Comme j'ai plus de temps pour observer ce qui se passe
autour de moi, j'ai l'impression qu'en ce moment c'est l'époque des
vols migratoires des oies sauvages. Elles sont bruyantes, et font
connaître leur départ... mais au moins elles, elles respectent les
saisons ! On a l'impression d'un moment de grande festivité,
comme si elles avaient besoin de se ressourcer avant le grand départ.
Vont-elles survivre à l'expérience qui présente de nombreux
dangers ? Vont-elles s’acclimater ? Vont-elles revenir
enrichie ? Je leur poserai la question l'année
prochaine. Entre-temps, il me faudra passer l'hiver...
Le lendemain, j'ai un
petit message du département de santé pour me dire qu'ils ont les
résultats et qu'il faut que je les appelle. Encore le téléphone...
Je tente de les appeler par trois fois, je tombe sur la messagerie.
Alors, je me déplace de nouveau. Je suis enfin reçu par une
infirmière qui a noté 3 ou 4 choses à faire : je lui fais
remarquer que pour la varicelle, elle a déjà eu la maladie, qu'un
des vaccins qu'elle m'indique, elle l'a eu aussi. Il reste l'hépatite
B et un autre vaccin qu'elle aurait eu 10 jours trop tôt selon les
standards du Maryland (à un an moins 10j ; or il aurait fallu
attendre la première année intégrale; je pense que pour
celui-là
on va s'abstenir) et un autre fortement recommandé contre le
tétanos, la diphtérie (mais quand je regarde attentivement, elle a
eu un rappel en 2009). J'avoue que je suis perplexe sur ce besoin de
tout couvrir, à
moins qu'ils soient particulièrement suspicieux de ce qui vient de
l'étranger. En définitive,
nous retiendrons le vaccin contre l'hépatite B. Cela me fais aussi
réaliser que l'infirmière du département de santé n'est pas prête
pour un séjour d’expatriation où il lui faudrait comprendre les
standards du pays d'accueil. Maintenant, trouver le vaccin. Trois
pharmacies plus tard, pas de vaccins Hépatite B pour enfants
de trouvé. Il faut dire que les pharmacies vendent de tout mais pas
de vaccins !!! Dans la première je suis repartie avec une
sorcière pour Halloween et dans la deuxième des gants. Je n'aurais
au moins pas perdu mon temps ! Bon reste qu'il lui faut le vaccin.
Finalement, l'infirmière du médecin que je suis retournée voir,
appelle plusieurs endroits et en trouve un qui l'a : le
supermarché local où les vaccinations contre les épidémies
d'hiver ont commencé. Je m'y rends. En fait, ils
ne peuvent pas me le donner il faut venir avec l'enfant et il sera
fait sur place, dans le hall d'entrée du magasin sans aucune
privacy. Mais
heureusement, il sera fait par une infirmière d'un groupe privé
mais qui ne prendra pas en compte notre assurance. Pour la deuxième
et troisième injection, nous irons dans une clinique pédiatrique
qui devrait être mieux organisée. J'avoue que je ne suis pas encore
prête pour changer de système de soin !
Chez le médecin, et aussi au laboratoire, notre
assurance de santé couvre intégralement les frais. Cela me fait
drôle de ne rien payer, même pas d'avance de frais. Cela est encore
plus déresponsabilisant qu'en France! Je n'ai absolument aucune idée
du coût de chaque consultation. Par contre, le médecin emploie une
infirmière et une secrétaire, manifestement à temps plein. Je
comprends pourquoi, on a l'impression que les soins sont très chers
aux États-Unis, si chaque médecin à sa secrétaire et son
infirmière personnelle... Je réaliserais plus tard que le système
de santé est tellement complexe qu'il faut bien une secrétaire pour
gérer les liens avec les multiples assurances. Pour l'infirmière,
ici ce n'est qu'un petit cabinet. Depuis, je suis allée dans
d'autres services plus importants, et là le nombre d’assistantes
ou infirmière est parfois impressionnant. Le médecin n'est plus là
que pour superviser et pratiquer des soins réservés aux médecins.
Cela permet d'augmenter de débit...
Pour ne pas m'occuper que des questions ennuyeuses, et pour me permettre de m'ouvrir à ce que la vie locale
peut m'apporter, j'ai décidé de semer quelques graines et de voir
si la récolte est bonne. En effet, il n'y a pas d'effet magique, le
seul fait de venir de France ne suffit pas, il faut aller ouvrir les
portes. Alors, je propose mon aide à la prof d'art, à la classe
d'enfants Autistes, aux parents d'élèves pour s'occuper de la vente
de livres à l'école, j'organise l'intégration des deux copines de
Flore à l'école pendant leur séjour ici, j'ai pris contact avec
une psychologue Chilienne qui travaille à Washington DC, dont une
collègue de France m'avait donné les coordonnées. Il faut être
patient, cela demande beaucoup d'humilité car au fond on se passe
très bien de toi. J'ai aussi travaillé sur une aide aux nouveaux
professionnels psychologues en France dans leurs démarches de
recherche d'emploi et dans l'installation de leurs nouvelles
pratiques. Il faut d'abord régler les questions informatiques, car
l'aide à distance passe par des canaux que beaucoup de psychologues
maîtrisent mal, à commencer par moi-même. Sauf que moi, j'ai mon
technicien privé, super doué en informatique mais ce qui n'est
malheureusement pas magicien et il y a souvent des problèmes
insolubles en l'état actuel de la science informatique :
proposer un agenda partagé, sur lequel les personnes désireuses
d'un RDV peuvent s'inscrire sans modifier le RDV d'un autre, tout en
maintenant la confidentialité des contacts ? J'ai peur de
devoir me contenter de la bonne vieille méthode qui consiste à demander
un RDV par écrit, avec éventuellement consultation des
disponibilités sur un agenda.
La récolte en définitive sera intéressante pour moi
mais aura nécessité patience et détermination. En effet, mon mail
"voila" (auquel je suis très attaché car c'est le tout premier que
j'ai eu : il y a des attachements affectifs qui sont
surprenants !) apparemment est détecté comme un spam ici. Ce
qui fait que j'envoyais des mails, et ne recevais aucune réponse, ce
qui est extrêmement frustrant, et entretient un climat de doute
profond. Déjà qu'en temps normal, les mails ne fonctionnent pas
toujours de façon optimum, mais si en plus vous êtes détecté
comme indésirables... A force d'insistance (ce qui en même temps me
donnait la désagréable impression d'être de ceux qui sont soit
désespérés pour obtenir quelque chose, soit extrêmement pénibles
à toujours réclamer), de déplacements (rien ne vaut un bon contact
visuel!), j'ai obtenu quelques résultats. Je vais pouvoir venir
travailler auprès des enfants Autistes; dans l'école, l'idée aussi
de recevoir un groupe d'élèves français fait son chemin; j'ai reçu
des infos de la collègue Chilienne; la prof d'art me propose de
venir l'aider... Cela me donne plus de motivation pour engager
d'autres démarches. Je vais finir par être trop occupée...
Surtout qu'avant de partir de France, j'avais prévu d'emporter un travail de titan. Tout ce que j'ai voulu faire
professionnellement, sans en avoir le temps, c'est ce que j'appelle
le travail en jachère. Les situations d'enfants qui sont restées
énigmatiques, les dossiers techniques que j'ai survolés,
l'interprétation des dessins, de tests professionnels, la
coordination d'un dossier d'articles pour une revue
professionnelle... Mais, maintenant que je suis là, je réalise que
cela permet tellement de s'agripper à une identité, de tenir droit
une estime quelque peu ébranlée, de faire face à un sentiment de
vacuité. Après la phase de Skype parties et mail avec les Français,
la phase prise de contact avec les Autochtones, la phase de sentiment
d'inutilité, voici la phase d'installation dans un projet personnel
avec le travail sur le fond des outils dans mon métier,
conjointement à la mise en place d'activités dans ma nouvelle
communauté.
En passant à la bibliothèque, j'ai choisi un livre
audio. Comme il y avait un choix important et que je ne savais pas quel critère
choisir, j'ai prix un titre évocateur : Expat. En dehors de la
situation d'espionnage sous-jacente, la situation d'expatriation est
plutôt bien exploitée. Tous ces étapes sont bien retranscrites.
Il y a une autre composante de la situation d'expatriation dans un pays qui utilise une autre langue : c'est le passage d'une langue à l'autre. Je suis en train
d'apprendre l'anglais écrit pour les téléphones, cad (c'est à
dire) en abrégé. Par exemple : C u soon ! R
u sure about it ?...
Que du bonheur. Mais il y a aussi toutes les abréviations, qui sont
nombreuses an Américain ! Bud pour Buddy ;
hon pour Honey ;
fest pour festival : Hey Bud, R U gonna go to the fest ?
(et mon pote, tu vas aller
au festival ?).
En passant d'une
langue à l'autre, depuis maintenant quelque temps, je suis sans
cesse obligé de changer
la langue de mon correcteur d'orthographe. En effet, j'ai de plus en
plus souvent l'occasion d'avoir à écrire en anglais : répondre
aux mails de nos nouveaux amis (voire l'anglais en abrégé) ;
répondre à la prof d'anglais
langue étrangère qui nous demande pourquoi nous refusons l'aide
proposée à notre fille dans le cadre de l'école : comment lui
expliquer
que notre fille se plaint de sa présence qui la met à part et qui
ne semble pas lui apporter
véritablement d'aide ; cela a été confirmé par les
enseignants
qui ne comprennent pas non plus cette aide : Carla a de bons
résultats, elle demande quand elle n'a pas compris,
ce n'est pas une heure d'aide par semaine qui va changer quelque
chose à sa compréhension
de sa semaine de classe ! ;
mettre en lien l'association française de programmes d'échanges
linguistiques et les écoles ; écrire à Cristal pour se
revoir... J'ai autant besoin du correcteur en Français qu'en
anglais,
c'est pourquoi, je ne cesse de le changer. Mais si jamais j'oublie,
alors tout mon texte est souligné de rouge et j'ai le sentiment
d'être vraiment une catastrophe en orthographe ou en spelling.
D'autre part, je ne comprends pas pourquoi, il n'y a pas de
correcteur qui corrige mieux les fautes de grammaire, ce serait bien
utile pour moi qui invariablement mets
un é à la place d'un er ou inversement. En anglais, l'orthographe
des mots appelé ici spelling,
est souvent approximative
chez moi. Le correcteur m'aide dans ce sens, par contre, il ne me
corrige pas mes confusions entre des mots aux sonorités proches
thing and
think, qui ont chacun un
sens bien différent. Mon oreille n'est pas non prête à intégrer
la distinction entre des mots proches : forteen and
forty, Tuesday and Thursday. Je
dois être dyslexique en Anglais... Cela
peut me jouer des tours dans la prise de rendez-vous. En voulant
changer de groupe de gym pour Flore car celui du lundi est composé
d'enfants plus jeunes, la personne au secrétariat nous indiquera un
autre jour et un autre horaire. Le jeudi nous venons un peu plus tôt,
mais quelle n'est pas notre surprise de ne voir arriver que des
enfants encore plus jeunes et en tutu. Ce n'était ni le bon jour.
Nous aurons quand même attendu 10 minutes avant que je décide de
poser la question au secrétariat (je pensais qu'il y avait une autre
pièce pour les cours de danse). Personne ne nous a rien dit, ni ne
nous a posé de questions. Il est vrai que pour avoir chaud, rien de
plus normal que de rentrer dans une pièce chauffée, survoltée par
les cris des enfants et d'attendre que le temps passe...
Nous
venons de recevoir un courrier du WCPS (Washington
County public school, un peu l'équivalent de l'académie).
Notre fille est éligible pour un STEM
program (Science, Technologie, Enginering and Maths).
Elle a passé un test sur l'ordinateur en septembre, et sa réussite
la situe au-dessus
de la moyenne des autres enfants de sa classe de référence, de
l'ensemble du County.
Il y a des choses qui m'échappent : comment notre fille qui a
tant peiné en Mathématiques en France se retrouve éligible pour un
programme pour talented kids,
justement en Maths ? De plus, malgré le fait que cela soit en
Maths, il est tout de même question de comprendre ce qui est demandé
et pour quelqu'un qui aurait besoin d'aide en Anglais langue
étrangère, selon le professeur d' ESL (English
as
a Second Language),
il y a comme une contradiction. Je réalise que les aides et
programmes proposés par l'école sont bien sur à considérer et
prendre en compte, mais ne peuvent remplacer l'expérience directe
auprès de l'enfant. Ils ne peuvent remplacer non plus l'avis de
l'enfant, à la condition qu'il ait
déjà eu l'occasion de le donner de manière éclairée et
respectée. Nous allons aller à la porte ouverte de l'école qui
propose le programme, et selon l'avis de notre fille poursuivre la
démarche jusqu'au bout. Mais le programme est compétitif, ce qui
est une autre contradiction avec le fonctionnement de Flore. Alors
quoiqu'il arrive au final, nous aurons été très fiers d'elle ce
qui évidemment retentira sur son propre sentiment de fierté.
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