Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 5 décembre 2014

J-18 ans : ... le passé se souvient (deuxième partie). Vous allez tout savoir!!!!!

Je sais qu'après cette première expérience américaine, je m'installerais dans une vie faite de plus de contraintes professionnelles et je l'espère familiales, alors je veux encore un peu prolonger le plaisir de cette période d'insouciance. Avant de repartir, j'ai organisé mon retour dans le même pays mais de l'autre côté : sur la côte ouest, ce qui signifie presque un autre pays.

Los Angeles (LA) janvier 2003 : 8 jours après mon arrivée, un tremblement de terre survient à 3 heures du matin : 61 morts. Je joue de malchance ! La Californie est une région sismique très active. Elle est construite sur la faille de San Andréas. Les experts prédisent qu'un tremblement de terre majeur surviendra dans les 30 prochaines années : the big one. Cette partie des États-Unis pourrait-elle un jour se détacher ? c'est la poursuite de la dérive des continents... Pourvu que cela ne soit pas pendant mon séjour ! J'immigre quand même vers San Diego où j'ai aussi quelques contacts. De toute façon, LA me semble démesurée (trois heures pour me rendre en bus à un RDV). Ici, lorsque j'ai parlé à mes voisins d'aujourd'hui de ce tremblement de terre, ils ne se souvenaient pas. La mémoire sélective des hommes les protège de leurs peurs.

Puis à San Diego, la plage, le soleil, le surf, des Américains adorables. San Diégo présente tous les avantages d'une grande ville sans les inconvénients. Et en plus, pour quelqu'un de frileux comme moi, le temps à San Diego est juste un beau cadeau.

Les expériences culinaires restent une énigme. D'abord, afin de participer à la préparation des repas dans la famille où je suis reçue, je propose des pâtes au beurre et au gruyère (mes qualités de cuisinière sont très limitées). Ils vont trouver cela bon mais trop peu diététique (c'est le beurre et le gruyère qui sont en trop). J'ai du mal à croire que dans le pays ou les équilibres alimentaires me semblent bien instables, de simple pâtes au beurre puissent susciter autant de réactions. De toute façon, pour faire plaisir à un Américain, ne lui proposer pas de faire le repas, cela ne l'intéresse pas.
Une autre fois, avec d'autres amis, je les entends me dire que pour les légumes, on les trouve dans les pizzas. Je n'avais jamais pensé à cela avant ! Alors, je me résigne à abandonner la cuisine et je me concentre sur le surf, le roller, les voyages : dans le désert du Nevada (la vallée de la mort, Monument Valley, le lac Powell) ; arrivée de nuit sur Las Vegas : fantastique ; inoubliable San Fransisco par la route 1 :... Accessoirement au milieu de tout cela, je prépare mon retour en travaillant par le CNED la préparation d'un concours.

Le dépassement de temps : « votre crédit de temps est épuisé, veuillez renouveler votre abonnement. A défaut d'un renouvellement, vous serez considéré en infraction, passible d'un retour (gratuit?) et 7 ans d'inéligibilité dans le pays ». Je suis prisonnière dans ce pays immense et fantastique. Je savais à l'époque que je ne voulais pas y rester, je suis attachée à la France où je voulais finir mes études. Donc, je n'avais pas d'inquiétude sur mon avenir dans ce pays. Mais je ne pouvais pas imaginer que j'aurai à revenir dans les conditions d'expatriation, 18 ans plus tard. Cette infraction va me poursuivre dans chacune de mes démarches, dans mes déplacements lors de mon nouveau séjour, heureusement sans m’empêcher d'aller jusqu'au bout. Mais le passage des frontières aura toujours un goût amer (surtout en rentrant du Mexique par Miami, j'avais peut-être poussé le bouchon un peu trop loin …) ;

Une Prière pour mon passé:
mon Passé, mon honneur,
endors-toi
fais comme si tu ne me connaissais pas
je n'ai pas honte de toi,
je suis même plutôt fière
mais tout le monde n'a pas la même appréciation
de ce que fût hier.
Parfois il faut savoir se cacher, se confondre
pour pouvoir mieux renaître,

mon passé, mon honneur,
endors-toi
et laisse à jamais endormi
les traces de cette jeunesse insoumise.

vendredi 28 novembre 2014

J-18 ans : le temps des origines... (première partie)

1992 : j'ai 25 ans, je suis en attente de finir mes études et j'ai un peu de temps devant moi, le centre social dans lequel je travaillais n'a pas une bonne santé financière et ils viennent de fermer la structure dont j'avais la responsabilité. De toute façon, je ne voulais pas faire directrice de centre aéré toute ma vie. C'est le bon moment pour tenter l'aventure linguistique. J'ai toujours pensé que l'Anglais n'était pas une option pour un Français, mais une obligation, et ce n'est pas avec les textes de Shakespeare que j'avais appris à parler l'anglais de la vie quotidienne. La grande Bretagne ou l'Irlande ne me paraissaient pas assez éloignés (l'expérience du bain linguistique est aussi un rituel de passage dans la vie de jeune adulte), l'Australie un peu compliqué à organiser à l'époque, alors les États-Unis réunissaient toutes les conditions pour un séjour réussi. Je me suis inscrite à un programme de jeunes filles au pair, très bien organisé dans ce pays. Mon anglais laborieux m'inquiétait pour tenter l'aventure de manière plus autonome. Premier contact avec une host family : New York City(NYC). New York, premier choc culturel. Ici, la ville est appelé the big apple, et se caractérise par le gigantisme à tous les étages. J'ai beaucoup aimé cette ville, mais j'ai été heureuse aussi d'en partir. Au bout d'un an de vie dans son giron, j'ai été heureuse de sortir de ce gigantisme un peu déshumanisant : il aura fallu un an pour que NYC accouche de moi.

Le pinut butter and jelly sandwich, comme repas de midi. Une des maxime de la host family chez laquelle je vivais : « on n'a pas besoin d'acheter de la nourriture sophistiquée et chère pour les enfants, leur goût n'est pas encore développé ». Je n'avais pas encore eu d'enfant, je n'étais pas encore intéressée par les questions concernant comment bien se nourrir, mais déjà j'avais en tête que la nourriture est le moteur essentiel de toutes nos activités. Le goût quant à lui, il se cultive, c'est un savant dosage entre essai et attente, sans forçage, ni délaissement. Bien sûr, les goût des enfants est différent de celui des adultes, mais il ne se développe pas comme cela tout à coup, par magie. En France, on a trop tendance à envisager la méthode du forçage, parfois l'alimentation tourne au cauchemar (est ce qu'il a bien eu ses 5 fruits et légumes aujourd'hui ? est-ce qu'il n'a pas mangé trop gras, trop salé ou trop sucré ?). Mais de là, à donner comme tout repas de midi une tartine de pinut butter and jelly sandwich ! Les entreprises agro-alimentaires l'on bien compris. Elles composent des recettes très en phase avec le goût des enfants, en faisant croire que c'est bon pour leur santé (qui n'a jamais cru qu'un verre de lait, du pain et du Nutella avait à voir avec l'équilibre alimentaire, comme ma fille me l'a suggéré après avoir regardé la pub à la TV). Les enseignes de restauration rapide offre des cadeaux aux enfants à chacun de leur passage, ce qui leur donne envie de revenir juste pour le cadeau. Et deviner qui ira tout droit chez l'enseigne en question à leur adolescence ? Le sens du goût se développe au contraire très tôt, c'est même avec l’alimentation de la mère enceinte que les choses commencent. C'est vrai que parfois il s'avère difficile de faire goûter à son enfant, que les fruits et légumes ne sont pas leur cible préférée et que cela demande des efforts, déjà pour les cuisiner. Il y a un jeu que ma fille aime tout particulièrement : le jeu des devinettes. Vous coupez quelques morceaux de fruits différents. Vous bander les yeux de l'enfant et vous lui faites goûter un fruit les yeux bandés. Il doit le reconnaître au goût. Attention pas de farce, ne donner pas à votre enfant à goûter des saveurs fortes (moutarde et autres aromates) à son insu, nous ne sommes plus des adolescents tout de même ! Pour animé le jeu, au bout d'un moment lorsque l'enfant fait des sans faute, donner lui a reconnaître deux fruits à la fois, et si vous êtes vraiment un farceur, mettez lui un soupçon de Nutella sur le fruit à la fin du jeu. Effet garantit. Les Américains remplaceront tout naturellement le Nutella par le pinut butter local. Aucun problème.

Même si je ne suis pas à l'aise dans la host family, mes souvenirs ici sont fabuleux. D'abord les amis : Ricky, Tania, Sam, Cristal, souvenez vous, les happy hours ou les lady night, les halloween parties, le gospel du dimanche matin à Harlem, le Roller blade à central park... Puis les voyages à travers l'est, de Miami à Boston en passant par la Nouvelle Orléans et les chutes du Niagara, mes meilleurs souvenirs.

Mais c'est aussi : le 26 février 1993 premier attentat à la bombe dans les sous sol du World trade center. Entre les sous sol et le dernier niveau, il y avait  110 étages, les plus hauts immeubles de Manhattan. Ils étaient devenus les symboles de NYC, devançant même l'Empire State Building. Premier avertissement d'un monde en train de changer, dans lequel les équilibres tendaient à se fracturés. C'est pourquoi, j'ai été particulièrement ébranlée à l'annonce de l'attentat par 2 avions le 11 septembre 2001. Il aura fallu seulement 8 ans, pour que cette fois le monde bascule... Je me souviens, j'avais été en formation toute la journée et je devais me rendre à un groupe d'analyse de la pratique que j'animais dans une crèche. Je pense que cela a en effet eu un impact sur le monde, pas seulement sur les États-Unis. En tout cas mes souvenirs à moi de ce jour-là, sont à jamais gravés dans ma mémoire.

vendredi 21 novembre 2014

en avant vers la fin...

Premières vacances scolaires en France : les vacances de Toussaint. Avec notre billet retour du mois d'août, nous avions retenu des dates pour revenir du fait qu'un aller-retour en avion coute le même pris d'un aller simple. Mais nous allons renoncer à aller aux USA car cela aurait fait vraiment court. En effet, mon frère fête ses 50 ans le samedi du début des vacances, et je n'ai qu'une semaine (avec aussi beaucoup de démarches encore à faire). C'est alors Kris qui viendra nous voir. J'ai quand même quelques regrets car cela aurait peut-être été notre dernière fois, et mes amis me manquent. Par contre, les passages de frontières ne sont pas regrettés... Cela nous change de passer des vacances tranquilles, sans voyage en avion, sans nouvelle destination. Peut-être juste un peu trop tranquilles...

1er novembre 2014, nous frôlons les températures d'été. Halloween qui peut être si froid quelques fois, cette année se sera passé sous le soleil (enfin celui de nuit car en général, on ne sort que la nuit pour Halloween!). L'ambiance Américaine est bien loin et même si en France, il y a quelques manifestations, il vaut mieux prévenir ses voisins si on veut récolter des bonbons…

Après être revenu à une organisation plus tranquille, c'est Kris qui vit des moments d'égarements. Dans son boulot, il n'a toujours pas retrouver de fonctions en France et celui qu'on lui demande de prendre est loin de le séduire. L'expatriation n'est pas faite que de vacances de rêve.

Avant de tenter de conclure notre aventure, je propose de rapporter quand même une dernière anecdote pour la route, qui m'a tellement rappelé qui j'étais ! Je ne suis pas une spécialiste des questions de voitures, mais en étant seule en France, c'est quand même à moi de m'en occuper. Kris m'a dit d'aller faire faire une vidange et changer les filtres. Je préfère m'adresser à un concessionnaire de la marque de notre véhicule, assez important. Lorsque je prends rendez-vous, selon ce que je leur explique (les mots ne me reviennent pas tout de suite…) et comme la voiture n'a pas roulé depuis deux ans, la standardise m'explique qu'il faudra prévoir la journée. Mais c'est que je n'ai pas de journée libre sans voiture ! Je vais attendre les vacances de Toussaint au retour de Kris. Je prends donc rendez-vous , chez le concessionnaire qui dans mon souvenir est le plus pratique pour notre organisation. La veille du RDV, j'ai un doute. Ce n'est pas le concessionnaire le plus pratique chez qui j'ai pris RDV, mais le plus éloigné. Le lendemain, j'annule, cela aurait vraiment été trop compliqué (d'autant que Kris n'est pas en congé et travaille ce jour là). Finalement, il m'explique que c'est une petite révision et que je peux aller chez n'importe quel garagiste. Lorsque je me renseigne, il faut quand même prévoir 2 heures. Je recherche alors les coordonnées de celui-ci qui selon mes souvenirs est près de la bibliothèque municipale, ou je pourrais passer le temps en attendant. Sur internet je cherche Garage …, St Bonnet de mure. J'appelle. Ils ne me connaissent pas, alors qu'il m'avait semblé y être déjà allé. Ils ouvrent à 13h30, c'est parfait. Le jour J je me rends très confiante dans le garage en question. Apparemment, ils ne m'ont pas sur leur liste. Je ne comprends pas, je suis pourtant bien au garage … de St Bonnet de mure. Erreur, celui-ci c'est celui de St Laurent de mure, commune qui juxtapose St Bonnet de mure. Je me rends donc chez l'autre. Ils n'ouvrent qu'à 14h. Étrange, étrange. Heureusement, quelqu'un arrive un peu plus tôt. Mais eux n'ont plus ne m'ont pas sur leur liste. Mais où ais-je bien pu prendre RDV ? Tant pis, ils ont de la place, ils vont le faire dans les même délais. Je patiente à la bibliothèque lorsque mon téléphone sonne. C'est le garage où j'ai pris RDV qui s'inquiète de ne pas me voir venir. J'avais en effet pris RDV dans une commune voisine, mais dans un autre département : une information internet peut toujours en cacher un autre, ou lorsque les souvenirs vous font défaut. La révision sera faite, une chose de faite...

Les idées se tarissent, il est bientôt temps de mettre un terme final à l'écriture de notre aventure. Même si avec les habitudes reprisent en France, cela donne une impression de ne jamais être partis, avec aussi le fait que le retour en France n'est pas simple en terme d'organisation, et bien malgré tout cela, je reconnais que cela a été une belle expérience, riche d'évènements extérieurs, mais surtout intérieurs. Des rencontres, des découvertes, des introspections, des extraversions… la vie est riche lorsque l'on veut bien se laisser toucher par l'émotion.

vendredi 14 novembre 2014

Automne 2014 en France

Et puis le retour en France sera aussi marqué par la redécouverte des joies :
- des distances importantes et du monde sur les routes,
- des magasins bondés le samedi, surtout juste avant la rentrée des classes, alors qu'il nous avait fallu attendre la dernière minute pour faire les courses scolaires vu que l'on savait pas dans quelle école Flore allait aller : pour les courses scolaires le samedi avant la rentrée des classes, hip hip hip… oula,la,
- des vacances à rythme régulier,
- des cartables trop lourds (à quand les livres scolaires sur des tablettes ?), des devoirs et des leçons à apprendre par cœur,
- des repas avec les amis après 20h, des plats sans sucre, des desserts fabuleux,
- des Skype parties en fin de journée,
- des sourires inexistants chez les commerçants

Tous les médecins, dentistes, orthodontistes que nous consultons en France nous disent invariablement la même chose en observant le travail réalisé sur nous: « c'est un peu étrange la manière dont ils travaillent aux US. En France, nous utilisons d'autres méthodes », forcément plus efficaces ! : rassurant ! Mais ne vous y tromper pas, nous avions les mêmes remarques aux US ! Alors qui croire ! Le transfert des compétences d'un pays à l'autre : rêve ou réalité? L'internationalisation des soins : un mythe de l'homme moderne? La médecine parallèle : une chance ou un risque ? Cette expérience d'expatriation m'aura convaincue d'une chose, s'il en était nécessaire : la difficulté pour l'être humain à se décentrer pour faire confiance à l'autre ! En tout cas nous, nous n'aurons pas eu le choix !
(en matière médicale, beaucoup de nos amis expat dans la mesure du possible, se sont tournés vers des compatriotes pour leurs soins, sans doute pour être sur de bien tout comprendre , mais sans doute aussi pour une histoire de confiance, même si apparemment il vaut mieux accoucher aux US , qu'au Brésil!).

Une journée ordinaire. Entre les démarches à faire, le boulot et l'envie d'être de partout, de répondre à tout, les journées sont bien remplies. Pour vous donner un aperçu :
Samedi 11 octobre :
- matinée de travail (exceptionnel certes, mais quand même). Comme Flore va au cheval et que je ne peux pas l'emmener, on a couché la veille chez des amis qui vont pouvoir l'emmener.
- 13h  récupération de Flore.
- 13h30 Achat d'un vélo pour elle.
- 14h30 récupération de nos affaires chez nos amis
- 15h participation à une ballade contée dans le village,
- 18h30 se rendre chez les cousins de Flore à 3/4 d'h car on fait du babysitting.
- 19h Skype avec une ancienne étudiante
- 20h skype avec Kris en même temps que l'on mange (les petits ont du mal à patienter)
et tout cela bien en 12h puisque que l'on soit en France ou n'importe où ailleurs dans le monde, les journées ne sont que de 12h. A quand les clones ???????? En même temps, nous trainons avec nous nos bagages bien chargés, notre Twingo est devenue notre deuxième dressing. Cela nous donne l'impression d'être comme des colporteurs : toujours sur les routes ! Et bien sur l'inévitable oubli des chaussures qui accompagne la petite tenue décontractée du dimanche me fera ressembler à une … américaine !!!

Une fusillade vient d'avoir lieu dans un lycée d'une petite ville Américaine près de Seattle (à Marysville, Samedi 25 octobre). J'ai l'impression d'y être, et je me dis que cela aurait pu être mon collège. Cette information me rappelle aux USA mais surtout je réalise à quel point en Europe et j'imagine aussi dans beaucoup de pays qui réglementent l'utilisation des armes à feu, nous nous sentons plus en sécurité. Bien sur, il existe des truands qui en utilisent quotidiennement, mais à moins d'évoluer dans leur milieu, il n'y a pas de raison d'être pris pour cible. Tandis que là, tout le monde est concerné.

samedi 8 novembre 2014

La réadaptation, automne 2014

Il nous aura fallu 3 bonnes semaines une fois le travail repris, l'école recommencée pour retrouver un rythme, des habitudes, une organisation rodée ce qui me donne l'impression de pouvoir enfin respirer. La situation n'est pas idéale, et il nous faudra encore faire des adaptations, mais au moins nous ne nous trouvons plus dans le feu du volcan. Nous pouvons commencer à anticiper, à organiser les activités périphériques, à nous projeter. Flore a pu trouver une place dans un cours d'équitation le samedi. Elle intégrera aussi la Chorale de l'école. Alors tout va bien pour elle. De mon côté, j'ai vraiment envie de refaire une activité sportive, mais j'ai besoin encore de voir comment l'organisation va me laisser du temps. Pour l'instant, mes journée de 12h ne me permettent pas de faire autre chose. Comme je suis déjà passée par la casse médecin, j'ai le certificat médical d'aptitude. C'est toujours ça !

Question école, le collège du village sera finalement intéressante. Flore s'est rapidement fait des amis, elle est dans la classe option musique ce qui suppose une classe tranquille, des élèves attentifs, ouverts, calmes. Cela la change !!! Les aménagements ne sont pas encore organisés, mais ils en parlent. Je vois bien que cela semble compliqué, mais je ne vois pas ce qu'elle va apprendre en anglais. La France reste avec une drôle de façon de penser les langues étrangères. Je ne vois pas très bien comment elle peut conserver sa pratique de l'anglais avec des cours en France en cinquième. Donc à part perdre son temps, je ne vois pas très bien. Par contre, elle pourrait enrichir son espagnol. Je vais devoir insister. Mais finalement, je renoncerais car elle pourrait intégrer la section européenne de l'année prochaine, et je ne sens pas l’enthousiasme nécessaire pour que cela ne soit pas préjudiciable à Flore. J'assurerai moi-même les cours d'Espagnol, et elle aura de bonnes notes en Anglais (à condition que la prof accepte que certains mots se disent autrement en américain… ce n'est pas gagner !).

Avec notre installation en ville, nous sommes au cœur du rythme cardiaque de Lyon et nous pouvons tout à loisir ressentir son pouls. Les artères et les veines de la capitale des Gaules ont été bien aménagés pour accueillir les vélos en ville. Lyon a été précurseur en matière de partage de vélos dans la ville. A Lyon ce système est appelé vélo'v. Des pistes cyclables ont été aménagées et cela marche. Je n'ai pas habité la ville depuis bien longtemps et aujourd'hui je retrouve une ville bien changée. Les vélos ont envahis l'espace, les vé-love bien reconnaissables sont de partout, sans que cela ne crée une gène aux automobilistes car les voies de circulation sont distingues (peut-être que les automobilistes sont une gène pour les cyclistes, mais cela est une autre histoire !). Il faut que j'essaye, surtout que notre appartement est juste à côté d'une magnifique piste cyclable qui longe le Rhône, sans voitures.

L'appartement que nous occupons est celui d'une amie qui a déménagé sur Castre mais qui a gardé son appartement meublé pour venir voir ses parents tout en restant indépendante, à peu près un week end sur 3. Il est du coup très fonctionnel, bien aménagé et même très bien décoré. Cela et vraiment agréable. Par contre, comme il n'était plus utilisé pour la vie quotidienne, il n'y a ni TV, ni d'internet. Cela complique considérablement les choses, car je réalise que si on peut très bien se passer de TV, il n'en est pas de même pour inter-net. Net en anglais signifie filet, et en effet nous sommes pris dans les mailles du filet, lorsqu'il s'agit de faire la moindre petite démarche, sans parler des communications lointaines en visuel. Je me suis sentie perdue, surtout au début où je n'avais pas encore les codes WIFI à mon travail ou chez les amis. Alors je reviens sans cesse au point de départ de toute vie : dans la maison familiale, léguée depuis à mon frère.

vendredi 31 octobre 2014

La rentrée : le retour à une vie ordinaire (fin Août 2014)

Il y a des matins ou l'on voudrait que le soleil ne ce soit pas levé, ou l'on voudrait effacer les traces de ce qui a été vécu entre le réveil et le couché . Mais parfois, ce sont des semaines que l'on voudrait effacer. Lundi 25 août, le test pour Flore à l'école internationale. 4 heures consécutives de tests (un en anglais, un en maths mais en anglais et un de français), puis un quart d'heure d'un entretien à l'oral. Je stresse car je pense que cette école est vraiment bien pour son ouverture à l'autre. Ce jour là, de nombreuses langues sont parlées. J'utiliserai ce temps libre pour moi pour aller voir la directrice de l'établissement où je travaille pour évoquer ma rentrée. J'ai l'impression que peu de choses ont changées, surtout les choses les moins agréables. Cela sera confirmé le lendemain, premier jour de rentrée avec une réunion générale. Les mêmes tics de langage, les mêmes problèmes, les mêmes rappels à l'ordre, les mêmes places autour de la table… Le mercredi j'aurai une mammographie de routine à faire. Même si je ne suis pas spécialement anxieuse, ce n'est pas un examen très agréable, d'autant que le médecin souhaite faire une échographie complémentaire car j'ai oublié mes anciennes radios. Les échographies des seins c'est un appel au meurtre de la sensualité. Entre le rouleur compresseur de la radio, le produit gélatineux déposé en gerbe sur les seins, et le médecin qui passe son instrument d'écho en appuyant fort sans vous regarder… vous pouvez dire adieu à la dimension sensuelle. Il n'y a rien d'agréable dans une échographie des seins ! Mais bon, je n'ai rien, ce qui est en soi suffisant pour se détendre. Mais j'ai à peine le temps car je dois aller chercher Flore que j'ai déposé chez des amis un peu loin de Lyon, et comme elle a un rendez-vous chez l'orthodontiste, il nous faudra nous dépêcher. Pour elle, par contre tout va bien car elle est encore en vacances et elle va ensuite chez une autre amie, puis encore une autre, tandis que je serais au travail. Les premières journées de reprises de mes fonctions, sont éprouvantes. On reprend le travail là où ils l'ont arrêté avant les vacances sauf que les miennes ont duré deux ans. De plus l'organisation de ma collègue remplaçante ne me paraît pas des plus efficace et je ne retrouve pas les informations importantes dont j'ai besoin ce jour là pour me repérer. J'ai donc l'impression d'être toujours décalée. Dans mon cerveau c'est comme un bouillonnement d'informations que je n'arrive pas à classer. Je sais aussi que je ne suis pas aidée par l'attente anxieuse des résultats de Flore pour la nouvelle école. Il me faudra plusieurs jours pour retrouver mes marques. Heureusement l'accueil des collègues est très agréable et celui de enfants exceptionnel. Ils sont heureux de me retrouver et sont fiers de me montrer qu'ils ont grandi. Ces enfants, malgré leurs difficultés, leur handicaps seront les ambassadeurs de la bonne humeur. Ce jour là, ce sont eux qui me font du bien, qui m'aident à surmonter ma déprime du moment.

Et voilà, j'appelle l'école internationale. Il n'y aura pas de place pour Flore malgré ses bons résultats au test (elle est 3ème sur liste d'attente). Je suis dépitée mais je n'ai pas le temps de me laisser aller. Cela veut dire qu'il faut que je rappelle l'autre école que nous avions contactée pour inscrire Flore. L'organisation va être beaucoup plus compliquée. Je suis vraiment déçue, mais en plus je vois tous les tracas du quotidien qu'il va nous falloir gérer car nous nous étions installées en fonction de la première école. Bien sur nous nous rapprochons de notre ancienne maison mais qui n'ait pas encore disponible. Et bien sur tout le monde veut savoir ses résultats, ce qui me rappelle à chaque fois qu'elle n'a pas été prise. Cette semaine n'aura pas été heureuse ! Et dans ces moments là, il ne sert à rien de savoir qu'il y a beaucoup plus grave comme situation, que ce ne sont que des problèmes mineurs, car il s'agit de vivre le deuil d'une situation rêvée à laquelle il faut renoncer, déjà qu'il nous a fallut faire un travail de deuil de nos deux années passées aux USA. Cette école, cela aurait été comme un prolongement... Mais il n'aura pas lieu. Cette semaine là, je n'aime pas la France.

Parfois aussi, avec la reprise presque à l'identique de mon travail (même travail, mêmes collègues, mêmes horaires…), j'ai l'impression étrange de ne pas être partie. Un jour à table, je suis surprise d'entendre mes collègues évoquer des stéréotypies sur les américains comme si je n'étais pas là car à aucun moment ils ne me demandent ce que j'en pense alors que j'en reviens et que je l'ai vécu de l'intérieur. Cela me donne l'impression que ces deux ans n'ont pas comptées. Les français restent plantés dans leurs certitudes et leurs croyances profondes, peu prêtes au changement. J'ai toujours beaucoup de mal à entendre un non français critiqué la France, baser leur jugement sur des stéréotypies bien ancrées. Aujourd'hui, ce sont les critiques des USA qui m'exaspèrent. Je n'ai même pas envie d'en parler, de les détromper, de leur demander d'ouvrir leur esprit. Je suis seulement lucide sur la situation : je vais avoir beaucoup de mal à me joindre à leur discussion !

Je n'aurai pas cru que le retour soit aussi difficile, à certains moments j'avais l'impression d'un tourbillon incessant dans ma tête, d'un sentiment d'être sans cesse décalée, avec mille choses à gérer. J'ai compris ici que l'absence de lieu stable d'habitation, de cocon protecteur, d'îlot de décompression était un vrai frein à l'équilibre personnel et au bien être. Mais là encore, nous n'avons pas manqué de chaleur compensatrice à travers l'amitié et la famille. J'avais l'impression de leur demander tant et leur réponse était si naturelle, comme si cela allait de soi de nous prêter un appartement en ville sans date butoir, d'accueillir notre fille avant ou après l'école tous les jours, de se porter caution dans notre quête d'un logement à nous, de me soigner une dent dont la couronne venait de sauter, après les heures de travail... Et tout cela gratuitement, sans rien attendre en échange, de façon complètement désintéressée. Je n'ai jamais autant compris les valeurs de « fraternité » (liberté, égalité, F.) de notre cher pays. Ne les oublions pas, elles sont notre richesse nationale, notre patrimoine commun le plus précieux.

Ode à l'amitié :

à toi mon ami, mon frère...
tu es mon âme, mon mythe, mon tiers
Comment t'écrire ce que je ne peux te dire ?
alors je décline Âme qui éclaircie le ciel,
de ces nuages lourds encombrant l'atmosphère
je décline Mythes, aux accents millénaires
qui relient les hommes à jamais immortels
je décline tiers qui sépare de la dyade,
et donne un souffle neuf pour une nouvelle pléiade

à toi qui m'a ouvert les bras, et offert ton sourire
tu es comme une Terre qui sauve du naufrage,
l'étranger apatride, errant et sans bagage,
qui cherche des racines aux autres à venir.

vendredi 24 octobre 2014

La fin des vacances d'été 2014 : de l'autre côté de l'atlantique

Cette fois nous passerons par Munich pour notre vol retour, Londres ne nous réservera pas ses nuages. Par contre, je n'ai pas emporté mon nouveau code de carte bleue française, ma carte américaine ne sera pas acceptée dans le café ou j'essaye de prendre du expresso, et je n'ai ni euro, ni dollars. L'expresso restera sur le comptoir. Quel gâchis, moi qui voulait m'offrir un petit plaisir lié au retour sur nos terres ! Nous passerons la douane en Allemagne. Je regrette l'accueil souriant du douanier français !

Pour commencer nous logeons chez mes parents. Je suis un peu inquiète de les retrouver car j'ai peur de l'évolution de leur situation personnelle. Finalement, même si des choses ont encore un peu évoluée, il y a aussi des choses qui se sont installés et la routine à pris le pas sur l'affrontement douloureux à la nouveauté de la situation. Je trouve que le climat s'est apaisé, et j'aurai plus de plaisir à rester auprès d'eux.

Chez mes parents, j'ai le plaisir de retrouver ses chers paysages français : cette vaste plaine dégagée, qui offre au ciel une large place. En arrière fond, les montagnes des Alpes se devinent, tels des géants fantomatiques tout juste sortis de terre. J'aime à regarder ce paysage qui m'a vu grandir et qui m’accueille de nouveau sans trace de rancune. J'ai envie de retrouver les sensations éprouvées lors de mes randonnées dans les Appalaches. Alors je décide d'aller marcher. En France, l'une des particularité des chemins et parfois même des petites routes de campagne, c'est qu'ils mènent systématiquement à un enclos avec des barbelés. Difficile de déambulé au gré des rencontres de chemins car l'on ne sait jamais si cela passera.

J'ai du mal à me recaler dans mon sommeil. Je m'endors tard et j'ai du mal à me lever. Je sais que c'est aussi lier à un sentiment ambiguë de ne pas vouloir abandonner mon ancienne vie, de m'accrocher à ce qui fut ma vie ces 2 dernières années. J'ai envie d'entendre les musiques américaines, j'ai l'impression que la musique française n'a pas évolué. J'ai peur de perdre mon anglais, j'avais eu l'impression avant de partir que j'avais encore franchi un cap dans mon expression et ma compréhension. Les jurons et les excuses spontanées se font en anglais. Je sais aussi qu'il faut que je fasse attention à ne pas me référer qu'aux États-Unis auprès de ceux qui m'entourent, car c'est moi qui est du mal à lâcher prise. J'ai déjà vécu cette expérience de se sentir décalé par rapport à ceux que l'on a connu avant le départ, même si aujourd'hui avec Skype le décalage est largement atténué.

Je peste sur les démarches à faire en arrivant. Changer l'assurance de la voiture, prendre un téléphone portable provisoire, refaire faire mon permis de conduire… Heureusement, il y a la famille et les amis à voir. Ils se sont finalement arrangés pour ne pas partir tous en vacances tous en même temps, ce qui nous permet de les voir à tour de rôle. C'est sympa cette organisation tacite…
Je veux aussi tenter de voir le plus de monde possible, car j'ai peur que la rentrée ne soit un peu bousculée. La famille, nos amis s'impatientent de nous voir et je ne voudrais pas leur donner l'impression de les snober, surtout que moi aussi j'ai très envie de revoir tout le monde, et de passer du temps de qualité avec chacun.

Nous avons bien fait de prolonger l'aventure sur l'été à Hagerstown, car la France nous fait profiter de ces fraicheurs digne d'un mois d'octobre… « Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour là », sauf que ce jour là, c'est le 15 Août et Brest c'est la Drôme : quelle misère !
Pour le 15 août, nous allons en effet faire du camping dans la Drôme. La pluie nous accompagne, puis le froid du soir : les tournesols sont en berne !!! Heureusement, nous pourrons quand même profiter des joies de la nature : via ferratas, randonnée aquatique, dégustation de clairette de Die… Nous pourrons vérifier avec Flore que les activités ne se déclinent pas tout à fait de la même façon entre la France et les USA : la France laisse plus de place à l'initiative individuelle, l'organisation Américaine est plus anxieuse des risques et peut apparaître plus rigide, même si en même temps elle permet une structure solide. En même temps en France, en été, la montagne si belle, peut dévoiler aussi sa part de morbidité. Cela aussi me fait drôle de ne pas laisser de tip, surtout que le prix des mêmes activités est souvent moins cher en France.

Quand on revient dans son pays après plusieurs années à l'étranger, il y a des démarches banales qui se révèlent acrobatiques : déposer un chèque à la poste où tout se fait par des machines déshumanisantes (c'est quoi l'horodateur ?, et quand on a le malheur de demander de l'aide, on a vraiment l'impression d'être prise pour une idiote, et la réponse systématique sera : vous n'avez qu'à le faire à la machine derrière vous. Je plaints les étrangers qui veulent prendre des timbres en France !!! C'est vrai qu'aux USA, la postière me demandait toujours si j'avais besoin d'autres choses, et me proposait des services que je ne demandais pas, mais au moins, j'avais droit à un sourire et je n'avais pas l'impression de la déranger), à prendre une carte SIM par internet, à tenter de joindre la préfecture…

Je tente d'organiser au mieux la répartition entre les démarches à faire pour notre installation, les visites aux amis, et la présence auprès de mes parents. J'ai l'impression que 3 semaines de congé en France, avant la reprise du travail ne vont pas suffire. Mais il est vrai que là encore je multiplie les activités : j'ai proposé d'initier ma fille (en principe déjà initiée), mon neveu et ma nièce aux joies de la langue espagnole (ce qui me permet de vérifier la qualité de mes cours), je passe le plus de temps possible auprès de ma mère que je vois de nouveau évoluer après un temps de sollicitation douce, mais continue. Les gestes ancestraux se retrouvent (essuyer la table, la vaisselle, balayer…), alors que je croyais que eux aussi avaient disparus.