Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 26 septembre 2014

One more day in paradise = un autre jour au paradis (second part)

C'est difficile de décrire tous mes étonnements tellement je me suis sentie prise dans un tourbillon de nouveauté. Je ne peux retranscrire que quelque uns qui ont sans aucun doute laissé des traces dans ma mémoire.

Une salle de classe où l'on rentre comme dans un moulin. La classe n'a pas de fenêtre, et la vitre sur la porte a été calfeutrée par mesure de sécurité (en cas d'intrusion, nous avons la consigne de fermer la lumière, faire silence pour ne pas nous faire repérer). La porte est fermée de l'extérieur et seule une personne munie de la clef peut rentrer. Les élèves qui ont à sortir (toilettes, RDV…) doivent frapper avant de rentrer. Par contre, quelques personnes de l'établissement ont un passe et quelle n'est pas ma surprise de voir arriver sans crier garde (c'est à dire sans aucun avertissement, même pas un bruit annonciateur sur la porte) des personnes qui viennent observer. Il y a eu bien sur le principal, mais aussi une prof qui soutient les profs dans leur mission (lead teacher), les directeurs adjoints, la personne qui supervise les profs de langue. Ils s'installent sans bruit, et repartent parfois seulement après quelques minutes. Est-ce pour m'observer ? Pour rappeler aux élèves leur présence ? Si je suis surprise par le procédé, je n'en reste pas moins concentrer sur les élèves ce qui me demande bien assez d'énergie déjà. Sans doute la première fois, me suis-je interrompue pour demander s'il/elle avait besoin de quelque chose, puis je me suis habituée à ce défilé d'adultes dans la classe. Je n'ai jamais su vraiment comment l'interpréter, car cela touche à la culture des établissements scolaires. J'ai été prise entre un sentiment mixte de flicage ou de soutien (car pas plus que moi, les élèves ne savaient à quand s'attendre à l'arrivée d'une personne figurant l'autorité). A l'école primaire dans laquelle j'intervenais comme bénévole, les portes des classes étaient ouvertes ce qui ne donnait pas le même sentiment d'inspection/intrusion.

Les Bahamas en passant par l'Alaska. L'hiver 2014 a été particulièrement rigoureux, et les températures extrêmes en froid assez fréquentes. Le vent venait très souvent glacé le peu de chaleur que nous pouvions espérer du soleil. C'est assez bien l'image que je me fais des températures de l'Alaska. C'est pourquoi, je n'hésitais pas à me couvrir chaudement. Par contre, j'ai très vite réalisée que dans ma petite salle de classe remplie d'élèves, et dans laquelle je m'agitais pour essayer d'enseigner et de faire respecter un minimum de règles de vie commune, les températures estivales dignes d'un mois de juillet aux Bahamas me guétaient. C'est pourquoi, j'ai très vite appris à porter aussi des tee-shirts à manches courtes pour ne pas risquer une transpiration excessive. C'est pourquoi, j'ai eu l'impression de me rendre aux Bahamas, en passant par l'Alaska, mais sans jamais toucher de près ou de loin à la notion de vacances !!!

La ronde des toilettes. Dans un collège aux USA, il y a très peu de breaks (récrés). Les élèves passent d'une classes à l’autre dans un temps minuté, ce qui laisse peu de temps pour se rendre aux toilettes ou pour aller boire à la fontaine. Alors, les élèves sont autorisés à quitter la classe pour cela, d'autant que très souvent ils arrivent en cours de langue après un cours de gym. Mais bien sur, cela donne lieu à de nombreux abus par les élèves les moins motivés. Et en tout état de cause, cela dérange l'enseignement car il faut gérer cette ronde des toilettes, qui en fin de journée est absolument incessante. Comme cela risque d'entrainer un embouteillage favorable à la dispersion des élèves, ils ne sont autorisés à s'y rendre qu'un seul à la fois, ce qui demande une certaine organisation pour gérer le flux . J'ai mis un certain temps à trouver la bonne solution, mais je crois qu'il n'y en a pas pour ceux qui de toute façon utilisent ce privilège comme un moyen d'échapper à la contrainte de l'apprentissage. Il y a eu parfois aussi certains débordements, et il fallait appeler la direction à notre secours (difficile d'enseigner toute une classe quand il faut aussi surveiller ce qui se passe dans les toilettes de proximité). Mais comment interdire l'accès aux toilettes quand on sait le peu de temps consacrer à cette activité !

La peur de certains mots en anglais. J'ai appris à me méfier de la prononciation de certains mots d'une autre langue qui peuvent être tricky (=épineuse, dangereuse) surtout lorsque l'on est pressé, et que l'on a en face de soi un auditoir près à se jeter sur le moindre dérapage : à ne pas confondre beach (plage) and bitch, focus (se concentrer) and fuck us, sheet of paper (une feuille de papier) and shit of paper (si vous ne les connaissez déjà, je vous laisse le plaisir d'aller chercher vous-même les traductions des mots que vous ne voulez pas prononcez dans une salle de classe).

La densité des problématiques de comportement. Beaucoup d'élèves présentent des difficultés, des problèmes, un mal-être, sont classés hyperactifs, dépressifs, voire d'autres pathologies un peu énigmatiques pour moi qui ne maîtrise pas le langage des sigles... Il y a eu beaucoup d'hospitalisation pendant cette année, pour dépression, pour évaluation, pour réajustement du traitement... En même temps, lorsque l'on connait le lien entre sucre et hyperactivité, il y a des choses qui n'étonnent plus.

Des miracles aux mirages. Et puis il y a eu aussi des bons moments : des cours qui se sont bien passés, sans incidents majeurs, et où l'enseignement s'est révélé un moment agréable, avec même beaucoup de rigolades. Malheureusement, le transfert de ces bons moments sur les classes suivantes ne s'est pas révélé évident. En effet, en sortant d'un de ces moments, j'avais l'illusion (sans doute entretenu par un secret espoir) que cela pourrait avoir des incidences sur les autres cours. Mais cela n'a pas été le cas. De même, j'ai eu parfois d'agréables surprises de voir des élèves particulièrement récalcitrants, tout à coup s'animer, s'intéresser, des classes entières se discipliner. Mais cela ne durait bien souvent que le temps d'une classe. Et pourtant ce n'était pas faute de récompenser ces comportements, de les reconnaître et de les valoriser. Et puis, j'avais tout simplement la naïve pensée qu'un moment intéressant serait un moment que chacun voudrait renouveler. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, c'était sans compter que certaines personnes sont plus effrayées à l'idée de réussir que d'échouer, certains se reconnaissent mieux dans un rôle de pitre que dans un rôle de bon élève.

Les donations ininterrompues. Toute les semaines, il y a une souscription pour une cause (les élèves et profs sont autorisés à porter certains vêtements, à condition d'avoir côtiser pour la cause de la semaine). A cela, se rajoute des mails réguliers qui sollicitent des dons pour un problème en particulier : une famille à besoin de boites de céréales car elle est à cours de réserves alimentaires, un jeune à des frais liés à une maladie grave… Il y a des causes générales : le cancer du sein, l'autisme… Parfois, il y a des personnes qui font des demandes personnelles : des élèves qui veulent se payer le voyage éducatif au parc du Yellow Stone, le prof dont le beau fils fait une collecte dans un restaurant pour sa rentrée à l'université... Il y a toujours une bonne cause, mais cela devient vraiment too much, alors je vais devenir sélective, notamment pour une collègue qui vient d'apprendre qu'elle a un cancer et dont l'assurance ne couvre pas tous les frais. Cela m'indigne. Elle est jeune, le malheur l'atteint de façon très injuste et l'assurance maladie ne l'aide pas dans son combat ; Une élève extrèmement méritante qui n'a pas les fonds pour participer au voyage de fin d'année ; une famille qui n'a plus les moyens de se nourrir… Dans la sélection des causes, ils feront partis des élus. Je pense toutefois que les établissements scolaires sont plus touchés que d'autres organisations, car quand je me renseigne auprès de Kris, il n'a pas ce sentiment d’asphyxie par les donations. Peut-être est-ce que les établissements scolaires veulent promouvoir l'enseignement de la générosité. En la matière, je pense que le trop de sollicitations asphyxie l'envie de participer. J'ai eu parfois l'impression d'être prisonnière d'un système qui entretient les inégalités. Et j'ai eu aussi le sentiment que ma responsabilité était immense face à sélection, mais aussi face à l'injustice des choix à faire.

Pour une réforme du système. La direction du collège a réfléchi à une nouvelle organisation des langues étrangères pour l'année prochaine car après une personne qui ait démissionné et une prof qui s'en sortait à peine, ils se sont sans doute rendus compte qu'il pourrait y avoir des aménagements à faire. Je n'ai bien sûr pas du tout été consultée pour ces changements. Il est vrai que je ne n'étais là que pour enseigner, pas pour penser la meilleure organisation de l'enseignement des langues. Il y a des fois, je me demande quand même comment est organisée notre société, entre ceux qui pensent et ceux qui exécutent. Je ne pense pas pour autant que ce soient aux prof à prendre toutes les décisions, mais au moins à être consultés sur leurs ressentis, leurs difficultés, leurs points d'appui, leur expertise sur les meilleures conditions pour l'apprentissage d'une langue étrangère, puisqu'il ne faut pas oublier que chacun d'eux à eu un jour à apprendre la langue en question et souvent en immersion totale.

Je compte les jours d'école en présence des élèves. Je ne suis pas sur que cela aide car l'avant dernière semaine et même la dernière sont particulièrement difficiles. En effet je suis peu motivée, et même les activités plus ludiques ne les satisfont pas. Cela me fait réaliser que pour être enseignant, il faut avoir de solides assisses personnelles, une vie riche à l’extérieure et être armés pour la discipline. Je pense aussi que ce ne sont les meilleurs élèves qui font les meilleurs profs. Je pense que j'ai été plus efficace à enseigner l'Espagnol car il m'avait fallu moi aussi l'apprendre et je connaissais les difficultes de la langue. Par contre, en français, j'avais parfois bien du mal à expliquer ce qui avait toujours été une évidence pour moi.

12 juin 2014, l'école vient de finir pour les élèves, et la coupe du monde de foot vient de démarrer au Brésil. Mes amies brésilienne n'oublieront pas de venir célébrer la fin du travail pour moi. Merci Ju et Marie, vous êtes mes plus grandes supportrices... je pense pour elles, qu'il valait mieux qu'elles me supportent moi que leur équipe nationale, vu le sort qu'elle a subit en demi-final !!! Vive les vacence, adieux les pénitances, les cahiet aux feu, les élèves au milieu (après avoir subit les feux de l'enfer, les élèves peuvent bien à leur tour garnir les feux de la St Jean!!!).

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