Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 31 octobre 2014

La rentrée : le retour à une vie ordinaire (fin Août 2014)

Il y a des matins ou l'on voudrait que le soleil ne ce soit pas levé, ou l'on voudrait effacer les traces de ce qui a été vécu entre le réveil et le couché . Mais parfois, ce sont des semaines que l'on voudrait effacer. Lundi 25 août, le test pour Flore à l'école internationale. 4 heures consécutives de tests (un en anglais, un en maths mais en anglais et un de français), puis un quart d'heure d'un entretien à l'oral. Je stresse car je pense que cette école est vraiment bien pour son ouverture à l'autre. Ce jour là, de nombreuses langues sont parlées. J'utiliserai ce temps libre pour moi pour aller voir la directrice de l'établissement où je travaille pour évoquer ma rentrée. J'ai l'impression que peu de choses ont changées, surtout les choses les moins agréables. Cela sera confirmé le lendemain, premier jour de rentrée avec une réunion générale. Les mêmes tics de langage, les mêmes problèmes, les mêmes rappels à l'ordre, les mêmes places autour de la table… Le mercredi j'aurai une mammographie de routine à faire. Même si je ne suis pas spécialement anxieuse, ce n'est pas un examen très agréable, d'autant que le médecin souhaite faire une échographie complémentaire car j'ai oublié mes anciennes radios. Les échographies des seins c'est un appel au meurtre de la sensualité. Entre le rouleur compresseur de la radio, le produit gélatineux déposé en gerbe sur les seins, et le médecin qui passe son instrument d'écho en appuyant fort sans vous regarder… vous pouvez dire adieu à la dimension sensuelle. Il n'y a rien d'agréable dans une échographie des seins ! Mais bon, je n'ai rien, ce qui est en soi suffisant pour se détendre. Mais j'ai à peine le temps car je dois aller chercher Flore que j'ai déposé chez des amis un peu loin de Lyon, et comme elle a un rendez-vous chez l'orthodontiste, il nous faudra nous dépêcher. Pour elle, par contre tout va bien car elle est encore en vacances et elle va ensuite chez une autre amie, puis encore une autre, tandis que je serais au travail. Les premières journées de reprises de mes fonctions, sont éprouvantes. On reprend le travail là où ils l'ont arrêté avant les vacances sauf que les miennes ont duré deux ans. De plus l'organisation de ma collègue remplaçante ne me paraît pas des plus efficace et je ne retrouve pas les informations importantes dont j'ai besoin ce jour là pour me repérer. J'ai donc l'impression d'être toujours décalée. Dans mon cerveau c'est comme un bouillonnement d'informations que je n'arrive pas à classer. Je sais aussi que je ne suis pas aidée par l'attente anxieuse des résultats de Flore pour la nouvelle école. Il me faudra plusieurs jours pour retrouver mes marques. Heureusement l'accueil des collègues est très agréable et celui de enfants exceptionnel. Ils sont heureux de me retrouver et sont fiers de me montrer qu'ils ont grandi. Ces enfants, malgré leurs difficultés, leur handicaps seront les ambassadeurs de la bonne humeur. Ce jour là, ce sont eux qui me font du bien, qui m'aident à surmonter ma déprime du moment.

Et voilà, j'appelle l'école internationale. Il n'y aura pas de place pour Flore malgré ses bons résultats au test (elle est 3ème sur liste d'attente). Je suis dépitée mais je n'ai pas le temps de me laisser aller. Cela veut dire qu'il faut que je rappelle l'autre école que nous avions contactée pour inscrire Flore. L'organisation va être beaucoup plus compliquée. Je suis vraiment déçue, mais en plus je vois tous les tracas du quotidien qu'il va nous falloir gérer car nous nous étions installées en fonction de la première école. Bien sur nous nous rapprochons de notre ancienne maison mais qui n'ait pas encore disponible. Et bien sur tout le monde veut savoir ses résultats, ce qui me rappelle à chaque fois qu'elle n'a pas été prise. Cette semaine n'aura pas été heureuse ! Et dans ces moments là, il ne sert à rien de savoir qu'il y a beaucoup plus grave comme situation, que ce ne sont que des problèmes mineurs, car il s'agit de vivre le deuil d'une situation rêvée à laquelle il faut renoncer, déjà qu'il nous a fallut faire un travail de deuil de nos deux années passées aux USA. Cette école, cela aurait été comme un prolongement... Mais il n'aura pas lieu. Cette semaine là, je n'aime pas la France.

Parfois aussi, avec la reprise presque à l'identique de mon travail (même travail, mêmes collègues, mêmes horaires…), j'ai l'impression étrange de ne pas être partie. Un jour à table, je suis surprise d'entendre mes collègues évoquer des stéréotypies sur les américains comme si je n'étais pas là car à aucun moment ils ne me demandent ce que j'en pense alors que j'en reviens et que je l'ai vécu de l'intérieur. Cela me donne l'impression que ces deux ans n'ont pas comptées. Les français restent plantés dans leurs certitudes et leurs croyances profondes, peu prêtes au changement. J'ai toujours beaucoup de mal à entendre un non français critiqué la France, baser leur jugement sur des stéréotypies bien ancrées. Aujourd'hui, ce sont les critiques des USA qui m'exaspèrent. Je n'ai même pas envie d'en parler, de les détromper, de leur demander d'ouvrir leur esprit. Je suis seulement lucide sur la situation : je vais avoir beaucoup de mal à me joindre à leur discussion !

Je n'aurai pas cru que le retour soit aussi difficile, à certains moments j'avais l'impression d'un tourbillon incessant dans ma tête, d'un sentiment d'être sans cesse décalée, avec mille choses à gérer. J'ai compris ici que l'absence de lieu stable d'habitation, de cocon protecteur, d'îlot de décompression était un vrai frein à l'équilibre personnel et au bien être. Mais là encore, nous n'avons pas manqué de chaleur compensatrice à travers l'amitié et la famille. J'avais l'impression de leur demander tant et leur réponse était si naturelle, comme si cela allait de soi de nous prêter un appartement en ville sans date butoir, d'accueillir notre fille avant ou après l'école tous les jours, de se porter caution dans notre quête d'un logement à nous, de me soigner une dent dont la couronne venait de sauter, après les heures de travail... Et tout cela gratuitement, sans rien attendre en échange, de façon complètement désintéressée. Je n'ai jamais autant compris les valeurs de « fraternité » (liberté, égalité, F.) de notre cher pays. Ne les oublions pas, elles sont notre richesse nationale, notre patrimoine commun le plus précieux.

Ode à l'amitié :

à toi mon ami, mon frère...
tu es mon âme, mon mythe, mon tiers
Comment t'écrire ce que je ne peux te dire ?
alors je décline Âme qui éclaircie le ciel,
de ces nuages lourds encombrant l'atmosphère
je décline Mythes, aux accents millénaires
qui relient les hommes à jamais immortels
je décline tiers qui sépare de la dyade,
et donne un souffle neuf pour une nouvelle pléiade

à toi qui m'a ouvert les bras, et offert ton sourire
tu es comme une Terre qui sauve du naufrage,
l'étranger apatride, errant et sans bagage,
qui cherche des racines aux autres à venir.

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