Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 6 décembre 2013

7eme mois, fevrier 2013 (4eme partie) : vamos a la playa...


Et puis encore une autre découverte, sur la route, les règles s'écrivent en jaune. Il est important de connaître les règles qui s'appliquent à la rencontre avec les bus scolaires sur la route. Tout le monde a en tête les fameux bus jaunes qui conduisent les enfants scolarisés à l'école américaine. Ce que nous savons moins, ce sont les règles qui régissent la circulation à leur côté. Lorsqu’un bus jaune s'arrête pour faire descendre les élèves, toute circulation s'arrête, dans tous les sens. Le bus est doté d'un panneau « stop » sur le côté gauche qui se met en place dès que le bus s'arrête, interdisant aux voitures en contresens de rouler. Il n'est pas question non plus aux voitures de derrière de chercher à dépasser le bus, comme on le voit faire en France. Ici, cela peut même aller jusqu'à une dénonciation à la police. Cela donne une impression d'arrêt sur images, tandis que seuls les élèves peuvent bouger. De plus, lorsqu'un bus jaune arrive près d'un chemin de fer, quel n'est pas notre étonnement de le voir s'arrêter, ouvrir la porte avant, puis continuer sa route après avoir refermé la porte. Qu'est ce qui c'est passé ? Est ce qu'il aurait perdu quelque chose ? Bien sur, au même moment toute circulation est interrompue (mais seulement celle à l'arrière du bus). Je vous rappelle que Hagerstown est construit à un carrefour de nombreux chemins de fer, qui ne conduisent plus que des trains de marchandises. C'est pourquoi, il y a de nombreux arrêt entre 7h et 9h am ainsi qu'entre 2h et 4h pm. Il vaut mieux le savoir pour ne pas risquer d'arriver en retard à un RDV. Peut-être que vous vous demandez qu'est ce qui peut bien pousser les bus jaunes à faire ainsi ? Nous avons mené notre enquête et c'est Kris qui a trouvé la solution à l'énigme. Les bus s'arrêtent ainsi, ouvre leur porte pour que le chauffeur puisse écouter si aucun train n'arrive. Si tel est le cas, il peut repartir. Je ne suis jamais tombée encore à un moment où un train va passer, mais cela pourrait suggérer que l'attente sera longue, car les trains de marchandises concentrent deux caractéristiques : ils sont très longs et très lents... Le plus drôle, c’est que je suis déjà tombée sur un bus jaune qui s’était arrêté avant un chemin de fer désaffecté ou clairement, la voie n’était plus en usage. Mais cela ne change rien, une règle est une règle...
Il y a aussi d'autres choses en jaune : une ligne continue jaune ou même deux, des panneaux d'école... Le jaune représente vraiment quelque chose d'important à signaler.

Mais surtout l’une des découvertes les plus intéressantes du mois de février sera ... la déclaration d'impôt. Les impôts dans une situation d'expat : paradis ou enfer ? Avant de partir, nous avions calculé que pour l'année en cours, nos impôts connaîtraient une forte dévalorisation, car je suis la seule à travailler en France, sur une demi-année et les impôts pour Kris sont payés directement par l'entreprise : là c'est le paradis. C'est bien la première fois que nos impôts connaîtront une dévalorisation ! Encore faut-il faire sa déclaration américaine. Et là, c'est l'enfer. Il faut déclarer beaucoup de choses qui ne nous paraissent pas toujours en lien avec la question des impôts. Au bout d'un fastidieux WE à tenter de récolter toutes les précieuses informations, la déclaration est envoyée à une personne spécialisée dans l’entreprise, en charge de s'en occuper. Enfin délivré ! C'est sans compter qu'en mai pour la déclaration française, il nous faudra recommencer le processus car ce qui est compliqué avec notre situation, c'est que Kris est arrivé 6 mois avant moi et que nous avons des impôts à payer dans les deux pays, la même année.

Comme cela ne nous a pas paru assez compliqué, j’ai décidé de me lancer a la conquête du marché du travail, pour rajouter quelques tracas au mois de février 2014.
Le travail n'est pas une nécessité absolue comme cela pouvait l'être lorsque que j'étais plus jeune. Il n'était pas question à l'époque de motivation, mais de nécessité vitale. Et lorsque les choses dépendent de soi, il faut alors trouver la force pour affronter les entretiens, les démarches, le sentiment de ne pas être à la hauteur, de ne pas être attendu : il y en a tant d'autres, tout autant ou même plus qualifiés ! Surtout que lorsque l’on est plus jeunes, il y a plus de doutes que de certitudes. Or, le travail reste une voie essentielle pour l’expression de la personne, la réalisation de ses capacités, sa sécurité matérielle, sa reconnaissance sociale. C’est pourquoi, c’est un enjeu très fort, bien au-delà du besoin matériel. Je commence donc à réfléchir de plus en plus à une activité salariée ici. Mon visa de travail est en cours, alors je pense me lancer à la conquête du marché. J'ai fait mon CV en anglais, selon les standards américains : donner des faits, des réalisations, des chiffres, aucun élément discriminatif comme l'adresse, l'âge, le poids, la situation maritale, la religion... Puis, les lettres de recommandation par des personnes extérieures, susceptibles d'apporter leur point de vue sur vos capacités. Il en faut trois, et si possible confidentielles (elles doivent être directement envoyées sans passer par le postulant). Cela fait partie des démarches avec lesquelles je ne suis pas très à l'aise. Il faut un sacré ego pour demander à d'autres de dire des choses positifs sur vous. En même temps, cela évite que le futur employeur ne fasse des recherches dans votre dos. Ici, tout est clair, il est explicitement dit que tous vos documents sont susceptibles d'être vérifiés, vos recommandations seront appelées...
J’ai pris un peu de temps pour me lancer. J’ai d’abord eu besoin de temps pour m’installer sur place, m’assurer que j’avais du temps disponible en fonction de l’organisation pour Flore et toute la famille. Ensuite, j’ai eu besoin de temps pour savoir ce qui m’intéresserait et ce qui serait envisageable en fonction de la barrière de la langue, car même si mon anglais est correct, de là à envisager de l’utiliser dans un métier, et en particulier le mien dans lequel les subtilités de la langue sont si importants. Il ne s’agit pas seulement de se comprendre, il s’agit de faire preuve d’empathie ce qui suppose d’être plutôt au clair avec le discours... Mais en même temps, je ne suis pas complètement dupe, j’ai aussi dû lutter contre le sentiment de ne pas être à la hauteur à cause de la langue. Alors qu’aujourd’hui, je suis plutôt fière de mes accomplissements dans mon domaine professionnel, et je sais que mes qualités professionnelles sont reconnues par mes pairs et les personnes pour lesquelles je travaille, lorsqu’il s’agit de le transférer en anglais, les moyens me manquent et je me retrouve jeune débutante, pleine de doutes et d’incertitudes. Je suis aussi passée par une phase de culpabilité liée au sentiment de prendre le travail à quelqu'un qui pourrait en avoir plus besoin que moi. Nous vivons une époque ou le travail est une valeur importante tant dans le domaine vital (travailler pour survivre), que sociale (le travail comme valeur refuge dans une société ou l’image auprès des autres est si importante : récompense d’une intégration réussie), que personnelle (le travail comme valeur narcissique : je sais ce que je vaux à travers mes accomplissements professionnels). Alors, j’ai décidé de tenter d’être professeur remplaçante. Professeur, car les questions de transmission m’ont toujours intéressées. Et puis, j’ai beaucoup travaillé auprès d’enfants, de professionnels de l’Éducation, j’ai aussi enseigné à des adultes et j’apprécie cette relation au savoir (je pense que j’apprends autant que je peux enseigner!). Remplaçante, car cela ne sera que pour un temps court et cela évite de devoir passer des tests, repasser des examens, d’avoir trop de contraintes horaires. En effet, pour être remplaçante (ici dans notre county), il faut seulement justifier d'avoir passé un DEUG. Mon expérience de bénévole auprès de la classe d’enfants autisme m’a confirmé que c’était un domaine qui m’intéressait et qui me semblait accessible. Je ne postulerai pour autant que pour être prof de Français et auprès des enfants en difficulté car je me vois mal enseigner l’anglais à des Américains ! Par contre, on m'a suggéré d’être aussi prof remplaçante d'espagnol car avec le niveau qui est demandé ici, même mes vieilles notions un peu rafraîchies devraient suffire. Alors, vamos a la playa...

vendredi 29 novembre 2013

7eme mois, fevrier 2013 (3eme partie) : découvertes...


whitetail, notre station de ski
Cet hiver n'a pas été très intense question froid. Rassurez-vous, pour les Français qui ont eu un hiver 2013 très enneigé, nous avons eu aussi nos épisodes de neige. A plusieurs reprises, l'école ouvre deux heures plus tard ou ferme deux heures plus tôt pour éviter que les enfants ne soient sur le route quand il neige, principe de sécurité oblige. Il y a même eu une semaine, fin janvier, où toutes les journées ont eu du décalage ! L'avantage du décalage de deux heures, c'est que cela n'a pas de conséquence sur la fin de l'école, car lorsque l'école est fermée pour des journées entières, ces journées sont rattrapées en juin pour compenser (on ne badine pas avec le nombre de jours d'enseignement!). Mais la neige , ne tient généralement pas. Pour autant, nous avons pu profiter des joies de la neige. Il y a en effet, deux stations de ski très proches (à une demi-heure, ouvertes de 8h du matin jusqu'à 22 h!). Si le neige n'est pas au rendez-vous naturellement, qu'à cela ne tienne, ici il la fabrique... Ce qui fait que nous arrivons par une route complètement dégagée, a travers une campagne prête à accueillir le printemps, et nous débarquons sur des pentes blanches immaculée (la neige artificielle est blanche immaculée!). Nous faisons aussi du tubing, sorte de luge en forme de chambre à air, sur des pistes aménagées et là encore ouvertes jusqu’à 22 h et bien sûr payantes...


tubing














Quand on arrive dans un nouveau pays, et que l’on s’y installe pour quelque temps, on ne cesse de faire des découvertes. J’imagine très bien Christophe Colomb découvrant le nouveau monde... Pour nous, ce sera d’abord la découverte des produits miracles : le détachant pour les vêtements, la colle super puissante, l’allume feu efficace... Quand les Américains annoncent : « détachant pour lessive », cela détache vraiment et toutes les tâches, et en plus sans rien abîmer de la texture du vêtement. Lorsque la colle est appelée super glue, cela ne rigole pas, et tout cela sans même attacher les doigts maladroits (à condition qu'ils ne soient pas trop maladroits, tout de même!). L'allume feu, qui allume à une vitesse prodigieuse, et seulement le feu de cheminée. Je n'aurai jamais cru qu'il existe de tels produits miracles. Ils tiennent bien leurs promesses.

Dans les magasins de même, je ne cesse d'être surprise par la notion de cash back. J'ai d'abord mis un peu de temps à comprendre lorsque après avoir fait vos courses, après avoir passé votre carte bancaire, la machine vous demande cash back. Il s'agit de vous donner la possibilité en faisant vos courses, de retirer de l'argent liquide en même temps. Plus besoin d'aller à la banque. Là encore, je trouve qu'il y a un sacré mélange des genres ! Quel est l'intérêt pour le magasin ? Fidélisé le client par un tel service ? Il est vrai que j'en profite, mais cela ne marche qu'avec ma carte américaine. Maintenant, tous les magasins, semble-t-il, proposent ce service. Alors peut-être que c’est une excellente manière de ne pas conserver trop de cash en caisse, pour ne pas à avoir le porter à la banque ! Ainsi, tout le monde s'y retrouve. J'ai pour autant du mal à m'acclimater à ce mélange des genres. On se sait plus très bien qui fait quoi, comment il le fait, selon quels principes de sécurité... Où est le bon vieux temps ou une charcuterie ne vendait que de la viande, une poste ne distribuait que le courrier, une banque s'occupait de la finance, un coiffeur coiffait, un vendeur vendait... avec l'avantage que chacun connaissait bien son métier, mais avec le désagrément de devoir pour le client faire plusieurs boutiques pour avoir tout ce dont il avait besoin. Mais peut-être qu’au fond on achète beaucoup plus de choses, lorsque tout est a portée de main !!!

vendredi 22 novembre 2013

7 ème mois, fevrier 2013 (2eme partie) : l'anniversaire de Flore


L'anniversaire de Flore : pour ses 10 ans, nous avons prévu quelque chose d'un peu exceptionnel, elle a envie de l'organiser au bowling. Premier chalenge, trouvé au moins 10 personnes à inviter (nombre minimum pour le faire au bowling). Les anciens amis sont un peu loin pour deux heures de bowling et un peu de temps dans les arcades... Les nouveaux amis sont pas encore très stables et encore un peu mal définis. Au fur et à mesure, le nombre de personnes à inviter se révèlera finalement un peu supérieur à 10, à l'école l'amitié bat son plein à partir de décembre et les amis expat sont de plus en plus nombreux. Deuxième chalenge, prévoir l'organisation avec le bowling. D'abord, il s'agit de venir voir la bonne personne. On me donnera son mail et la communication sera très simple. Je passe quand même la voir pour m'assurer des formalités. Rien de plus simple, on décide d'une date, d'un horaire (je m'y suis prise manifestement très largement en avance : toutes mes propositions sont possibles), d'un tarif : snack avec pizzas, deux heures de bowling et 5 dollars d'arcades. Ils ne nous donnent pas les cartes d'invitation, c'est à nous de les prévoir, ainsi que le gâteau. Troisième chalenge, savoir comment les invitations se font ici. D 'habitude, on opte pour une carte faite maison, qui est interactive. Il faut soit découvrir la personne qui invite à partir d'indices de détective : l'anniversaire sera sur le thème du mystère et des jeux de piste. Soit se laisser surprendre par des tours de magie à commencer par ceux de la carte : le thème cette année-là sera la magie. Soit encore faire quelques expériences scientifiques pour révéler le nom de la personne qui invite (encre invisible...) : le thème sera les expériences scientifiques, je vous assure que cela peut être très drôle à commencer par une non-scientifique comme moi. Ici, nous allons trouver un magasin où des cartes d'invitation très réussies sont proposées pour un prix très compétitif. Nous demanderons une réponse aux invités (même si le bowling reste très souple sur cette question alors même qu'un snack est prévu). Ceux qui nous connaissent nous le disent de vive voix. Sinon, ils passeront par Flore, ou par mail. Finalement, deux personnes qui n'avaient pas répondu officiellement mais étaient passées par Flore, ne viendront pas. C'est Kris et le père d'un copain de Flore qui en profiteront pour se faire humilier au bowling.

Flore se transforme de manière importante. 10 ans, est-ce déjà une révolution personnelle? Je sais bien que ce changement est précipité par l'expérience expatriation. Elle prend de l'assurance, notamment en anglais où elle prend un grand plaisir à nous corriger notre accent. C'est le début du moment où le risque existe que les enfants avancent plus vite que leurs parents et se retrouvent en position de savoir plus important. Cela n'est pas un problème en soi, et cela se retrouve déjà dans de nombreux domaines, tels que l'informatique, les jeux sur la Wii... Il n’empêche que pour la langue, il y a un enjeu de taille, celui de l'intégration !. Je repense alors à toutes ces situations d'expatriation forcée dans lesquelles les enfants apprennent très vite la langue de la terre d'accueil tandis que les parents restent très en difficulté pour la pratiquer. Les enfants pourront alors servir de traducteurs avec le risque d'une inversion des rôles entre parents et enfants. Là où le risque se situe, c'est que pour les enfants qui ne sont souvent pas encore prêts à affronter une telle responsabilité, soit leur toute puissance devient démesurée face à leurs parents, soit ils s'inhibent pour retrouver une place acceptable dans leur famille.
Un autre évènement viendra marquer une évolution importante pour Flore : la classe de découverte.
Cette classe verte, organisée dans le cadre de l'école par le County, est prévue pour tous les élèves de 5th grade, sans doute comme rituel de passage en middle school (collège). Elle est de 4 jours autour du thème de la nature, des écosystèmes. Seront abordés 5 points : l’écosystème ; l'orientation ; l'étude des cours d'eau (vie et pollution) ; les cellules ; rock and roll (j'ai mis un peu de temps avant de comprendre de quoi il s'agissait : le langage imagé, c'est un vrai chalenge ! Il s'agit dans ce contexte de l'érosion, ce qui du coup n'est plus du tout imagé !)
Les parents ont été sollicités pour l'encadrement, en plus des enseignants et du personnel sur place. L'école essaye de faire en sorte que les parents se retrouvent avec leur enfant, ce qui n'est pas du goût de Flore. Et je comprends bien, je vais la voir complètement extravertie, prendre la parole à toutes les questions, se mettre en avant à tous moments, faire parler d'elle : son accent est tellement charmant, quelle spontanéité, quelle audace, elle n'est vraiment pas timide !!! Mais pour moi, elle en fait un peu trop, et je lui suggère de laisser aussi la place aux autres. Alors elle préfère aller avec les autres parents. De mon côté, je n'aurai de cesse d'encourager les plus réservés, de tenter de les aider à se mettre en avant, de les faire exister. 
Comme tous les parents ont été acceptés, j'ai parfois l'impression que nous sommes autant d'adultes que d'enfants. Mais, nous sommes parfois laissés seuls à accompagner un groupe de 4 ou 5 pour l'orientation notamment, et qu'il est interdit d'un parent se retrouve seul avec un élève, qu'il faut des adultes pour la journée, mais aussi pour la nuit, que le rituel de passage semble tout autant pour les enfants que pour les parents (beaucoup n'ont jamais laissé leurs enfants couchés à l'extérieur de leur maison et beaucoup d'enfants sont assez angoissés à l'idée de partir sans leur parent, alors qu'à cela ne tienne, on emmène les parents avec soi), vous aurez compris qu'il faut bien tout cela. Je vérifie à ce moment-là la distance qui nous sépare avec le monde américain sur la distance à l'enfant : Carla se passe très bien de ma présence, et j'évolue très bien dans un groupe où elle n'est pas là, de même le soir où nous prenons plaisir à nous retrouver tous les deux avec Kris (en effet, je ne suis pas restée la nuit, mon dévouement de scout girl a ses limites). Tandis que pour d'autres parents, il y a comme une nécessité de garder encore une proximité à leur enfant. Mais peut-être qu'il ne s'agit pas tant de différences culturelles, que de différence interindividuelles dans l'appréhension du lien à son enfant. En effet, me reviennent en mémoire de nombreux exemples français qui seraient plutôt proches de ces parents Américains, tandis qu'il est évident que de nombreuses familles Américaine auraient au contraire bien besoin de resserrer les liens.
jeu des proies et des prédateurs
étude des cellules
Le programme était très sympa, et comme à chaque fois ici, traité de façon très attractif et en même temps éducatif. C'est seulement dommage qu'une fois adulte, on ait tendance à oublier de prendre au sérieux les risques que l'on fait courir à la nature. Ils ont notamment organisé un jeu avec des proies herbivores, des prédateurs omnivores et carnivores, deux catastrophes naturelles, un virus, et un humain. Chacun devait soit chasser, soit ne pas être attrapé avec des règles assez proches de la vraie vie, et en même temps se ravitailler en eau et nourriture pour les animaux. L'homme n'est arrivé qu'après 10 minutes de jeu, mais son pouvoir était énorme et son arrivée a coïncidé avec un nombre impressionnant d'animaux qui ont disparu. Très intéressant !
Par contre, question sécurité, ils ont pris une longueur d'avance sur nous. Les recommandations sont fortes de ne pas courir, alors que nous sommes précisément à un endroit parfait pour cela ; toujours deux parents pour accompagner un groupe (jamais de parent seul avec un enfant, et jamais d'enfant seul sans adulte) ; pas de couteau à la cantine, même pas en plastique ; des délimitations strictes pour les jeux... mais malgré ces contraintes, les enfants s'éclatent, et je dois dire que les parents aussi. Cela laisserait supposer que malgré les restrictions de liberté, le plaisir est quand même possible. Je ne peux malgré tout m'empêcher de penser au paradoxe qui existe entre d'un côté les armes en vente libre, et d'un autre, une telle restriction d'actions dangereuses... Bienvenue au royaume des contradictions !  
 
Les indices sur ces changements liés à l'expatriation, ce sont aussi tous ces flach back sur des expériences passées, qu'elles ré-interroge avec le regard maintenant plus mature, mais aussi plus critique car elle a une autre vision des choses. Pour la St Patrick, elle se rappelle que dans son ancienne école, pour tous les enfants qui ne s'étaient pas habillés en vert (et c'est vrai que même si on y pensait, elle avait peu d'habit verts), ils étaient stigmatisés par un adulte de l'école. Elle se rappelle aussi, comment les maîtresses de France fonctionnaient (peu de récompense, beaucoup de cris, elle était très inquiète de voir une de ses feuilles, déchirée car mal écrite...) mais aussi ses copines (elle se rappelle beaucoup de sa meilleure amie qui était comme une sœur)... Cette expérience lui confirmera sans doute son intérêt pour l'autre, d’où qu'il vienne sans perdre de vue que ce n'est pas tant son origine qui compte, que sa manière de se comporter.

vendredi 15 novembre 2013

7 ème mois, fevrier 2013 (1ere partie) : des sou-bresauts et des hommes


(Février 2013)

Lancement du blog : 1er février. D’un blog à un bog en passant par des bugs. les nouvelles technologies ont été inventées pour semer le doute sur le chemin de l’esprit (en tout cas du mien).
Quelques sobrebug plus loin, l’annonce aux amis et à la famille : 46 personnes, aux collègues plutôt proches, car je ne veux pas tout mélanger : une vingtaine.
J’envoie le message vers 5h pm soit 23 h en France et 8h en Nouvelle-Calédonie. Je suis inquiète de la réaction de mes amis. La plupart ne sont pas connectés. Comment vont-ils s'intéresser à ce que j'ai écrit ? Je n'ai pas encore posté de photos. Est ce que le monde veux vivre sans image ?
Ceux qui me répondent sont soit ceux des USA, ou les amis qui sont branchés en continue sur leur ordinateur, ou les couchent tard, ou ceux qui sont déjà au boulot. Premier bug : le lien ? L’hébergement ? Pourtant, quand j'ai vérifié en passant par la tablette de notre fille, ça a marché sans rien de plus à faire. Je pensais qu'il suffisait de taper Coleen Water (j'ai préféré prendre un nom d'emprunt pour ne pas être confronté à mon retour à un patient qui l'aurait lu et m'aurait reconnu!) et le tour était joué. Une amie tente de m'expliquer comment rechercher l'adresse complète. « Quand tu vas sur ton blog, copie l'adresse (en entier) qui s'affiche dans la Barre d'adresses de ton navigateur. Ensuite copie cette adresse ("le lien") ds le corps d'un mail ». Moi, pas tout comprendre... Comme je le dis souvent à Kris, en matière d'informatique quand tu veux m'expliquer quelque chose, dis-toi que dès que tu penses « évidence », moi, je suis déjà dans le brouillard. Pourtant, je trouve l'informatique très pratique, et comparé à pas mal de collègues (évidemment je navigue dans un milieu hostile aux nouvelles technologies), je m'en tire pas si mal. Mais, si je peux l'utiliser aussi facilement, c'est parce j'ai mon technicien à domicile. En même temps, cela n’a pas que des avantages, car il installe tout bien pour que cela fonctionne sans trop se poser de questions. Et évidemment lorsque cela bog (ou ça plante selon le milieu, on même temps on plante aussi dans des bog...), et qu'il n'est pas là et ben moi, je suis comme qui dirait, comme une poule devant un œuf dure...
Face à mes balbutiements dans le milieu du blog, mes amis ont eu du mal à suivre mes posts. Je pense que certains se sont découragés. Heureusement, il y a les plus combattifs qui à force d'acharnement sont arrivés à m'envoyer un commentaire. Il y a des messages qui resteront gravés comme une emprunte dans la pierre : premier commentaire d'Odeo (qui cela peut-il bien être ?), qui en plus m'en envoie deux. D'abord pour me dire que ce n'est pas facile d'envoyer un commentaire, mais aussi pour me dire qu'elle aime ce que j'écris. Je suis restée quelques heures à ne pas être sûre de l'identité de mon commentateur, mais son message m'a remplie d'une joie (communicative). Je te remercie Odeo (j'ai identifié depuis l'auteur), et permets-moi de te rendre aujourd’hui hommage, en publiant tes commentaires :
« Ouf, c'est bon j'ai su m'en sortir avec la fonction "commentaire". aux premières lectures de tes messages, je n'arrivais pas à me connecter (comment ça créer un profil blogger, mais non c'est pas moi la bloggeuse, je veux juste dire que j'aime bien moi). Bref, ça y est je peux communiquer! J'ai retenu ton idée pour le pseudo, lors de mon voyage aux USA il y a ... pfff des lustres, les copines n'arrivaient pas à prononcer mon prénom et ma soeur a cherché un mot qui pouvait les aider. Elles ont trouvé celui-là! De bons souvenirs me reviennent! ».

« Quel plaisir de te lire!!! et quel talent! Bravo, on est proche de l'addiction! J'aime beaucoup ta façon de raconter, ton humour et ta subtilité. La nouvelle présentation est bien plus agréable et plus claire. Je teste la fonction "commentaire", je m'étendrais plus ensuite. Bises (Aude) ».

Tous les autres commentaires qui suivront auront des saveurs douces et savoureuses, mais le premier c'est comme un miracle. J'en étais arrivée à m'envoyer un commentaire, histoire de voir que c'était possible (mais moi j'ai un blog, alors je peux le faire facilement). Je voyais bien qu'il y avait des lecteurs, quelques amis avaient pris le temps de m'écrire un mail pour me donner leurs impressions, et aussi toutes leurs difficultés à aller sur le blog, mais aucun commentaire. Dans le milieu des bloggers, c'est moi l'experte ! Sauf que je me suis rendu compte que toutes les pages vues (quel succès!) comptabilisaient aussi mes propres consultations du blog pour en changer la forme, écrire... Et cela représentait de nombreuse pages évidemment... Ne pas savoir, permet d'entretenir pour un temps l'illusion.
Les premiers ont toujours un goût particulier. Je me rappelle de ces premières fois : premier coup de téléphone d'une nouvelle connaissance qui m'appelle pour me proposer d'aller boire un café, tandis que j'ai l'impression de passer mes journées dans la solitude Américaine (j'ai de nombreuses Skype parties Française, mais j'ai pas encore de véritables amis ici) ; premier mail de réponses à mes tentatives d'intégration : merci Mme W., directrice de l'école de Flore, votre réponse simple et concise m'a redonné espoir...
Comme je suis souvent branchée sur mon ordinateur, les informations françaises m'arrivent essentiellement par internet. Je ne suis pas très intéressée pour avoir les informations de France, celles des US me suffisent. Certains français reprochent aux médias américains, de ne pas être assez tournés vers le monde, mais je crois personnellement que cela s'applique à toutes les médias. Je regarde surtout les nouvelles de France dès que j'ouvre ma messagerie mail de voilà. Il y a beaucoup d'information sur les célébrités : tel acteur veut demander à changer de nationalité pour payer moins d'impôts ; est ce que les acteurs français sont trop payés ?… Internet n'est sans doute pas la meilleure source d'information ! J'apprends aussi qu'une ancienne étudiante qui publie aussi des livres, va avoir un film tiré d'un de ses livres. Le film passera à la télévision. Bien sûr, j'ai appris que des Français avaient été enlevés au Mali ; que le froid cette année a été particulièrement persistant ; que  Stéphane Hessel venait de décéder ; je sais aussi que les débats font rage sur le mariage pour tous, ou la semaine scolaire (*). Mais, je me sens comme étrangère à ces questions, non pas parce que je ne suis pas intéressée, mais plutôt parce que je relativise beaucoup la tournure des débats. J'ai appris qu'il existe de nombreux autres systèmes, tous avec des avantages et des inconvénients et que ce qui s'actualise plutôt dans ces débats c'est la difficulté pour les Français à envisager toute forme de changement.
(*) ma présentation des nouvelles de France aura suivi un style médiatique : elles auront été présentées de façon juxtaposées, sans lien entre elles, ni degré d'importance, de la plus dramatique, à la plus anecdotique. Pas de doute, c'est bien le style médiatique.

Après les nouvelles, les Spam de la messagerie. Il y a en effet des spams résistants, qui passent la barrière de l'anti-spam : en deux jours, je viens de recevoir deux messages m'indiquant que je peux être le bénéficiaire d'une somme d'argent extrêmement importante, soit parce que si ce n'est pas moi qui en profite, ce sera l 'état qui va en profiter ; et un autre encore plus pervers, d'une dame en train de mourir d'un cancer et qui n'a aucune famille voudrait me léger son héritage pour que j'ouvre une fondation à son nom . Bien sur, je ne suis pas le seule recipient (undisclosed recipient). En voici une partie du contenu (non transforme, donc fautes incluses) : « je suis Mme. C de nationalité Française. J’ai résidé il y a quelques temps en Côte d’Ivoire suite à des affaires florissantes que j’ai entreprises dans le domaine agricole et dans le textile. Ce qui m’a permis de bénéficier d’importants fonds évalués à ce jour à la somme de HUIT MILLIONS EUROS (8.000.000 ,00 Euros) qui sont présentement stocké dans un compte bloqué d’une institut financière basée en Côte d’Ivoire. Je suis actuellement en observation dans une clinique d’où je vous écris ce message. Je souffre malheureusement d’un terrible cancer de l’utérus qui est en phase terminale, c'est à dire que je suis condamné à une mort sûr et certaine. »... « Je compte dès lors sur votre promptitude et surtout je vous demande de faire un bon usage de ces fonds quand ils vous seront transférés et mis à votre disposition. » . Mais bien sur ! Je pense malheureusement que ces messages trouvent des sujets assez naïfs pour se laisser tenter. Et dans ce cas, 100 % des répondants ont tente leurs chances et ... se sont fait avoir. (PS : les éléments soulignés sont des indicateurs de l'origine du massage, et l'on sait malheureusement que c'est souvent à partir de ce continent que ces arnaques sont montées ; sur les autres messages, j'en recevrais plusieurs, je noterai les mêmes tournures de phrases).
Par contre, les vraies nouvelles de France, celles de nos amis, de la famille, de nos collègues... c'est à chaque fois un peu comme des lumignons du 8 décembre, elles brillent longtemps dans la nuit... C'est en effet, toujours avec le même bonheur que nous recevons des nouvelles de nos proches, et nous restons longtemps bercés par tous ces mots qui nous semblent si proches. Chacun à sa manière est un écrivain d'une histoire à plusieurs mains.
A force d’être souvent sur l'ordinateur, et aussi parce que j'ai plus de temps, je commence a avoir des réflexes qui ne m’étaient jusqu’à la, pas naturels. Quand je recherche quelque chose, ou quand je suis face à un problème, je pianote tout simplement ma recherche (parfois une longue phrase entière) sur le moteur de recherche. Et oui, j'ai toujours été habituée à faire de longue recherches avant de trouver ce que je cherchais, ce qui procure a chaque fois une grande joie. Alors que ce réflexe est d'une simplicité déconcertante, voire troublante car il donne l'impression de pouvoir tout trouver sans vraiment avoir le plaisir de chercher (dans mon cas cela ne s'applique pas parfaitement car il m'a d'abord fallu chercher ce réflexe qui est encore loin d’être complètement maitrisé!!!).  Aujourd’hui, vendredi 22 février, je viens de penser qu'il pouvait peut-être bien exister un site internet pour les corrections d'orhtografe et de gramaire. En effet, je ne suis pas très forte pour ces sujets, c'est sans doute pour moi une manière de continuer à m'identifier à ma mère, qui en a toujours fait beaucoup, quand elle pouvait encore écrire! Mais je suis aussi attentive aux lecteurs qui pourraient me suivre. Et puis le correcteur automatique de mon ordinateur n'est pas très performant. D'autant que maintenant que je sais que le blog peut aussi être traduit, je ne voudrais pas que mes amies non francophones se méprennent sur le sens de mes propos. En effet, j'ai trouvé la fonction traduction sur le blog. J'avais déjà un site pour traduire de l'anglais au français (ou inversement), mais je n'avais jamais pensé qu'il pouvait exister un site pour l’orthographe et la grammaire (qui peut bien pondre un truc pareil). Mais en relisant laborieusement, c'est à dire à l'envers pour me concentrer sur les fautes et non sur le sens, mon texte du jour dans le blog, j'ai eu cette idée : et si un site pour les corrections d'orthographe et de grammaire existait ! Je l'ai trouvé (assez facilement, dois-je avouer!) : je ne ferrai plus jamais de faute de français... Encore une fois la motivation est l'amer des idées... Je sais bien que pour n'importe quel gifted de l'informatique (ou encore mieux pour mon estime personnelle : computer nerd), je ne parais vraiment pas bien maligne, ou d'un autre âge. Mais en fait je pense que cela s'applique pour n'importe quel domaine dans lequel à priori nous ne sommes pas compétents, mais dont l'utilisation nous intéresse, alors nous sommes capables de déployer des efforts d'ingéniosité. Il n'y a pas de petite réussite, il n'y a que de grandes motivations…
Peut-être que cela à avoir avec mon rêve de cette nuit. En effet, j'ai rêvé de... la fin du monde. Tout commençait aux USA, et pour être plus précis sur la côté Ouest. Le monde suffoquait de la pollution qui anéantissait et asphyxiait petit à petit tout le vivant. Il n'y avait plus rien à faire, car l'homme avait laissé son emprunte indélébile et le monde tout entier allait bientôt succomber à l'inflexible élan de mort. Mais, je me suis réveillée avant que cela n'arrive.
Alors peut-être qu'avant de partir, je ne veux pas mourir bête, et les idées affluent vers mon esprit...

vendredi 8 novembre 2013

Janvier 2013 : 6 mois déjà... et l'eternelle question sur l'alimentation ou la difficile identification. (4eme partie)


En janvier, je continue à me poser des questions sur l'alimentation.
La lunch box : à midi, je prépare une lunch box pour Flore. Et finalement, après quelques ajustements, je me débrouille. La diversité n'est pas toujours évidente, mais, ce doit être un repas rapide. Alors, il y beaucoup de salades variées et attractives, des sandwiches de dinde ou de saumon, des fruits ou moins deux à chaque déjeuner, des pâtes, des chou (mais l'odeur est un peu désagréable même si le goût est bon, alors pour ne pas stigmatiser Flore, nous réservons le chou pour le soir), quelques fois, une barre de céréale vient compléter le tout. C'est presque mieux que le repas de la cantine en France. Une amie m'a donné une boite pour tenir au chaud, puis nous avons trouvé plusieurs lunch box assez sympas. Flore insiste régulièrement pour avoir le repas de la cantine US, mais je résiste. Quand je regarde le menu, cela ne me paraît pas très gourmand en fruits et légumes. Je me demande si nous conserverons cette habitude à notre retour car mes souvenirs des cantines françaises au collège ou lycée, sont plutôt des grands moments d'attente, et souvent de bien faible récompense. Les enfants peuvent aussi prendre leur petit déjeuner à la cantine, ou apporter quelque chose de chez eux. Le repas du soir devient le repas principal avec viande ou poisson.
Je pense en fait que je dois faire une fixation sur la nourriture car j'ai beaucoup de mal à comprendre le fonctionnement Américain. J'ai depuis toujours pris plaisir au partage de nourriture entre amis, dans la famille, les repas sont des temps de retrouvailles. En même temps, cela peut virer à l'angoisse quand il faut préparer un repas pour tout un groupe et que je ne suis pas une très bonne cuisinière. Alors je choisis des choses simples qui sont (en principe) in-ratables : fondue, raclette, apéritif dînatoires... Mais les Américains, qui ne s'encombrent pas avec les rituels de repas (pourquoi pas, après tout!), ont une bien étrange manière de manger : à l'école, les snacks et boissons gazeuses sont prioritaires (une des maîtresses de Flore a même demandé de lui apporter pour Noël une caisse de boissons gazeuses au goût de cerise). Sur les menus de cantine, l'hygiène alimentaire est prônée, mais ce qui en partie en contradiction avec ce qui est proposé à manger. En même temps, s'ils veulent que les enfants mangent, ils ont intérêt à leur proposer ce qu'ils aiment. J'ai parfois quelques scrupules à préparer des salades, des choux, des légumes à Flore tandis que devant elle, les autres ne mangent que des chips et autres junk food. Il faut qu'elle soit beaucoup rassurée sur l'utilité d'une telle démarche et que parfois des écarts soient autorisés. Pour être parfaitement honnête, je dois toutefois relativiser mon propos. Alors que j'accompagnais un enfant dans la classe de Grandes sections maternelle pendant un cours d'anglais à l'écrit, le sujet ce jour-là pour les enfants était d'expliquer pourquoi il/elle pensait que c'était mieux de prendre le repas de la cantine ou plutôt d'amener sa lunch box (en cours d'anglais, les enfants sont très souvent invités à donner leurs opinions : préparons la prochaine génération à penser par elle-même !). A la table où je travaillais, deux enfants ont expliqué qu'ils pensaient que c'était mieux d'apporter sa lunch box, car au moins, leur maman pouvait leur préparer des choses healthy. Bien sur, nous pouvons nous interroger sur leurs propres désirs, mais les parents à cet âge-là, ne doivent-ils pas être des guides ? D'autant qu'il y a aussi un autre phénomène qui n'encourage pas trop à manger des choux et de la salade : les nombreuses occasions de fêtes, qui se transforment inévitablement en goûter, les snacks sont à l'honneur, et échanges de cadeaux, dont les sucreries sont les plus prisées. Nous avions l'habitude d'acheter des sucreries pour l'anniversaire de Flore, Noël, Pâques, et Halloveen, en plus ou moins grande quantité, selon l'occasion. Ici, il faut rajouter la kermesse de l'école, Valentine's day chacun est invité à faire un petit cadeau aux autres élèves, la classe de découverte... Nous avons beaucoup de mal à voir la boite à bonbons se vider. Je ne voudrais pas insister, mais je pense que cela peut entretenir un goût prononcé pour ce qui est sucré, d'autant qu'aux USA qui dit sucré, dit très sucré... Un autre phénomène que l'on connaît aussi en France, mais que je trouve particulièrement marqué ici, ce sont les fruits et légumes toute l'année. Y'a plus de saison ma pauvre dame ! Les fraises sont sur les étalages toute l'année durant, les raisins aussi, ainsi que les courgettes, tomates... Il est vrai que c'est assez difficile d'en faire manger, alors il est plus prudent quand on en tient un de pouvoir le déguster toute l'année (les fraises pour les enfants de Julie, qui est pourtant une fille d'agriculteur). Cela entretient un sentiment de confusion sur les produits de saisons. C'est quand déjà les fraises ? Il serait sans doute bon de revenir à la simplicité pour retrouver le goût des aliments et pour respecter leur naturel développement : les choux et les pommes en hiver, les tomates et les pêches l'été. Les fraises quant à elles, ce sont au mois de mai-juin qu'elles sont le meilleur, surtout quand elles viennent d'être fraîchement cueillies : j'ai entendu qu'il y avait aussi des sortes de "fraises au champ" ici aussi, nous allons pouvoir nous régaler.

Question alimentaire, ce n'est pas simple de s'adapter au goûts des autres, car ils peuvent vraiment être très différents. Ce qui est bon au goût pour l'un, ne l'est pas forcément pour l'autre. C'est vrai même à l'intérieur d'un même pays, mais on peut toujours s'en sortir avec les produits passent partout. Mais ici ces produits sont plutôt des chips, des gâteaux colorés et pleins de crème, des bonbons. Une amie nous a offert des petits œufs de Pâques au fort goût de cannelle qu'elle trouvait particulièrement bons. Mais ni Flore ni moi ne les a apprécié. Je ne vous parle pas du chocolat valeur refuge, qui ici n'a vraiment pas le même goût ! Alors, il est toujours extrêmement hasardeux d'apporter en cadeau des choses à déguster. Mais qu'à cela ne tienne, lors des invitations, il vous est proposé d'apporter un plat qui vous plaît, et si vous ne le finissez pas, vous pouvez le rapporter chez vous ! Je dois reconnaître que cela me convient assez bien, plus besoin de se prendre la tête sur le cadeau à apporter, qui est la marque implicite de votre sentiment vis-à-vis de votre hôte.

Le rapport a la nourriture nous confronte a un rapport intime avec notre culture, notre famille, des valeurs intrinsèques qu'il est difficile de faire évoluer. En effet, notre organisation autour de l'alimentation est basée sur des croyances profondes (la soupe, cela fait grandir; les épinards, cela rend costaud; le pain, cela fait grossir...) et bien souvent irrationnelles (être une bonne mère, c'est bien nourrir sa famille!). Alors qu'au contraire nous les croyons très rationnelles basées sur des faits scientifiques : les laitages sont indispensables a la santé, il faut manger équilibré, les protéines se retrouvent dans les produits animaliers... Sans compter sur les recettes de grands-mères qui fonctionnent parfaitement, comme tout le monde le sait ... Mais pourtant, régulièrement les données scientifiques peuvent changer dans le temps, et puis nous n'avons pas tous eu la même grand-mère (sauf peut-être au temps pré-historique!). Et d'autre part, en la matière dans les milieux non confrontes a la famine, nous sommes soumis a deux principes qui parfois peuvent s'opposer : le principe de plaisir (manger est un plaisir) et le principe de réalité (manger pour se maintenir en vie et en bonne santé). C'est pourquoi, il est si difficile de comprendre le fonctionnement de l'autre, de s'identifier. Et je vais aussi m’en apercevoir avec mes amis expatries qui sont confrontes aux mêmes questionnements.

Une existe une autre situation de difficile identification à la position de l'autre, dans un contexte d'expatriation. La situation d'expatriation prévue par l'entreprise de Kriss, prévoit un budget pour que nous puissions louer une maison. Dans le même temps, nous avons loué notre maison en France, ce qui initialement devait nous permettre de tranquillement nous aider à rembourser notre prêt, pendant la période où nous n'étions pas là. Mais c'est sans compter que vos locataires n'ont pas toujours le même sens que vous sur l'entretien de votre maison. En effet, depuis, qu'elle est louée, c'est fou comme elle est devenue peu pratique, pleine de défauts, et tout tombe en panne (y compris le portail que nous avons installé il y a seulement trois ans). Il est vrai qu'en arrivant dans une maison que vous ne connaissez pas, il est probable qu'il vous faille du temps pour vous ajuster à son utilisation, et que certains aspects vous échappent au point d'avoir des accidents. Nous avons eu les mêmes soucis en arrivant ici dans notre maison de location : un genou dans la porte anti-moustique, la deuxième porte d'entrée (elles sont toutes doublées) un peu trop refermée avec force, la mise en route de la clim (comment ça marche!), sans parler de la piscine qui a régulièrement tourné au vert. Et comme nous avons un propriétaire d'origine Allemande, plus tout jeune, il n'est pas question de trop dépenser. La double position que nous occupons nous fait à la fois pester contre notre propriétaire un peu trop radin et pester contre nos locataires un peu trop négligents. Comme quoi, il est bien difficile de s'identifier à l'autre...

vendredi 1 novembre 2013

Janvier 2013 : 6 mois déjà... et d'une langue a l'autre (3eme partie)


Entre une belle langue plus ou moins utile ou une utile langue par particulièrement très belle, mon cœur balance. L'anglais n'est plus une option, c'est une routine. Mais il y a quand même des circonstances qui laissent l'anglais au placard : les jurons et les excuses spontanées. Mais c'est drôle, comment en les prononçant j'ai toute leur force qui me revient en boomerang alors que je pense que personne autour de moi ne peut les comprendre. Bien sur, les jurons existent aussi en anglais et je les connais. Mais leur force n'a pas la même intensité car ils n'ont tout simplement pas été appris à un moment où enfant il n'y a rien de plus jouissif que de faire râler ses parents par un juron bien placé. Pour les excuses, il n'y en a pas de meilleures que celles qui sont prononcées spontanément, car si en plus d'être mal à l'aise car on vient de bousculer quelqu'un, il faut en plus se souvenir de la formulation précise. Nous avons réalisé aussi avec une amie Allemande que lorsque nous soyons en compagnie de quelqu'un avec qui nous nous sentons bien, il nous arrive de spontanément parler notre langue maternelle (je ne comprends rien à l'Allemand, tout comme elle ne comprend rien au Français). C'est dans ces moments-là que l'on réalise que la langue maternelle est notre langue affective ! Presque au même moment, Kris me fera part de la même situation.

Par ailleurs, aux États-Unis, le langage adressé à une personne est beaucoup moins formel qu'en Europe. Et je me demande si cela ne s'applique sur tout le continent car mon amie Colombienne m'a dit que dans son pays, les formules sont aussi moins formelles (ils n'appliquent jamais le vouvoiement espagnol). La serveuse du restaurant Waffles house m'appelle «sweetie», « hon pour honey »; dans les courriers, on appelle les personnes par leur prénom : dear Colette, les enfants sont appelés : bud (pour buddy = mon pote)... Je doute que les Anglais soient aussi familiers. Peut-être que cela a à voir avec l'ancien et le nouveau monde ; dans le premier, les restes de l'aristocratie se retrouvent dans le langage formel, dans le deuxième qui a vu plutôt l'immigration des gens du peuple, le formalisme a laissé la place au familier. La construction du nouveau monde a nécessité d'aller à l'essentiel, y compris dans le langage.

Dans la langue anglaise, il y a un phénomène très intéressant : la multiplication des mots. En effet, il y a beaucoup de mots qui se construisent à partir d'un autre mot : il faut rajouter less, ness, (parfois même nessless associés), ful à la fin d'un mot ou un, in au début pour obtenir un tout nouveau mot : fastoche. Cela devrait réduire le nombre de mots à apprendre. Le problème c'est que cela ne marche pas avec tous les mots.
Et puis, ce qui est très ennuyeux, ce sont les prépositions et les verbes a particules. Ils sont en général référer a une utilisation précise (en haut, dedans, sur...), mais pas toujours : fill out (remplir), burn out (bruler complètement). Je vous laisse apprécier :
http://www.anglaisfacile.com/exercices/exercice-anglais-2/exercice-anglais-13879.php
Il y a aussi les faux-amis, les faux frères : je suis particulièrement fâchée contre ceux-là car ils sont particulièrement difficiles à retenir et nous jouent des mauvais tours :
recipient, vie, library, flippant, no trepassing (mais celui-ci je l’aime bien car je rappelle pour mémoire qu’en français « trépasser » veut dire mourir, alors j’ai l’impression à chaque no trepassing que l’on me rapelle de ne pas mourir:))))...

Ce qui pour moi constitue une réelle difficulté, c'est la difficile retenu des prénoms : lorsque notre oreille a du mal à se familiariser avec les accents locaux, il est très difficile de retenir les prénoms, surtout qu'ici nous côtoyons à peu près une dizaine de nationalités, et qu'évidemment les accents changent. Mon oreille va devenir très musicale !! En attendant, j'ai beaucoup de mal à retenir les prénoms si je n'arrive pas à les associer avec quelque chose de connu. Mais en retour, les amis et surtout les Américains peu entraînés à l'oreille linguistique, ont aussi parfois du mal à retenir nos prénoms et pour un peu que j'associe le mien avec mon nom de famille (aux sonorités très proches), j'ai du mal à répondre à mon nom tant il est déformé. Il y en même qui utilise mon nom de famille pour mon prénom. C'est pourquoi ici, les surnoms sont courants et facilite l'usage international : Peggy pour Margaret, Bob pour Robert, AJ, Addy... là encore, ils vont à l'essentiel.

Si l'Anglais est une utilité importante dans le monde d'aujourd'hui, la langue Française quant à elle, est vue comme une belle langue, parfaitement inutile dans le monde de la communication internationale, mais tellement belle. Je le dis non sans fierté car il est vrai que cela me procure à chaque fois un vrai plaisir d'entendre les non francophones le déclarer. D'autant que je dois l'admettre, je ne le ressens pas vraiment du fait que le français est pour moi aussi naturel que le froid pour les Esquimaux, on est tellement habitué qu'on ne le perçoit plus (si j’étais née Esquimaux, je me demande si j'aurai été si frileuse. Mais sans doute que la sélection naturelle aurait eu raison de moi!). Il est aussi très intéressant de voir comment nous sommes vus par les américains, ou par d'autres nationalités. Au sauna, un jour en discussion sur l'alimentation et l'addiction à la nourriture, avec trois Américaines, voilà que l'une d'entre elles (alors qu'elle ne connaissait pas ma nationalité), nous dit que les Français ont l'habitude de manger en plus petite quantité : il est vrai qu'une entrée, un plat chaud, du fromage et un désert, cela constitue un repas léger !!! En fait ce sont les proportions de chaque plat que les Américains imaginent petites, et c'est vrai que comparer aux proportions Américaines, il n'y a pas photo. Gargantua aurait du être inventé ici... De même, notre jeune voisine pensait que tous les Français étaient riches et ne portaient que des vêtements de haute couture. Avec nous, il a fallu qu'elle se rende à l'évidence : les Français sont banals, et vivent la même vie qu'elle (à part peut-être sur le nombre de jours de congé...).

Bon, pour ceux qui seraient intéressés par l'apprentissage d'une nouvelle langue, voici quelques conseils utiles. En effet, l'apprentissage d'une langue vivante est tout à la fois une nécessité matérielle (cela peut être intéressant de savoir comment commander un œuf dure lorsque l'on voyage) mais aussi une nécessité affective : parler de la pluie et du beau temps avec nos amis Américains, Suédois, Allemands, ou Mexicain est assez restrictif. Alors, je recherche la meilleure méthode d'apprentissage d'une langue.

    1) D'abord, il faut se connaître. Questionnaire à choix multiples. Plusieurs réponses possibles. Vous êtes :
- visuel : vous ne retenez rien sans l'avoir vu écrit. Si vous ne visualisez pas le mot, vous ne pouvez pas savoir comment il s’écrit. Ce sont les yeux de l'intellectuel ou les yeux de Thomas.
- auditif, votre oreille est votre meilleure alliée, lorsque vous entendez un mot vous pouvez vous en souvenir, et le prononcer correctement. C'est l'oreille de l'artiste.
- kinestésique : vous avez besoin de toucher, de découvrir par la manipulation. Les informations doivent être en relief (par des couleurs et autres artifices...). Ce sont les mains de l'italien. Rien ne vaut alors une approche directe dans le pays...
- olfactif, votre nez ne vous trompe jamais, vous pouvez reconnaître un vin rien qu'à l'odeur. C'est le nez de l’œnologue. Bon, en matière d'apprentissage d'une langue, c'est plus restrictif, à moins de trouver une méthode odorante.
    2) Il faut mesurer sa motivation. Précisez votre choix :
- entre une Skype partie avec les amis de France ou une visite au YMCA avec des amis expat ? Ou encore, entre écrire sur son blog en français et une ballade avec des amis Américains ?
- entre la lecture d'un mauvais livre français ou la lecture d'un bon livre américain ?
- entre une conférence française à 10h du matin (heure de Paris) et le journal télé du matin vers 8h heure locale ?
- entre regarder Maigret, sous-titré à la télévision ou aller voir un film Américain d'auteur, non sous-titré au cinéma (peut-être que pour commencer on peut choisir un dessin animé en anglais) ?
    3) Évaluer votre besoin. Plusieurs réponses possibles :
- pour travailler dans une entreprise internationale.
- pour épater les copains
- pour voyager
- pour avoir une bonne note à un examen et compenser les matières plus faibles.
- pour découvrir de nouvelles cultures et de nouveaux modes de vie
- pour suivre son conjoint dans une expérience d'expatriation... et gérer la vie familiale dans une autre langue : les courses, le médecin, l'école, les activités, les voisins, le plombier...
    4) Évaluer votre temps disponible à consacrer à l'apprentissage d'une nouvelle langue. Une seule réponse possible
- tous les jours une demi-heure
- tous les dimanches pendant 2 heures
- quelquefois par mois, quand il n'y a rien de plus urgent
- irrégulièrement, quand ça nous chante.

    5) Votre niveau réel au démarrage et votre niveau espéré à l'arrivée. Soyez les plus honnêtes possible, vous ne jouer qu'avec vous-même !
- débutant                             
- des notions apprises à l'école, autant dire peu adaptées à la vraie vie!         
- de bonnes notions apprises sur le terrain 
- un bon niveau de langage, mais de 18 ans d'âge 

- conversation usuelle pour voyager en touriste
- conversation téléphonique professionnelle et rédaction de rapports internationaux.
- conversation et rédaction parfaite en  toute circonstance (il vaut mieux sortir couvert).
Après avoir évalué votre situation langagière... revenez me voir.

Avant de partir, je pensais que nous pourrions organiser des leçons de français à domicile pour permettre à Flore de conserver son niveau de français écrit, et aussi d'histoire, car même si l'histoire est universelle, elle ne se décline pas sur la même version dans tous les pays. Mais les cours de français sont difficiles à tenir tant pour Flore qui est loin d'être enthousiasmée, que de moi-même qui ne suis pas toujours très motivée pour revenir sur la grammaire. Le français est peut-être une belle langue, mais il faut la mériter... Par contre, les cours d'histoire serviront les deux cultures. En effet, nous abordons la période des temps modernes et en 5th grade, ils évoquent la conquête du nouveau monde, et les relations avec les autres continents. Rassurez-vous, chacun son histoire et son interprétation des évènements, même si entre nos deux pays à cette époque, les liens étaient fréquents : la première guerre d’indépendance qui a vu naître la déclaration d'Indépendance des États-Unis, le 4 juillet 1776, contre les Anglais (c'est la, qu'est intervenu La Fayette). Ah, dès qu'il s'agit de bouter les Anglais de quelque part, là les Français ils sont forts pour s'allier avec tout ceux qui ont maille à partie avec l’Angleterre. Alors que quelque temps plus tôt, lors de la guerre de la Conquête (1754-1763), ce sont les Français que les Anglais a l’époque, aidés par les Américains, réussissaient à bouter du sol US de l’époque (cote Nord Est essentiellement). Vente de la Louisiane(1803) : des fois je me dis que vu la taille de la Louisiane à cette époque, si nous l'avions gardée, la langue internationale serait... le Français !!! On a le droit de rêver ! Cadeau de la statut de la liberté (bien plus tard car elle fut en effet inaugurée le 28 octobre 1886, mais beau cadeau tout de même, surtout qu'à cette époque, question liberté, la France en était plutôt privée). Ils fêtent aussi el cinco de Mayo. Qu'est ce qui a bien pu se passer à cette date la ? Un petit groupe de Mexicains, associés aux Américains ont réussit à vaincre, devinez qui ??? Les Français en 1862. Il y a des jours, il ne fait pas bon être Français...