Il
y a des matins ou l'on voudrait que le soleil ne ce soit pas levé,
ou l'on voudrait effacer les traces de ce qui a été vécu entre le
réveil et le couché . Mais parfois, ce sont des semaines que l'on
voudrait effacer. Lundi 25 août, le test pour Flore à l'école
internationale. 4 heures consécutives de tests (un en anglais, un en
maths mais en anglais et un de français), puis un quart d'heure d'un
entretien à l'oral. Je stresse car je pense que cette école est
vraiment bien pour son ouverture à l'autre. Ce jour là, de
nombreuses langues sont parlées. J'utiliserai ce temps libre pour
moi pour aller voir la directrice de l'établissement où je
travaille pour évoquer ma rentrée. J'ai l'impression que peu de
choses ont changées, surtout les choses les moins agréables. Cela
sera confirmé le lendemain, premier jour de rentrée avec une
réunion générale. Les mêmes tics de langage, les mêmes
problèmes, les mêmes rappels à l'ordre, les mêmes places autour
de la table… Le mercredi j'aurai une mammographie de routine à
faire. Même si je ne suis pas spécialement anxieuse, ce n'est pas
un examen très agréable, d'autant que le médecin souhaite faire
une échographie complémentaire car j'ai oublié mes anciennes
radios. Les échographies des seins c'est un appel au meurtre de la
sensualité. Entre le rouleur compresseur de la radio, le produit
gélatineux déposé en gerbe sur les seins, et le médecin qui passe
son instrument d'écho en appuyant fort sans vous regarder… vous
pouvez dire adieu à la dimension sensuelle. Il n'y a rien d'agréable
dans une échographie des seins ! Mais bon, je n'ai rien, ce qui
est en soi suffisant pour se détendre. Mais j'ai à peine le temps
car je dois aller chercher Flore que j'ai déposé chez des amis un
peu loin de Lyon, et comme elle a un rendez-vous chez
l'orthodontiste, il nous faudra nous dépêcher. Pour elle, par
contre tout va bien car elle est encore en vacances et elle va
ensuite chez une autre amie, puis encore une autre, tandis que je
serais au travail. Les premières journées de reprises de mes
fonctions, sont éprouvantes. On reprend le travail là où ils l'ont
arrêté avant les vacances sauf que les miennes ont duré deux ans.
De plus l'organisation de ma collègue remplaçante ne me paraît pas
des plus efficace et je ne retrouve pas les informations importantes
dont j'ai besoin ce jour là pour me repérer. J'ai donc l'impression
d'être toujours décalée. Dans mon cerveau c'est comme un bouillonnement d'informations que je n'arrive pas à classer. Je sais
aussi que je ne suis pas aidée par l'attente anxieuse des résultats
de Flore pour la nouvelle école. Il me faudra plusieurs jours pour
retrouver mes marques. Heureusement l'accueil des collègues est très
agréable et celui de enfants exceptionnel. Ils sont heureux de me
retrouver et sont fiers de me montrer qu'ils ont grandi. Ces enfants,
malgré leurs difficultés, leur handicaps seront les ambassadeurs de
la bonne humeur. Ce jour là, ce sont eux qui me font du bien, qui
m'aident à surmonter ma déprime du moment.
Et
voilà, j'appelle l'école internationale. Il n'y aura pas de place
pour Flore malgré ses bons résultats au test (elle est 3ème sur
liste d'attente). Je suis dépitée mais je n'ai pas le temps de me
laisser aller. Cela veut dire qu'il faut que je rappelle l'autre
école que nous avions contactée pour inscrire Flore.
L'organisation va être beaucoup plus compliquée. Je suis vraiment
déçue, mais en plus je vois tous les tracas du quotidien qu'il va
nous falloir gérer car nous nous étions installées en fonction de
la première école. Bien sur nous nous rapprochons de notre ancienne
maison mais qui n'ait pas encore disponible. Et bien sur tout le
monde veut savoir ses résultats, ce qui me rappelle à chaque fois
qu'elle n'a pas été prise. Cette semaine n'aura pas été
heureuse ! Et dans ces moments là, il ne sert à rien de savoir
qu'il y a beaucoup plus grave comme situation, que ce ne sont que des
problèmes mineurs, car il s'agit de vivre le deuil d'une situation
rêvée à laquelle il faut renoncer, déjà qu'il nous a fallut
faire un travail de deuil de nos deux années passées aux USA. Cette
école, cela aurait été comme un prolongement... Mais il n'aura
pas lieu. Cette semaine là, je n'aime pas la France.
Parfois
aussi, avec la reprise presque à l'identique de mon travail (même
travail, mêmes collègues, mêmes horaires…), j'ai l'impression
étrange de ne pas être partie. Un jour à table, je suis surprise
d'entendre mes collègues évoquer des stéréotypies sur les
américains comme si je n'étais pas là car à aucun moment ils ne
me demandent ce que j'en pense alors que j'en reviens et que je l'ai
vécu de l'intérieur. Cela me donne l'impression que ces deux ans
n'ont pas comptées. Les français restent plantés dans leurs
certitudes et leurs croyances profondes, peu prêtes au changement.
J'ai toujours beaucoup de mal à entendre un non français critiqué
la France, baser leur jugement sur des stéréotypies bien ancrées.
Aujourd'hui, ce sont les critiques des USA qui m'exaspèrent. Je n'ai
même pas envie d'en parler, de les détromper, de leur demander
d'ouvrir leur esprit. Je suis seulement lucide sur la situation :
je vais avoir beaucoup de mal à me joindre à leur discussion !
Je
n'aurai pas cru que le retour soit aussi difficile, à certains
moments j'avais l'impression d'un tourbillon incessant dans ma tête,
d'un sentiment d'être sans cesse décalée, avec mille choses à
gérer. J'ai compris ici que l'absence de lieu stable d'habitation,
de cocon protecteur, d'îlot de décompression était un vrai frein à
l'équilibre personnel et au bien être. Mais là encore, nous
n'avons pas manqué de chaleur compensatrice à travers l'amitié et
la famille. J'avais l'impression de leur demander tant et leur
réponse était si naturelle, comme si cela allait de soi de nous prêter un appartement en ville sans date butoir, d'accueillir notre
fille avant ou après l'école tous les jours, de se porter caution
dans notre quête d'un logement à nous, de me soigner une dent dont
la couronne venait de sauter, après les heures de travail... Et tout
cela gratuitement, sans rien attendre en échange, de façon
complètement désintéressée. Je n'ai jamais autant compris les
valeurs de « fraternité » (liberté, égalité, F.) de
notre cher pays. Ne les oublions pas, elles sont notre richesse nationale,
notre patrimoine commun le plus précieux.
Ode
à l'amitié :
à
toi mon ami, mon frère...
tu
es mon âme, mon mythe, mon tiers
Comment
t'écrire ce que je ne peux te dire ?
alors
je décline Âme
qui éclaircie le ciel,
de
ces nuages lourds encombrant l'atmosphère
je
décline Mythes,
aux accents millénaires
qui
relient les hommes à jamais immortels
je
décline tiers
qui sépare de la dyade,
et
donne un souffle neuf pour une nouvelle pléiade
à
toi
qui m'a ouvert les bras, et offert ton sourire
tu
es comme une Terre
qui sauve du naufrage,
l'étranger
apatride, errant et sans bagage,
qui
cherche des racines aux autres
à venir.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire