Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 8 novembre 2013

Janvier 2013 : 6 mois déjà... et l'eternelle question sur l'alimentation ou la difficile identification. (4eme partie)


En janvier, je continue à me poser des questions sur l'alimentation.
La lunch box : à midi, je prépare une lunch box pour Flore. Et finalement, après quelques ajustements, je me débrouille. La diversité n'est pas toujours évidente, mais, ce doit être un repas rapide. Alors, il y beaucoup de salades variées et attractives, des sandwiches de dinde ou de saumon, des fruits ou moins deux à chaque déjeuner, des pâtes, des chou (mais l'odeur est un peu désagréable même si le goût est bon, alors pour ne pas stigmatiser Flore, nous réservons le chou pour le soir), quelques fois, une barre de céréale vient compléter le tout. C'est presque mieux que le repas de la cantine en France. Une amie m'a donné une boite pour tenir au chaud, puis nous avons trouvé plusieurs lunch box assez sympas. Flore insiste régulièrement pour avoir le repas de la cantine US, mais je résiste. Quand je regarde le menu, cela ne me paraît pas très gourmand en fruits et légumes. Je me demande si nous conserverons cette habitude à notre retour car mes souvenirs des cantines françaises au collège ou lycée, sont plutôt des grands moments d'attente, et souvent de bien faible récompense. Les enfants peuvent aussi prendre leur petit déjeuner à la cantine, ou apporter quelque chose de chez eux. Le repas du soir devient le repas principal avec viande ou poisson.
Je pense en fait que je dois faire une fixation sur la nourriture car j'ai beaucoup de mal à comprendre le fonctionnement Américain. J'ai depuis toujours pris plaisir au partage de nourriture entre amis, dans la famille, les repas sont des temps de retrouvailles. En même temps, cela peut virer à l'angoisse quand il faut préparer un repas pour tout un groupe et que je ne suis pas une très bonne cuisinière. Alors je choisis des choses simples qui sont (en principe) in-ratables : fondue, raclette, apéritif dînatoires... Mais les Américains, qui ne s'encombrent pas avec les rituels de repas (pourquoi pas, après tout!), ont une bien étrange manière de manger : à l'école, les snacks et boissons gazeuses sont prioritaires (une des maîtresses de Flore a même demandé de lui apporter pour Noël une caisse de boissons gazeuses au goût de cerise). Sur les menus de cantine, l'hygiène alimentaire est prônée, mais ce qui en partie en contradiction avec ce qui est proposé à manger. En même temps, s'ils veulent que les enfants mangent, ils ont intérêt à leur proposer ce qu'ils aiment. J'ai parfois quelques scrupules à préparer des salades, des choux, des légumes à Flore tandis que devant elle, les autres ne mangent que des chips et autres junk food. Il faut qu'elle soit beaucoup rassurée sur l'utilité d'une telle démarche et que parfois des écarts soient autorisés. Pour être parfaitement honnête, je dois toutefois relativiser mon propos. Alors que j'accompagnais un enfant dans la classe de Grandes sections maternelle pendant un cours d'anglais à l'écrit, le sujet ce jour-là pour les enfants était d'expliquer pourquoi il/elle pensait que c'était mieux de prendre le repas de la cantine ou plutôt d'amener sa lunch box (en cours d'anglais, les enfants sont très souvent invités à donner leurs opinions : préparons la prochaine génération à penser par elle-même !). A la table où je travaillais, deux enfants ont expliqué qu'ils pensaient que c'était mieux d'apporter sa lunch box, car au moins, leur maman pouvait leur préparer des choses healthy. Bien sur, nous pouvons nous interroger sur leurs propres désirs, mais les parents à cet âge-là, ne doivent-ils pas être des guides ? D'autant qu'il y a aussi un autre phénomène qui n'encourage pas trop à manger des choux et de la salade : les nombreuses occasions de fêtes, qui se transforment inévitablement en goûter, les snacks sont à l'honneur, et échanges de cadeaux, dont les sucreries sont les plus prisées. Nous avions l'habitude d'acheter des sucreries pour l'anniversaire de Flore, Noël, Pâques, et Halloveen, en plus ou moins grande quantité, selon l'occasion. Ici, il faut rajouter la kermesse de l'école, Valentine's day chacun est invité à faire un petit cadeau aux autres élèves, la classe de découverte... Nous avons beaucoup de mal à voir la boite à bonbons se vider. Je ne voudrais pas insister, mais je pense que cela peut entretenir un goût prononcé pour ce qui est sucré, d'autant qu'aux USA qui dit sucré, dit très sucré... Un autre phénomène que l'on connaît aussi en France, mais que je trouve particulièrement marqué ici, ce sont les fruits et légumes toute l'année. Y'a plus de saison ma pauvre dame ! Les fraises sont sur les étalages toute l'année durant, les raisins aussi, ainsi que les courgettes, tomates... Il est vrai que c'est assez difficile d'en faire manger, alors il est plus prudent quand on en tient un de pouvoir le déguster toute l'année (les fraises pour les enfants de Julie, qui est pourtant une fille d'agriculteur). Cela entretient un sentiment de confusion sur les produits de saisons. C'est quand déjà les fraises ? Il serait sans doute bon de revenir à la simplicité pour retrouver le goût des aliments et pour respecter leur naturel développement : les choux et les pommes en hiver, les tomates et les pêches l'été. Les fraises quant à elles, ce sont au mois de mai-juin qu'elles sont le meilleur, surtout quand elles viennent d'être fraîchement cueillies : j'ai entendu qu'il y avait aussi des sortes de "fraises au champ" ici aussi, nous allons pouvoir nous régaler.

Question alimentaire, ce n'est pas simple de s'adapter au goûts des autres, car ils peuvent vraiment être très différents. Ce qui est bon au goût pour l'un, ne l'est pas forcément pour l'autre. C'est vrai même à l'intérieur d'un même pays, mais on peut toujours s'en sortir avec les produits passent partout. Mais ici ces produits sont plutôt des chips, des gâteaux colorés et pleins de crème, des bonbons. Une amie nous a offert des petits œufs de Pâques au fort goût de cannelle qu'elle trouvait particulièrement bons. Mais ni Flore ni moi ne les a apprécié. Je ne vous parle pas du chocolat valeur refuge, qui ici n'a vraiment pas le même goût ! Alors, il est toujours extrêmement hasardeux d'apporter en cadeau des choses à déguster. Mais qu'à cela ne tienne, lors des invitations, il vous est proposé d'apporter un plat qui vous plaît, et si vous ne le finissez pas, vous pouvez le rapporter chez vous ! Je dois reconnaître que cela me convient assez bien, plus besoin de se prendre la tête sur le cadeau à apporter, qui est la marque implicite de votre sentiment vis-à-vis de votre hôte.

Le rapport a la nourriture nous confronte a un rapport intime avec notre culture, notre famille, des valeurs intrinsèques qu'il est difficile de faire évoluer. En effet, notre organisation autour de l'alimentation est basée sur des croyances profondes (la soupe, cela fait grandir; les épinards, cela rend costaud; le pain, cela fait grossir...) et bien souvent irrationnelles (être une bonne mère, c'est bien nourrir sa famille!). Alors qu'au contraire nous les croyons très rationnelles basées sur des faits scientifiques : les laitages sont indispensables a la santé, il faut manger équilibré, les protéines se retrouvent dans les produits animaliers... Sans compter sur les recettes de grands-mères qui fonctionnent parfaitement, comme tout le monde le sait ... Mais pourtant, régulièrement les données scientifiques peuvent changer dans le temps, et puis nous n'avons pas tous eu la même grand-mère (sauf peut-être au temps pré-historique!). Et d'autre part, en la matière dans les milieux non confrontes a la famine, nous sommes soumis a deux principes qui parfois peuvent s'opposer : le principe de plaisir (manger est un plaisir) et le principe de réalité (manger pour se maintenir en vie et en bonne santé). C'est pourquoi, il est si difficile de comprendre le fonctionnement de l'autre, de s'identifier. Et je vais aussi m’en apercevoir avec mes amis expatries qui sont confrontes aux mêmes questionnements.

Une existe une autre situation de difficile identification à la position de l'autre, dans un contexte d'expatriation. La situation d'expatriation prévue par l'entreprise de Kriss, prévoit un budget pour que nous puissions louer une maison. Dans le même temps, nous avons loué notre maison en France, ce qui initialement devait nous permettre de tranquillement nous aider à rembourser notre prêt, pendant la période où nous n'étions pas là. Mais c'est sans compter que vos locataires n'ont pas toujours le même sens que vous sur l'entretien de votre maison. En effet, depuis, qu'elle est louée, c'est fou comme elle est devenue peu pratique, pleine de défauts, et tout tombe en panne (y compris le portail que nous avons installé il y a seulement trois ans). Il est vrai qu'en arrivant dans une maison que vous ne connaissez pas, il est probable qu'il vous faille du temps pour vous ajuster à son utilisation, et que certains aspects vous échappent au point d'avoir des accidents. Nous avons eu les mêmes soucis en arrivant ici dans notre maison de location : un genou dans la porte anti-moustique, la deuxième porte d'entrée (elles sont toutes doublées) un peu trop refermée avec force, la mise en route de la clim (comment ça marche!), sans parler de la piscine qui a régulièrement tourné au vert. Et comme nous avons un propriétaire d'origine Allemande, plus tout jeune, il n'est pas question de trop dépenser. La double position que nous occupons nous fait à la fois pester contre notre propriétaire un peu trop radin et pester contre nos locataires un peu trop négligents. Comme quoi, il est bien difficile de s'identifier à l'autre...

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