Cette
fois nous passerons par Munich pour notre vol retour, Londres ne nous
réservera pas ses nuages. Par contre, je n'ai pas emporté mon
nouveau code de carte bleue française, ma carte américaine ne sera
pas acceptée dans le café ou j'essaye de prendre du expresso, et
je n'ai ni euro, ni dollars. L'expresso restera sur le comptoir.
Quel gâchis, moi qui voulait m'offrir un petit plaisir lié au retour
sur nos terres ! Nous passerons la douane en Allemagne. Je
regrette l'accueil souriant du douanier français !
Pour
commencer nous logeons chez mes parents. Je suis un peu inquiète de
les retrouver car j'ai peur de l'évolution de leur situation
personnelle. Finalement, même si des choses ont encore un peu
évoluée, il y a aussi des choses qui se sont installés et la
routine à pris le pas sur l'affrontement douloureux à la nouveauté
de la situation. Je trouve que le climat s'est apaisé, et j'aurai
plus de plaisir à rester auprès d'eux.
Chez
mes parents, j'ai le plaisir de retrouver ses chers paysages
français : cette vaste plaine dégagée, qui offre au ciel une
large place. En arrière fond, les montagnes des Alpes se devinent,
tels des géants fantomatiques tout juste sortis de terre. J'aime à
regarder ce paysage qui m'a vu grandir et qui m’accueille de nouveau
sans trace de rancune. J'ai envie de retrouver les sensations
éprouvées lors de mes randonnées dans les Appalaches. Alors je
décide d'aller marcher. En France, l'une des particularité des
chemins et parfois même des petites routes de campagne, c'est qu'ils mènent systématiquement à un enclos avec des barbelés. Difficile
de déambulé au gré des rencontres de chemins car l'on ne sait
jamais si cela passera.
J'ai
du mal à me recaler dans mon sommeil. Je m'endors tard et j'ai du
mal à me lever. Je sais que c'est aussi lier à un sentiment ambiguë
de ne pas vouloir abandonner mon ancienne vie, de m'accrocher à ce
qui fut ma vie ces 2 dernières années. J'ai envie d'entendre les
musiques américaines, j'ai l'impression que la musique française
n'a pas évolué. J'ai peur de perdre mon anglais, j'avais eu
l'impression avant de partir que j'avais encore franchi un cap dans
mon expression et ma compréhension. Les jurons et les excuses spontanées se font en anglais. Je sais aussi qu'il faut que je
fasse attention à ne pas me référer qu'aux États-Unis auprès de
ceux qui m'entourent, car c'est moi qui est du mal à lâcher prise.
J'ai déjà vécu cette expérience de se sentir décalé par rapport
à ceux que l'on a connu avant le départ, même si aujourd'hui avec Skype le décalage est largement atténué.
Je
peste sur les démarches à faire en arrivant. Changer l'assurance de
la voiture, prendre un téléphone portable provisoire, refaire faire
mon permis de conduire… Heureusement, il y a la famille et les amis
à voir. Ils se sont finalement arrangés pour ne pas partir tous en
vacances tous en même temps, ce qui nous permet de les voir à tour
de rôle. C'est sympa cette organisation tacite…
Je
veux aussi tenter de voir le plus de monde possible, car j'ai peur
que la rentrée ne soit un peu bousculée. La famille, nos amis
s'impatientent de nous voir et je ne voudrais pas leur donner
l'impression de les snober, surtout que moi aussi j'ai très envie
de revoir tout le monde, et de passer du temps de qualité avec
chacun.
Nous
avons bien fait de prolonger l'aventure sur l'été à Hagerstown,
car la France nous fait profiter de ces fraicheurs digne d'un mois
d'octobre… « Il
pleuvait sans cesse sur Brest ce jour là », sauf que ce jour
là, c'est le 15 Août et Brest c'est la Drôme : quelle
misère !
Pour le 15 août, nous allons en effet faire du camping dans la Drôme. La pluie nous accompagne, puis le froid du soir : les
tournesols sont en berne !!! Heureusement, nous pourrons quand
même profiter des joies de la nature : via ferratas, randonnée
aquatique, dégustation de clairette de Die… Nous pourrons vérifier
avec Flore que les activités ne se déclinent pas tout à fait de la
même façon entre la France et les USA : la France laisse plus
de place à l'initiative individuelle, l'organisation Américaine est
plus anxieuse des risques et peut apparaître plus rigide, même si
en même temps elle permet une structure solide. En même temps en
France, en été, la montagne si belle, peut dévoiler aussi sa part
de morbidité. Cela aussi me fait drôle de ne pas laisser de tip,
surtout que le prix des mêmes activités est souvent moins cher en
France.
Quand
on revient dans son pays après plusieurs années à l'étranger, il
y a des démarches banales qui se révèlent acrobatiques :
déposer un chèque à la poste où tout se fait par des machines
déshumanisantes (c'est quoi l'horodateur ?, et quand on a le
malheur de demander de l'aide, on a vraiment l'impression d'être
prise pour une idiote, et la réponse systématique sera : vous
n'avez qu'à le faire à la machine derrière vous. Je plaints les
étrangers qui veulent prendre des timbres en France !!! C'est
vrai qu'aux USA, la postière me demandait toujours si j'avais besoin
d'autres choses, et me proposait des services que je ne demandais
pas, mais au moins, j'avais droit à un sourire et je n'avais pas
l'impression de la déranger), à prendre une carte SIM par
internet, à tenter de joindre la préfecture…
Je
tente d'organiser au mieux la répartition entre les démarches à
faire pour notre installation, les visites aux amis, et la présence
auprès de mes parents. J'ai l'impression que 3 semaines de congé en
France, avant la reprise du travail ne vont pas suffire. Mais il est
vrai que là encore je multiplie les activités : j'ai proposé
d'initier ma fille (en principe déjà initiée), mon neveu et ma
nièce aux joies de la langue espagnole (ce qui me permet de vérifier
la qualité de mes cours), je passe le plus de temps possible auprès
de ma mère que je vois de nouveau évoluer après un temps de sollicitation douce, mais continue. Les gestes ancestraux se
retrouvent (essuyer la table, la vaisselle, balayer…), alors que je
croyais que eux aussi avaient disparus.
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