Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 30 août 2013

10th et 11th weeks : Intègre-ation


C'est reparti... La France endormie se réveille. Et oui, les français ne font pas que se reposer ! (pour ceux qui pourraient imaginer que les Français sont toujours en vacances). Ici dans le Maryland, l’école a repris depuis le 21 aout. Alors, vive l’école!!!

10th et 11th Weeks : intègre-ation

Ce n'est pas le tout, mais avec toutes ces démarches, je vais devenir une grincheuse addict. La mère possessive à gagner, je ne peux plus me passer d'elle! Je la dégaine aussi souvent que nécessaire, en dehors de notre quartier et apparemment elle ne cherche plus à me perdre. C'est sans doute le prix à payer pour ma tranquillité!
J'ai dû aussi m'acheter un agenda, car je commence à avoir besoin d'organiser mes différentes activités. La socialisation étant l'une de mes activités préférées, je ne voudrais pas tout mettre par terre pour une histoire d'organisation. L'agenda de mon téléphone ne m'est d'aucune utilité, vu que je ne le regarde jamais, mon téléphone étant monotâche : il ne me sert qu'à appeler et recevoir des appels alors qu'il serait capable de beaucoup plus. J'ai commencé mes cours d'anglais avec une autre expat, c'est plus convivial ; je fais de la rando et du vélo ; je participe à un groupe de lecture ; je me suis inscrite à la tenue d'un stand lors d'une journée multiculturelle, je donne RDV à des collègues sur Skype pour parler boulot ; je m'occupe aussi des activités de Flore : cheval, art class, docteur, RDV copines ; et nous allons aussi bientôt recevoir nos premiers guests de France.

Dimanche 16 septembre, nous sommes allés voir la reconstitution de la bataille d'Antiétam qui fêtait son 150ème anniversaire (1). Ce jour-là, il ne pleuvait pas, l'été nous a montré toute sa générosité de l'autre côté de l'Atlantique et a étiré ses bras jusqu'au 17 septembre, jour précis de la bataille. Le lendemain, il a plu, comme pour mieux indiquer qu'à tout moment le temps peut être un allié ou un ennemi. Il faut reconnaître que le spectacle était au RDV. Il y avait d'abord de longues allées de tentes garnies d'objets de cette époque (mais aussi quelques boutiques plus récentes pour satisfaire nos besoins immédiats). Puis, il y avait beaucoup de monde en costumes, soldats et civils. Et enfin, la bataille a pu commencer. D'abord, l'arrivée des troupes, hommes, chevaux et matériel. J'ai du mal à évaluer le nombre réel pour chacun, mais cela donnait une très bonne représentation. L'installation des deux camps face à face, avec une rivière entre eux, et un pond à traverser pour les Nordistes (armée de l'Union), tandis que l'armée du Sud, commandée par Lee, les attendait au sommet d'une colline. Une attente silencieuse s'installe, faisant peser cet instant d'une lourde intensité. Le premier coup de canon éclate, levant le doute sur les intentions de chacun. Pendant plus d'une heure, le champ de bataille résonnera des coups de canons, de fusils, s’épaissira du brouillard d'une fumée épaisse, se colorera de gris et de bleu des tuniques au sol. Tantôt le Nord avance, tantôt il recule. A la fin, il nous sera difficile de définir qui a vraiment gagné cette bataille, mais sans aucun doute, ce ne sera pas la communauté des hommes! J'ai participé à une guerre en direct ! Il n'y aura bien que les gradins sur le côté, la voix du commentateur dans le micro et la disproportion entre les deux armées ce jour-là (l'Union étant beaucoup plus représentée sans doute car ce fût le camp des vainqueurs) qui nous rappellera de tout cela n'est qu'une reconstitution. Amateurs de la bande dessinée « les tuniques bleus », vous auriez été servis.
Il nous faudra nous rendre sur la tombe des soldats de la guerre de sécession, apparemment il y en a quelques-uns dans le cimetière d'Hagerstown. Les cimetières sont à ciel ouvert, principe de l'open space oblige. Cela donne à la ville un espace de verdure très bien entretenu, qu'il est agréable de visiter. Et puis, un cimetière, c'est toujours une porte ouverte sur l'histoire d'une région.

(1) la bataille d'Antietam, est le premier grand affrontement armé de la guerre de Sécession à se produire sur le territoire de l’Union. Elle se déroula durant la journée du 17 septembre 1862, dans le comté de Washington. Cette bataille de la campagne du Maryland reste à ce jour, la plus sanglante de l’histoire des États-Unis à se dérouler en une journée, avec près de 23 000 victimes (morts, blessés, prisonniers ou disparus).
 Reconstitution de la bataille d'Antietam

Comme j'ai été obligée par la situation d'expatriation de me reconvertir, je vais bientôt pouvoir postuler au CNRS pour la recherche fondamentale dans le domaine... de l'optimisation dans la tonte de la pelouse, dans le nettoyage des sols et dans la recherche de produits sains. Face à toute activité manuelle, mon esprit a besoin de se mettre en action. Alors je réfléchis à la manière de gagner en qualité technique et esthétique, je cherche l'option la meilleure pour le meilleur résultat. Pour les sols, il faut un balai ni trop grand ni trop volumineux pour passer de partout et affiner les coins (si le balai est trop grand, la force déployée sur le manche, ne permet pas aux extrémités d'être efficaces, on perd alors en qualité). Sur la pelouse, il ne faut pas travailler en carrés de plus en plus rétrécies car les dernières raies promettent d'être inégales, mais il faut tirer une ligne centrale et travailler en rectangle. Par ailleurs, je suis perdue face à tous ces magasins qui se déclinent sur les mêmes registres, mais mon œil va repérer le magasin de produits naturels complètement caché par une grosse enseigne. Cela s'appelle l’œil du chercheur en microéconomie. En deux mois, je suis en passe de devenir une experte dans ces domaines. Comme quoi, il y a toujours un bon côté des choses, à condition de bien vouloir le voir = a blessing in disguise ou in every cloud has a siver lining. L'utilisation des expressions locales est un gage d'intégration réussie ? Par contre, je suis encore à la recherche de ce qui serait le mieux pour moi pour les deux années à venir. Un chercheur n'a jamais fini de chercher...

Je me suis aussi décidée à reprendre le laborieux apprentissage du vocabulaire. Ça fonctionne, mais ce n'est vraiment pas marrant. Alors j'essaye d'avoir ma liste avec moi à tout moment et d'utiliser chaque moment creux pour réviser : les pubs à le TV, la leçon de cheval de Flore, les révisions de Flore le soir : je lui fais réviser ses mots et elle me fait réviser les miens ce qui est très motivant car elle est intraitable avec moi. La récompense, c'est de voir un mot ou une expression nouvellement appris, être utilisés dans un livre, de l'entendre dans une conversation, cela donne l'impression de ne pas travailler pour rien, et surtout cela l'imprime de manière plus pérenne dans ma mémoire.
Par ailleurs, je viens de découvrir un site pour pratiquer l'anglais fort intéressant : british council.com. Encore une fois, le flair du chercheur a gagné. Cela n'évitera pas à la mécanique mnésique de devoir se dérouiller, mais au moins j'ai trouvé la bonne huile. Ils proposent des textes à écouter, avec des questions, des exercices de vocabulaire, de grammaire, mais tout cela en ligne, à son rythme. Par contre, leur in-génie-en informatique a sans doute goûter un peu trop à la bière locale, lorsqu'il a créé le site : pour répondre aux questions, il faut une dextérité de chirurgien !

Je viens de réaliser qu'il ne reste plus que 83 minutes de forfait sur mon téléphone après deux mois d'utilisation. Je n'en reviens pas d'avoir autant consommé. Bien sûr, chaque fois que je regarde mes messages, que j'envoie un texte, que je reçois un appel, que je me trompe de touche et je me connecte sur internet... des minutes sont décomptées. Mais cela signifie quand même que mon téléphone est bien utile. Je commence à avoir moins de réserve à l'utiliser pour communiquer, ce qui est un grand pas, peut-être pas pour l'humanité mais pour mon confort et mon estime personnelle.

Le temps social n'est pas scandé par la fermeture des magasins le dimanche, ce qui donne une impression d'un temps infini. Mais je pense que cela coïncide aussi pour moi a une impression de vide, de manque de projets réels, de perspectives, de projections. Bien sûr, j'ai à faire et les journées se remplissent vite. Mais, l’absence de projections, de délais dans le sens d'un but et d'une durée me laisse un peu désemparée. A la formation sur l'expatriation, la formatrice avait parlé de cette étape de vide, de questionnements, de traversée dépressive et je comprenais parfaitement à quoi cela pouvait correspondre. Mais à l'époque ce n'était que théorique, j'avais à peine le temps pour aller à cette journée de formation... D'autre part, je vois que je m'installe dans une vie qui ne me convient pas. J'ai besoin de chalenges, d'ambition, de réussites. Le travail n'est pas la seule issue, mais il s'agirait pour moi de me sentir utile. Cette nuit, mon inconscient a réveillé ma conscience. J'ai rêvé du travail que je viens de quitter, mais surtout de mon premier poste de psychologue, qui m'avait révélé à moi-même dans ce métier. Bien plus que la longue formation que j'ai suivie, les nombreux stages que j'ai effectués et tous les postes que j'ai occupés par la suite, c'est ce poste-là qui a scellé les fondations, en me confiant ma première mission. C'est aussi le regard des enfants placés dans cette maison d'enfants, bien loin dans la Haute Loire qui m'a confirmé la raison de mon engagement. Alors aujourd'hui, ils sont venus me retrouver comme pour me signifier mon destin : j'ai besoin de m'engager auprès des autres!

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