ne travaille pas. Mais ce n'est pas mon idéal dans la vie, loin s'en faut et je n'ai d'habitude aucun problème à laisser une personne compétente s'en occuper.

Comme je l'ai déjà indiqué plutôt, aller en Suède pour l'expatriation n'était pas au départ une option pour moi, mais rencontrer des Suédois, mieux les connaitre, voilà qui est intéressant, surtout qu'ils sont plus nombreux que les Français à Hagerstown. Je m'intéresse beaucoup à la manière de vivre des différents peuples. Cela permet de tenter de comprendre les différences entre les cultures et leur origine. Il y a beaucoup à apprendre de ce qui se passe ailleurs. par exemple, une amie Suédoise m'indique que le CP commence à 7 ans là bas, pourtant il ne me semble pas que les Suédois soient en retard au bout de la chaîne. Est-ce que laisser les enfants jouer plus longtemps les prémunisse d'une overdose de savoir?

En parlant d'école, celle de Flore vient de nous faire parvenir un « A+ school reward ». C'est un accord entre un magasin et l'école : une fois enregistrée au nom de l'école, chaque famille qui fait ses courses dans ce magasin, permet à l'école de récolter de l'argent, qui peut être alors utilisé pour les fournitures, livres, équipement. Je trouve le principe plutôt intéressant. Pour les parents et famille, ce n'est pas une contrainte et c'est une manière de payer notre dette envers l'école ; pour le magasin, c'est une bonne publicité gratuite, et il ne donne à l'école qu'au prorata de ce qui a été acheté (rien à perdre), et pour l'école, c'est une chance de garantir un bon niveau d'équipement. Il s'agit encore une fois d'une mutualisation de nos actions pour répondre à nos besoins respectifs, pourquoi pas ? En fait, il existe de nombreux accords entre le commerce et l'éducation. On peut trouver sur des emballages, des « Box tops » qui une fois accumulés et donnés à l'école lui rapportent de l'argent (10 centimes par Box top, Flore en a rapporté une 50ène après une demi année à l'école). Il y a encore les livres achetés sur un site spécialisé (plutôt dédié à l'éducation), par le biais de l'école, ce qui permet à cette dernière d'avoir des livres gratuitement. Le principe me semble intéressant pour favoriser la responsabilité des enfants et des familles à la qualité du cadre de vie de l'enseignement ; mais le « trop » de ses démarches, fini par rendre le rapport à l'école beaucoup trop mercantile.

Lundi 10 septembre : la nuit a été fraîche. Pour la première fois, nous sommes passés sous la barre des 70°F, il faisait même 52° en allant à l'école (11°c). L'été avait joué les prolongations, et s'étalait sans discontinuité depuis notre arrivée. Les feuilles mortes à ramasser à la pelle dans la piscine avaient bien sur rappelé le début de l'automne, mais les températures restaient très agréables. J'aime les étés indiens! Aujourd'hui, c'est aussi l'anniversaire de mon frère de l'autre côté du globe. Heureusement qu'internet est là, pour Skype, il faudra attendre. Nous ne sommes pas des habitués à fêter les anniversaires dans la famille, surtout ceux inscrits sur le calendrier pour ne pas oublier. Notre manière de nous intéresser à l'autre est plus discrète, moins démonstrative. Et pourtant, elle se produit à tout instant sans avoir une date fixe. Mais pour une fois, je lui ai fêté par un petit mot, ce qui donne lieu à un échange de messages sur les vacances, et d'autres plaisirs de la vie.

09/11/2012 (US) ou 11 sept 2012 (fr) : 11 ans déjà, mais ici la plaie ne se referme pas (attaque du World trade center)! Bien loin, mais en même temps si prêt, l'ambassadeur des USA en Libye vient de succomber à une attaque de roquettes. Les musulmans ont été malmenés dans un film produit ici, et ils font savoir leur mécontentement dans le monde. Rien ne justifie une telle cruauté en retour, mais la colère peut s'entendre. Je suis engagée dans la liberté de parole, mais toute liberté à un prix et la parole se doit d'être mesurée. De plus, ce qu'à dit le producteur du film sur la religion musulmane est tout simplement une atteinte à la liberté d'être : une liberté contre une autre... Ce qui est d'autant plus cruel, c'est bien sur la coïncidence de dates : le jour de cet évènement ne laisse évidemment pas les Américains indifférents et ne peut qu'augmenter leur ressentiment. De part et d'autres, on touche aux symboles, mais lorsqu'il y a des morts d'engagés, on atteint un autre niveau de la conception de la vie. Depuis longtemps, je sais que le prix de la vie n'est pas le même selon le pays d'où l'on est originaire, la vie des otages en particulier nous rappelle cette évidence : un otage d'un pays pauvre aura beaucoup plus de chance de s'en sortir s'il y a avec lui un otage occidental ! Mais lorsque la vie est prise au nom de symboles, il n'y a tout simplement pas de nom...


J'essaye de ne pas me laisser déprimer par la situation humaine dans le monde. Alors, je continue à m'intéresser à ce nouvel environnement. J'ai appris à saluer lorsque je rencontre une personne, dans mon quartier, lorsque je fais du sport, sur le parking de l'entreprise... J'espère que je le fais à bon escient, car bien sûr on ne le pratique pas n'importe où. Dans le voisinage d'abord, on se salue même avec des personnes que l'on ne connaît pas, mais le simple fait de se croiser donne lieu à un échange de salutations de la main. Ce qui serait entendu en France comme un geste de reconnaissance et d'appréciation réciproque, ici apparait comme un geste de courtoisie, il serait apparemment mal venu de ne pas le faire ! Et bien sur, en lien avec l'open space, on peut voir beaucoup de monde. Pour moi, cela me donne la sensation de connaître tout le monde et d'être reconnue, cela génère un sentiment de partage, de convivialité. Je garde pour plus tard les effets de la désillusion. Je suis encore comme un jeune enfant devant la magie de Noël. Je sais qu'un jour viendra, où je réaliserai que le père Noël n'existe pas. En effet, ce n'est qu'un geste de courtoisie qui a peu à voir avec la réelle appréciation de l'autre, on doit aussi le faire à celui que l'on n'apprécie pas ce qui peut donner lieu à des remarques désobligeantes sur des gens que l'on vient de saluer, avec Julie. Ce qui pourrait paraitre comme de l’hypocrisie est sans doute une interprétation culturelle erronée. En se donnant à voir à l'autre, on attend que l'autre nous voit et nous le fasse savoir. Il est sans doute aussi question d'appartenance : on appartient au même quartier, à la même entreprise, on fait du sport au même moment de la journée, on emprunte les mêmes terrains de jeux... En attendant, je laisse la magie de Noël opérée : Merry Christmas to all, and to all a good night.

La coïncidence veut que mon blog s'arrête sur cette référence à Noël, au moment de s'installer dans la période du mois d’août,  que nous allons tous réserver pour d'autres activités... J'ai préféré finir le post sur cette note légère, plutôt que de s'arrêter sur la sombre pensée de l'attentat. Mais, les évènements ne nous laissent pas toujours le choix...
Aux États-Unis, le mois d’août n'est pas un mois où tout s'arrête comme en France, c'est pourquoi j'aurai sans doute beaucoup de choses à rapporter à la rentrée. Mais je préfère continuer à vivre selon un rythme qui alterne entre temps d'activités et temps de pause. Je reprendrai les posts à la fin du mois (c'est-à-dire vendredi 30 août). Bonnes vacances pour ceux qui peuvent en prendre. Happy holidays.

vendredi 26 juillet 2013

semaine 8 et 9 : Début d'une vie ordinaire (première partie)


Semaine 8 et 9 : début d'une vie ordinaire

Aujourd'hui lundi 3 septembre, c'est la fête du travail aux États-Unis (labor's day) et le jour est férié. Nous aurons eu deux fêtes du travail la même année, pour moi qui ne travaille pas en ce moment, c'est intéressant. Nous allons en profiter pour faire une rando dans un parc alentour. Le nombre de jours de vacances étant (largement) plus réduit qu'en France, il n'est pas rare à l'occasion de ce WE de s'entendre souhaiter « bonnes vacances ». Pour autant, fête du travail ne rime pas avec fermeture des magasins. Tout est ouvert sur les horaires d'un dimanche. Il y a même des soldes spéciales pour ce WE. Je serai curieuse de voir s'ils ferment la journée de Noël.

Avec la reprise de l'école, il faut organiser une visite de santé chez le médecin, puis il faut rechercher d'un labo pour une prise de sang. Je ne me sens pas encore pleinement à l'aise au téléphone pour faire toutes ces démarches de cette manière, alors je me déplace. D'autre part, c'est plus commode pour montrer sa carte d'assuré car sinon, pas de RDV possible. Je ne comprends pas que la santé soit dépendante d'un compte en banque. Il est vrai qu'en France, nous sommes abonnés à une santé pour tous et de qualité, mais nous oublions trop souvent que nous avons à l’égard de ce système une dette immense. Ici les soins sont soumis au même principe que pour le reste du fonctionnement de la société : c'est le principe de la responsabilité individuelle. Je vous livre quelques observations et réflexions à ce sujet :
  • la publicité pour les médicaments, pour un hôpital, un centre de soins... est très courante. Or, il me semble que publicité et santé sont deux concepts opposés. En effet, la publicité cherche à faire vendre, pas à mettre en avant les qualités réelles d'un produit, ses risques potentiels, les moyens de prévenir les maladies plutôt que de les traiter. Cela place le soin, les médicaments au même niveau qu'un objet de consommation courante.
  • Avec une ordonnance, les médicaments ne sont donnés qu'en quantité exacte, ce qui évite de conserver chez soi tous ces médicaments non utilisés. En France, la plupart du temps, quand on en a besoin, on ne sait même plus qu'on en a encore et on se fait prescrire de nouveau les mêmes. Ce fonctionnement des soins en France n'est pas sans conséquence : bien sur pour le trou de la sécurité sociale, mais aussi pour la sécurité individuelle : avoir en grand nombre des médicaments dans son armoire peut être dangereux si on choisit l'automédication volontaire ou accidentelle.
  • Beaucoup d'Américains, non couverts par leur entreprise, font le choix de ne pas prendre d'assurance. Comment peut-on faire un pari sur la santé ? Ils peuvent alors renoncer à des soins courants, ou des examens de contrôle car ce serait à leurs frais. J'ai du mal à ne pas imaginer les conséquences en matière de prévention.
  • Les personnes âgées sont accueillies dans les familles à défaut de pouvoir payer une maison de retraite. Lors de mon séjour à San Diego, certains WE, j'avais eu l'occasion de m'occuper d'un vieux monsieur qui habitait chez sa fille et qui avait besoin de quelqu'un pour l'aider dans sa vie quotidienne. En semaine, ils avaient une personne Mexicaine qui restait avec eux jours et nuits. Mais le WE, quand ils avaient besoin de s'absenter, ils me demandaient de venir pour m'en occuper. La solidarité familiale se doit de fonctionner à défaut d'une solidarité nationale.
  • Lorsque l'on doit avancer les frais, on a tout de suite conscience du prix de chaque chose. Ne pas avoir à avancer les frais à la pharmacie, à l'hôpital (ce qui n'est pas à remettre en cause pour les familles qui manquent de trésorerie) ne conduit pas en contrepartie à une prise de conscience du coût réel. A défaut, il y a un risque d'abus sans même être un abuseur compulsif.
  • En France, faire le choix d'un autre forme de médication, plus naturelle, plus en prévention, plus en harmonie avec l'équilibre du corps et de l'esprit... est un luxe. En effet, cela suppose de renoncer à la gratuité pour assumer les frais de telles pratiques, même s'il est vrai que de plus en plus de soins autres qu’allopathiques sont remboursés aujourd'hui.
Être décideur pour sa santé ou bénéficier d'un soin gratuit en toutes circonstances ? un mixte serait peut-être la solution. Mais cela devient un enjeu culturel, et même plus profondément identitaire (comme une partie de soi). C'est sans doute pour cela que d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, les réformes sont si difficiles à conduire.

Dernières démarches pour mon permis de conduire dans le Maryland, je vais bientôt pouvoir rouler comme les Américains! Vendredi 7 septembre : j'ai mon permis tout frais de ce matin. C'est intéressant la démarche à suivre. Il m'avait fallu passer le test de bonne conduite sans drogues, Sesam pour ouvrir la porte de la pièce d'identité américaine. Puis, ce matin, papiers administratifs : beaucoup de documents à fournir évidemment, ma carte de sécurité sociale, mon passeport, le document du test « save and sober », deux justificatifs de domicile. Comme je ne porte pas le même nom que mon mari et que le nom sur les adresses des factures est à celui de mon mari, il me manquait un justificatif de domicile (le certificat de mariage, traduit de France ne fonctionne pas). J'ai dû aller faire faire un autre justificatif de domicile auprès de la banque, avec un relevé de compte où apparaît le crédit (ou débit) qu'il y a sur le compte : côté transparent, on ne fait pas mieux. Mais cela a convenu. Heureusement que j'avais déjà ouvert mon compte en banque. Pour le permis, il faut aussi répondre à la question de race : blanc caucasien. La guichetière m'a demandé quand même de préciser si je n'étais pas hispanique : les relations avec leurs cousins du Sud sont tendues... Ma taille ? je vous la donne en mille : 5,8 ; mon poids ? 141 : non je n'ai ni rapetissé, ni grossis, sinon, vous imaginer le rapport ! Heureusement, il y avait un convertisseur. La personne au guichet confondait mon passeport et mon permis de conduire, et pourtant elle doit en voir passer des passeports... L'ouverture aux autres ne va pas toujours de soi.
J'ai presque oublié de le préciser, alors que j'ai été particulièrement séduite par la démarche : c'est là que nous avons à répondre à la question du don d'organe. Tout le monde est invité à se prononcer à cette occasion, et cela apparaît sur notre permis sous la forme d'un petit cœur rouge. Pourquoi faire compliqué, quand on peut faire simple ?
N’empêche qu'avec tout ça ils m'ont pris mon permis français, et je n'ai plus que l’Américain, car apparemment on n'a pas le droit d'en avoir deux, peut-être pour éviter que l'on conduise avec le deuxième si on s'est fait confisquer le premier ? Ce n'est pas que j'y tenais, mais c'est assez symbolique tout de même, le permis de conduire : il ouvre la porte à pas mal de liberté, et je l'avais depuis l'âge de 18 ans. Maintenant, j'ai le permis avec une photo de moi vieillie de 27 ans. Mais ici, c'est une vraie carte d'identité, alors il vaut mieux ressembler à ce que l'on est devenu...Par contre dès qu'il s'agit d'aller faire assurer sa voiture, on est redevenu jeune conducteur. En effet, le prix de l'assurance ne tient pas compte de notre background de France, ce qui compte c'est d'avoir roulé aux US : avec deux mois sans accident, on peut avoir un petit rabais ! Je peux enfin pouvoir rouler comme les Américains...

vendredi 19 juillet 2013

la fin du début ou le début de la fin ! (deuxième partie)


Semaine 7 : la fin du début ou le début de la fin ! 

Pour la première fois, je mange dehors à midi. Notre appréciation de la cohabitation avec les moustiques nous rendait prudents quant à retrouver le plaisir de manger dehors. Mais je crois avoir compris leurs modes de vie : ils passent l'été à Ibiza ! Ils se lèvent vers 17h, font un petit snack sur la terrasse, attaquent l'apéro à 18h30, 19h qu'ils prolongent jusqu'à 21h, puis ils passent à table (sur nos corps endormis) et enfin font la fête jusqu'à 5h du matin. Puis, on n'en entend plus parler jusqu'à 17h. Je m'en suis rendu compte lorsque j'ai eu le malheur de les réveiller pendant leur sieste, au moment de tondre (tondre n'est pas une addiction, mais une nécessité!). Ils sont tellement petits qu'on ne les voit pas, ce qui rend leur action encore plus vicieuse. En effet, on ne se méfie pas et on offre généreusement nos mollets et nos bras à leur appétit dévorant !

Au pays des chercheurs d'or, j'ai trouvé deux mines : Julie et internet. Dans un nouvel environnement, tout est source de questionnement :
  • comment marche le dryer , en effet on se retrouve devant le fonctionnement des machines comme une poule devant un œuf dur ;
  • en voiture, quelle vitesse au delà de la limite ne pas dépasser. En tant que Française qui se respecte, j'ai du mal à tenir la stricte limitation de vitesse mais avec les nouveaux radars, j'ai appris à ne pas dépasser une certaine limite au-delà. Qu'est-ce qu'il en est ici car je n'ai pas envie d'avoir affaire au shérif, ni de prendre a ticket ? 7 miles en plus semblent raisonnables ;
  • ou trouver les bons magasins, les magasins spécialisés?
  • quelle lessive utiliser ? tous les produits dans les magasins sont nouveaux, portent d'autres noms ;
  • ou trouver la bibliothèque, la librairie ; le labo pour la prise de sang, l'hôpital que nous espérons ne jamais avoir besoin...
  • comment remplir les documents de l'école
    ...
      Je ne me rappelle pas avoir eu autant besoin de savoir où trouver les choses à mon premier séjour. Il est vrai aussi, que je n'avais pas à acheter autant de choses pour faire vivre une famille, je n'avais que moi à m'occuper et je vivais chez des gens qui avaient déjà leurs propres réseaux. Et puis j'étais plus jeune, moins attachée aux produits et ce qu'il y a de mieux pour la santé, pour notre bien-être. Alors, Julie est ma source inépuisable de renseignements. Mais dans ce cas, il s'agit d'une mutualisation de nos besoins respectifs pour créer une alliance réciproque (Julie me semble avoir besoin aussi de se sentir utile) ; pour internet, ce n'est pas vraiment nouveau pour moi, je vis au moyen-Age des nouvelles technologies mais pas à la pré-histoire tout de même. Dans ce domaine, cette mine d'or me permet plutôt de trouver les choses recherchées : la bibliothèque, le livre que je dois lire pour le groupe de lecture de mercredi, le magasin de piscine, les activités extra scolaires... Internet me donne le sentiment de garder vives mes capacités à trouver des infos, même si parfois, mon utilisation très personnelle que j'en fais me joue des tours : je trouve les infos que je cherche, je n'ai donc plus qu'à me déplacer, mais ce n'est pas au bon endroit, car je n'avais pas vu que l'article était en fait dans le magasin de... Floride ! Ce n'est pas grave, maintenant je sais où acheter des livres d'occasion. Internet est une porte « grande » ouverte sur le monde, mais il faut porter des lunettes spéciales pour lire correctement toutes ses données : quand je tape « Hagerstown, book store », il ne me vient pas à l'idée que je puisse tomber sur la page de la Floride, mais c'est sans compter sur les nombreux liens qu'internet propose. J'aurai besoin qu'on referme un peu la porte derrière soi après être allé dans une pièce. Une porte entrebâillée pour moi, est largement suffisante.
La nouveauté est source d'intérêt, elle stimule notre curiosité, elle donne envie de découvrir, elle ouvre de nouveaux horizons. Mais lorsque la nouveauté est massive, quand elle s'impose sans pouvoir parfois s'asseoir sur des repères antérieurs, lorsqu'elle envahit tout notre espace, elle peut devenir encombrante, fatigante. Et ici, tout est nouveau. Il y a du bon nouveau et le nouveau moins bon (c'est comme le vin nouveau !). Le bon « nouveau » se sont les nouvelles activités, les nouvelles personnes, les nouveaux produits... le « moins bon » c'est quand il faut chercher un docteur, les étiquettes des produits pour éviter les produits reconnus toxiques, l'assurance de la voiture... Très souvent, je compare les fonctionnements des États-Unis et de la France, cela me permet de tisser des liens de proximité entre tout ce qui est nouveau et ce qui est ancien pour moi. Cela me permet aussi de ne pas me laisser submerger par toute cette nouveauté, au risque d'un début de cirrhose.

Ce matin, j'ai reçu une nouvelle triste de France. Même ces nouvelles-là ont trouvé leur chemin à travers les océans. La tristesse est d'autant plus forte que je ne suis pas là pour être présente auprès de mon amie. Cette nouvelle me rappelle aussi qu'un jour, je serai à mon tour confrontée à une telle perte. Alors, je pleure dans la solitude qui est la mienne à ce moment-là. Je sais aussi que cette nouvelle fait écho à une autre perte pour moi, celle de ma situation précédente que je retrouverai à jamais changée en rentrant. « Tu as semé des petits cailloux derrière toi pour retrouver ton chemin, tu as laissé la vie de donner la main, laisses tes rêves nourrir ton cœur ».

vendredi 12 juillet 2013

le fin du début ou le début de la fin ! (première partie)


Semaine 7 : la fin du début ou le début de la fin !

Je ne suis plus en vacances, maintenant c'est la vraie vie qui commence. Un message d'une collègue me rappelle que ce jour-là (lundi 27 août) la rentrée se fait dans les institutions que j'ai laissées derrière moi. Ce même jour, je me débats avec ma nouvelle tondeuse et le rotofil dont l'utilisation ne m'est pas encore parfaitement familière. Il va falloir que je trouve autre chose, sinon je vais vraiment regretter !

C'est pourquoi, il faut que je commence à me consacrer à la recherche d'activités pour moi-même, la tonte de la pelouse me fait faire du sport, mais je n'ai pas l'impression que cela soit bien équilibré. Et puis, j'espère bien que « les tondeuses se seront tuent quand la bise fut venue ». Je ne suis pas sûre de continuer à faire de l'escalade (j'ai entendu parler d'un mur en salle mais à une heure de route!). L'escrime me paraît bien compromis aussi. Ici, en tant que sport de combat, je pense que j'aurai plus de choix dans les stands de tir ! Et puis l'escrime qui m'intéresse, c'est celle qui se pratique dans un club sympa, ou on partage autant les bons moments que les combats défoulants. Alors, j'ai pensé à la Zumba. C'est très complet, on m'a dit que c'est amusant. Il faut encore que je me renseigne. J'ai amené mes rollers, mais les pistes ne sont pas très lisses. Le vélo devra trouver des parcours pas trop raides, s'il veut sortir du garage. Personnellement, j'aime faire du vélo dans les Landes : en plus de la bonne odeur de pin, c'est presque le plat pays. A Lyon, j'avais trouvé des parcours très bien aménagés dans un parc à proximité (Miribel jonage). Mais, il me manquait le porte-vélo pour rejoindre le parc. Ici, j'ai la voiture qui permet de faire rentrer les vélos à l'intérieur, mais je n'ai pas encore une vue bien structurée sur les pistes possibles. Je vais devoir partir à la conquête du territoire...

Mais le problème, c'est que je suis encore perdue pour trouver mon chemin. J'ai l'impression que tout se ressemble, que les magasins sont tous les mêmes, que les rues s'entrecroisent à l'infini. C'est comme une TV allumée dans un salon, je suis scotchée devant les images qui tournent en boucle, mais mon esprit ne fonctionne pas. J'ai besoin d'une bonne vieille carte et je retrouve mes capacités à m'orienter (qui a dit que les femmes ne savent pas lire les cartes routières ?). J'ai aussi l'impression de mieux comprendre comment s'organise la topographie environnante. Mon cerveau a du mal à mémoriser ce qui lui est trop étranger, associé à des difficultés à envisager l'avenir ici, je crois que mon esprit s'embrume. J'ai déjà eu l'occasion de conduire dans Paris, Dublin, Lisbonne, St Petersbourg, Helsinki... mais j'étais plus jeune et sans doute moins prise par des doutes existentiels... Hagerstown m’apparaît comme une nébuleuse et désorganise mon appareil à penser. Heureusement, la douce voix de la grincheuse m'aide à retrouver mon chemin. Mais je la soupçonne quand même de me faire faire des détours, histoire soit de me perdre un peu plus, ce qui fait que j'aurai toujours besoin d'elle (cela me rappelle les mères abusives), soit de se venger de mon esprit rebelle.

Pour ne pas sombrer dans la nostalgie, je garde quelques réminiscences d'une ancienne vie. Les cartons du déménagement sont toujours dans le garage et me rappellent à chaque passage que nous ne sommes que de transit ; sur internet, « vente privée » m'informe toujours de leurs ventes à venir, « Citizen kids » et « bulles de gones », m'envoient toujours leur lettre de la semaine pour m'informer des différentes activités à faire avec les enfants sur Lyon et sa région, mais cela ne comprend pas Hagerstown. J'ai l'impression d'appartenir à deux mondes que je tente de mixer. Il y aura long à dire lorsque nous nous serons débarrassés des cartons et lorsque je supprimerai de mon ordinateur ces souvenirs d'un passé révolu.

D'ailleurs, je viens d'aborder mon troisième round de rangement : le ménage dans mon ordinateur. J'ai toujours beaucoup de scrupules à enlever des adresses, des messages mis en réserve de peur d'en avoir un jour besoin et de ne plus l'avoir sous la main. Il y en a qui conserve de vieilles reliques toutes défraîchies (« on ne sait jamais, ça peut toujours servir », mon père est spécialiste dans ce domaine), moi ce sont les adresses mail de propriétaires dont je ne reconnais même plus le nom (et il aurait été vraiment trop facile d'indiquer sa qualité, vous n'êtes pas joueur, vous!), ou des adresses à moitié complètes ce qui fait que régulièrement les mails me sont retournés : "n'habites pas à l'adresse indiquée". Ce matin, la résolution est prise, je fais le tri, pour laisser la place à de nouvelles adresses aussi, il ne faut pas oublier que je vais avoir de nouveaux contacts. C'est comme une page qui se tourne, un jour dans mon passé j'ai utilisé ces adresses, maintenant elles ne serviront plus. C'est la même chose pour les messages que j'avais pris la précaution de garder rangés par catégories, car ma mémoire peut être passoire. Il ne s'agit pas seulement d'archiver, mais de jeter, de se débarrasser, de faire peau neuve. Peut-être que je suis en train de m'engager dans un processus de deuil ! « les adresses mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi, et le vent du nord les emporte dans la nuit froide de l'oubli. »
Par contre aucun regret d'avoir enfin du temps pour classer avec méthodes mes adresses. Peut-être que quelques habitudes pavloviennes émergeront de cette situation inédite.

Lorsque l'on doit converser en Anglais, il y a un mot qu'il faut a tout prix connaître : stuff = machin, truc, bidule... Moi qui en temps normal, tente d'apporter des précisions sur ce que je veux dire, ici j'abuse de l'expression qui utilise stuff. C'est très pratique pour éviter la case : apprentissage laborieux du vocabulaire. Je me souviens que lorsque je devais être en 4ème (début de l'adolescence), le directeur de notre établissement scolaire était passé dans notre classe pour nous expliquer qu'il était important d'utiliser les mots justes et de bannir les mots four tout : truc, bidule, machin. Vous pensez bien que dans l'esprit de jeunes rebelles que nous étions à l'époque, nous nous sommes employés à justement les utiliser le plus possible. Me voilà redevenue jeune et rebelle.
L'autre mot indispensable est get, ou got au prétérite, ou have got, ou will get. Rafraîchissez un peu votre mémoire sur les temps et le tour est joué, ou presque... Ça sert pour tout.

Pour continuer dans l'anglais, hier soir (mercredi 29 septembre), j'ai participé à mon premier groupe de lecture organisé par Peggy, ma prof d'anglais. Le groupe rassemble majoritairement des ex-pat, ou conjoints en grande partie Suédois, quelques Français et une Brésilienne. Hier soir, un mythe est tombé : tous les Suédois ne parlent pas l'anglais couramment. Moi qui croyais que l'anglais leur était aussi naturel que le fait d'accueillir le père Noël pendant sa longue période de repos, me voilà démystifier. Avec mon anglais sauvegardé d'une période ancienne mais dont l'usage est resté assez bien ancré , et une autre personne qui parle aussi français et dont l'anglais est la première langue, nous allons faire tomber quelques préjugés. Les Français n'ont rien à envier à leurs homologues Suédois en matière de bilinguisme. Je ne suis pas sure que cela s'applique dans tous les cas !
Pour notre réunion de lecture en novembre, la date retenue tombe le lendemain des élections aux États-Unis, et cela met notre hôte en émoi. Elle nous annonce franchement ses préférences, mais nous invite à aller rencontrer aussi des Américains de l'autre bord. Quelques-unes suggèrent que ce soit notre thème de discussion ce soir-là en novembre. Personnellement, je trouve cela intéressant, nous venons justement de terminer un livre qui parle de l'immigration d'Amérique centrale et les questions politiques qui animent ce pays me paraissent assez centrales justement. Par contre, il y a trois points que je ne suis pas sûre un jour de pouvoir discuter librement avec un Américain, car cela me semble toucher quelques fondements, fondations fondamentales (c'est la loi des trois F). Pour permettre à chacun de se faire une idée, je vous donne quelques clus (prononcer clous, ce qui me semble assez bien adapté à la circonstance, mais ce n'est pas bien sûr la traduction) : in god we trust  ; we support our troops in Afganistan ou proud to have a son in law in the marine ; et enfin proud to be American (devises qui nous pouvons trouver sur l'arrière des voitures, sur les boîtes aux lettres, comme pancarte dans les jardins surtout en période d'élection) .

D'autre part, jeudi soir (jeudi 30 août), j'ai participé à une leçon et un test pour mon permis de conduire : drug and alcohol test. L'intitulé du court de 3h est Safe and sober. Ce groupe est à destination des étrangers qui veulent conduire dans l’État du Maryland. J'ai la chance en tant que Française de ne pas avoir à passer d'autres tests, ni sur le code ni sur la conduite, il y a en effet des accords entre les pays. Des ressortissants d'autres pays y sont soumis et pas seulement les Anglais, pour qui la conduite à gauche est un handicap ici. Est-ce que la France a une réputation de bonne conduite ? Nous sommes une dizaine d'élèves et l'ambiance est sympathique. Nous évoquons les règles dans nos pays respectifs : l'âge de la conduite ici est de 16 ans, par contre pour acheter de l'alcool et en principe pour en boire c'est seulement à 21 ans. Les jeunes sont considérés assez responsables pour conduire à 16 ans mais pas pour boire de l'alcool ! Notre encadrant nous indique qu'il y a eu des essais pour rabaisser l'âge pour l'alcool, cela a été un vrai désastre. Et il cite la France en exemple, car malgré l'alcool autorisé à partir de 18 ans, il n'y a pas de problème. Je le trouve bien optimiste ! Mais il est vrai qu'ici l'alcool est un vrai problème et surtout la conduite en état d'ébriété. De même, de façon amusante (et un peu hors sujet) il nous dira qu'en Europe la nudité est acceptée et que pour autant les atteintes aux morses sont moins élevées qu'ici. Cela nous rappelle qu'il n'est pas tant question d'âge pour être responsable mais plutôt de manière d'accompagner à la découverte de toute nouvelle liberté. Je me souviens déjà il y a 20 ans aux États-Unis, l'alcool me semblait ne pouvoir s'aborder que selon deux manières radicales : en abus ou en sobriété totale. Entre les deux, il ne semblait pas exister de lien paisible avec l'alcool, autour de la notion de plaisir de la dégustation. C'était plus l'état recherché avec l'alcool que le goût du breuvage. C'est pourquoi, il est interdit dans presque tous les États de circuler avec une bouteille d'alcool ouverte, à l'air libre. En France aussi, nous avons des dérives et l'alcoolisme est loin d'être une exclusivité américaine. Mais le plus souvent, le rapport que nous entretenons avec l'alcool n'est pas celui de la démesure. Il est plutôt associé à la convivialité, le partage, la notion d'initiés. Les adolescents, ou les jeunes adultes vont avoir envie de découvrir un monde jusqu'alors interdit, explorer la face cachée du monde des adultes et celui de leurs parents. Il est important que ce passage se fasse dans la transition... Santé à tous!

vendredi 5 juillet 2013

Back to school (deuxième partie)

Back to school
(Aujourd'hui, vendredi 5 juillet 2013, les élèves Français sont en congé d'été, et le blog en arrive à la reprise de l'école Américaine en Août 2012 : belle coïncidence !)

Toujours dans la catégorie apprentissage, mardi soir, j'ai vécu une expérience surréaliste, mais inoubliable. Pour tenter de mieux comprendre l'anglais, je regarde la TV. Je m'intéresse un peu plus aux séries policières, les experts (CSI)cold case, criminal mind... Nous retrouvons les mêmes ici, alors ce soir-là, je regarde les experts de Las Vegas. Au bout de 10 minutes, comme à chaque fois, la pub. Je zappe et je tombe sûr … Maigret, en français, sous titré (pour un français deuxième langue, il est quasiment impossible de comprendre les dialogues sans sous titrage, tant ils mangent les mots). Le rythme entre les deux séries est diamétralement opposé : rapide, scandé, personnages qui courent tout le temps, images qui défilent... pour l'un et   lent, peu animé, lenteur des pas,longs plans sur les paysages pour l'autre (je vous laisse deviner). Mais la série américaine est coupée de publicités toutes les 10 minutes, tandis qu'il n'y en a pas sur la série française. Alors, je vais naviguer de l'un à l'autre, d'une pub à l'autre, le temps pour les experts étant assez court pour ne rien perdre de ce qui se passe chez Maigret. J'aurais pu suivre deux séries en même temps, dans deux langues différentes, dans deux rythmes opposés. Je ne suis pas sur d'avoir vu la fin d'aucune des deux, je me serais endormie avant...

Je suis allée remplir le réservoir de la voiture. Jusque là, rien de bien exceptionnel. A quelques petits détails prêts, cela marche comme en France. Vous vous rendez à une station d'essence, si possible la moins chère ou bien  celle pour laquelle vous avez des réductions (à chaque passage dans un magasin agroalimentaire associé à une station d'essence, vous accumulez des points qui vous donnent des réductions sur vos gallons d'essence, de 10 cents et jusqu'à 70 cents). Comment on fait avec la carte de bonus ? C'est où qui faut la passer ? Ça marche pas. J'essaye de mettre le numéro de la carte. Toujours rien. Au bout d'un moment, il y a une gentille dame qui vient me voir pour me demander si tout va bien. J'ai l'impression que quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, 7j/7, dans une station essence automatique il y a toujours une gentille dame ou un gentil monsieur pour vous aider. Puis : carte ou pay cash ? Ensuite la carte bleue, ça c'est vraiment comme en France ! Mais trouver le bon endroit. Ne pas laisser la carte trop longtemps. Comme je ne l'ai pas retirée assez vite, je dois recommencer. Puis, crédit ou débit ? Puis le code. Puis cash back Yes or no ? Qu'est-ce que cela peut bien être ? Enfin, j'entends le bruit rassurant de l'essence qui remplit le réservoir. 15 minutes plus tard, le plein est fait ! Les petits détails font toute la différence...
Une autre expérience intéressante que vous n'auriez jamais crue possible après autant d'années d'expérience : remplir un chèque. Rien de plus simple que remplir un chèque, me direz-vous ? C'est justement parce que vous avez trop l'habitude avec les vôtres, que vous êtes perdu quand le chèque n'est pas tout à fait organisé de la même manière. Le montant en chiffres, plutôt facile, puis en lettres, se rappeler l'épellation des chiffres (merci le rabâchage de l'école). La date et le nom de la personne vraiment pas au même endroit qu'en France, presque au même niveau que le montant en lettres. La date, ne pas oublier d'inverser le jour et le mois. La signature. Trois chèques plus tard, vous avez l'impression de passer au mieux pour un adolescent au pire pour un idiot.

La tonte de la pelouse devient tyrannique. Les tondeuses forment comme le corps d'une armée prête à rentrer en action à tout moment. Lorsque le premier du lotissement commence, c'est l'armée tout entière qui lui emboîte le pas. Sauf que nous, nous ne sommes pas bien équipés. En cas de conflit, les moins bien équipés sont toujours les étrangers ! En effet, un voisin nous a prêté une tondeuse, avant que l'on récupère celle d'un ex-expat qui retourne en France et qui n'a pas assez de place pour emporter la sienne. Et nous avons acheté un roto-fil américain, que personnellement je ne connais pas encore bien. Heureusement, j'avais pris des cours de roto-fil en France pour faire notre jardin et du coup, j'ai quelques notions. Mais j'imagine notre voisin impeccablement spécialiste du domaine extérieur, en train de me regarder faire. Je me débats entre une tondeuse qui fait un drôle de bruit à certains moments et va jusqu'à s'étouffer, et un roto-fil qui perd son fil. Du coup, j'ai besoin de deux jours pour finir de tondre. Cela me rappelle une croisière en Égypte avec des amis techniciens (donc formés à l'école française). Ils s'amusaient de voir les Égyptiens (donc formés à l'école égyptienne, si tant soit peu qu'ils y soient allés) tenter de réparer un moteur avec l'utilisation de fils électriques peu protégés, plus ou moins en contact avec l'eau. Ce jour-là, je me suis dit que nous n'avions pas tous eu la la même chance en matière de connaissance, et que cela ne faisait pas d'eux des imbéciles, mais plutôt des malchanceux. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être Égyptienne...
J'ai un peu peur que parmi mes voisins il y ait des acharnés de la gâchette tondeusienne. Je n'arriverais jamais à suivre leur rythme. Je suis en train de regretter la taille de la haie, un WE par an... Heureusement, nous venons de recevoir notre nouvelle tondeuse, celle où l'on s'assoie dessus. Je vais pouvoir jouer au tracteur à moteur. Vive l'école !