Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 13 septembre 2013

Semaines 12, 13, 14 : le temps des questions fondamentales (deuxième partie)


Comme j'ai plus de temps pour observer ce qui se passe autour de moi, j'ai l'impression qu'en ce moment c'est l'époque des vols migratoires des oies sauvages. Elles sont bruyantes, et font connaître leur départ... mais au moins elles, elles respectent les saisons ! On a l'impression d'un moment de grande festivité, comme si elles avaient besoin de se ressourcer avant le grand départ. Vont-elles survivre à l'expérience qui présente de nombreux dangers ? Vont-elles s’acclimater ? Vont-elles revenir enrichie ? Je leur poserai la question l'année prochaine. Entre-temps, il me faudra passer l'hiver...

Nous sommes finalement allés voir le médecin pour l'examen de routine pour l'école. Première complication, interpréter les vaccins pour s'assurer que ce sont bien les mêmes que ceux demandés par l’État du Maryland. Nous avons le BCG en plus et l'hépatite B en moins. Il faudra donc le faire faire. Il me demande quand même d'aller vérifier auprès du département de santé publique. Deuxième complication au lieu-dit, trouver une infirmière qui puisse répondre à la question. On me demande d'utiliser le téléphone interne pour avoir l'information. J'explique que ce n'est pas des plus faciles d'expliquer et de bien comprendre les termes aussi techniques, par téléphone. Quelqu'un va enfin venir et photocopier le carnet de santé pour me donner les infos par mail. Entre-temps, nous allons faire faire la prise de sang (obligatoire) pour s'assurer que Flore n'a pas de maladies contagieuses.
Le lendemain, j'ai un petit message du département de santé pour me dire qu'ils ont les résultats et qu'il faut que je les appelle. Encore le téléphone... Je tente de les appeler par trois fois, je tombe sur la messagerie. Alors, je me déplace de nouveau. Je suis enfin reçu par une infirmière qui a noté 3 ou 4 choses à faire : je lui fais remarquer que pour la varicelle, elle a déjà eu la maladie, qu'un des vaccins qu'elle m'indique, elle l'a eu aussi. Il reste l'hépatite B et un autre vaccin qu'elle aurait eu 10 jours trop tôt selon les standards du Maryland (à un an moins 10j ; or il aurait fallu attendre la première année intégrale; je pense que pour celui-là on va s'abstenir) et un autre fortement recommandé contre le tétanos, la diphtérie (mais quand je regarde attentivement, elle a eu un rappel en 2009). J'avoue que je suis perplexe sur ce besoin de tout couvrir, à moins qu'ils soient particulièrement suspicieux de ce qui vient de l'étranger. En définitive, nous retiendrons le vaccin contre l'hépatite B. Cela me fais aussi réaliser que l'infirmière du département de santé n'est pas prête pour un séjour d’expatriation où il lui faudrait comprendre les standards du pays d'accueil. Maintenant, trouver le vaccin. Trois pharmacies plus tard, pas de vaccins Hépatite B pour enfants de trouvé. Il faut dire que les pharmacies vendent de tout mais pas de vaccins !!! Dans la première je suis repartie avec une sorcière pour Halloween et dans la deuxième des gants. Je n'aurais au moins pas perdu mon temps ! Bon reste qu'il lui faut le vaccin. Finalement, l'infirmière du médecin que je suis retournée voir, appelle plusieurs endroits et en trouve un qui l'a : le supermarché local où les vaccinations contre les épidémies d'hiver ont commencé. Je m'y rends. En fait, ils ne peuvent pas me le donner il faut venir avec l'enfant et il sera fait sur place, dans le hall d'entrée du magasin sans aucune privacy. Mais heureusement, il sera fait par une infirmière d'un groupe privé mais qui ne prendra pas en compte notre assurance. Pour la deuxième et troisième injection, nous irons dans une clinique pédiatrique qui devrait être mieux organisée. J'avoue que je ne suis pas encore prête pour changer de système de soin !
Chez le médecin, et aussi au laboratoire, notre assurance de santé couvre intégralement les frais. Cela me fait drôle de ne rien payer, même pas d'avance de frais. Cela est encore plus déresponsabilisant qu'en France! Je n'ai absolument aucune idée du coût de chaque consultation. Par contre, le médecin emploie une infirmière et une secrétaire, manifestement à temps plein. Je comprends pourquoi, on a l'impression que les soins sont très chers aux États-Unis, si chaque médecin à sa secrétaire et son infirmière personnelle... Je réaliserais plus tard que le système de santé est tellement complexe qu'il faut bien une secrétaire pour gérer les liens avec les multiples assurances. Pour l'infirmière, ici ce n'est qu'un petit cabinet. Depuis, je suis allée dans d'autres services plus importants, et là le nombre d’assistantes ou infirmière est parfois impressionnant. Le médecin n'est plus là que pour superviser et pratiquer des soins réservés aux médecins. Cela permet d'augmenter de débit...

Pour ne pas m'occuper que des questions ennuyeuses, et pour me permettre de m'ouvrir à ce que la vie locale peut m'apporter, j'ai décidé de semer quelques graines et de voir si la récolte est bonne. En effet, il n'y a pas d'effet magique, le seul fait de venir de France ne suffit pas, il faut aller ouvrir les portes. Alors, je propose mon aide à la prof d'art, à la classe d'enfants Autistes, aux parents d'élèves pour s'occuper de la vente de livres à l'école, j'organise l'intégration des deux copines de Flore à l'école pendant leur séjour ici, j'ai pris contact avec une psychologue Chilienne qui travaille à Washington DC, dont une collègue de France m'avait donné les coordonnées. Il faut être patient, cela demande beaucoup d'humilité car au fond on se passe très bien de toi. J'ai aussi travaillé sur une aide aux nouveaux professionnels psychologues en France dans leurs démarches de recherche d'emploi et dans l'installation de leurs nouvelles pratiques. Il faut d'abord régler les questions informatiques, car l'aide à distance passe par des canaux que beaucoup de psychologues maîtrisent mal, à commencer par moi-même. Sauf que moi, j'ai mon technicien privé, super doué en informatique mais ce qui n'est malheureusement pas magicien et il y a souvent des problèmes insolubles en l'état actuel de la science informatique : proposer un agenda partagé, sur lequel les personnes désireuses d'un RDV peuvent s'inscrire sans modifier le RDV d'un autre, tout en maintenant la confidentialité des contacts ? J'ai peur de devoir me contenter de la bonne vieille méthode qui consiste à demander un RDV par écrit, avec éventuellement consultation des disponibilités sur un agenda.
La récolte en définitive sera intéressante pour moi mais aura nécessité patience et détermination. En effet, mon mail "voila" (auquel je suis très attaché car c'est le tout premier que j'ai eu : il y a des attachements affectifs qui sont surprenants !) apparemment est détecté comme un spam ici. Ce qui fait que j'envoyais des mails, et ne recevais aucune réponse, ce qui est extrêmement frustrant, et entretient un climat de doute profond. Déjà qu'en temps normal, les mails ne fonctionnent pas toujours de façon optimum, mais si en plus vous êtes détecté comme indésirables... A force d'insistance (ce qui en même temps me donnait la désagréable impression d'être de ceux qui sont soit désespérés pour obtenir quelque chose, soit extrêmement pénibles à toujours réclamer), de déplacements (rien ne vaut un bon contact visuel!), j'ai obtenu quelques résultats. Je vais pouvoir venir travailler auprès des enfants Autistes; dans l'école, l'idée aussi de recevoir un groupe d'élèves français fait son chemin; j'ai reçu des infos de la collègue Chilienne; la prof d'art me propose de venir l'aider... Cela me donne plus de motivation pour engager d'autres démarches. Je vais finir par être trop occupée...

Surtout qu'avant de partir de France, j'avais prévu d'emporter un travail de titan. Tout ce que j'ai voulu faire professionnellement, sans en avoir le temps, c'est ce que j'appelle le travail en jachère. Les situations d'enfants qui sont restées énigmatiques, les dossiers techniques que j'ai survolés, l'interprétation des dessins, de tests professionnels, la coordination d'un dossier d'articles pour une revue professionnelle... Mais, maintenant que je suis là, je réalise que cela permet tellement de s'agripper à une identité, de tenir droit une estime quelque peu ébranlée, de faire face à un sentiment de vacuité. Après la phase de Skype parties et mail avec les Français, la phase prise de contact avec les Autochtones, la phase de sentiment d'inutilité, voici la phase d'installation dans un projet personnel avec le travail sur le fond des outils dans mon métier, conjointement à la mise en place d'activités dans ma nouvelle communauté.
En passant à la bibliothèque, j'ai choisi un livre audio. Comme il y avait un choix important et que je ne savais pas quel critère choisir, j'ai prix un titre évocateur : Expat. En dehors de la situation d'espionnage sous-jacente, la situation d'expatriation est plutôt bien exploitée. Tous ces étapes sont bien retranscrites.

Il y a une autre composante de la situation d'expatriation dans un pays qui utilise une autre langue : c'est le passage d'une langue à l'autre. Je suis en train d'apprendre l'anglais écrit pour les téléphones, cad (c'est à dire) en abrégé. Par exemple : C u soon ! R u sure about it ?... Que du bonheur. Mais il y a aussi toutes les abréviations, qui sont nombreuses an Américain ! Bud pour Buddy ; hon pour Honey ; fest pour festival : Hey Bud, R U gonna go to the fest ? (et mon pote, tu vas aller au festival ?).
En passant d'une langue à l'autre, depuis maintenant quelque temps, je suis sans cesse obligé de changer la langue de mon correcteur d'orthographe. En effet, j'ai de plus en plus souvent l'occasion d'avoir à écrire en anglais : répondre aux mails de nos nouveaux amis (voire l'anglais en abrégé) ; répondre à la prof d'anglais langue étrangère qui nous demande pourquoi nous refusons l'aide proposée à notre fille dans le cadre de l'école : comment lui expliquer que notre fille se plaint de sa présence qui la met à part et qui ne semble pas lui apporter véritablement d'aide ; cela a été confirmé par les enseignants qui ne comprennent pas non plus cette aide : Carla a de bons résultats, elle demande quand elle n'a pas compris, ce n'est pas une heure d'aide par semaine qui va changer quelque chose à sa compréhension de sa semaine de classe ! ; mettre en lien l'association française de programmes d'échanges linguistiques et les écoles ; écrire à Cristal pour se revoir... J'ai autant besoin du correcteur en Français qu'en anglais, c'est pourquoi, je ne cesse de le changer. Mais si jamais j'oublie, alors tout mon texte est souligné de rouge et j'ai le sentiment d'être vraiment une catastrophe en orthographe ou en spelling. D'autre part, je ne comprends pas pourquoi, il n'y a pas de correcteur qui corrige mieux les fautes de grammaire, ce serait bien utile pour moi qui invariablement mets un é à la place d'un er ou inversement. En anglais, l'orthographe des mots appelé ici spelling, est souvent approximative chez moi. Le correcteur m'aide dans ce sens, par contre, il ne me corrige pas mes confusions entre des mots aux sonorités proches thing and think, qui ont chacun un sens bien différent. Mon oreille n'est pas non prête à intégrer la distinction entre des mots proches : forteen and forty, Tuesday and Thursday. Je dois être dyslexique en Anglais... Cela peut me jouer des tours dans la prise de rendez-vous. En voulant changer de groupe de gym pour Flore car celui du lundi est composé d'enfants plus jeunes, la personne au secrétariat nous indiquera un autre jour et un autre horaire. Le jeudi nous venons un peu plus tôt, mais quelle n'est pas notre surprise de ne voir arriver que des enfants encore plus jeunes et en tutu. Ce n'était ni le bon jour. Nous aurons quand même attendu 10 minutes avant que je décide de poser la question au secrétariat (je pensais qu'il y avait une autre pièce pour les cours de danse). Personne ne nous a rien dit, ni ne nous a posé de questions. Il est vrai que pour avoir chaud, rien de plus normal que de rentrer dans une pièce chauffée, survoltée par les cris des enfants et d'attendre que le temps passe...

Nous venons de recevoir un courrier du WCPS (Washington County public school, un peu l'équivalent de l'académie). Notre fille est éligible pour un STEM program (Science, Technologie, Enginering and Maths). Elle a passé un test sur l'ordinateur en septembre, et sa réussite la situe au-dessus de la moyenne des autres enfants de sa classe de référence, de l'ensemble du County. Il y a des choses qui m'échappent : comment notre fille qui a tant peiné en Mathématiques en France se retrouve éligible pour un programme pour talented kids, justement en Maths ? De plus, malgré le fait que cela soit en Maths, il est tout de même question de comprendre ce qui est demandé et pour quelqu'un qui aurait besoin d'aide en Anglais langue étrangère, selon le professeur d' ESL (English as a Second Language), il y a comme une contradiction. Je réalise que les aides et programmes proposés par l'école sont bien sur à considérer et prendre en compte, mais ne peuvent remplacer l'expérience directe auprès de l'enfant. Ils ne peuvent remplacer non plus l'avis de l'enfant, à la condition qu'il ait déjà eu l'occasion de le donner de manière éclairée et respectée. Nous allons aller à la porte ouverte de l'école qui propose le programme, et selon l'avis de notre fille poursuivre la démarche jusqu'au bout. Mais le programme est compétitif, ce qui est une autre contradiction avec le fonctionnement de Flore. Alors quoiqu'il arrive au final, nous aurons été très fiers d'elle ce qui évidemment retentira sur son propre sentiment de fierté.

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