Rien
de tel qu'une semaine de repos après un accouchement toujours
éprouvant. Nous sommes partis en Floride, et plus précisément dans
le Sud : les Keys
= joyaux
des USA; les Everglades
= la
dernière frontière de la vie civilisée;
les plages de sables blanc de l'Ouest de la Floride. Je ne sais pas
pourquoi, nous sommes toujours très en retard pour préparer nos
vacances. C'est pourtant ni le temps qui nous manque aujourd'hui, ni
l'envie de partir. Il n'y a aucun intérêt à prévoir ses vacances
à la dernière minutes, car les bons plans de dernière minutes,
cela ne semble pas exister ici. Préparer ses vacances, c'est aussi
la peur de ne pas prévoir des vacances parfaites. Peut-être que les
autres pays peuvent nous envier ou nous jalouser nos vacances, mais
ils ne réalisent pas à quel point il est compliqué d'organiser
chaque fois des vacances parfaites ! Il n'y a rien de plus
troublant pour un Français que de ne pas réussir ses vacances. Quel
stress alors pour les organiser.
Dans
la préparation, nous ne passons plus par les agences de voyage, car
on peut tout trouver par internet. Mais lors des réservations, il y
a toujours des questions pernicieuses qui s'infiltrent : est-ce
qu'il vaudrait mieux voler ou conduire ? Si on vole, avec quelle
compagnie, de quel aéroport ? Comment trouver la location de
voiture pour un coût raisonnable ? Les hôtels, comment prendre
le meilleure au meilleur prix (les sites pour trouver des hôtels à
prix très compétitifs ont bien compris nos questionnements
existentiels et à chaque fois que vous vous intéresser d'un peu
près à un produit, il vous suggère d'aller en voir un autre très
prometteur...) ? Faire des comparaisons, prendre l'avis d'autres
internautes... Sans compter évidemment sur les questions d'itinéraire,
les envies, les renoncements, le calcul des distances... Il s'agit de
se projeter, avec un vaste panel d'espoirs et des doutes. Pour les
réservations à l'avance par internet c'est toujours comme des
pochettes surprise : il y a les espoirs, les attentes, les
bonnes et les mauvaises surprises, les déceptions, les vrais miracles. Et bien sur, ce
qui compte, c'est de réussir ses vacances. Pas question de rentrer à
moitié satisfaits : les vacances s'est parfaitement réussit ou
c’est vain...
Avant
de partir en vacances, j'ai eu l'impression de devenir une
« ordinateur portable addict ».
J'avais du mal à penser à autre chose, je n'avais plus envie de
sortir, j'étais branchée en permanence. Heureusement, je l’utilise
pour plusieurs choses : les mails, le blog, les travaux
professionnels, la recherche de documents, l'écriture d'articles,
d'éléments plus personnels... Je viens même de mettre mon agenda
sur l'ordinateur. Je suis en train de vivre dans un monde virtuel. Je
n'aurai jamais cru cela possible un jour. Moi qui ne voulais pas que
l'expatriation ne soit qu'une aventure de plus sans apporter de
changements conséquents, me voilà servie. Je n'avais pas pensé que
cela allait aller dans ce sens. Mais la vie m'a appris à me laisser
surprendre... J'ai l'impression de vivre dans une bulle, ce cocon
doux qui protège des agressions extérieures (je n'ai pas encore
rencontrée d'agression via internet, mais je suis sûre que cela
arrivera aussi), qui permet d'être reliés aux autres pour le
meilleur et qui laisse tomber le pire... Je me vois prendre plaisir à
chercher des fonctions techniques, mais à ma manière sans mode
d'emploi, plutôt à l'aveugle (en appuyant sur tous les boutons pour
voir ce que cela produit). Il y a quelques années, j'avais lu un
livre qui parlait d'un monde devenu invivable car trop pollué, et
chacun vivait dans une bulle, connecté aux autres par ordinateur. Il
était possible de tout faire avec l'ordinateur, même l'amour. Par
contre avec les avatars il n'était pas toujours sur de savoir avec
qui... Rappelez vous le rêve de la fin du monde, je crois que je
viens de connecter que c'était en lien avec ce livre, sauf qu'à la
fin, l'humanité ne mourait pas mais survivait en se repliant dans
des bulles... Il est temps que je traite cette addiction... Peut-être
par la participation à un groupe pour échanger avec d'autres
malades. Comment en trouver un ? Mais bien sur, avec internet.
Bon là, je crois que je ne vais pas beaucoup avancer !
Heureusement,
les vacances en Floride arrivent et là je sais que je peux décrocher
sans douleur. C'est plutôt Kris qui reste accroché à sa bulle
internet. Difficile de le faire apprécier le temps présent, il est
sans cesse connecté pour trouver des infos, mais aussi faire
partager aux amis nos aventures sur facebook, comme si cela ne
pouvait pas attendre. Finalement, c'est un nouveau maillot de bain
américanisé, c'est à dire non moulant et long avec des poches,
qui aura eu raison de son addiction : l'eau de mer aura été
fatale à son portable. Heureusement, il reste la tablette, et
accessoirement des cartes pour se repérer. Et puis les amis,
attendront pour avoir de nos nouvelles. Le Facebook d'aujourd'hui est
en partie l'aboutissement de ce qui l'a précédé, c'est à dire le
«devines d'où je t'appelle ? ». En effet, au début des
téléphones portables, il y a quelques années en arrière, vous
vous rappelez de ces amis qui vous appelaient en pleine journée de
travail pour vous demander de deviner d'où ils vous appelaient :
généralement d'en haut d'une piste de ski, ou sur une île
paradisiaque.