Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 20 septembre 2013

Semaines 15, 16, 17, 18, 19 : premiers guests de France, les retrouvailles au goût sucré-salé

Premiers guests de France, les retrouvailles au goût sucré-salé

Nous allons pendant 5 semaines recevoir nos premiers invités de France. D'abord, Mammy pour les deux premières semaines. Puis, Éva et Amber des amies à Flore pour 10 jours. Elles vont pouvoir aller à l'école de Flore pendant leur séjour. Quoi de plus intégratif ? Et pour de charmantes jeunes françaises comme elles, succès garantit... C'est aussi l'époque des élections présidentielles ici, alors l'école sera fermée deux jours ce qui nous permettra d'avoir un long WE, à défaut de vacances. Et enfin, Sév et Seb, les grands cousins de Flore, qui sont plus proches en âge de nous que de leur cousine. On va retourner à NYC et sans doute naviguer dans les environs. Les trois séjours ne vont pas se chevaucher mais parfaitement se succéder. Première opération retrouvailles réussit : faire coïncider les dates.

Et cela tombe bien, car enfin Hagerstown m'est devenue plus familière. J'arrive enfin à naviguer sans même avoir recours à la grincheuse (surtout ne lui dites pas, je risque des représailles!). Pour nos invités pour qui tout est nouveau, cela leur donnera l'impression qu'on a toujours su faire. Quelle ironie de l'histoire, quelques semaines plus tôt, j'étais encore complètement perdue.
Avec les invités, on en profite nous aussi pour découvrir les choses nouvelles. Un nouveau musée, une nouvelle activité, un nouveau lieu... Bien sûr Washington et NYC vont finir par manquer de nouveautés pour nous, mais on en profitera pour retrouver les choses qui nous auront le plus intéressés.

De toute façon, comme mes mines d'or ont encore fructifié, je vais pouvoir envisager de nouvelles destinations ou activités. Au départ, j'en avais deux, maintenant elles sont au moins 6. Quand on accepte de se faire aider, lorsque l'on accepte de partager ses connaissances, c'est fou comme le monde est rempli de mines d'or. Pour qu'une mine d'or soit accessible, il faut pour autant pouvoir demander de l'aide sans craindre de disparaître (avoir besoin de l'autre ne nous rend pas moins utile!). L'autre n'est pas là pour nous rappeler que l'on a besoin de lui, mais il est là pour nous révéler à nous-même ! Je participe régulièrement à un groupe de randonnée, nous sommes tout près d'une partie des montagnes les Appalaches (Montagnes qui s'étendent de terre neuve au Canada au nord, jusqu'au centre de l'État de l'Alabama au sud). Il y un sentier de randonnée qui parcourt l'ensemble des Montagnes du Nord au Sud. Attention français : ce n'est pas la randonnée de France, le dénivelé n'est que de quelques dizaines de mètres, tout au plus une centaine, et la ballade dure 1h30). L'intérêt de la randonnée, c'est que l'on peut discuter. Il y a quelques expats, mais aussi des Américains, et les échanges de bons procédés sont courants. L'une va nous donner l'adresse d'un musée tout à fait intéressant sur Washington que nous n'aurions jamais eu idée de visiter sans cette information. Une autre, me transmettra tous les sites internet qu'elle utilise pour les activités dans la région. Je découvrirai à cette occasion qu'il existe de nombreuses choses à faire, et des bons plans. Une autre encore nous transmettra un site de réservation d'hôtel moins cher, pour NYC cela compte. J'ai aussi une amie Américaine qui parle parfaitement le français. Nous nous engagerons ensemble à mettre en relation une association française d'échanges linguistiques avec les écoles de l’État. Je tenterais à mon tour de servir de mine d'or à d'autres, mais dans un premier temps c'est un peu à sens unique. Les mines d'or, c'est un peu comme le principe du SEL : ce n'est pas toujours celle qui donne, qui reçoit de la même personne, mais au bout de la chaîne, tout le monde donne et reçois (SEL : système d'échanges locaux).

Récompense au sommet!!!




AT (appalaches Trail) = 2000 miles












Randonnée dans les Appalaches
Me voilà bien occupée, d'autant que je viens de mettre en service auprès de mes anciens étudiants qui sont tous récemment diplômés, une proposition d'aide pour leur recherche d'emploi, ou pour un soutien dans leurs premiers pas de psychologue, tout cela bien sur par internet. Cela me permet de maintenir actif mes intérêts pour mon métier. Je suis aussi impliquée dans l'organisation d'un dossier dans un journal professionnel. Outre la rédaction d'un article personnel, je coordonne les informations entre les collègues et le journal pour que notre dossier puisse aboutir. Plus directement, je suis volontaire (cela se pratique beaucoup ici) dans une classe qui accueille des enfants autistes. J'aime à retrouver ce sentiment d'aboutir dans des démarches dont je suis fière. Je réalise que cela peut tout à fait être en dehors d'un contexte financier, puisque toutes ces démarches sont bénévoles, mais m'enrichissent de contacts, de sentiment d'utilité, de réalisations personnelles.

Sur internet j'ai trouvé des sites pour répondre à des enquêtes d'opinion. Comme je vis aux États- Unis, j'ai été basculée sur les sites américains. Il est intéressant de pratiquer cet anglais très terre à terre et de voir comment et sur quoi les opinions se fondent. Il est bien sur beaucoup questions de consommation et d'habitudes de vie. Invariablement notre race nous est demandée, ainsi que notre revenu. La question avec laquelle je ne suis pas parfaitement à l'aise est celle qui concerne mes occupations professionnelles : la situation de desesperate housewife m'est assez difficile à révéler. Je travaille donc à temps partiel en free-lance.

L'expatriation nous confronte à de nouvelles expériences dont nous n'aurions pas pensées possibles avant le départ. Regarder la TV dans une démarche d'apprentissage. Nous sommes habituellement peu consommateurs de TV, plutôt pour s'endormir ou pour décompresser. Les règles sont strictes sur l'utilisation : seulement à certains moments (le soir pour les adultes, le WE pour notre fille), jamais plus d'un certain temps. Mais ici la TV est notre professeur d'anglais, d'ailleurs plutôt exigeant car même si on n'a pas compris, il ne répète jamais deux fois, et il ne fait aucun effort sur la vitesse d'élocution. Le visuel est aidant, mais pour le téléfilm « les experts » cela ne suffit pas toujours. C'est pourquoi, certaines émissions sont préférées à d'autres : Sponge BOB pour Flore et des films très visuels pour les adultes. Ce qui est étonnant, c'est que nous n'avons plus l'impression de perdre notre temps, même en regardant les pubs, qui je vous le rappelle, sont nombreuses...
Nous sommes allés aussi au cinéma tous ensemble voir Hotel transilvania, un dessin animé sur des monstres, apparemment inconnu en France. C'était réconfortant : nous avons tous compris le film. J'ai plus de réserve sur les films d'auteur!
De mon côté, pour la première fois, j'ai participé aux activités des parents d'élèves. Je me limite aux activités qui m'intéressent tout de même, car encore une fois il s'agit plus de lever des fonds que de lever le niveau d'apprentissage. Alors, j'ai proposé mon aide pour aider les enfants dans leur commande de livres. Il ne s'agissait malheureusement pas vraiment de les aider à faire un choix, mais plutôt de les aider à écrire parfois un nombre incroyable de livres que les parents sans doute auront besoin de sélectionner. Je n'ai pas trouvé cela très positif dans le sens où l'on donne à l'enfant l'envie sans lui donner les moyens de faire des choix éclairés (je suis venue le jour des maternels et des CP, c'est dire comme le sens de l'économie leur était étrangère).

Je réalise qu'il y a des situations que nous auront du mal à retrouver du fait de la barrière de la langue. Rire aux éclats d'une bonne blague, participer à une conversation philosophique ou sur un thème de fond comme par exemple les rythmes scolaires... J'ai essayé un jour d'expliquer le sens de l'utilisation des contes de fées pour les enfants, dans leur composante les plus profondes, c'est-à-dire avec des thèmes parfois crus et des fins qui ne sont pas toujours Happy. Ce n'était vraiment pas évident. Déjà en français, l'exercice est ardu, mais alors en anglais...
C'est peut-être pour cela car ses situations me manquent, que je suis très motivée pour travailler mon anglais. Ma professeur me fait travailler le vocabulaire et j'apprends entre 30 et 40 mots nouveaux toutes les semaines, mots associés à un contexte linguistique. Certains mots sont les mêmes qu'en français, encore faut-il savoir qu'ils existent en anglais, et la prononciation peut être trompeuse parfois (annul pour annuler, amusez-vous à rechercher la prononciation en anglais). J'ai aussi découvert une méthode de langue rapide et sans travail fastidieux de la grammaire et du vocabulaire. Alors, j'ai décidé de commencer à apprendre le portugais brésilien, cours que j'ai offert à Kris car il aime connaître quelques mots dans la langue du pays avec lequel il travaille. J'ai essayé aussi la première leçon de suédois gratuite sur internet. J'avoue que c'est plutôt concluant, même si cela mérite de voir les résultats sur du long terme. Je vais faire mes premiers pas, ou plutôt premiers mots avec mes nouveaux amis Brésiliens et Suédois pour voir le résultat.

Nos invités de France vont bientôt arrivés et je laisse momentanément l'apprentissage des langues étrangères de côté.
Entre l'organisation bien rodée que l'on a préalablement pensé pour accueillir nos premiers guests, et la réalité, il y a parfois un gouffre. Le premier gouffre se présentera sous forme de bouche d'égout qui a fait trébucher Mamy dans sa promenade deux jours avant de repartir. Pour éviter de tomber sur le visage, c'est le coude droit qui a amorti le choc, mais lui n'a pas tenu. Urgences Américaines, attente souffrante du retour en France, opération en France. Je réalise que dans ces moments d'intense émotion, d'urgence de la situation, je regrette de ne pouvoir le gérer en France.
Pour nos deuxièmes guests, les amies de Flore, le gouffre sera celui de l'ouragan Sandy (octobre 2012) transformé en arrivant dans les terres à une tempête tropicales de forte intensité. L'avion est bien sur annulé (= annuled), le prochain vol possible seulement le vendredi suivant. Elles ne seront pas là pour Halloween ! Le retour prévu Mercredi de la semaine suivante, rendrait leur voyage vraiment trop court, même pour un homme d'affaires, le temps de récupérer du décalage horaire, 5 jours dont un à moitié plein, c'est un peu court. Alors, on décide de prolonger jusqu'au dimanche. Mais cela se superpose avec le séjour des cousins de Flore. Il y a assez de place pour tout le monde ici, mais nous avions prévu d'aller à NYC avec eux pour le WE. Nous ne serons pas arrivés à trouver un vol retour de NYC pour les filles, alors, je resterai avec elles et Flore à Hagerstown, tandis que Kris ira à NYC. Mais est-ce que NYC sera praticable d'ici là ? En effet, Sandy n'aura pas seulement annulé un vol d'avion, elle aura aussi laissé la ville Américaine la plus connue au monde, sans vie et avec beaucoup de dégâts dans ses sous-sols, dont le métro, artère de vie à NYC. Apparemment les dieux indiens tiennent leur revanche ! Nous payons le prix fort notre intégration dans le nouveau monde...

vendredi 13 septembre 2013

Semaines 12, 13, 14 : le temps des questions fondamentales (deuxième partie)


Comme j'ai plus de temps pour observer ce qui se passe autour de moi, j'ai l'impression qu'en ce moment c'est l'époque des vols migratoires des oies sauvages. Elles sont bruyantes, et font connaître leur départ... mais au moins elles, elles respectent les saisons ! On a l'impression d'un moment de grande festivité, comme si elles avaient besoin de se ressourcer avant le grand départ. Vont-elles survivre à l'expérience qui présente de nombreux dangers ? Vont-elles s’acclimater ? Vont-elles revenir enrichie ? Je leur poserai la question l'année prochaine. Entre-temps, il me faudra passer l'hiver...

Nous sommes finalement allés voir le médecin pour l'examen de routine pour l'école. Première complication, interpréter les vaccins pour s'assurer que ce sont bien les mêmes que ceux demandés par l’État du Maryland. Nous avons le BCG en plus et l'hépatite B en moins. Il faudra donc le faire faire. Il me demande quand même d'aller vérifier auprès du département de santé publique. Deuxième complication au lieu-dit, trouver une infirmière qui puisse répondre à la question. On me demande d'utiliser le téléphone interne pour avoir l'information. J'explique que ce n'est pas des plus faciles d'expliquer et de bien comprendre les termes aussi techniques, par téléphone. Quelqu'un va enfin venir et photocopier le carnet de santé pour me donner les infos par mail. Entre-temps, nous allons faire faire la prise de sang (obligatoire) pour s'assurer que Flore n'a pas de maladies contagieuses.
Le lendemain, j'ai un petit message du département de santé pour me dire qu'ils ont les résultats et qu'il faut que je les appelle. Encore le téléphone... Je tente de les appeler par trois fois, je tombe sur la messagerie. Alors, je me déplace de nouveau. Je suis enfin reçu par une infirmière qui a noté 3 ou 4 choses à faire : je lui fais remarquer que pour la varicelle, elle a déjà eu la maladie, qu'un des vaccins qu'elle m'indique, elle l'a eu aussi. Il reste l'hépatite B et un autre vaccin qu'elle aurait eu 10 jours trop tôt selon les standards du Maryland (à un an moins 10j ; or il aurait fallu attendre la première année intégrale; je pense que pour celui-là on va s'abstenir) et un autre fortement recommandé contre le tétanos, la diphtérie (mais quand je regarde attentivement, elle a eu un rappel en 2009). J'avoue que je suis perplexe sur ce besoin de tout couvrir, à moins qu'ils soient particulièrement suspicieux de ce qui vient de l'étranger. En définitive, nous retiendrons le vaccin contre l'hépatite B. Cela me fais aussi réaliser que l'infirmière du département de santé n'est pas prête pour un séjour d’expatriation où il lui faudrait comprendre les standards du pays d'accueil. Maintenant, trouver le vaccin. Trois pharmacies plus tard, pas de vaccins Hépatite B pour enfants de trouvé. Il faut dire que les pharmacies vendent de tout mais pas de vaccins !!! Dans la première je suis repartie avec une sorcière pour Halloween et dans la deuxième des gants. Je n'aurais au moins pas perdu mon temps ! Bon reste qu'il lui faut le vaccin. Finalement, l'infirmière du médecin que je suis retournée voir, appelle plusieurs endroits et en trouve un qui l'a : le supermarché local où les vaccinations contre les épidémies d'hiver ont commencé. Je m'y rends. En fait, ils ne peuvent pas me le donner il faut venir avec l'enfant et il sera fait sur place, dans le hall d'entrée du magasin sans aucune privacy. Mais heureusement, il sera fait par une infirmière d'un groupe privé mais qui ne prendra pas en compte notre assurance. Pour la deuxième et troisième injection, nous irons dans une clinique pédiatrique qui devrait être mieux organisée. J'avoue que je ne suis pas encore prête pour changer de système de soin !
Chez le médecin, et aussi au laboratoire, notre assurance de santé couvre intégralement les frais. Cela me fait drôle de ne rien payer, même pas d'avance de frais. Cela est encore plus déresponsabilisant qu'en France! Je n'ai absolument aucune idée du coût de chaque consultation. Par contre, le médecin emploie une infirmière et une secrétaire, manifestement à temps plein. Je comprends pourquoi, on a l'impression que les soins sont très chers aux États-Unis, si chaque médecin à sa secrétaire et son infirmière personnelle... Je réaliserais plus tard que le système de santé est tellement complexe qu'il faut bien une secrétaire pour gérer les liens avec les multiples assurances. Pour l'infirmière, ici ce n'est qu'un petit cabinet. Depuis, je suis allée dans d'autres services plus importants, et là le nombre d’assistantes ou infirmière est parfois impressionnant. Le médecin n'est plus là que pour superviser et pratiquer des soins réservés aux médecins. Cela permet d'augmenter de débit...

Pour ne pas m'occuper que des questions ennuyeuses, et pour me permettre de m'ouvrir à ce que la vie locale peut m'apporter, j'ai décidé de semer quelques graines et de voir si la récolte est bonne. En effet, il n'y a pas d'effet magique, le seul fait de venir de France ne suffit pas, il faut aller ouvrir les portes. Alors, je propose mon aide à la prof d'art, à la classe d'enfants Autistes, aux parents d'élèves pour s'occuper de la vente de livres à l'école, j'organise l'intégration des deux copines de Flore à l'école pendant leur séjour ici, j'ai pris contact avec une psychologue Chilienne qui travaille à Washington DC, dont une collègue de France m'avait donné les coordonnées. Il faut être patient, cela demande beaucoup d'humilité car au fond on se passe très bien de toi. J'ai aussi travaillé sur une aide aux nouveaux professionnels psychologues en France dans leurs démarches de recherche d'emploi et dans l'installation de leurs nouvelles pratiques. Il faut d'abord régler les questions informatiques, car l'aide à distance passe par des canaux que beaucoup de psychologues maîtrisent mal, à commencer par moi-même. Sauf que moi, j'ai mon technicien privé, super doué en informatique mais ce qui n'est malheureusement pas magicien et il y a souvent des problèmes insolubles en l'état actuel de la science informatique : proposer un agenda partagé, sur lequel les personnes désireuses d'un RDV peuvent s'inscrire sans modifier le RDV d'un autre, tout en maintenant la confidentialité des contacts ? J'ai peur de devoir me contenter de la bonne vieille méthode qui consiste à demander un RDV par écrit, avec éventuellement consultation des disponibilités sur un agenda.
La récolte en définitive sera intéressante pour moi mais aura nécessité patience et détermination. En effet, mon mail "voila" (auquel je suis très attaché car c'est le tout premier que j'ai eu : il y a des attachements affectifs qui sont surprenants !) apparemment est détecté comme un spam ici. Ce qui fait que j'envoyais des mails, et ne recevais aucune réponse, ce qui est extrêmement frustrant, et entretient un climat de doute profond. Déjà qu'en temps normal, les mails ne fonctionnent pas toujours de façon optimum, mais si en plus vous êtes détecté comme indésirables... A force d'insistance (ce qui en même temps me donnait la désagréable impression d'être de ceux qui sont soit désespérés pour obtenir quelque chose, soit extrêmement pénibles à toujours réclamer), de déplacements (rien ne vaut un bon contact visuel!), j'ai obtenu quelques résultats. Je vais pouvoir venir travailler auprès des enfants Autistes; dans l'école, l'idée aussi de recevoir un groupe d'élèves français fait son chemin; j'ai reçu des infos de la collègue Chilienne; la prof d'art me propose de venir l'aider... Cela me donne plus de motivation pour engager d'autres démarches. Je vais finir par être trop occupée...

Surtout qu'avant de partir de France, j'avais prévu d'emporter un travail de titan. Tout ce que j'ai voulu faire professionnellement, sans en avoir le temps, c'est ce que j'appelle le travail en jachère. Les situations d'enfants qui sont restées énigmatiques, les dossiers techniques que j'ai survolés, l'interprétation des dessins, de tests professionnels, la coordination d'un dossier d'articles pour une revue professionnelle... Mais, maintenant que je suis là, je réalise que cela permet tellement de s'agripper à une identité, de tenir droit une estime quelque peu ébranlée, de faire face à un sentiment de vacuité. Après la phase de Skype parties et mail avec les Français, la phase prise de contact avec les Autochtones, la phase de sentiment d'inutilité, voici la phase d'installation dans un projet personnel avec le travail sur le fond des outils dans mon métier, conjointement à la mise en place d'activités dans ma nouvelle communauté.
En passant à la bibliothèque, j'ai choisi un livre audio. Comme il y avait un choix important et que je ne savais pas quel critère choisir, j'ai prix un titre évocateur : Expat. En dehors de la situation d'espionnage sous-jacente, la situation d'expatriation est plutôt bien exploitée. Tous ces étapes sont bien retranscrites.

Il y a une autre composante de la situation d'expatriation dans un pays qui utilise une autre langue : c'est le passage d'une langue à l'autre. Je suis en train d'apprendre l'anglais écrit pour les téléphones, cad (c'est à dire) en abrégé. Par exemple : C u soon ! R u sure about it ?... Que du bonheur. Mais il y a aussi toutes les abréviations, qui sont nombreuses an Américain ! Bud pour Buddy ; hon pour Honey ; fest pour festival : Hey Bud, R U gonna go to the fest ? (et mon pote, tu vas aller au festival ?).
En passant d'une langue à l'autre, depuis maintenant quelque temps, je suis sans cesse obligé de changer la langue de mon correcteur d'orthographe. En effet, j'ai de plus en plus souvent l'occasion d'avoir à écrire en anglais : répondre aux mails de nos nouveaux amis (voire l'anglais en abrégé) ; répondre à la prof d'anglais langue étrangère qui nous demande pourquoi nous refusons l'aide proposée à notre fille dans le cadre de l'école : comment lui expliquer que notre fille se plaint de sa présence qui la met à part et qui ne semble pas lui apporter véritablement d'aide ; cela a été confirmé par les enseignants qui ne comprennent pas non plus cette aide : Carla a de bons résultats, elle demande quand elle n'a pas compris, ce n'est pas une heure d'aide par semaine qui va changer quelque chose à sa compréhension de sa semaine de classe ! ; mettre en lien l'association française de programmes d'échanges linguistiques et les écoles ; écrire à Cristal pour se revoir... J'ai autant besoin du correcteur en Français qu'en anglais, c'est pourquoi, je ne cesse de le changer. Mais si jamais j'oublie, alors tout mon texte est souligné de rouge et j'ai le sentiment d'être vraiment une catastrophe en orthographe ou en spelling. D'autre part, je ne comprends pas pourquoi, il n'y a pas de correcteur qui corrige mieux les fautes de grammaire, ce serait bien utile pour moi qui invariablement mets un é à la place d'un er ou inversement. En anglais, l'orthographe des mots appelé ici spelling, est souvent approximative chez moi. Le correcteur m'aide dans ce sens, par contre, il ne me corrige pas mes confusions entre des mots aux sonorités proches thing and think, qui ont chacun un sens bien différent. Mon oreille n'est pas non prête à intégrer la distinction entre des mots proches : forteen and forty, Tuesday and Thursday. Je dois être dyslexique en Anglais... Cela peut me jouer des tours dans la prise de rendez-vous. En voulant changer de groupe de gym pour Flore car celui du lundi est composé d'enfants plus jeunes, la personne au secrétariat nous indiquera un autre jour et un autre horaire. Le jeudi nous venons un peu plus tôt, mais quelle n'est pas notre surprise de ne voir arriver que des enfants encore plus jeunes et en tutu. Ce n'était ni le bon jour. Nous aurons quand même attendu 10 minutes avant que je décide de poser la question au secrétariat (je pensais qu'il y avait une autre pièce pour les cours de danse). Personne ne nous a rien dit, ni ne nous a posé de questions. Il est vrai que pour avoir chaud, rien de plus normal que de rentrer dans une pièce chauffée, survoltée par les cris des enfants et d'attendre que le temps passe...

Nous venons de recevoir un courrier du WCPS (Washington County public school, un peu l'équivalent de l'académie). Notre fille est éligible pour un STEM program (Science, Technologie, Enginering and Maths). Elle a passé un test sur l'ordinateur en septembre, et sa réussite la situe au-dessus de la moyenne des autres enfants de sa classe de référence, de l'ensemble du County. Il y a des choses qui m'échappent : comment notre fille qui a tant peiné en Mathématiques en France se retrouve éligible pour un programme pour talented kids, justement en Maths ? De plus, malgré le fait que cela soit en Maths, il est tout de même question de comprendre ce qui est demandé et pour quelqu'un qui aurait besoin d'aide en Anglais langue étrangère, selon le professeur d' ESL (English as a Second Language), il y a comme une contradiction. Je réalise que les aides et programmes proposés par l'école sont bien sur à considérer et prendre en compte, mais ne peuvent remplacer l'expérience directe auprès de l'enfant. Ils ne peuvent remplacer non plus l'avis de l'enfant, à la condition qu'il ait déjà eu l'occasion de le donner de manière éclairée et respectée. Nous allons aller à la porte ouverte de l'école qui propose le programme, et selon l'avis de notre fille poursuivre la démarche jusqu'au bout. Mais le programme est compétitif, ce qui est une autre contradiction avec le fonctionnement de Flore. Alors quoiqu'il arrive au final, nous aurons été très fiers d'elle ce qui évidemment retentira sur son propre sentiment de fierté.

vendredi 6 septembre 2013

Semaines 12, 13, 14 : le temps des questions fondamentales (première partie)


Semaine 12, 13, 14 : le temps des questions fondamentales

L'une des premières questions fondamentales à laquelle nous avons été confrontés, a été la suivante : comment perdre du temps en 5 étapes, proposé par la situation d'expatriation confrontée à l'administration Américaine (je crois que cela peut parfaitement se transposer dans toutes les administrations du monde).
  • Acheter une voiture d'occasion à un expat qui repart juste après en France.
  • Chercher une assurance : renoncer à l'économie, si vous venez d'arriver vous êtes considéré comme jeune conducteur !!! alors que vous aviez pris la précaution d'acheter une voiture assez ancienne pour que cela soit moins cher. Ce process peut prendre quelques semaines pour un peu que votre conjoint soit en déplacement, que vous cherchez à faire jouer la concurrence, que vous tentiez de récupérer quelques documents français de votre ancienne assurance, traduits si possible en anglais, pour démontrer votre backround.
  • Le site internet du MVA (Motor Vehicul Administration : peut-être un équivalent de notre préfecture? En tout cas, il y a une ressemblance : premier arrivé, premier servi !) vous informe de la nécessité de faire un contrôle technique avant le changement de plaque d'immatriculation (les changements de propriétaire de voiture s'accompagnent d'un changement de plaque). Chez nous, c'est au vendeur de le faire avant la vente ce qui évite les ventes de voitures en trop mauvais état !
  • Vous rendre quand même au MVA pour le changement de plaques d'immatriculation avant le contrôle technique car vous avez besoin de la voiture et le RDV ne peut se faire avant la fin de semaine. C'est en effet quand même possible de manière temporaire. Vous prenez la précaution de vous munir de tous les documents, que vous remplissez préalablement avec le deuxième conducteur, c'est-à-dire votre conjoint. Mais c'est sans compter sur la rigidité des documents administratifs : un document différent pour chaque démarche (si l'immatriculation se fait avant le contrôle technique, les documents sont complètement différents!!!). Vous aviez oublié de vous munir d'un document essentiel : votre conjoint pour la signature de ! Votre deuxième voiture restera au garage quelques jours de plus...
  • Prendre le RDV pour le contrôle technique et revenir plus tard au MVA. Le contrôle technique va révéler des anomalies à régler. Votre RDV au MVA sera de nouveau reculé.
Je vous réfère aux 12 travaux d'Astérix. Comment cela va finir ? Ils deviennent fous, non ?
Entre la mauvaise surprise du prix de l'assurance, le contrôle technique que l'on avait oublié, la rigidité de l'administration sur les documents, la compréhension parfois hésitante d'une langue qui n'est pas la vôtre... acheter une voiture est un luxe d'argent et de temps.
Heureusement qu'il n'y a pas que l'immatriculation de la voiture. Avec le temps libéré par le travail, j'ai voulu tenter de comprendre cette nouvelle culture à partir de quelques éléments d'observation.

- ouverture 7j/7, en continu et très souvent 24h sur 24 des magasins et de certains services (le coiffeur, le magasin de bricolage, l'esthéticien, le magasin d'alimentation, la pharmacie…) : tout, tout de suite et maintenant ou l'empire de la toute-puissance ! Le temps n'est plus scandé par une rythmicité apaisante, par un temps de pose, un plaisir des retrouvailles. Tout doit être possible à tout moment. C'est le temps maternel, celui de l'illusion que tout est possible à tout moment, sans avoir besoin de différer le désir, au contraire du temps paternel, celui de la temporalité qui a pour conséquence la suspension des désirs en y mettant de l'ordre (aux deux sens du mot ordre : soumettre l'autre à l'impératif de la loi, de la règle et sérier, hiérarchiser, arranger). Cette temporalité introduit des ruptures, la succession des événements permettant l'inscription de la durée dans des limites. Elle rompt avec le temps imaginaire, avec la toute-puissance des désirs. Je me demande tout de même qui peut bien faire ses courses entre 2h et 4h du matin...

- la loi de la simplification : en un minimum d'effort, on doit pouvoir arriver à un résultat optimum : le grille-pain qui malgré son petit prix, a prévu une grille qui s'enlève pour sortir les miettes. On se déchausse à l'entrée des maisons, plus pour ne pas salir la maison que pour des raisons culturelles, me semble-t-il. De plus, les maisons ont souvent de la moquette, alors avec nos chaussures pleines de boue... Les préparations culinaires toutes prêtes, pour les gâteaux, pour le repas : bien commode lorsque l'on est une fine cuisinière comme moi... Une seule clef pour toutes les portes de la maison, quel gain d'énergie à chercher la bonne clef! De même, avec la conduite de voitures automatiques, nous sommes un certain nombre à ne pas chercher à rouler sportivement, alors la vitesse automatique est intéressante. Mais peut-être que cela est trop simple et baisse la vigilance des conducteurs. En tout cas pour moi, passer les vitesses est de l'histoire ancienne, sauf pour le tracteur tondeuse. Il n'y a plus que sur ma pelouse que la vigilance de mon pied gauche reste active...
A l'école, de la même manière, pour les matières principales, ils vont à l'essentiel : savoir lire, écrire (oubliez les fautes d'orthographe), compter, découvrir les sciences au sens large (de l'histoire géographie, en passant par les sciences de la vie et de la terre, de la physique, de la géologie, de l'économie). Ils écrivent tout au crayon à papier y compris les tests (on nous a fait acheter 48 crayons à papier, et autant de gommes), ce qui autorise les erreurs et la rectification sans faire de gros pâtés, ni perdre un temps fou pour les enfants trop méticuleux. Par contre, leur écriture en CM2 ressemble parfois à celle d'un débutant. Ils écrivent aussi en script, c'est-à-dire en lettres bâton. Vu la vitesse à laquelle Flore s'est faite au nouveau système (et moi aussi contrairement à d'autres déconditionnements), je me suis demandée quelle pouvait être la valeur de l'écriture cursive, qui s'apprend souvent de manière laborieuse. Je mets de côté la méthode pédagogique qui consiste à déchirer une page mal écrite, et j'essaye de me concentrer sur le sens de l'écriture cursive, autrement appelée écriture en attachée. Cela ne peut s'expliquer par le simple fait de la rapidité d’exécution ou de la qualité de la graphie, vu le temps perdu à tenter de déchiffrer l'écriture des médecins... D'autre part, aujourd'hui, si c'était la seule raison, il serait plus judicieux d'apprendre à écrire vite… sur un clavier d'ordinateur. Donc, il doit y avoir une autre raison. J'ai sollicité une ancienne collègue enseignante à la retraite, et une autre collègue psychomotricienne pour m'aider à comprendre. Si ici ils ont abandonné le système cursif, pourquoi nous le conservons en France ? Il y a plusieurs raisons que j'ai trouvées intéressantes et que je voudrais livrer à votre réflexion.
  • il y a moins de confusion dans les lettres lorsqu'elles s'écrivent en attaché : le b et le p se ressemblent beaucoup plus en script qu'en cursif. Cela soulève une autre question, pourquoi on n'apprend pas tout de suite à écrire en script ?
  • l'écriture cursive à une fonction de contenance : elle délimite en effet les mots entre eux qui sont alors séparés par un espace vide. Cela permet donc une délimitation dedans-dehors et une articulation entre les deux. Cette première délimitation permet une différenciation des mots entre eux. Les mots ont un sens à part entière.
  • et une fonction d'étayage : la lettre associée au reste des lettres qui composent le mot, perd sa singularité (le « o » peut se prononcer tout autrement s'il est attaché au « i »...) au profit d'une identité groupale, d'une enveloppe groupale. Elle fait partie d'un tout et à ce titre elle bénéficie de la protection du groupe, de son étayage.
Pour que cela prenne sens pour l'enfant, il suffit de leur expliquer que les lettres vont se tenir la main pour faire une ronde fermée. Il comprendra très bien que l'on est soit dedans le rond soit en dehors. Il comprendra aussi tout naturellement que quand on est dedans, on bénéficie de l'étayage des autres de la ronde. Le mot prendra plus de force que la lettre et il sera plus facile d'aborder par la suite la notion de phrases, de paragraphes... Cela me rappelle que souvent j'utilise les deux systèmes y compris dans un même mot (propose : le premier p est en script et le deuxième en cursif). Je n'ai pas pu décider mon cœur à choisir. Mais depuis que j'écris ici, je n'ai plus de choix à faire.
Mais j'ai encore quelques propositions pour le principe de simplification :  le lave-vaisselle qui se range tout seul, un café digne de ce nom qui se prépare tout seul au moment de notre réveil, une langue vivante qui s'imprime automatiquement dans votre esprit quand vous changez de pays...

- la culture de la rapidité : le temps, c'est de l'argent, au détriment parfois de la fiabilité. Aux caisses des supermarchés, les articles sont souvent comptés deux fois sur la facture finale ; le technicien pour internet qui fait son installation en 15 minutes, mais qui aura oublié de nous donner le code pour accéder aux mails... Il y a aussi une constante, c'est que tout est organisé pour nous faire gagner du temps : fast food (beaucoup plus nombreux que chez nous!); nourriture préemballée, découpée, aromatisée ; beaucoup de choses se font sans sortir de sa voiture (prendre de l'argent à la banque par exemple). Ce gain de temps se joue aussi à la maison : le lave linge tourne en moins de 50 minutes, mais le résultat est parfois à la hauteur du temps passé... Time is money, mais c'est sans compter en perte d'énergie et de temps pour arriver à un résultat convenable.

- la culture du risque : pour la santé, pour l'assurance, pour le travail... Demain est un concept, aujourd'hui est une réalité... Cela est aussi en lien avec la responsabilité individuelle : je veux décider pour ma vie d'aujourd'hui, même si cela suppose des risques pour l'avenir. En même temps, je constate auprès de mes amis Américains, qu'il existe une peur bien marquée : la peur des autres, ceux qui conduisent sous l'emprise de l'alcool, en utilisant leur téléphone portable, ceux qui font du mal aux enfants... Il y a deux dangers qui concrétisent toutes les peurs : le danger de la route et pour les enfants.

- l'immensité du territoire : pour un américain, l'étranger est représenté par les autres États. Ce qui peut peut-être expliquer leur tendance à être centrés sur eux-même ! Ma voisine souvent me demande des questions amusantes : "est-ce que l'on a des mots vulgaires en français ?" "Non, le français est seulement une langue noble." "Quand on sort de France, on ne comprend vraiment plus les autres dans les autres pays ?" En fait, on continue à parler français mais c'est aussitôt changé dans la langue souhaitée" (ici apprendre le Français consiste à savoir dire : bonjour, comment allez-vous?) ; sa fille de 15 ans, a été un peu déçue en faisant connaissance avec nous. Elle s'imaginait les Français tous très riches (avec tous les produits de haute couture que tous les Français sont obligés de porter tout le temps, autrement ils n'ont rien d'autre) et extrêmement distingués, très modes... Avec nous, elle a dû se rendre à l'évidence : les Français vivent comme elle !
Ce territoire immense oblige à revisiter la notion de distance. Je comprends mieux pourquoi Star Wars a été crée ici. En effet, l'évaluation des distances a plus de sens en années-lumière, qu'en heures terrestres.

- la domination du commerce : ce qui explique qu'il y a des curieux mélanges des genres dans les magasins. Dans une pharmacie, vous aurez plus de chances de trouver des produits pour Halloween que des vaccins pour enfants (c'est moins rentable car il faut les acheter par 10 et qu'ils ne sont pas surs de les vendre!). Dans les supermarchés, il y a au contraire un rayon avec de nombreux médicaments, et une infirmière qui pratique les vaccinations. Un même article peut se retrouver disséminé dans tout le magasin ce qui fait que vous ne pouvez pas ne pas tomber dessus. Mais quand vous cherchez un produit précis, il n'est pas toujours là où votre bon sens vous conduit. Il y a un petit air de cache cache dans les magasins ou au contraire de « tu m'as vu »... Il y aurait sans doute aussi beaucoup à dire sur l'empire du commerce, mais je ne veut pas m'engager dans un débat philosophique dès maintenant. Je ne maîtrise pas encore bien toutes les implications.

- le vis-à-vis: être sans cesse sous le regard de l'autre oblige à une certaine vigilance. En France nous avons plusieurs couches de protection visuelle : une haie, des rideaux, des volets... « cachez ce sein que je ne serais voir ! ». Et pourtant, nous ne sommes pas si prudes ! Une fois chez soi, nous nous sentons parfaitement isolés, au point que nos fenêtres peuvent être grandes pour laisser passer la lumière sans le voyeurisme. Ici, point de tout cela, ni haie, ni rideau, ni volets. Il n'est pas rare de pouvoir voir l'intérieur des maisons le soir quand la lumière est allumée. J'ai l'impression de faire comme mon père lorsqu'il regardait par la fenêtre pour savoir ce que les autres autour de lui mijotaient. Sauf, que vers chez lui, il y avait assez peu de mouvement. Ici, c'est plus animé : « tiens le voisin vient de casser sa tondeuse », « cette voiture, je ne la connais pas, pourquoi les gens ont-ils besoin de venir tourner dans une impasse ? »...
Par contre, paradoxalement, je n'ai jamais autant vu de « no trepassing » : on se donne à voir, mais de loin... La propriété privée, c'est sacré.
De même, ils sont beaucoup plus prudes que nous sur les questions relatives à la nudité ! J'ai eu plusieurs fois l'occasion de voir la réaction d'un Américain confronté à « un nu » non exhibitionniste : c'est surprenant ! Une de mes amies à San Diego (il y a 19 ans) regardait avec moi le film : « la leçon de piano » sorti en 1993, film que j'ai personnellement beaucoup aimé. A un moment, l'amant va apparaître nu, sortant de sa douche. Rien de particulièrement déplacé. Mon amie va alors se cacher les yeux et me dire que c'est dégoûtant. De même, plus récemment, pour son anniversaire, Flore va recevoir en cadeau un livre pour apprendre à dessiner, offert par un copain de classe (en fait, c'est sa mère qui l'a acheté). Premières pages qu'elle ouvre, elle tombe sur... un nu. Gloussements, rires gênés... La mère du copain, qui est aussi une amie, est très gênée. Elle n'était pas arrivée jusque-là du livre et se sent bien mal à l'aise. Je tente d'expliquer que le nu est aussi une œuvre d'art, même si à l'âge de Flore, ce n'est pas vraiment vu ainsi. Le nu est ici un sujet tabou car relié à l'atteinte aux mœurs. Et pourtant, dans le livre de dessin, ce n'est pas un nu vulgaire, ni aguicheur. De même, dans les films, le nu est prescrit. A la morgue dans les téléfilms, le niveau du sexe est brouillé : on ne joue pas avec le nu ! Et puis encore, le maillot de bain des hommes ne doit pas trop moulant pour ne pas laisser paraître le sexe. Et pourtant ceux des femmes peuvent être vraiment sexy ! De même, j'ai eu l'occasion d'aller dans des boîtes de nuit classiques il y a 20 ans en arrière, et certaines danseuses étaient parfois bien dénudées... Encore un paradoxe bien Américain!

- le culte de la famille : dans les maisons, les photos et portrait de famille s’affichent de façon ostentatoire, les photos de leurs enfants occupent toute la place de la décoration, les personnes qui nous reçoivent à l'école ont un badge sur lequel il y a la photo de leur(s) enfant(s), les photos des enfants des profs s'illustrent sur les portes des classes... Les enfants occupent une place importante et la famille constitue un socle de référence. Et pourtant, le nombre de familles séparées ou recomposées aux USA est très important.
    Statistiques de 2009 : (*)                                 USA         France
  • Taux de mariages (pour 1000 habitants)        7,1           3,9
  • Taux de divorces (pour 1000 habitants)         3,6            2,1
Le lien entre le culte de la famille et la proportion de divorce est assez hasardeux. Par contre, la place de l'enfant est au cœur des préoccupations, car tous les enfants ne font malheureusement pas l’objet d’un traitement équivalent (il n'est pas rare d'entendre parler d’abus sur les enfants). De même, il y a ce que l’on montre, ce qui se voit, et ce que l’on ne montre pas, ce qui ne voit pas ! C'est la face cachée de la vérité. J'ai quand même l'impression qu'il y a pas mal de faux-semblants !
(*) J'ai trouvé sur internet un comparatif entre nos deux pays qui remonte déjà à 2004 mais qui est troublant en termes d'indicateurs sociétales : http://www.linternaute.com/actualite/elections-americaines/amerique-et-nous/chiffres-cles.shtml
Il était trop tôt dans notre séjour pour ouvrir la réflexion à partir de ces éléments. Sans doute que j'attendrais un peu d'avoir mieux cerné la culture Américaine pour me permettre un commentaire, sinon c'est le risque du jugement de valeur trop rapide...

Taux de mariages (pour 1000 habitants)


7,5


5,1
Taux de divorces (pour 1000 habitants)
3,8
2
Taux d'obésité
30,5 %
11,3 %
Nombre annuel d'heures travaillées par personne disposant d'un emploi
1821
1532
Part des 25-64 ans ayant suivi des études supérieures (en %)
36,5
23
Taux de criminalité (meurtres commis pour 100 000 habitants)
5,6
1,7
Population pénitentiaire (détenus pour 100 000 habitants)
702
85
Nombre de médecins pour 1000 habitants
2,8
3,1
Taux d'équipement en téléphones mobiles
54 %
68, 9 %
Utilisateurs d'Internet
54,26 %
36,2 %
Durée quotidienne d'écoute de la télévision
4h25
3h22
Lecture des quotidiens (en nombre d'exemplaires pour 1000 lecteurs)
269
164

En parlant de famille, l'expatriation crée une situation de déséquilibre dans le couple. En général, celui qui travaille, travaille plus et celui qui accompagne ne travaille plus du tout. Le niveau de stress ne se situe pas au même niveau : le stress du travail et le stress de savoir ce qu'on l'on va faire d'intéressant dans sa journée. Il y a celui qui est parti pour un projet personnel et celui qui part sans projet prédéfini et qui doit penser à ce qu'il va faire tout en gérant une période de vide à combler. Les activités sportives : il y a celui qui garde une forme olympienne car il a du temps pour entretenir sa forme et celui qui se traîne ; l'apprentissage de la langue ne se situe plus au même niveau non plus : celui qui travaille apprend un anglais d'usage, celui qui ne travaille pas apprend un anglais distingué, celui des livres et des Université, ce qui peut créer des difficultés à se comprendre entre nous lorsque l'on se parle dans la langue d'accueil.
C'est à mon sens l'une des composantes à prendre en considération de manière importante dans le choix de partir. Si ce déséquilibre s'installe sur une situation déjà peu stable dans le couple, il y a fort à parier que l'expérience tourne au vinegar.

vendredi 30 août 2013

10th et 11th weeks : Intègre-ation


C'est reparti... La France endormie se réveille. Et oui, les français ne font pas que se reposer ! (pour ceux qui pourraient imaginer que les Français sont toujours en vacances). Ici dans le Maryland, l’école a repris depuis le 21 aout. Alors, vive l’école!!!

10th et 11th Weeks : intègre-ation

Ce n'est pas le tout, mais avec toutes ces démarches, je vais devenir une grincheuse addict. La mère possessive à gagner, je ne peux plus me passer d'elle! Je la dégaine aussi souvent que nécessaire, en dehors de notre quartier et apparemment elle ne cherche plus à me perdre. C'est sans doute le prix à payer pour ma tranquillité!
J'ai dû aussi m'acheter un agenda, car je commence à avoir besoin d'organiser mes différentes activités. La socialisation étant l'une de mes activités préférées, je ne voudrais pas tout mettre par terre pour une histoire d'organisation. L'agenda de mon téléphone ne m'est d'aucune utilité, vu que je ne le regarde jamais, mon téléphone étant monotâche : il ne me sert qu'à appeler et recevoir des appels alors qu'il serait capable de beaucoup plus. J'ai commencé mes cours d'anglais avec une autre expat, c'est plus convivial ; je fais de la rando et du vélo ; je participe à un groupe de lecture ; je me suis inscrite à la tenue d'un stand lors d'une journée multiculturelle, je donne RDV à des collègues sur Skype pour parler boulot ; je m'occupe aussi des activités de Flore : cheval, art class, docteur, RDV copines ; et nous allons aussi bientôt recevoir nos premiers guests de France.

Dimanche 16 septembre, nous sommes allés voir la reconstitution de la bataille d'Antiétam qui fêtait son 150ème anniversaire (1). Ce jour-là, il ne pleuvait pas, l'été nous a montré toute sa générosité de l'autre côté de l'Atlantique et a étiré ses bras jusqu'au 17 septembre, jour précis de la bataille. Le lendemain, il a plu, comme pour mieux indiquer qu'à tout moment le temps peut être un allié ou un ennemi. Il faut reconnaître que le spectacle était au RDV. Il y avait d'abord de longues allées de tentes garnies d'objets de cette époque (mais aussi quelques boutiques plus récentes pour satisfaire nos besoins immédiats). Puis, il y avait beaucoup de monde en costumes, soldats et civils. Et enfin, la bataille a pu commencer. D'abord, l'arrivée des troupes, hommes, chevaux et matériel. J'ai du mal à évaluer le nombre réel pour chacun, mais cela donnait une très bonne représentation. L'installation des deux camps face à face, avec une rivière entre eux, et un pond à traverser pour les Nordistes (armée de l'Union), tandis que l'armée du Sud, commandée par Lee, les attendait au sommet d'une colline. Une attente silencieuse s'installe, faisant peser cet instant d'une lourde intensité. Le premier coup de canon éclate, levant le doute sur les intentions de chacun. Pendant plus d'une heure, le champ de bataille résonnera des coups de canons, de fusils, s’épaissira du brouillard d'une fumée épaisse, se colorera de gris et de bleu des tuniques au sol. Tantôt le Nord avance, tantôt il recule. A la fin, il nous sera difficile de définir qui a vraiment gagné cette bataille, mais sans aucun doute, ce ne sera pas la communauté des hommes! J'ai participé à une guerre en direct ! Il n'y aura bien que les gradins sur le côté, la voix du commentateur dans le micro et la disproportion entre les deux armées ce jour-là (l'Union étant beaucoup plus représentée sans doute car ce fût le camp des vainqueurs) qui nous rappellera de tout cela n'est qu'une reconstitution. Amateurs de la bande dessinée « les tuniques bleus », vous auriez été servis.
Il nous faudra nous rendre sur la tombe des soldats de la guerre de sécession, apparemment il y en a quelques-uns dans le cimetière d'Hagerstown. Les cimetières sont à ciel ouvert, principe de l'open space oblige. Cela donne à la ville un espace de verdure très bien entretenu, qu'il est agréable de visiter. Et puis, un cimetière, c'est toujours une porte ouverte sur l'histoire d'une région.

(1) la bataille d'Antietam, est le premier grand affrontement armé de la guerre de Sécession à se produire sur le territoire de l’Union. Elle se déroula durant la journée du 17 septembre 1862, dans le comté de Washington. Cette bataille de la campagne du Maryland reste à ce jour, la plus sanglante de l’histoire des États-Unis à se dérouler en une journée, avec près de 23 000 victimes (morts, blessés, prisonniers ou disparus).
 Reconstitution de la bataille d'Antietam

Comme j'ai été obligée par la situation d'expatriation de me reconvertir, je vais bientôt pouvoir postuler au CNRS pour la recherche fondamentale dans le domaine... de l'optimisation dans la tonte de la pelouse, dans le nettoyage des sols et dans la recherche de produits sains. Face à toute activité manuelle, mon esprit a besoin de se mettre en action. Alors je réfléchis à la manière de gagner en qualité technique et esthétique, je cherche l'option la meilleure pour le meilleur résultat. Pour les sols, il faut un balai ni trop grand ni trop volumineux pour passer de partout et affiner les coins (si le balai est trop grand, la force déployée sur le manche, ne permet pas aux extrémités d'être efficaces, on perd alors en qualité). Sur la pelouse, il ne faut pas travailler en carrés de plus en plus rétrécies car les dernières raies promettent d'être inégales, mais il faut tirer une ligne centrale et travailler en rectangle. Par ailleurs, je suis perdue face à tous ces magasins qui se déclinent sur les mêmes registres, mais mon œil va repérer le magasin de produits naturels complètement caché par une grosse enseigne. Cela s'appelle l’œil du chercheur en microéconomie. En deux mois, je suis en passe de devenir une experte dans ces domaines. Comme quoi, il y a toujours un bon côté des choses, à condition de bien vouloir le voir = a blessing in disguise ou in every cloud has a siver lining. L'utilisation des expressions locales est un gage d'intégration réussie ? Par contre, je suis encore à la recherche de ce qui serait le mieux pour moi pour les deux années à venir. Un chercheur n'a jamais fini de chercher...

Je me suis aussi décidée à reprendre le laborieux apprentissage du vocabulaire. Ça fonctionne, mais ce n'est vraiment pas marrant. Alors j'essaye d'avoir ma liste avec moi à tout moment et d'utiliser chaque moment creux pour réviser : les pubs à le TV, la leçon de cheval de Flore, les révisions de Flore le soir : je lui fais réviser ses mots et elle me fait réviser les miens ce qui est très motivant car elle est intraitable avec moi. La récompense, c'est de voir un mot ou une expression nouvellement appris, être utilisés dans un livre, de l'entendre dans une conversation, cela donne l'impression de ne pas travailler pour rien, et surtout cela l'imprime de manière plus pérenne dans ma mémoire.
Par ailleurs, je viens de découvrir un site pour pratiquer l'anglais fort intéressant : british council.com. Encore une fois, le flair du chercheur a gagné. Cela n'évitera pas à la mécanique mnésique de devoir se dérouiller, mais au moins j'ai trouvé la bonne huile. Ils proposent des textes à écouter, avec des questions, des exercices de vocabulaire, de grammaire, mais tout cela en ligne, à son rythme. Par contre, leur in-génie-en informatique a sans doute goûter un peu trop à la bière locale, lorsqu'il a créé le site : pour répondre aux questions, il faut une dextérité de chirurgien !

Je viens de réaliser qu'il ne reste plus que 83 minutes de forfait sur mon téléphone après deux mois d'utilisation. Je n'en reviens pas d'avoir autant consommé. Bien sûr, chaque fois que je regarde mes messages, que j'envoie un texte, que je reçois un appel, que je me trompe de touche et je me connecte sur internet... des minutes sont décomptées. Mais cela signifie quand même que mon téléphone est bien utile. Je commence à avoir moins de réserve à l'utiliser pour communiquer, ce qui est un grand pas, peut-être pas pour l'humanité mais pour mon confort et mon estime personnelle.

Le temps social n'est pas scandé par la fermeture des magasins le dimanche, ce qui donne une impression d'un temps infini. Mais je pense que cela coïncide aussi pour moi a une impression de vide, de manque de projets réels, de perspectives, de projections. Bien sûr, j'ai à faire et les journées se remplissent vite. Mais, l’absence de projections, de délais dans le sens d'un but et d'une durée me laisse un peu désemparée. A la formation sur l'expatriation, la formatrice avait parlé de cette étape de vide, de questionnements, de traversée dépressive et je comprenais parfaitement à quoi cela pouvait correspondre. Mais à l'époque ce n'était que théorique, j'avais à peine le temps pour aller à cette journée de formation... D'autre part, je vois que je m'installe dans une vie qui ne me convient pas. J'ai besoin de chalenges, d'ambition, de réussites. Le travail n'est pas la seule issue, mais il s'agirait pour moi de me sentir utile. Cette nuit, mon inconscient a réveillé ma conscience. J'ai rêvé du travail que je viens de quitter, mais surtout de mon premier poste de psychologue, qui m'avait révélé à moi-même dans ce métier. Bien plus que la longue formation que j'ai suivie, les nombreux stages que j'ai effectués et tous les postes que j'ai occupés par la suite, c'est ce poste-là qui a scellé les fondations, en me confiant ma première mission. C'est aussi le regard des enfants placés dans cette maison d'enfants, bien loin dans la Haute Loire qui m'a confirmé la raison de mon engagement. Alors aujourd'hui, ils sont venus me retrouver comme pour me signifier mon destin : j'ai besoin de m'engager auprès des autres!

vendredi 2 août 2013

Début d'une vie ordinaire (deuxième partie)

Semaine 8 et 9 : début d'une vie ordinaire (deuxième partie)

C'est fou tout ce que l'on peut faire avec du temps libéré : faire du sport aux moments favorables (ni trop chauds, ni trop froids), se laver les dents de manière complète après chaque repas, aller dans les magasins, la banque, la poste quand il n'y a personne qui attend au guichet, travailler sur des textes avec des délais raisonnables, répondre à tous les mails en temps, et prendre le temps d'écrire des mots sympas, réfléchir aux meilleures options, reporter à demain ce que l'on peut faire le jour même ou même la veille, prendre le temps de discuter avec les Voisins, de lire... Mais passer du temps à boire un café et à discuter en pleine journée, faire une rando, du vélo un jour de semaine, ne se fait pas sans une pointe de culpabilité. Je me rassure en me disant que je socialise et que c'est ma mission pour toute la famille. En compensation aussi, je fais le ménage et je m'occupe de la pelouse : je ne suis pas encore arrivée à imaginer payer quelqu'un pour le faire alors que je ne travaille pas. Mais ce n'est pas mon idéal dans la vie, loin s'en faut et je n'ai d'habitude aucun problème à laisser une personne compétente s'en occuper.

Comme je l'ai déjà indiqué plutôt, aller en Suède pour l'expatriation n'était pas au départ une option pour moi, mais rencontrer des Suédois, mieux les connaitre, voilà qui est intéressant, surtout qu'ils sont plus nombreux que les Français à Hagerstown. Je m'intéresse beaucoup à la manière de vivre des différents peuples. Cela permet de tenter de comprendre les différences entre les cultures et leur origine. Il y a beaucoup à apprendre de ce qui se passe ailleurs. par exemple, une amie Suédoise m'indique que le CP commence à 7 ans là bas, pourtant il ne me semble pas que les Suédois soient en retard au bout de la chaîne. Est-ce que laisser les enfants jouer plus longtemps les prémunisse d'une overdose de savoir?

En parlant d'école, celle de Flore vient de nous faire parvenir un « A+ school reward ». C'est un accord entre un magasin et l'école : une fois enregistrée au nom de l'école, chaque famille qui fait ses courses dans ce magasin, permet à l'école de récolter de l'argent, qui peut être alors utilisé pour les fournitures, livres, équipement. Je trouve le principe plutôt intéressant. Pour les parents et famille, ce n'est pas une contrainte et c'est une manière de payer notre dette envers l'école ; pour le magasin, c'est une bonne publicité gratuite, et il ne donne à l'école qu'au prorata de ce qui a été acheté (rien à perdre), et pour l'école, c'est une chance de garantir un bon niveau d'équipement. Il s'agit encore une fois d'une mutualisation de nos actions pour répondre à nos besoins respectifs, pourquoi pas ? En fait, il existe de nombreux accords entre le commerce et l'éducation. On peut trouver sur des emballages, des « Box tops » qui une fois accumulés et donnés à l'école lui rapportent de l'argent (10 centimes par Box top, Flore en a rapporté une 50ène après une demi année à l'école). Il y a encore les livres achetés sur un site spécialisé (plutôt dédié à l'éducation), par le biais de l'école, ce qui permet à cette dernière d'avoir des livres gratuitement. Le principe me semble intéressant pour favoriser la responsabilité des enfants et des familles à la qualité du cadre de vie de l'enseignement ; mais le « trop » de ses démarches, fini par rendre le rapport à l'école beaucoup trop mercantile.

Lundi 10 septembre : la nuit a été fraîche. Pour la première fois, nous sommes passés sous la barre des 70°F, il faisait même 52° en allant à l'école (11°c). L'été avait joué les prolongations, et s'étalait sans discontinuité depuis notre arrivée. Les feuilles mortes à ramasser à la pelle dans la piscine avaient bien sur rappelé le début de l'automne, mais les températures restaient très agréables. J'aime les étés indiens! Aujourd'hui, c'est aussi l'anniversaire de mon frère de l'autre côté du globe. Heureusement qu'internet est là, pour Skype, il faudra attendre. Nous ne sommes pas des habitués à fêter les anniversaires dans la famille, surtout ceux inscrits sur le calendrier pour ne pas oublier. Notre manière de nous intéresser à l'autre est plus discrète, moins démonstrative. Et pourtant, elle se produit à tout instant sans avoir une date fixe. Mais pour une fois, je lui ai fêté par un petit mot, ce qui donne lieu à un échange de messages sur les vacances, et d'autres plaisirs de la vie.

09/11/2012 (US) ou 11 sept 2012 (fr) : 11 ans déjà, mais ici la plaie ne se referme pas (attaque du World trade center)! Bien loin, mais en même temps si prêt, l'ambassadeur des USA en Libye vient de succomber à une attaque de roquettes. Les musulmans ont été malmenés dans un film produit ici, et ils font savoir leur mécontentement dans le monde. Rien ne justifie une telle cruauté en retour, mais la colère peut s'entendre. Je suis engagée dans la liberté de parole, mais toute liberté à un prix et la parole se doit d'être mesurée. De plus, ce qu'à dit le producteur du film sur la religion musulmane est tout simplement une atteinte à la liberté d'être : une liberté contre une autre... Ce qui est d'autant plus cruel, c'est bien sur la coïncidence de dates : le jour de cet évènement ne laisse évidemment pas les Américains indifférents et ne peut qu'augmenter leur ressentiment. De part et d'autres, on touche aux symboles, mais lorsqu'il y a des morts d'engagés, on atteint un autre niveau de la conception de la vie. Depuis longtemps, je sais que le prix de la vie n'est pas le même selon le pays d'où l'on est originaire, la vie des otages en particulier nous rappelle cette évidence : un otage d'un pays pauvre aura beaucoup plus de chance de s'en sortir s'il y a avec lui un otage occidental ! Mais lorsque la vie est prise au nom de symboles, il n'y a tout simplement pas de nom...


J'essaye de ne pas me laisser déprimer par la situation humaine dans le monde. Alors, je continue à m'intéresser à ce nouvel environnement. J'ai appris à saluer lorsque je rencontre une personne, dans mon quartier, lorsque je fais du sport, sur le parking de l'entreprise... J'espère que je le fais à bon escient, car bien sûr on ne le pratique pas n'importe où. Dans le voisinage d'abord, on se salue même avec des personnes que l'on ne connaît pas, mais le simple fait de se croiser donne lieu à un échange de salutations de la main. Ce qui serait entendu en France comme un geste de reconnaissance et d'appréciation réciproque, ici apparait comme un geste de courtoisie, il serait apparemment mal venu de ne pas le faire ! Et bien sur, en lien avec l'open space, on peut voir beaucoup de monde. Pour moi, cela me donne la sensation de connaître tout le monde et d'être reconnue, cela génère un sentiment de partage, de convivialité. Je garde pour plus tard les effets de la désillusion. Je suis encore comme un jeune enfant devant la magie de Noël. Je sais qu'un jour viendra, où je réaliserai que le père Noël n'existe pas. En effet, ce n'est qu'un geste de courtoisie qui a peu à voir avec la réelle appréciation de l'autre, on doit aussi le faire à celui que l'on n'apprécie pas ce qui peut donner lieu à des remarques désobligeantes sur des gens que l'on vient de saluer, avec Julie. Ce qui pourrait paraitre comme de l’hypocrisie est sans doute une interprétation culturelle erronée. En se donnant à voir à l'autre, on attend que l'autre nous voit et nous le fasse savoir. Il est sans doute aussi question d'appartenance : on appartient au même quartier, à la même entreprise, on fait du sport au même moment de la journée, on emprunte les mêmes terrains de jeux... En attendant, je laisse la magie de Noël opérée : Merry Christmas to all, and to all a good night.

La coïncidence veut que mon blog s'arrête sur cette référence à Noël, au moment de s'installer dans la période du mois d’août,  que nous allons tous réserver pour d'autres activités... J'ai préféré finir le post sur cette note légère, plutôt que de s'arrêter sur la sombre pensée de l'attentat. Mais, les évènements ne nous laissent pas toujours le choix...
Aux États-Unis, le mois d’août n'est pas un mois où tout s'arrête comme en France, c'est pourquoi j'aurai sans doute beaucoup de choses à rapporter à la rentrée. Mais je préfère continuer à vivre selon un rythme qui alterne entre temps d'activités et temps de pause. Je reprendrai les posts à la fin du mois (c'est-à-dire vendredi 30 août). Bonnes vacances pour ceux qui peuvent en prendre. Happy holidays.

vendredi 26 juillet 2013

semaine 8 et 9 : Début d'une vie ordinaire (première partie)


Semaine 8 et 9 : début d'une vie ordinaire

Aujourd'hui lundi 3 septembre, c'est la fête du travail aux États-Unis (labor's day) et le jour est férié. Nous aurons eu deux fêtes du travail la même année, pour moi qui ne travaille pas en ce moment, c'est intéressant. Nous allons en profiter pour faire une rando dans un parc alentour. Le nombre de jours de vacances étant (largement) plus réduit qu'en France, il n'est pas rare à l'occasion de ce WE de s'entendre souhaiter « bonnes vacances ». Pour autant, fête du travail ne rime pas avec fermeture des magasins. Tout est ouvert sur les horaires d'un dimanche. Il y a même des soldes spéciales pour ce WE. Je serai curieuse de voir s'ils ferment la journée de Noël.

Avec la reprise de l'école, il faut organiser une visite de santé chez le médecin, puis il faut rechercher d'un labo pour une prise de sang. Je ne me sens pas encore pleinement à l'aise au téléphone pour faire toutes ces démarches de cette manière, alors je me déplace. D'autre part, c'est plus commode pour montrer sa carte d'assuré car sinon, pas de RDV possible. Je ne comprends pas que la santé soit dépendante d'un compte en banque. Il est vrai qu'en France, nous sommes abonnés à une santé pour tous et de qualité, mais nous oublions trop souvent que nous avons à l’égard de ce système une dette immense. Ici les soins sont soumis au même principe que pour le reste du fonctionnement de la société : c'est le principe de la responsabilité individuelle. Je vous livre quelques observations et réflexions à ce sujet :
  • la publicité pour les médicaments, pour un hôpital, un centre de soins... est très courante. Or, il me semble que publicité et santé sont deux concepts opposés. En effet, la publicité cherche à faire vendre, pas à mettre en avant les qualités réelles d'un produit, ses risques potentiels, les moyens de prévenir les maladies plutôt que de les traiter. Cela place le soin, les médicaments au même niveau qu'un objet de consommation courante.
  • Avec une ordonnance, les médicaments ne sont donnés qu'en quantité exacte, ce qui évite de conserver chez soi tous ces médicaments non utilisés. En France, la plupart du temps, quand on en a besoin, on ne sait même plus qu'on en a encore et on se fait prescrire de nouveau les mêmes. Ce fonctionnement des soins en France n'est pas sans conséquence : bien sur pour le trou de la sécurité sociale, mais aussi pour la sécurité individuelle : avoir en grand nombre des médicaments dans son armoire peut être dangereux si on choisit l'automédication volontaire ou accidentelle.
  • Beaucoup d'Américains, non couverts par leur entreprise, font le choix de ne pas prendre d'assurance. Comment peut-on faire un pari sur la santé ? Ils peuvent alors renoncer à des soins courants, ou des examens de contrôle car ce serait à leurs frais. J'ai du mal à ne pas imaginer les conséquences en matière de prévention.
  • Les personnes âgées sont accueillies dans les familles à défaut de pouvoir payer une maison de retraite. Lors de mon séjour à San Diego, certains WE, j'avais eu l'occasion de m'occuper d'un vieux monsieur qui habitait chez sa fille et qui avait besoin de quelqu'un pour l'aider dans sa vie quotidienne. En semaine, ils avaient une personne Mexicaine qui restait avec eux jours et nuits. Mais le WE, quand ils avaient besoin de s'absenter, ils me demandaient de venir pour m'en occuper. La solidarité familiale se doit de fonctionner à défaut d'une solidarité nationale.
  • Lorsque l'on doit avancer les frais, on a tout de suite conscience du prix de chaque chose. Ne pas avoir à avancer les frais à la pharmacie, à l'hôpital (ce qui n'est pas à remettre en cause pour les familles qui manquent de trésorerie) ne conduit pas en contrepartie à une prise de conscience du coût réel. A défaut, il y a un risque d'abus sans même être un abuseur compulsif.
  • En France, faire le choix d'un autre forme de médication, plus naturelle, plus en prévention, plus en harmonie avec l'équilibre du corps et de l'esprit... est un luxe. En effet, cela suppose de renoncer à la gratuité pour assumer les frais de telles pratiques, même s'il est vrai que de plus en plus de soins autres qu’allopathiques sont remboursés aujourd'hui.
Être décideur pour sa santé ou bénéficier d'un soin gratuit en toutes circonstances ? un mixte serait peut-être la solution. Mais cela devient un enjeu culturel, et même plus profondément identitaire (comme une partie de soi). C'est sans doute pour cela que d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, les réformes sont si difficiles à conduire.

Dernières démarches pour mon permis de conduire dans le Maryland, je vais bientôt pouvoir rouler comme les Américains! Vendredi 7 septembre : j'ai mon permis tout frais de ce matin. C'est intéressant la démarche à suivre. Il m'avait fallu passer le test de bonne conduite sans drogues, Sesam pour ouvrir la porte de la pièce d'identité américaine. Puis, ce matin, papiers administratifs : beaucoup de documents à fournir évidemment, ma carte de sécurité sociale, mon passeport, le document du test « save and sober », deux justificatifs de domicile. Comme je ne porte pas le même nom que mon mari et que le nom sur les adresses des factures est à celui de mon mari, il me manquait un justificatif de domicile (le certificat de mariage, traduit de France ne fonctionne pas). J'ai dû aller faire faire un autre justificatif de domicile auprès de la banque, avec un relevé de compte où apparaît le crédit (ou débit) qu'il y a sur le compte : côté transparent, on ne fait pas mieux. Mais cela a convenu. Heureusement que j'avais déjà ouvert mon compte en banque. Pour le permis, il faut aussi répondre à la question de race : blanc caucasien. La guichetière m'a demandé quand même de préciser si je n'étais pas hispanique : les relations avec leurs cousins du Sud sont tendues... Ma taille ? je vous la donne en mille : 5,8 ; mon poids ? 141 : non je n'ai ni rapetissé, ni grossis, sinon, vous imaginer le rapport ! Heureusement, il y avait un convertisseur. La personne au guichet confondait mon passeport et mon permis de conduire, et pourtant elle doit en voir passer des passeports... L'ouverture aux autres ne va pas toujours de soi.
J'ai presque oublié de le préciser, alors que j'ai été particulièrement séduite par la démarche : c'est là que nous avons à répondre à la question du don d'organe. Tout le monde est invité à se prononcer à cette occasion, et cela apparaît sur notre permis sous la forme d'un petit cœur rouge. Pourquoi faire compliqué, quand on peut faire simple ?
N’empêche qu'avec tout ça ils m'ont pris mon permis français, et je n'ai plus que l’Américain, car apparemment on n'a pas le droit d'en avoir deux, peut-être pour éviter que l'on conduise avec le deuxième si on s'est fait confisquer le premier ? Ce n'est pas que j'y tenais, mais c'est assez symbolique tout de même, le permis de conduire : il ouvre la porte à pas mal de liberté, et je l'avais depuis l'âge de 18 ans. Maintenant, j'ai le permis avec une photo de moi vieillie de 27 ans. Mais ici, c'est une vraie carte d'identité, alors il vaut mieux ressembler à ce que l'on est devenu...Par contre dès qu'il s'agit d'aller faire assurer sa voiture, on est redevenu jeune conducteur. En effet, le prix de l'assurance ne tient pas compte de notre background de France, ce qui compte c'est d'avoir roulé aux US : avec deux mois sans accident, on peut avoir un petit rabais ! Je peux enfin pouvoir rouler comme les Américains...