Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 31 octobre 2014

La rentrée : le retour à une vie ordinaire (fin Août 2014)

Il y a des matins ou l'on voudrait que le soleil ne ce soit pas levé, ou l'on voudrait effacer les traces de ce qui a été vécu entre le réveil et le couché . Mais parfois, ce sont des semaines que l'on voudrait effacer. Lundi 25 août, le test pour Flore à l'école internationale. 4 heures consécutives de tests (un en anglais, un en maths mais en anglais et un de français), puis un quart d'heure d'un entretien à l'oral. Je stresse car je pense que cette école est vraiment bien pour son ouverture à l'autre. Ce jour là, de nombreuses langues sont parlées. J'utiliserai ce temps libre pour moi pour aller voir la directrice de l'établissement où je travaille pour évoquer ma rentrée. J'ai l'impression que peu de choses ont changées, surtout les choses les moins agréables. Cela sera confirmé le lendemain, premier jour de rentrée avec une réunion générale. Les mêmes tics de langage, les mêmes problèmes, les mêmes rappels à l'ordre, les mêmes places autour de la table… Le mercredi j'aurai une mammographie de routine à faire. Même si je ne suis pas spécialement anxieuse, ce n'est pas un examen très agréable, d'autant que le médecin souhaite faire une échographie complémentaire car j'ai oublié mes anciennes radios. Les échographies des seins c'est un appel au meurtre de la sensualité. Entre le rouleur compresseur de la radio, le produit gélatineux déposé en gerbe sur les seins, et le médecin qui passe son instrument d'écho en appuyant fort sans vous regarder… vous pouvez dire adieu à la dimension sensuelle. Il n'y a rien d'agréable dans une échographie des seins ! Mais bon, je n'ai rien, ce qui est en soi suffisant pour se détendre. Mais j'ai à peine le temps car je dois aller chercher Flore que j'ai déposé chez des amis un peu loin de Lyon, et comme elle a un rendez-vous chez l'orthodontiste, il nous faudra nous dépêcher. Pour elle, par contre tout va bien car elle est encore en vacances et elle va ensuite chez une autre amie, puis encore une autre, tandis que je serais au travail. Les premières journées de reprises de mes fonctions, sont éprouvantes. On reprend le travail là où ils l'ont arrêté avant les vacances sauf que les miennes ont duré deux ans. De plus l'organisation de ma collègue remplaçante ne me paraît pas des plus efficace et je ne retrouve pas les informations importantes dont j'ai besoin ce jour là pour me repérer. J'ai donc l'impression d'être toujours décalée. Dans mon cerveau c'est comme un bouillonnement d'informations que je n'arrive pas à classer. Je sais aussi que je ne suis pas aidée par l'attente anxieuse des résultats de Flore pour la nouvelle école. Il me faudra plusieurs jours pour retrouver mes marques. Heureusement l'accueil des collègues est très agréable et celui de enfants exceptionnel. Ils sont heureux de me retrouver et sont fiers de me montrer qu'ils ont grandi. Ces enfants, malgré leurs difficultés, leur handicaps seront les ambassadeurs de la bonne humeur. Ce jour là, ce sont eux qui me font du bien, qui m'aident à surmonter ma déprime du moment.

Et voilà, j'appelle l'école internationale. Il n'y aura pas de place pour Flore malgré ses bons résultats au test (elle est 3ème sur liste d'attente). Je suis dépitée mais je n'ai pas le temps de me laisser aller. Cela veut dire qu'il faut que je rappelle l'autre école que nous avions contactée pour inscrire Flore. L'organisation va être beaucoup plus compliquée. Je suis vraiment déçue, mais en plus je vois tous les tracas du quotidien qu'il va nous falloir gérer car nous nous étions installées en fonction de la première école. Bien sur nous nous rapprochons de notre ancienne maison mais qui n'ait pas encore disponible. Et bien sur tout le monde veut savoir ses résultats, ce qui me rappelle à chaque fois qu'elle n'a pas été prise. Cette semaine n'aura pas été heureuse ! Et dans ces moments là, il ne sert à rien de savoir qu'il y a beaucoup plus grave comme situation, que ce ne sont que des problèmes mineurs, car il s'agit de vivre le deuil d'une situation rêvée à laquelle il faut renoncer, déjà qu'il nous a fallut faire un travail de deuil de nos deux années passées aux USA. Cette école, cela aurait été comme un prolongement... Mais il n'aura pas lieu. Cette semaine là, je n'aime pas la France.

Parfois aussi, avec la reprise presque à l'identique de mon travail (même travail, mêmes collègues, mêmes horaires…), j'ai l'impression étrange de ne pas être partie. Un jour à table, je suis surprise d'entendre mes collègues évoquer des stéréotypies sur les américains comme si je n'étais pas là car à aucun moment ils ne me demandent ce que j'en pense alors que j'en reviens et que je l'ai vécu de l'intérieur. Cela me donne l'impression que ces deux ans n'ont pas comptées. Les français restent plantés dans leurs certitudes et leurs croyances profondes, peu prêtes au changement. J'ai toujours beaucoup de mal à entendre un non français critiqué la France, baser leur jugement sur des stéréotypies bien ancrées. Aujourd'hui, ce sont les critiques des USA qui m'exaspèrent. Je n'ai même pas envie d'en parler, de les détromper, de leur demander d'ouvrir leur esprit. Je suis seulement lucide sur la situation : je vais avoir beaucoup de mal à me joindre à leur discussion !

Je n'aurai pas cru que le retour soit aussi difficile, à certains moments j'avais l'impression d'un tourbillon incessant dans ma tête, d'un sentiment d'être sans cesse décalée, avec mille choses à gérer. J'ai compris ici que l'absence de lieu stable d'habitation, de cocon protecteur, d'îlot de décompression était un vrai frein à l'équilibre personnel et au bien être. Mais là encore, nous n'avons pas manqué de chaleur compensatrice à travers l'amitié et la famille. J'avais l'impression de leur demander tant et leur réponse était si naturelle, comme si cela allait de soi de nous prêter un appartement en ville sans date butoir, d'accueillir notre fille avant ou après l'école tous les jours, de se porter caution dans notre quête d'un logement à nous, de me soigner une dent dont la couronne venait de sauter, après les heures de travail... Et tout cela gratuitement, sans rien attendre en échange, de façon complètement désintéressée. Je n'ai jamais autant compris les valeurs de « fraternité » (liberté, égalité, F.) de notre cher pays. Ne les oublions pas, elles sont notre richesse nationale, notre patrimoine commun le plus précieux.

Ode à l'amitié :

à toi mon ami, mon frère...
tu es mon âme, mon mythe, mon tiers
Comment t'écrire ce que je ne peux te dire ?
alors je décline Âme qui éclaircie le ciel,
de ces nuages lourds encombrant l'atmosphère
je décline Mythes, aux accents millénaires
qui relient les hommes à jamais immortels
je décline tiers qui sépare de la dyade,
et donne un souffle neuf pour une nouvelle pléiade

à toi qui m'a ouvert les bras, et offert ton sourire
tu es comme une Terre qui sauve du naufrage,
l'étranger apatride, errant et sans bagage,
qui cherche des racines aux autres à venir.

vendredi 24 octobre 2014

La fin des vacances d'été 2014 : de l'autre côté de l'atlantique

Cette fois nous passerons par Munich pour notre vol retour, Londres ne nous réservera pas ses nuages. Par contre, je n'ai pas emporté mon nouveau code de carte bleue française, ma carte américaine ne sera pas acceptée dans le café ou j'essaye de prendre du expresso, et je n'ai ni euro, ni dollars. L'expresso restera sur le comptoir. Quel gâchis, moi qui voulait m'offrir un petit plaisir lié au retour sur nos terres ! Nous passerons la douane en Allemagne. Je regrette l'accueil souriant du douanier français !

Pour commencer nous logeons chez mes parents. Je suis un peu inquiète de les retrouver car j'ai peur de l'évolution de leur situation personnelle. Finalement, même si des choses ont encore un peu évoluée, il y a aussi des choses qui se sont installés et la routine à pris le pas sur l'affrontement douloureux à la nouveauté de la situation. Je trouve que le climat s'est apaisé, et j'aurai plus de plaisir à rester auprès d'eux.

Chez mes parents, j'ai le plaisir de retrouver ses chers paysages français : cette vaste plaine dégagée, qui offre au ciel une large place. En arrière fond, les montagnes des Alpes se devinent, tels des géants fantomatiques tout juste sortis de terre. J'aime à regarder ce paysage qui m'a vu grandir et qui m’accueille de nouveau sans trace de rancune. J'ai envie de retrouver les sensations éprouvées lors de mes randonnées dans les Appalaches. Alors je décide d'aller marcher. En France, l'une des particularité des chemins et parfois même des petites routes de campagne, c'est qu'ils mènent systématiquement à un enclos avec des barbelés. Difficile de déambulé au gré des rencontres de chemins car l'on ne sait jamais si cela passera.

J'ai du mal à me recaler dans mon sommeil. Je m'endors tard et j'ai du mal à me lever. Je sais que c'est aussi lier à un sentiment ambiguë de ne pas vouloir abandonner mon ancienne vie, de m'accrocher à ce qui fut ma vie ces 2 dernières années. J'ai envie d'entendre les musiques américaines, j'ai l'impression que la musique française n'a pas évolué. J'ai peur de perdre mon anglais, j'avais eu l'impression avant de partir que j'avais encore franchi un cap dans mon expression et ma compréhension. Les jurons et les excuses spontanées se font en anglais. Je sais aussi qu'il faut que je fasse attention à ne pas me référer qu'aux États-Unis auprès de ceux qui m'entourent, car c'est moi qui est du mal à lâcher prise. J'ai déjà vécu cette expérience de se sentir décalé par rapport à ceux que l'on a connu avant le départ, même si aujourd'hui avec Skype le décalage est largement atténué.

Je peste sur les démarches à faire en arrivant. Changer l'assurance de la voiture, prendre un téléphone portable provisoire, refaire faire mon permis de conduire… Heureusement, il y a la famille et les amis à voir. Ils se sont finalement arrangés pour ne pas partir tous en vacances tous en même temps, ce qui nous permet de les voir à tour de rôle. C'est sympa cette organisation tacite…
Je veux aussi tenter de voir le plus de monde possible, car j'ai peur que la rentrée ne soit un peu bousculée. La famille, nos amis s'impatientent de nous voir et je ne voudrais pas leur donner l'impression de les snober, surtout que moi aussi j'ai très envie de revoir tout le monde, et de passer du temps de qualité avec chacun.

Nous avons bien fait de prolonger l'aventure sur l'été à Hagerstown, car la France nous fait profiter de ces fraicheurs digne d'un mois d'octobre… « Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour là », sauf que ce jour là, c'est le 15 Août et Brest c'est la Drôme : quelle misère !
Pour le 15 août, nous allons en effet faire du camping dans la Drôme. La pluie nous accompagne, puis le froid du soir : les tournesols sont en berne !!! Heureusement, nous pourrons quand même profiter des joies de la nature : via ferratas, randonnée aquatique, dégustation de clairette de Die… Nous pourrons vérifier avec Flore que les activités ne se déclinent pas tout à fait de la même façon entre la France et les USA : la France laisse plus de place à l'initiative individuelle, l'organisation Américaine est plus anxieuse des risques et peut apparaître plus rigide, même si en même temps elle permet une structure solide. En même temps en France, en été, la montagne si belle, peut dévoiler aussi sa part de morbidité. Cela aussi me fait drôle de ne pas laisser de tip, surtout que le prix des mêmes activités est souvent moins cher en France.

Quand on revient dans son pays après plusieurs années à l'étranger, il y a des démarches banales qui se révèlent acrobatiques : déposer un chèque à la poste où tout se fait par des machines déshumanisantes (c'est quoi l'horodateur ?, et quand on a le malheur de demander de l'aide, on a vraiment l'impression d'être prise pour une idiote, et la réponse systématique sera : vous n'avez qu'à le faire à la machine derrière vous. Je plaints les étrangers qui veulent prendre des timbres en France !!! C'est vrai qu'aux USA, la postière me demandait toujours si j'avais besoin d'autres choses, et me proposait des services que je ne demandais pas, mais au moins, j'avais droit à un sourire et je n'avais pas l'impression de la déranger), à prendre une carte SIM par internet, à tenter de joindre la préfecture…

Je tente d'organiser au mieux la répartition entre les démarches à faire pour notre installation, les visites aux amis, et la présence auprès de mes parents. J'ai l'impression que 3 semaines de congé en France, avant la reprise du travail ne vont pas suffire. Mais il est vrai que là encore je multiplie les activités : j'ai proposé d'initier ma fille (en principe déjà initiée), mon neveu et ma nièce aux joies de la langue espagnole (ce qui me permet de vérifier la qualité de mes cours), je passe le plus de temps possible auprès de ma mère que je vois de nouveau évoluer après un temps de sollicitation douce, mais continue. Les gestes ancestraux se retrouvent (essuyer la table, la vaisselle, balayer…), alors que je croyais que eux aussi avaient disparus.

vendredi 17 octobre 2014

Eté 2014  : prolonger encore un peu l'aventure (deuxième partie)

Ces dernières semaines vont être marquées par un va et vient entre les USA et la France. Je réalise à ce moment combien la France peut être économe en informations. Aux USA, j'ai parfois l'impression d'être surinformée, d'être envahie par une communication sans fin, d'avoir les renseignements avant que je les cherche. De la France, j'attends parfois les nouvelle avec impatience (la date de l'examen d'entrée dans la nouvelle école de Flore, alors que les écoles de France viennent d'entamer leur première journée de vacances, heureusement pas les secrétariats)

En appelant les écoles susceptibles d'être retenue pour Flore, je me vois appelée par mon nom de famille avec le qualificatif « Madame ». Mais où est passée Coleen ? Et ma puce ?

J'ai du retourner au collège où j'avais enseigné car je voulais conserver mes cours (après tout ce travail!) et je n'arrivais plus à les retrouver sur la clefs USB où je pensais qu'ils profitaient d'un repos bien mérité. Les quelques personnes que j'ai pu voir ce jour là m'ont chaudement remerciée de mon travail, j'ai même eu droit à un hug (= accolade) du principal. J'ai encore du mal à évaluer la sincérité de ces messages, car je sais que les américains sont généreux en superlatifs et acclamations. Pourtant, j'ai eu envie de les prendre pour ce qu'ils étaient à mon sens : la reconnaissance de ma ténacité malgré l'adversité, de mon professionnalisme (après tout je n'avais eu à déplorer aucune perte d'élèves!!!), ma détermination à ne pas subvenir à la tentation de tout lâcher (ils auraient eu plus à perdre que moi!). Je réutiliserai mes cours auprès de ma fille et des neveux et amis intéressés par l'apprentissage de l'espagnol, avec l'agréable surprise de les entendre m'en redemander.

Comme Kris restera seul ici, nous n'avons plus besoin de deux voitures. Nous allons donc vendre celle qui nous appartient. Et là, nous retrouvons les joies du MVA (Motor Vehicul Administration) et de la bureaucratie. Jamais le bon document, jamais rempli comme il faut, jamais au bon moment : never, never, never (jamais, jamais, jamais). Par contre, cette fois nous partageons ce plaisir avec notre acheteur. Que c'est bon de partager ! Il puis, il faut que je récupère mon ancien permis de conduire français. Mais lorsque je me rends au MVA, je découvre qu'il a été détruit, je ne reverrais donc jamais celui que j'avais eu avec ma photo de 18 ans ! Ils peuvent quand même me donner une photocopie. J'espère que cela va marcher en France, car celui de Maryland expire en 2015.

Pour ma dernière semaine, je propose une soirée entre expat au bowling : il y a de nombreux nouveaux arrivés, de nouveaux venus, et je les envie presque, alors que je suis prête au départ. J'ai eu la même impression lorsque j'ai vu le poste de prof que j'occupais publié sur le site du County : cela m'avait donné un sentiment étrange d'être déjà remplacée, un sentiment très étrange de presque avoir envie de restée (alors que vraiment cela ne me convenait pas)

Je suis prête à partir, à retrouver mon ancienne vie mais il y a encore tant de choses qui s'invitent dans ma vie. Lors d'un cours sur l'optimisation de l'apprentissage, j'ai découvert un site sur l'apprentissage efficace d'une langue vivante. Je suis toujours intéressée pour apprendre à communiquer avec de nouvelles personnes, ouvrir de nouveaux horizons, alors pourquoi pas le chinois, le brésilien, ou encore approfondir mon espagnol. Je découvre aussi un site pour acheter des livres numériques à des prix très intéressants. C'est grâce à une amie américaine qui peut lire jusqu'à 4 livres dans la semaine. Face aux livres, il y a ceux qui les dévorent et il y a ceux qui sont les lecteurs de la 25ème heure du 367ème jour. Moi je suis un peu entre les deux, mais je voudrais bien poursuivre des lectures en anglais mais je ne suis pas sure que les sites en question fonctionnent en France.

La dernière semaine avant le départ a un drôle de goût. Il nous faut préparer les valises qui partiront avec nous. Les placards se vident, les valises se remplissent, mais ce ne sera pas pour les vacances. Nous devons emporter avec nous tous nos affaires pour 3 saisons, vu que l'on ne sait toujours pas quand Kris rentrera, ce qui devrait s'accompagner du déménagement de l'ensemble de nos affaires. La dernière limite de son visa étant décembre 2014, nous aurons peut-être à tenir 3 saisons sans rapatriement de nos vêtements. L'entreprise à aussi réaliser que le fret aérien en décalé à un coût supplémentaire et ils nous demandent d'emporter avec nous ce que nous aurons besoin y compris avec un supplément de frais, pour ne pas utiliser le fret. Nous nous retrouvons avec 4 grosses valises ou sacs, deux sacs que nous garderons avec nous dans l'avion, plus un sac à main. Le retour promet d'être chargé ! Pour le déménagement qui aura lieu plus tard, des compagnies de déménagement doivent passer pour faire l'inventaire et l'estimation de notre déménagement. Nous commençons à nous projeter dans un futur encore bien incertain. Et encore, je n'ai pas à vivre les visites de ceux qui veulent louer la maison après votre départ et qui d'une certaine manière viennent vous signifier que votre temps est passé, que nous ne sommes plus désirés ici, qu'il vous faut passer à autre chose. J'ai vraiment besoin de faire autre chose pour ne pas ressentir le vide qui commence à s'installer en moi.

La première séparation a eu lieu en avril. C'était au YMCA. Nous venions d'annuler notre member ship (= carte de membre), et c'était le dernier jour où nous pouvions en profiter. Nous avons quitter les lieux sans regret, mais avec une pointe d’amertume peut-être, surtout parce que cela venait inaugurer le long processus de deuil qu'il nous fallait entamer. Cette dernière semaine, nous allons dire au revoir à mon amie du Connecticut venue nous rendre visite pour le Week end (elle viendra nous voir en France, nous n'avons aucun doute), la Human Society, nous y avons nos habitudes et ce ne sera pas pareil en France, nos voisins, il est prévu que nous revenions pour Halloween alors c'est n'est pas encore un adieu, la ferme équestre qui va beaucoup manqué à Flore, même si elle sait qu'elle à un centre pour l’accueillir en France, et puis le voile est tombé ce mercredi 30 Juillet, les faux semblant se sont dérobés pour laisser la place aux sentiments véritables. J'avais eu l'impression de ne faire que conceptualiser la notion de mixte feelings (sentiments mitigés) quant à notre départ. Mais ce jour là, trop de monde à dire au revoir, des hugs un peu trop serrés, des moments d'hésitations pour se séparer… et voilà, nous sommes pris par le trop plein d'émotions. J'avais pourtant pris la précaution de remplir nos dernières semaines de moments forts : des parcs d'attraction, du cheval pour Flore et de la rando pour moi, de l'accrobranche et du zipline (= tyrolienne ), voir des amis… Mais l'agitation de dernière minute n'a pas empêché le voile de tomber. D'abord après un petit Lunch avec des amies; et puis, ce fût le tour de Flore après sa dernière séance d'équitation. Malgré les promesses de rester en contact, la tristesse n'a pas pu être contenue. Nous venions de toucher les limites de nos réserves d'opacité sur la tristesse du départ.

vendredi 10 octobre 2014

Eté 2014  : prolonger encore un peu l'aventure (au moins ici on est sur que l'été sera chaud !) première partie

Ranger : ce qu'il y a de bien avec un déménagement tous les 2 ans c'est que l'on est sur de ne pas s'encombrer de choses inutiles. « déménagement tous les 2 ans, la solution à vos problème de stockage !!! ». Mais c'est fou comme cela va vite, par rapport au souvenir que j'en ai de deux ans en arrière. Le délestage précédent avait été bien fait, et fort de l'expérience précédente, nous ne nous sommes pas trop chargés depuis que nous sommes arrivés. Même les appareils électriques pourront repartir avec nous. Dernier petit tour d'horizon de la maison, pour ne laisser que ce que nous voulons emporter.

Mais bien sur, avant de partir, il me tarde de voir une dernière fois les amis. Et même si c'est toujours un moment plaisant, à cette veille de départ c'est un moment chargé de nostalgie : c'est le plus dur ! alors on essaye de se voir un dernière fois dans le même esprit que les fois d'avant pour que cela ne ressemble pas à de pathétiques « au revoir = farewell ». Je saisi toutes les occasions pour profiter de nos amis comme : Le match Germany- Brasil avec nos amis allemands qui partent dans 2 jours (j'ai bien choisi mon camp ce soir là : Allemagne 7 ; Brésil 1). Un petit coucou pour parler des vacances ; un petit Bird watching walk (=une marche pour observer les oiseaux) organisé par la commune, avec mon amie Brésilienne, une petite randonnée dans les Appalaches, une dégustation d'huile et de vinaigre ... comme si de rien n'était, comme si nous allions nous revoir le lendemain.
 
Et puis, il s'agit de tenter de profiter une dernière fois des bons côtés de notre vie ici. C'est incroyable tout ce qui tout à coup nous apparaît intéressant, et en même temps regrettable car il nous manque du temps pour en faire plus. Alors c'est le temps des regrets : tout ce que nous aurions pu faire, mais que nous n'avons pas fait. On tente alors d'en faire le plus possible. Toutes ces images que l'on veut garder en soi, toutes ces personnes que l'on veut emmener avec soi . On multiplie les visites, les randos, les activités, les soirées entre amis... C'est quand le temps commence à manquer et que tout semble se précipiter que l'on veut retenir en soi les meilleurs moments… Et puis, nous ne retrouverons pas les sweet corns que nous apprécions tant, le banana bread, le pink lemonade, le cruch (pour Flore), les Marguaritas... et bien sur l'incontournable pinut butter que nous savons utiliser à petite dose. Ce qui ne va pas nous manquer par contre, c'est le sucre dans tout : les desserts et les boissons bien sur, mais parcontre en surdose, et aussi dans les sauces, salade, barbecue, les plats préparés comme les entrées (salade de pâtes, de pomme de terre…)… Le goût original a depuis longtemps disparu. Et sincèrement, ce n'est pas seulement pour des raisons de santé mais aussi pour le plaisir du palais.
Et puis, il y a aussi nos endroits préférés : le dutch market, la ferme qui vend ses propres glaces, le dentiste, la bibliothèque, Potery by me, où l'on peut peindre des poteries... Une erreur s'est glissée dans la liste ci-dessus. Seras-tu la retrouver ?
J'essaye aussi de garder en mémoire (sur disque dur, c'est plus prudent) les musiques qui nous ont accompagnées ici et que nous ne retrouverons pas toujours en France. J'ai besoin de m'accrocher à ce qui m'a tant touché. Adieu veaux, vaches, cochons : adieux distances réduites, vacances de rêve, routes sans bouchon, étés continuellement chauds...

vendredi 3 octobre 2014

Eté 2014 à Puerto rico (port riche)

Nous aimons marquer les transitions de saisons par le démarrage de nos vacances. Cette fois, nous commencerons l'été à Puerto Rico.

Encore un paradis sur terre ! D'ailleurs, sa devise est « Isla del encanto » = île de charme. Et oui, ici nous sommes sur un territoire Américain, dont la langue principale est l'espagnol, mais nous restons aux États-Unis. Donc pas de passage de frontière.
D'un côté, on n'est pas trop dépaysé des US, mais en même temps c'est un autre monde. Il y a d'abord les ressemblances : pas de frontières à passer, même monnaie (et même prix pratiqués, à se demander comment la population locale peut faire pour vivre sachant que c'est l'endroit des USA le plus pauvre), les mêmes enseignes de magasins, les animaux morts sur la route (seul le type d'animaux change : chiens, iguanes...), les routes cabossées, les indications sur la route, les bus jaunes, le bruits des ambulances, des pompiers ou de la police...
Et puis il y a les différences : l'espagnol est parlé en premier, le rythme est celui des caraïbes (un peu comme dans notre Sud de la France, les horaires sont élastiques), les bananes sont servies à tous les repas (bananes plantains)...

Puerto Rico nous permet de goûter aux Caraïbes sans l'exposition et l'exploitation de la pauvreté qui nous rappelle à tout instant notre responsabilité face au monde qui nous entoure. Je crois que je suis faites pour les Caraïbes, et en même temps, c'est bien petit, moi qui aime les grands espaces. J'aime la chaleur des tropiques, mais avec une petite brise marine qui vient nous rafraichir. J'aime la mer chaude, où nous n'avons pas à nous poser de question lorsque l'on veut se baigner. Comment vais-je faire pour retrouver la méditerranée, pire l'Atlantique ?

Puerto Rico, c'est la garanti de bonnes surprises : laisser la magie opérer ! Mais pour vivre des moments magiques, il faut :
- provoquer l'évènement sans trop espérer (à n'en pas douter cela à moins de chance se produire si on reste toujours au même endroit!!!);
- être là au bon moment (ce qui suppose d'être réactif et de se lever la nuit pour voir une tortue luth venir pondre sur la plage) ;
- accepter de se laisser surprendre (il faut aimer les surprises).

Nous avons donc :
- eu la chance de voir une tortue luth venir pondre sur la plage en pleine nuit ;
- eu le plaisir de plongée sur un tombant fantastique appelé « the wall » = le mur ;
- pu célébrer la fête nationale du 4 juillet sur un kayak dans la bay fluorescente avec un double feu d'artifice : le premier est humain et ressemble à tous ceux que l'on a déjà vus quelque soit notre emplacement dans le monde; le deuxième est animal et se révèle à la surface de l'eau au gré du mouvement de nos kayaks et de nos mains. Celui-ci est unique ;
- pu réussir à maintenir le cap de nos contrastes chéris : sur cette petite île, nous pouvons dans la même journée nous promener dans une forêt sèche aux accents rêches et secs et dans une forêt tropicale luxuriante aux couleurs resplendissantes.

Puerto Rico ressemble en journée à un champ de coquelicots géants, vu que la taille des coquelicots est celle des arbres aux belles couleurs rouge-orangées. Nous avons bien fait de programmer notre séjour en juin, mois illuminé par les floraisons...
En soirée, les rues ne sont éclairées que par une faible lumière tamisée, suffisante pour voir son chemin, mais pas trop lumineuse pour laisser à la lune et aux étoiles toutes leur chance de briller, à condition qu'il n'y ait pas trop de nuages car il y a quand même quelques orages à cette période de début de saison humide. Par contre, la lumière naturelle du ciel n'est peut-être pas suffisante pour éviter les trous que l'on rencontre sur les routes principales. C'est sans doute pour cela que beaucoup de locaux roulent sur la bande d'arrêt d'urgence... Soyez avertis, une bande d'arrêt d'urgence porte bien mal son nom car il ne s'agit nullement de s'arrêter et encore moins en urgence...

Dans ce département américain, la fête nationale est célébrée comme partout ailleurs dans les États-Unis, le 4 juillet. Mais cette fête nationale ici, a des accents coloniaux. Je le rappelle, la fête nationale américaine célèbre l'indépendance des USA. Mais lorsque l'on se trouve à Puerto Rico, et que l'on a la chance de pouvoir rencontrer et discuter avec des locaux, on se demande de quelle indépendance il s'agit. La fête nationale a sans -t-il un petit goût amer. (*)

C'est décidé, pour les prochaines vacances, je me fais une liste des choses à emporter. Je n'aime pas faire les valises et nous avons simplement oublié l'appareil photos et les jumelles, rien de fondamentale, mais tout de même...

Dernière petite découverte avant de rentrer : lors de ce voyage, nous avons célébré les vertus des fruits et légumes et réalisé les limites du régime bananes. C'est très bon les bananes, qui en plus sont remplies de qualités nutritionnelles, mais en régime cela pèse un peu sur l'estomac. En rentrant, promis, je m'informe sur chaque aliment et leurs conséquences sur la santé et les dérèglements du corps humain.


* Puerto Rico, sous le gouvernement Espagnol depuis le deuxième voyage de Christophe Collomb en 1493, a été annexé par les USA en 1898, (Spain was forced by the United States to cede the island following the Spanish–American War, under the terms of the Treaty of Paris. : l'Espagne a été forcé de céder l'île à la suite de la guerre Américano-Espagnol, sous les termes du traité de Paris)
Aujourd'hui, c'est un des départements le plus pauvre des USA.

vendredi 26 septembre 2014

One more day in paradise = un autre jour au paradis (second part)

C'est difficile de décrire tous mes étonnements tellement je me suis sentie prise dans un tourbillon de nouveauté. Je ne peux retranscrire que quelque uns qui ont sans aucun doute laissé des traces dans ma mémoire.

Une salle de classe où l'on rentre comme dans un moulin. La classe n'a pas de fenêtre, et la vitre sur la porte a été calfeutrée par mesure de sécurité (en cas d'intrusion, nous avons la consigne de fermer la lumière, faire silence pour ne pas nous faire repérer). La porte est fermée de l'extérieur et seule une personne munie de la clef peut rentrer. Les élèves qui ont à sortir (toilettes, RDV…) doivent frapper avant de rentrer. Par contre, quelques personnes de l'établissement ont un passe et quelle n'est pas ma surprise de voir arriver sans crier garde (c'est à dire sans aucun avertissement, même pas un bruit annonciateur sur la porte) des personnes qui viennent observer. Il y a eu bien sur le principal, mais aussi une prof qui soutient les profs dans leur mission (lead teacher), les directeurs adjoints, la personne qui supervise les profs de langue. Ils s'installent sans bruit, et repartent parfois seulement après quelques minutes. Est-ce pour m'observer ? Pour rappeler aux élèves leur présence ? Si je suis surprise par le procédé, je n'en reste pas moins concentrer sur les élèves ce qui me demande bien assez d'énergie déjà. Sans doute la première fois, me suis-je interrompue pour demander s'il/elle avait besoin de quelque chose, puis je me suis habituée à ce défilé d'adultes dans la classe. Je n'ai jamais su vraiment comment l'interpréter, car cela touche à la culture des établissements scolaires. J'ai été prise entre un sentiment mixte de flicage ou de soutien (car pas plus que moi, les élèves ne savaient à quand s'attendre à l'arrivée d'une personne figurant l'autorité). A l'école primaire dans laquelle j'intervenais comme bénévole, les portes des classes étaient ouvertes ce qui ne donnait pas le même sentiment d'inspection/intrusion.

Les Bahamas en passant par l'Alaska. L'hiver 2014 a été particulièrement rigoureux, et les températures extrêmes en froid assez fréquentes. Le vent venait très souvent glacé le peu de chaleur que nous pouvions espérer du soleil. C'est assez bien l'image que je me fais des températures de l'Alaska. C'est pourquoi, je n'hésitais pas à me couvrir chaudement. Par contre, j'ai très vite réalisée que dans ma petite salle de classe remplie d'élèves, et dans laquelle je m'agitais pour essayer d'enseigner et de faire respecter un minimum de règles de vie commune, les températures estivales dignes d'un mois de juillet aux Bahamas me guétaient. C'est pourquoi, j'ai très vite appris à porter aussi des tee-shirts à manches courtes pour ne pas risquer une transpiration excessive. C'est pourquoi, j'ai eu l'impression de me rendre aux Bahamas, en passant par l'Alaska, mais sans jamais toucher de près ou de loin à la notion de vacances !!!

La ronde des toilettes. Dans un collège aux USA, il y a très peu de breaks (récrés). Les élèves passent d'une classes à l’autre dans un temps minuté, ce qui laisse peu de temps pour se rendre aux toilettes ou pour aller boire à la fontaine. Alors, les élèves sont autorisés à quitter la classe pour cela, d'autant que très souvent ils arrivent en cours de langue après un cours de gym. Mais bien sur, cela donne lieu à de nombreux abus par les élèves les moins motivés. Et en tout état de cause, cela dérange l'enseignement car il faut gérer cette ronde des toilettes, qui en fin de journée est absolument incessante. Comme cela risque d'entrainer un embouteillage favorable à la dispersion des élèves, ils ne sont autorisés à s'y rendre qu'un seul à la fois, ce qui demande une certaine organisation pour gérer le flux . J'ai mis un certain temps à trouver la bonne solution, mais je crois qu'il n'y en a pas pour ceux qui de toute façon utilisent ce privilège comme un moyen d'échapper à la contrainte de l'apprentissage. Il y a eu parfois aussi certains débordements, et il fallait appeler la direction à notre secours (difficile d'enseigner toute une classe quand il faut aussi surveiller ce qui se passe dans les toilettes de proximité). Mais comment interdire l'accès aux toilettes quand on sait le peu de temps consacrer à cette activité !

La peur de certains mots en anglais. J'ai appris à me méfier de la prononciation de certains mots d'une autre langue qui peuvent être tricky (=épineuse, dangereuse) surtout lorsque l'on est pressé, et que l'on a en face de soi un auditoir près à se jeter sur le moindre dérapage : à ne pas confondre beach (plage) and bitch, focus (se concentrer) and fuck us, sheet of paper (une feuille de papier) and shit of paper (si vous ne les connaissez déjà, je vous laisse le plaisir d'aller chercher vous-même les traductions des mots que vous ne voulez pas prononcez dans une salle de classe).

La densité des problématiques de comportement. Beaucoup d'élèves présentent des difficultés, des problèmes, un mal-être, sont classés hyperactifs, dépressifs, voire d'autres pathologies un peu énigmatiques pour moi qui ne maîtrise pas le langage des sigles... Il y a eu beaucoup d'hospitalisation pendant cette année, pour dépression, pour évaluation, pour réajustement du traitement... En même temps, lorsque l'on connait le lien entre sucre et hyperactivité, il y a des choses qui n'étonnent plus.

Des miracles aux mirages. Et puis il y a eu aussi des bons moments : des cours qui se sont bien passés, sans incidents majeurs, et où l'enseignement s'est révélé un moment agréable, avec même beaucoup de rigolades. Malheureusement, le transfert de ces bons moments sur les classes suivantes ne s'est pas révélé évident. En effet, en sortant d'un de ces moments, j'avais l'illusion (sans doute entretenu par un secret espoir) que cela pourrait avoir des incidences sur les autres cours. Mais cela n'a pas été le cas. De même, j'ai eu parfois d'agréables surprises de voir des élèves particulièrement récalcitrants, tout à coup s'animer, s'intéresser, des classes entières se discipliner. Mais cela ne durait bien souvent que le temps d'une classe. Et pourtant ce n'était pas faute de récompenser ces comportements, de les reconnaître et de les valoriser. Et puis, j'avais tout simplement la naïve pensée qu'un moment intéressant serait un moment que chacun voudrait renouveler. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, c'était sans compter que certaines personnes sont plus effrayées à l'idée de réussir que d'échouer, certains se reconnaissent mieux dans un rôle de pitre que dans un rôle de bon élève.

Les donations ininterrompues. Toute les semaines, il y a une souscription pour une cause (les élèves et profs sont autorisés à porter certains vêtements, à condition d'avoir côtiser pour la cause de la semaine). A cela, se rajoute des mails réguliers qui sollicitent des dons pour un problème en particulier : une famille à besoin de boites de céréales car elle est à cours de réserves alimentaires, un jeune à des frais liés à une maladie grave… Il y a des causes générales : le cancer du sein, l'autisme… Parfois, il y a des personnes qui font des demandes personnelles : des élèves qui veulent se payer le voyage éducatif au parc du Yellow Stone, le prof dont le beau fils fait une collecte dans un restaurant pour sa rentrée à l'université... Il y a toujours une bonne cause, mais cela devient vraiment too much, alors je vais devenir sélective, notamment pour une collègue qui vient d'apprendre qu'elle a un cancer et dont l'assurance ne couvre pas tous les frais. Cela m'indigne. Elle est jeune, le malheur l'atteint de façon très injuste et l'assurance maladie ne l'aide pas dans son combat ; Une élève extrèmement méritante qui n'a pas les fonds pour participer au voyage de fin d'année ; une famille qui n'a plus les moyens de se nourrir… Dans la sélection des causes, ils feront partis des élus. Je pense toutefois que les établissements scolaires sont plus touchés que d'autres organisations, car quand je me renseigne auprès de Kris, il n'a pas ce sentiment d’asphyxie par les donations. Peut-être est-ce que les établissements scolaires veulent promouvoir l'enseignement de la générosité. En la matière, je pense que le trop de sollicitations asphyxie l'envie de participer. J'ai eu parfois l'impression d'être prisonnière d'un système qui entretient les inégalités. Et j'ai eu aussi le sentiment que ma responsabilité était immense face à sélection, mais aussi face à l'injustice des choix à faire.

Pour une réforme du système. La direction du collège a réfléchi à une nouvelle organisation des langues étrangères pour l'année prochaine car après une personne qui ait démissionné et une prof qui s'en sortait à peine, ils se sont sans doute rendus compte qu'il pourrait y avoir des aménagements à faire. Je n'ai bien sûr pas du tout été consultée pour ces changements. Il est vrai que je ne n'étais là que pour enseigner, pas pour penser la meilleure organisation de l'enseignement des langues. Il y a des fois, je me demande quand même comment est organisée notre société, entre ceux qui pensent et ceux qui exécutent. Je ne pense pas pour autant que ce soient aux prof à prendre toutes les décisions, mais au moins à être consultés sur leurs ressentis, leurs difficultés, leurs points d'appui, leur expertise sur les meilleures conditions pour l'apprentissage d'une langue étrangère, puisqu'il ne faut pas oublier que chacun d'eux à eu un jour à apprendre la langue en question et souvent en immersion totale.

Je compte les jours d'école en présence des élèves. Je ne suis pas sur que cela aide car l'avant dernière semaine et même la dernière sont particulièrement difficiles. En effet je suis peu motivée, et même les activités plus ludiques ne les satisfont pas. Cela me fait réaliser que pour être enseignant, il faut avoir de solides assisses personnelles, une vie riche à l’extérieure et être armés pour la discipline. Je pense aussi que ce ne sont les meilleurs élèves qui font les meilleurs profs. Je pense que j'ai été plus efficace à enseigner l'Espagnol car il m'avait fallu moi aussi l'apprendre et je connaissais les difficultes de la langue. Par contre, en français, j'avais parfois bien du mal à expliquer ce qui avait toujours été une évidence pour moi.

12 juin 2014, l'école vient de finir pour les élèves, et la coupe du monde de foot vient de démarrer au Brésil. Mes amies brésilienne n'oublieront pas de venir célébrer la fin du travail pour moi. Merci Ju et Marie, vous êtes mes plus grandes supportrices... je pense pour elles, qu'il valait mieux qu'elles me supportent moi que leur équipe nationale, vu le sort qu'elle a subit en demi-final !!! Vive les vacence, adieux les pénitances, les cahiet aux feu, les élèves au milieu (après avoir subit les feux de l'enfer, les élèves peuvent bien à leur tour garnir les feux de la St Jean!!!).

vendredi 19 septembre 2014

One more day in paradise = un autre jour au paradis (first part)

J'ai musclé ma machoire à macher du chewing gum toute le journée pour avoir une haleine respectable ; j'ai musclé mes fessiers à rester debout toute une classe (6 classes par jours) ; j'ai appris à parler fort pour me faire entendre par des étudiants qui pouvaient parler plus fort que moi ; j'ai appris à utiliser des technologies qui ne m'étaient pas très familières (j'ai beaucoup aimé présenter mes cours sur power point) ; j'ai appris à manger le repas de midi à 10:40 ; j'ai appris à m'organiser pour ne rien oublier (12 classes, 260 élèves, des corrections, des élèves qui veulent refaire le test qu'ils ont ratés et j'ai évité les devoirs à la maison qui revenaient pour plus de la moitié jamais...) ; j'ai appris à détester faire des corrections ; j'ai appris à apprécier les longs après-midi (je termine à 14h30 auprès des élèves, et même s'il reste du travail, l'après-midi est long) ; j'ai appris à compter les jours qui restaient avant la fin de l'année ; j'ai confirmé que ce qui compte dans les rencontres ce n'est pas l'origine de chacun, l'âge, mais c'est de partager les mêmes valeur ; j'ai appris à me lever le matin en me disant « one more day in Paradis », ou un jour de plus au paradis ; j'ai su ce que c'était d'aller travailler tous les matins en ne voulant pas y aller... Mais ce qu'il restera de tout cela, ce sont des élèves vraiment extraordinaires avec pourtant parfois des vies difficiles (cela a été un honneur d'être votre enseignante, comme je l'écrirai dans leur year book), des collègues qui m'ont vraiment aidée, des journées à parler anglais en continue, un espagnol rafraichi, un français sans faute (pour cela ce n'est pas encore gagné, car mes fautes à moi elles ont du sens !!!) : je n'aurai au moins pas perdu mon temps.

J'ai aussi élaboré un kit de survie pour prof de langues, debutant en zone difficile aux US :
- faire la chase aux odeurs, être toujours impecable, mais ne pas attendre la réciproque auprès des élèves.
- ne pas fonder trop d'espoir sur l'intérêt pour les langues étrangères aux USA (combien d'élèves vont un jour s'en servir ? En Europe, à trois heures de chez soi, on est bien souvent dans un pays qui ne parle plus la même langue que nous ! Alors cela change la perspective des langues étrangères).
- avoir une bonne santé physique et mentale, avoir des lieux ressources à l'exterieur de l'école
- toujours avoir en tête que quoique l'on fasse, ce n'est jamais bien. En fin d'année, à leur demande je les ai fait regarder tintin, mais ce jour là, pour certains cela n'allait pas ; j'ai voulu organiser un échange de nourriture internationale, encore une fois à leur demande, j'ai été la seule (à part une autre élève dans une classe) à apporter quelque chose. Alors, l'important c'est au moins de se faire plaisir et de se concentrer sur les élèves pour qui tout est toujours bien (heureusement, il y en a quelque uns). Mais ce n'est pas facile.

Il y a une classe d'espagnol avec laquelle j'ai pris du plaisir à travailler et pourtant elle présentait des facteurs à risque : 30 élèves (le maximum possible dans ma petite salle), 7th grade (5ème qui ont vraiment expérimenter leur pouvoir sans avoir encore touché les limites), Espagnol (j'ai longtemps résistée à ne pas stygmatiser les classes d'espagnol au profit de celle de français, mais il faut bien se rendre à l'évidence : pour un américain de collège, de surcroit à Hagerstown, choisir français plutôt qu'espagnol, cela indique déjà des choses sur votre personnalité et votre comportement, même si j'ai relativisé cette notion avec certains d'entre eux). C'était il est vrai assez bruyant, mais la plupart travaillaient, étaient respectueux, polis, et pour ceux qui testaient les limites, il suffisait de quelques rappels à l'ordre. Des fois je me suis mise à rêver que si j'avais eu le pouvoir de multiplier les classes, comme en son temps il avait été possible de multiplier les pains, c'est celle-ci qui aurait servie de modele. Il y a eu aussi une classe de 8ème de français et pour les 6ème, il y a toujours eu une classe parmis 4 avec laquelle c'était plus interessant de travailler. 3 classes sur 12, imaginer mes journées...
Et sinon, j'ai eu à me battre pour faire respecter les règles de base : ne pas parler en même temps que vous ou qu'un autre élève, avoir un ton de voix assez bas pour ne pas déranger les autres, ne pas prendre sans autorisation (y compris dans mes affaires), demander pour quelque chose (un papier crayon, aller aux toilettes), ne pas s'endormir en cours, travailler pour espérer apprendre quelque chose, venir avec au minimum un crayon à papier (en 6ème, j'ai même gardé leur dossier dans la classe pour être sure qu'il le retrouve à la classe suivante, mais cela aurait pu être vrai pour certains 5ème et 4ème)... Je me suis battue pour expliquer des notions de français ou d'espagnol tant la classe était bruyante. Il y a les élèves qui ne tiennent pas en place et qui demandent sans arrêt quelque chose, en intérrompant le cours de la classe par leur insistance «  I need to go to the bathroom, it is an emergency, I am going to pee my pants = je dois aller aux toilettes, c'est une urgence, je vais faire pipi dans mon pantalon », et lorsque vous maintenez fermement le non car l'élève a vraiment trop abusé, à la sonnerie de la fin de la classe, comme par enchantement il n'a plus du tout envie et ne se rend même pas aux toilettes... D'autre part, j'ai rapidemment compris que si je donnais les notes qui correspondent à leurs réalisations, leur travail, un bon nombre ne réussiront pas à dépasser 70 % (minimum pour passer votre classe). En même temps, ils n'écoutent absolument pas en classe, ne participent pas, jettent par terre les documents que vous leur donner, donc rien de surprenant à leurs résultats. Mais voilà, vous pouvez vous retrouver avec un mail qui vous demande d'accompagner pendant votre temps de préparation les élèves qui par ailleurs dans les autres classes passent. Mais pendant mon temps de préparation je n'ai pas envie de me retrouver à faire rattrapper à des élèves qui ne s'intéressent d'aucune manière à votre enseignement. Combien de fois je me suis demandée comment ils s'étaient retrouvés là, alors que les langues ne sont pas obligatoires après la 5ème, mais il faut que chaque élève soit occupé et comme très souvent ces même élèves ne s'intéressent pas plus à la musique, le chant, l'art, ils se sont retrouvés en langue un peu par hasard. Et l'ironie, c'est que en même temps, les consignes de l'enseignement des langues, c'est de ne parler que la langue étrangère et de demander aux élèves d'apprendre des phrases pour faire des demandes : ¿ puerdo ir al bano por favor ?(est-ce que je peux aller aux toilettes?), en immersion complète comme lors de l'apprentissage de la langue maternelle. Mais pour expliquer les adverbes, je ne suis pas sûre que le français aurait suffit, d'autant que leur connaissance de la grammaire est très limitée (la notion de sujet et de verbe c'est déjà une autre langue, ce qui ne rend pas l'enseignement de la conjugaison très aisée).

Cela a vraiment été une expérience difficile car je ne suis pas faite pour être prof de collège. En même temps, je suis arrivée avec quelques boulets au pied :
- la prof précédente a démissionné et leur a laissé entendre que c'était de leur faute.
-la prof de l'année précédente avait été fort appréciée.
- mon espagnol était un peu rustique et mon anglais parfois hésitant.
- un collège, c'est la période de vie pour les élèves qui correspond à la découverte de leur pouvoir sans en avoir encore pleinement mesurer les limites. Et puis aussi, ils ont bien d'autres préoccupations que celle d'apprendre les règles de grammaire.
- quelques élèves avaient à cœur de me faire craquer, sans doute pour expérimenter leur pouvoir, et sans doute aussi pour masquer leur propre impuissance dans la vie (il y avaient quelques situations vraiment effrayantes).
- une zone difficile : systématiquement, lorsque les gens me demandaient où je travaillais, leur réflexe à l'énoncer du nom du collège était de me plaindre !!!