C'est
difficile de décrire tous mes étonnements tellement je me suis
sentie prise dans un tourbillon de nouveauté. Je ne peux
retranscrire que quelque uns qui ont sans aucun doute laissé des
traces dans ma mémoire.
Une
salle de classe où l'on rentre comme dans un moulin.
La classe n'a pas de fenêtre, et la vitre sur la porte a été
calfeutrée par mesure de sécurité (en cas d'intrusion, nous avons
la consigne de fermer la lumière, faire silence pour ne pas nous
faire repérer). La porte est fermée de l'extérieur et seule une
personne munie de la clef peut rentrer. Les élèves qui ont à
sortir (toilettes, RDV…) doivent frapper avant de rentrer. Par
contre, quelques personnes de l'établissement ont un passe et quelle
n'est pas ma surprise de voir arriver sans crier garde (c'est à dire
sans aucun avertissement, même pas un bruit annonciateur sur la
porte) des personnes qui viennent observer. Il y a eu bien sur le
principal, mais aussi une prof qui soutient les profs dans leur
mission (lead
teacher),
les directeurs adjoints, la personne qui supervise les profs de
langue. Ils s'installent sans bruit, et repartent parfois seulement
après quelques minutes. Est-ce pour m'observer ? Pour rappeler
aux élèves leur présence ? Si je suis surprise par le
procédé, je n'en reste pas moins concentrer sur les élèves ce qui
me demande bien assez d'énergie déjà. Sans doute la première
fois, me suis-je interrompue pour demander s'il/elle avait besoin de
quelque chose, puis je me suis habituée à ce défilé d'adultes
dans la classe. Je n'ai jamais su vraiment comment l'interpréter,
car cela touche à la culture des établissements scolaires. J'ai été
prise entre un sentiment mixte de flicage ou de soutien (car pas plus
que moi, les élèves ne savaient à quand s'attendre à l'arrivée
d'une personne figurant l'autorité). A l'école primaire dans
laquelle j'intervenais comme bénévole, les portes des classes
étaient ouvertes ce qui ne donnait pas le même sentiment
d'inspection/intrusion.
Les Bahamas en passant par l'Alaska.
L'hiver 2014 a été particulièrement rigoureux, et les températures extrêmes en froid assez fréquentes. Le vent venait très souvent glacé le peu de chaleur que nous pouvions espérer du soleil. C'est
assez bien l'image que je me fais des températures de l'Alaska.
C'est pourquoi, je n'hésitais pas à me couvrir chaudement. Par
contre, j'ai très vite réalisée que dans ma petite salle de classe
remplie d'élèves, et dans laquelle je m'agitais pour essayer
d'enseigner et de faire respecter un minimum de règles de vie
commune, les températures estivales dignes d'un mois de juillet aux
Bahamas me guétaient. C'est pourquoi, j'ai très vite appris à
porter aussi des tee-shirts à manches courtes pour ne pas risquer
une transpiration excessive. C'est pourquoi, j'ai eu l'impression de
me rendre aux Bahamas, en passant par l'Alaska, mais sans jamais
toucher de près ou de loin à la notion de vacances !!!
La
ronde des toilettes.
Dans un collège aux USA, il y a très peu de breaks
(récrés).
Les élèves passent d'une classes à l’autre dans un temps minuté,
ce qui laisse peu de temps pour se rendre aux toilettes ou pour aller
boire à la fontaine. Alors, les élèves sont autorisés à quitter
la classe pour cela, d'autant que très souvent ils arrivent en cours
de langue après un cours de gym. Mais bien sur, cela donne lieu à
de nombreux abus par les élèves les moins motivés. Et en tout
état de cause, cela dérange l'enseignement car il faut gérer cette
ronde des toilettes, qui en fin de journée est absolument
incessante. Comme cela risque d'entrainer un embouteillage favorable
à la dispersion des élèves, ils ne sont autorisés à s'y rendre
qu'un seul à la fois, ce qui demande une certaine organisation pour
gérer le flux . J'ai mis un certain temps à trouver la bonne
solution, mais je crois qu'il n'y en a pas pour ceux qui de toute
façon utilisent ce privilège comme un moyen d'échapper à la
contrainte de l'apprentissage. Il y a eu parfois aussi certains
débordements, et il fallait appeler la direction à notre secours
(difficile d'enseigner toute une classe quand il faut aussi
surveiller ce qui se passe dans les toilettes de proximité). Mais
comment interdire l'accès aux toilettes quand on sait le peu de
temps consacrer à cette activité !
La
peur de certains mots
en anglais. J'ai appris à me méfier de la prononciation de certains
mots d'une autre langue qui peuvent être tricky (=épineuse,
dangereuse) surtout lorsque l'on est pressé, et que l'on a en face
de soi un auditoir près à se jeter sur le moindre dérapage : à
ne pas confondre beach
(plage) and bitch,
focus
(se
concentrer)
and
fuck
us,
sheet
of paper (une
feuille de papier) and shit
of paper
(si vous ne les connaissez déjà, je vous laisse le plaisir d'aller
chercher vous-même les traductions des mots que vous ne voulez pas
prononcez dans une salle de classe).
La
densité des problématiques de comportement.
Beaucoup d'élèves présentent des difficultés, des problèmes, un
mal-être, sont classés hyperactifs, dépressifs, voire d'autres
pathologies un peu énigmatiques pour moi qui ne maîtrise pas le
langage des sigles... Il y a eu beaucoup d'hospitalisation pendant
cette année, pour dépression, pour évaluation, pour réajustement
du traitement... En même temps, lorsque l'on connait le lien entre
sucre et hyperactivité, il y a des choses qui n'étonnent plus.
Des
miracles aux mirages. Et
puis il y a eu aussi des bons moments : des cours qui se sont
bien passés, sans incidents majeurs, et où l'enseignement s'est
révélé un moment agréable, avec même beaucoup de rigolades.
Malheureusement, le transfert de ces bons moments sur les classes
suivantes ne s'est pas révélé évident. En effet, en sortant d'un
de ces moments, j'avais l'illusion (sans doute entretenu par un
secret espoir) que cela pourrait avoir des incidences sur les autres
cours. Mais cela n'a pas été le cas. De même, j'ai eu parfois
d'agréables surprises de voir des élèves particulièrement
récalcitrants, tout à coup s'animer, s'intéresser, des classes
entières se discipliner. Mais cela ne durait bien souvent que le
temps d'une classe. Et pourtant ce n'était pas faute de récompenser
ces comportements, de les reconnaître et de les valoriser. Et puis,
j'avais tout simplement la naïve pensée qu'un moment intéressant
serait un moment que chacun voudrait renouveler. Mais aussi
surprenant que cela puisse paraître, c'était sans compter que
certaines personnes sont plus effrayées à l'idée de réussir que
d'échouer, certains se reconnaissent mieux dans un rôle de pitre
que dans un rôle de bon élève.
Les
donations ininterrompues.
Toute les semaines, il y a une souscription pour une cause (les
élèves et profs sont autorisés à porter certains vêtements, à
condition d'avoir côtiser pour la cause de la semaine). A cela, se
rajoute des mails réguliers qui sollicitent des dons pour un problème
en particulier : une famille à besoin de boites de céréales
car elle est à cours de réserves alimentaires, un jeune à des
frais liés à une maladie grave… Il y a des causes générales :
le cancer du sein, l'autisme… Parfois, il y a des personnes qui
font des demandes personnelles : des élèves qui veulent se
payer le voyage éducatif au parc du Yellow Stone, le prof dont le
beau fils fait une collecte dans un restaurant pour sa rentrée à
l'université... Il y a toujours une bonne cause, mais cela devient
vraiment too
much,
alors je vais devenir sélective, notamment pour une collègue qui
vient d'apprendre qu'elle a un cancer et dont l'assurance ne couvre
pas tous les frais. Cela m'indigne. Elle est jeune, le malheur
l'atteint de façon très injuste et l'assurance maladie ne l'aide
pas dans son combat ; Une élève extrèmement méritante qui
n'a pas les fonds pour participer au voyage de fin d'année ;
une famille qui n'a plus les moyens de se nourrir… Dans la
sélection des causes, ils feront partis des élus. Je pense
toutefois que les établissements scolaires sont plus touchés que
d'autres organisations, car quand je me renseigne auprès de Kris, il
n'a pas ce sentiment d’asphyxie par les donations. Peut-être est-ce
que les établissements scolaires veulent promouvoir l'enseignement
de la générosité. En la matière, je pense que le trop de
sollicitations asphyxie l'envie de participer. J'ai eu parfois
l'impression d'être prisonnière d'un système qui entretient les
inégalités. Et j'ai eu aussi le sentiment que ma responsabilité
était immense face à sélection, mais aussi face à l'injustice des
choix à faire.
Pour
une réforme du système.
La direction du collège a réfléchi à une nouvelle organisation
des langues étrangères pour l'année prochaine car après une
personne qui ait démissionné et une prof qui s'en sortait à peine,
ils se sont sans doute rendus compte qu'il pourrait y avoir des
aménagements à faire. Je n'ai bien sûr pas du tout été consultée
pour ces changements. Il est vrai que je ne n'étais là que pour
enseigner, pas pour penser la meilleure organisation de
l'enseignement des langues. Il y a des fois, je me demande quand même
comment est organisée notre société, entre ceux qui pensent et
ceux qui exécutent. Je ne pense pas pour autant que ce soient aux
prof à prendre toutes les décisions, mais au moins à être
consultés sur leurs ressentis, leurs difficultés, leurs points
d'appui, leur expertise sur les meilleures conditions pour
l'apprentissage d'une langue étrangère, puisqu'il ne faut pas
oublier que chacun d'eux à eu un jour à apprendre la langue en
question et souvent en immersion totale.
Je
compte les jours d'école en présence des élèves. Je ne suis pas
sur que cela aide car l'avant dernière semaine et même la dernière
sont particulièrement difficiles. En effet je suis peu motivée, et
même les activités plus ludiques ne les satisfont pas. Cela me fait réaliser que pour être enseignant, il faut avoir de solides assisses
personnelles, une vie riche à l’extérieure et être armés pour la
discipline. Je pense aussi que ce ne sont les meilleurs élèves qui
font les meilleurs profs. Je pense que j'ai été plus efficace à
enseigner l'Espagnol car il m'avait fallu moi aussi l'apprendre et je
connaissais les difficultes de la langue. Par contre, en français,
j'avais parfois bien du mal à expliquer ce qui avait toujours été
une évidence pour moi.
12
juin 2014, l'école vient de finir pour les élèves, et la coupe du
monde de foot vient de démarrer au Brésil. Mes amies brésilienne
n'oublieront pas de venir célébrer la fin du travail pour moi.
Merci Ju et Marie, vous êtes mes plus grandes supportrices... je
pense pour elles, qu'il valait mieux qu'elles me supportent moi que
leur équipe nationale, vu le sort qu'elle a subit en demi-final !!!
Vive les vacence, adieux les pénitances, les cahiet aux feu, les
élèves au milieu (après
avoir subit les feux de l'enfer, les élèves peuvent bien à leur
tour garnir les feux de la St Jean!!!).
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