Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 6 décembre 2013

7eme mois, fevrier 2013 (4eme partie) : vamos a la playa...


Et puis encore une autre découverte, sur la route, les règles s'écrivent en jaune. Il est important de connaître les règles qui s'appliquent à la rencontre avec les bus scolaires sur la route. Tout le monde a en tête les fameux bus jaunes qui conduisent les enfants scolarisés à l'école américaine. Ce que nous savons moins, ce sont les règles qui régissent la circulation à leur côté. Lorsqu’un bus jaune s'arrête pour faire descendre les élèves, toute circulation s'arrête, dans tous les sens. Le bus est doté d'un panneau « stop » sur le côté gauche qui se met en place dès que le bus s'arrête, interdisant aux voitures en contresens de rouler. Il n'est pas question non plus aux voitures de derrière de chercher à dépasser le bus, comme on le voit faire en France. Ici, cela peut même aller jusqu'à une dénonciation à la police. Cela donne une impression d'arrêt sur images, tandis que seuls les élèves peuvent bouger. De plus, lorsqu'un bus jaune arrive près d'un chemin de fer, quel n'est pas notre étonnement de le voir s'arrêter, ouvrir la porte avant, puis continuer sa route après avoir refermé la porte. Qu'est ce qui c'est passé ? Est ce qu'il aurait perdu quelque chose ? Bien sur, au même moment toute circulation est interrompue (mais seulement celle à l'arrière du bus). Je vous rappelle que Hagerstown est construit à un carrefour de nombreux chemins de fer, qui ne conduisent plus que des trains de marchandises. C'est pourquoi, il y a de nombreux arrêt entre 7h et 9h am ainsi qu'entre 2h et 4h pm. Il vaut mieux le savoir pour ne pas risquer d'arriver en retard à un RDV. Peut-être que vous vous demandez qu'est ce qui peut bien pousser les bus jaunes à faire ainsi ? Nous avons mené notre enquête et c'est Kris qui a trouvé la solution à l'énigme. Les bus s'arrêtent ainsi, ouvre leur porte pour que le chauffeur puisse écouter si aucun train n'arrive. Si tel est le cas, il peut repartir. Je ne suis jamais tombée encore à un moment où un train va passer, mais cela pourrait suggérer que l'attente sera longue, car les trains de marchandises concentrent deux caractéristiques : ils sont très longs et très lents... Le plus drôle, c’est que je suis déjà tombée sur un bus jaune qui s’était arrêté avant un chemin de fer désaffecté ou clairement, la voie n’était plus en usage. Mais cela ne change rien, une règle est une règle...
Il y a aussi d'autres choses en jaune : une ligne continue jaune ou même deux, des panneaux d'école... Le jaune représente vraiment quelque chose d'important à signaler.

Mais surtout l’une des découvertes les plus intéressantes du mois de février sera ... la déclaration d'impôt. Les impôts dans une situation d'expat : paradis ou enfer ? Avant de partir, nous avions calculé que pour l'année en cours, nos impôts connaîtraient une forte dévalorisation, car je suis la seule à travailler en France, sur une demi-année et les impôts pour Kris sont payés directement par l'entreprise : là c'est le paradis. C'est bien la première fois que nos impôts connaîtront une dévalorisation ! Encore faut-il faire sa déclaration américaine. Et là, c'est l'enfer. Il faut déclarer beaucoup de choses qui ne nous paraissent pas toujours en lien avec la question des impôts. Au bout d'un fastidieux WE à tenter de récolter toutes les précieuses informations, la déclaration est envoyée à une personne spécialisée dans l’entreprise, en charge de s'en occuper. Enfin délivré ! C'est sans compter qu'en mai pour la déclaration française, il nous faudra recommencer le processus car ce qui est compliqué avec notre situation, c'est que Kris est arrivé 6 mois avant moi et que nous avons des impôts à payer dans les deux pays, la même année.

Comme cela ne nous a pas paru assez compliqué, j’ai décidé de me lancer a la conquête du marché du travail, pour rajouter quelques tracas au mois de février 2014.
Le travail n'est pas une nécessité absolue comme cela pouvait l'être lorsque que j'étais plus jeune. Il n'était pas question à l'époque de motivation, mais de nécessité vitale. Et lorsque les choses dépendent de soi, il faut alors trouver la force pour affronter les entretiens, les démarches, le sentiment de ne pas être à la hauteur, de ne pas être attendu : il y en a tant d'autres, tout autant ou même plus qualifiés ! Surtout que lorsque l’on est plus jeunes, il y a plus de doutes que de certitudes. Or, le travail reste une voie essentielle pour l’expression de la personne, la réalisation de ses capacités, sa sécurité matérielle, sa reconnaissance sociale. C’est pourquoi, c’est un enjeu très fort, bien au-delà du besoin matériel. Je commence donc à réfléchir de plus en plus à une activité salariée ici. Mon visa de travail est en cours, alors je pense me lancer à la conquête du marché. J'ai fait mon CV en anglais, selon les standards américains : donner des faits, des réalisations, des chiffres, aucun élément discriminatif comme l'adresse, l'âge, le poids, la situation maritale, la religion... Puis, les lettres de recommandation par des personnes extérieures, susceptibles d'apporter leur point de vue sur vos capacités. Il en faut trois, et si possible confidentielles (elles doivent être directement envoyées sans passer par le postulant). Cela fait partie des démarches avec lesquelles je ne suis pas très à l'aise. Il faut un sacré ego pour demander à d'autres de dire des choses positifs sur vous. En même temps, cela évite que le futur employeur ne fasse des recherches dans votre dos. Ici, tout est clair, il est explicitement dit que tous vos documents sont susceptibles d'être vérifiés, vos recommandations seront appelées...
J’ai pris un peu de temps pour me lancer. J’ai d’abord eu besoin de temps pour m’installer sur place, m’assurer que j’avais du temps disponible en fonction de l’organisation pour Flore et toute la famille. Ensuite, j’ai eu besoin de temps pour savoir ce qui m’intéresserait et ce qui serait envisageable en fonction de la barrière de la langue, car même si mon anglais est correct, de là à envisager de l’utiliser dans un métier, et en particulier le mien dans lequel les subtilités de la langue sont si importants. Il ne s’agit pas seulement de se comprendre, il s’agit de faire preuve d’empathie ce qui suppose d’être plutôt au clair avec le discours... Mais en même temps, je ne suis pas complètement dupe, j’ai aussi dû lutter contre le sentiment de ne pas être à la hauteur à cause de la langue. Alors qu’aujourd’hui, je suis plutôt fière de mes accomplissements dans mon domaine professionnel, et je sais que mes qualités professionnelles sont reconnues par mes pairs et les personnes pour lesquelles je travaille, lorsqu’il s’agit de le transférer en anglais, les moyens me manquent et je me retrouve jeune débutante, pleine de doutes et d’incertitudes. Je suis aussi passée par une phase de culpabilité liée au sentiment de prendre le travail à quelqu'un qui pourrait en avoir plus besoin que moi. Nous vivons une époque ou le travail est une valeur importante tant dans le domaine vital (travailler pour survivre), que sociale (le travail comme valeur refuge dans une société ou l’image auprès des autres est si importante : récompense d’une intégration réussie), que personnelle (le travail comme valeur narcissique : je sais ce que je vaux à travers mes accomplissements professionnels). Alors, j’ai décidé de tenter d’être professeur remplaçante. Professeur, car les questions de transmission m’ont toujours intéressées. Et puis, j’ai beaucoup travaillé auprès d’enfants, de professionnels de l’Éducation, j’ai aussi enseigné à des adultes et j’apprécie cette relation au savoir (je pense que j’apprends autant que je peux enseigner!). Remplaçante, car cela ne sera que pour un temps court et cela évite de devoir passer des tests, repasser des examens, d’avoir trop de contraintes horaires. En effet, pour être remplaçante (ici dans notre county), il faut seulement justifier d'avoir passé un DEUG. Mon expérience de bénévole auprès de la classe d’enfants autisme m’a confirmé que c’était un domaine qui m’intéressait et qui me semblait accessible. Je ne postulerai pour autant que pour être prof de Français et auprès des enfants en difficulté car je me vois mal enseigner l’anglais à des Américains ! Par contre, on m'a suggéré d’être aussi prof remplaçante d'espagnol car avec le niveau qui est demandé ici, même mes vieilles notions un peu rafraîchies devraient suffire. Alors, vamos a la playa...

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