En janvier, je continue à me poser des questions sur
l'alimentation.
La lunch box : à midi,
je prépare une lunch box pour Flore. Et finalement,
après quelques ajustements, je me débrouille. La diversité n'est
pas toujours évidente, mais, ce doit être un repas rapide. Alors,
il y beaucoup de salades variées et attractives, des sandwiches de
dinde ou de saumon, des fruits ou moins deux à chaque déjeuner, des
pâtes, des chou (mais l'odeur est un peu désagréable même si le
goût est bon, alors pour ne pas stigmatiser Flore, nous réservons le
chou pour le soir), quelques fois, une barre de céréale vient
compléter le tout. C'est presque mieux que le repas de la cantine en
France. Une amie m'a donné une boite pour tenir au chaud, puis nous
avons trouvé plusieurs lunch box assez sympas. Flore
insiste régulièrement pour avoir le repas de la cantine US, mais je
résiste. Quand je regarde le menu, cela ne me paraît pas très
gourmand en fruits et légumes. Je me demande si nous conserverons
cette habitude à notre retour car mes souvenirs des cantines
françaises au collège ou lycée, sont plutôt des grands moments
d'attente, et souvent de bien faible récompense. Les enfants peuvent
aussi prendre leur petit déjeuner à la cantine, ou apporter quelque
chose de chez eux. Le repas du soir devient le repas principal avec
viande ou poisson.
Je
pense en fait que je dois faire une fixation sur la nourriture car
j'ai beaucoup de mal à comprendre le fonctionnement Américain. J'ai
depuis toujours pris plaisir au partage de nourriture entre amis,
dans la famille, les repas sont des temps de retrouvailles. En même
temps, cela peut virer à l'angoisse quand il faut préparer un repas
pour tout un groupe et que je ne suis pas une très bonne cuisinière.
Alors je choisis des choses simples qui sont (en principe)
in-ratables : fondue, raclette, apéritif dînatoires... Mais
les Américains, qui ne s'encombrent pas avec les rituels de repas
(pourquoi pas, après tout!), ont une bien étrange manière de
manger : à l'école, les snacks et boissons gazeuses sont
prioritaires (une des maîtresses de Flore a même demandé de lui
apporter pour Noël une caisse de boissons gazeuses
au goût de cerise). Sur les menus de cantine, l'hygiène alimentaire
est prônée, mais ce qui en partie en contradiction avec ce qui est
proposé à manger. En même temps, s'ils veulent que les enfants
mangent, ils ont intérêt à leur proposer ce
qu'ils aiment. J'ai parfois quelques scrupules à préparer des
salades, des choux, des légumes à Flore tandis que devant elle, les
autres ne mangent que des chips et autres
junk food.
Il faut qu'elle soit beaucoup rassurée sur l'utilité d'une telle
démarche et que parfois des écarts soient autorisés. Pour
être parfaitement honnête, je dois toutefois relativiser mon
propos. Alors que j'accompagnais un enfant dans la classe de Grandes
sections
maternelle pendant un cours d'anglais à l'écrit, le sujet ce
jour-là pour les enfants était d'expliquer pourquoi il/elle pensait que c'était
mieux de prendre le repas de la cantine ou plutôt d'amener sa lunch
box (en
cours d'anglais, les enfants sont
très souvent invités à donner
leurs opinions :
préparons la
prochaine génération à penser par elle-même !).
A la table où je travaillais, deux enfants ont expliqué qu'ils
pensaient que c'était mieux d'apporter sa lunch
box,
car au moins, leur maman pouvait leur préparer des choses healthy.
Bien
sur, nous pouvons nous interroger sur leurs propres désirs, mais les
parents à cet âge-là, ne doivent-ils pas être des guides ?
D'autant qu'il y a aussi un
autre phénomène qui n'encourage pas trop à manger des choux et de
la salade : les nombreuses occasions
de fêtes, qui se transforment inévitablement en goûter, où
les snacks sont à l'honneur, et échanges de cadeaux, dont les
sucreries sont les plus prisées. Nous avions l'habitude d'acheter
des sucreries
pour l'anniversaire de Flore, Noël, Pâques, et Halloveen, en plus
ou moins grande quantité, selon l'occasion. Ici, il faut rajouter la
kermesse de l'école, Valentine's day
où chacun est
invité à faire un petit cadeau aux autres élèves, la classe de
découverte... Nous avons beaucoup de mal à voir la boite à bonbons
se vider. Je ne voudrais pas insister, mais je pense que cela peut
entretenir un goût prononcé pour ce qui est sucré, d'autant
qu'aux USA qui dit sucré, dit très sucré...
Un autre phénomène que l'on connaît aussi en France, mais que je
trouve particulièrement marqué ici, ce sont les fruits et légumes
toute l'année. Y'a plus de saison ma pauvre dame ! Les fraises
sont sur les étalages toute l'année durant, les raisins aussi, ainsi que les
courgettes, tomates... Il est vrai que c'est assez difficile d'en
faire manger, alors il est plus prudent quand on en tient un de
pouvoir le déguster toute l'année (les fraises pour les enfants de
Julie, qui est pourtant une fille d'agriculteur). Cela entretient un
sentiment de confusion sur les produits de saisons. C'est quand déjà
les fraises ? Il serait sans doute bon de revenir à la
simplicité pour retrouver le goût des aliments et pour respecter
leur naturel développement : les choux et les pommes en hiver,
les tomates et les pêches
l'été. Les fraises quant à elles,
ce sont au mois de mai-juin qu'elles sont le meilleur, surtout quand
elles viennent d'être fraîchement cueillies : j'ai entendu
qu'il y avait aussi des sortes de "fraises au champ" ici aussi, nous
allons pouvoir nous
régaler.
Question
alimentaire, ce n'est pas simple de s'adapter au goûts des autres,
car ils peuvent vraiment être très différents. Ce qui est bon au
goût pour l'un, ne l'est pas forcément pour l'autre. C'est vrai
même à l'intérieur d'un même pays, mais on peut toujours s'en
sortir avec les produits passent partout. Mais ici ces produits sont
plutôt des chips, des gâteaux colorés et pleins de crème, des
bonbons. Une amie nous a offert des petits œufs de Pâques au fort
goût de cannelle qu'elle trouvait particulièrement bons. Mais ni
Flore ni moi ne les a apprécié. Je ne vous parle pas du chocolat
valeur refuge, qui ici n'a vraiment pas le même goût ! Alors,
il est toujours extrêmement hasardeux d'apporter en cadeau des
choses à déguster. Mais qu'à cela ne tienne, lors des invitations,
il vous est proposé d'apporter un plat qui vous plaît, et si vous
ne le finissez pas, vous pouvez le rapporter chez vous ! Je dois
reconnaître que cela me convient assez bien, plus besoin de se
prendre la tête sur le cadeau à apporter, qui est la marque implicite de
votre sentiment vis-à-vis de votre hôte.
Le rapport a la nourriture nous confronte a un rapport intime avec notre culture, notre famille, des valeurs intrinsèques qu'il est difficile de faire évoluer. En effet, notre organisation autour de l'alimentation est basée sur des croyances profondes (la soupe, cela fait grandir; les épinards, cela rend costaud; le pain, cela fait grossir...) et bien souvent irrationnelles (être une bonne mère, c'est bien nourrir sa famille!). Alors qu'au contraire nous les croyons très rationnelles basées sur des faits scientifiques : les laitages sont indispensables a la santé, il faut manger équilibré, les protéines se retrouvent dans les produits animaliers... Sans compter sur les recettes de grands-mères qui fonctionnent parfaitement, comme tout le monde le sait ... Mais pourtant, régulièrement les données scientifiques peuvent changer dans le temps, et puis nous n'avons pas tous eu la même grand-mère (sauf peut-être au temps pré-historique!). Et d'autre part, en la matière dans les milieux non confrontes a la famine, nous sommes soumis a deux principes qui parfois peuvent s'opposer : le principe de plaisir (manger est un plaisir) et le principe de réalité (manger pour se maintenir en vie et en bonne santé). C'est pourquoi, il est si difficile de comprendre le fonctionnement de l'autre, de s'identifier. Et je vais aussi m’en apercevoir avec mes amis expatries qui sont confrontes aux mêmes questionnements.
Une existe une autre situation de difficile identification à la position de l'autre, dans un contexte d'expatriation. La situation d'expatriation prévue par l'entreprise de Kriss, prévoit un budget pour que nous puissions louer une maison. Dans le même temps, nous avons loué notre maison en France, ce qui initialement devait nous permettre de tranquillement nous aider à rembourser notre prêt, pendant la période où nous n'étions pas là. Mais c'est sans compter que vos locataires n'ont pas toujours le même sens que vous sur l'entretien de votre maison. En effet, depuis, qu'elle est louée, c'est fou comme elle est devenue peu pratique, pleine de défauts, et tout tombe en panne (y compris le portail que nous avons installé il y a seulement trois ans). Il est vrai qu'en arrivant dans une maison que vous ne connaissez pas, il est probable qu'il vous faille du temps pour vous ajuster à son utilisation, et que certains aspects vous échappent au point d'avoir des accidents. Nous avons eu les mêmes soucis en arrivant ici dans notre maison de location : un genou dans la porte anti-moustique, la deuxième porte d'entrée (elles sont toutes doublées) un peu trop refermée avec force, la mise en route de la clim (comment ça marche!), sans parler de la piscine qui a régulièrement tourné au vert. Et comme nous avons un propriétaire d'origine Allemande, plus tout jeune, il n'est pas question de trop dépenser. La double position que nous occupons nous fait à la fois pester contre notre propriétaire un peu trop radin et pester contre nos locataires un peu trop négligents. Comme quoi, il est bien difficile de s'identifier à l'autre...
Une existe une autre situation de difficile identification à la position de l'autre, dans un contexte d'expatriation. La situation d'expatriation prévue par l'entreprise de Kriss, prévoit un budget pour que nous puissions louer une maison. Dans le même temps, nous avons loué notre maison en France, ce qui initialement devait nous permettre de tranquillement nous aider à rembourser notre prêt, pendant la période où nous n'étions pas là. Mais c'est sans compter que vos locataires n'ont pas toujours le même sens que vous sur l'entretien de votre maison. En effet, depuis, qu'elle est louée, c'est fou comme elle est devenue peu pratique, pleine de défauts, et tout tombe en panne (y compris le portail que nous avons installé il y a seulement trois ans). Il est vrai qu'en arrivant dans une maison que vous ne connaissez pas, il est probable qu'il vous faille du temps pour vous ajuster à son utilisation, et que certains aspects vous échappent au point d'avoir des accidents. Nous avons eu les mêmes soucis en arrivant ici dans notre maison de location : un genou dans la porte anti-moustique, la deuxième porte d'entrée (elles sont toutes doublées) un peu trop refermée avec force, la mise en route de la clim (comment ça marche!), sans parler de la piscine qui a régulièrement tourné au vert. Et comme nous avons un propriétaire d'origine Allemande, plus tout jeune, il n'est pas question de trop dépenser. La double position que nous occupons nous fait à la fois pester contre notre propriétaire un peu trop radin et pester contre nos locataires un peu trop négligents. Comme quoi, il est bien difficile de s'identifier à l'autre...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire