Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 22 novembre 2013

7 ème mois, fevrier 2013 (2eme partie) : l'anniversaire de Flore


L'anniversaire de Flore : pour ses 10 ans, nous avons prévu quelque chose d'un peu exceptionnel, elle a envie de l'organiser au bowling. Premier chalenge, trouvé au moins 10 personnes à inviter (nombre minimum pour le faire au bowling). Les anciens amis sont un peu loin pour deux heures de bowling et un peu de temps dans les arcades... Les nouveaux amis sont pas encore très stables et encore un peu mal définis. Au fur et à mesure, le nombre de personnes à inviter se révèlera finalement un peu supérieur à 10, à l'école l'amitié bat son plein à partir de décembre et les amis expat sont de plus en plus nombreux. Deuxième chalenge, prévoir l'organisation avec le bowling. D'abord, il s'agit de venir voir la bonne personne. On me donnera son mail et la communication sera très simple. Je passe quand même la voir pour m'assurer des formalités. Rien de plus simple, on décide d'une date, d'un horaire (je m'y suis prise manifestement très largement en avance : toutes mes propositions sont possibles), d'un tarif : snack avec pizzas, deux heures de bowling et 5 dollars d'arcades. Ils ne nous donnent pas les cartes d'invitation, c'est à nous de les prévoir, ainsi que le gâteau. Troisième chalenge, savoir comment les invitations se font ici. D 'habitude, on opte pour une carte faite maison, qui est interactive. Il faut soit découvrir la personne qui invite à partir d'indices de détective : l'anniversaire sera sur le thème du mystère et des jeux de piste. Soit se laisser surprendre par des tours de magie à commencer par ceux de la carte : le thème cette année-là sera la magie. Soit encore faire quelques expériences scientifiques pour révéler le nom de la personne qui invite (encre invisible...) : le thème sera les expériences scientifiques, je vous assure que cela peut être très drôle à commencer par une non-scientifique comme moi. Ici, nous allons trouver un magasin où des cartes d'invitation très réussies sont proposées pour un prix très compétitif. Nous demanderons une réponse aux invités (même si le bowling reste très souple sur cette question alors même qu'un snack est prévu). Ceux qui nous connaissent nous le disent de vive voix. Sinon, ils passeront par Flore, ou par mail. Finalement, deux personnes qui n'avaient pas répondu officiellement mais étaient passées par Flore, ne viendront pas. C'est Kris et le père d'un copain de Flore qui en profiteront pour se faire humilier au bowling.

Flore se transforme de manière importante. 10 ans, est-ce déjà une révolution personnelle? Je sais bien que ce changement est précipité par l'expérience expatriation. Elle prend de l'assurance, notamment en anglais où elle prend un grand plaisir à nous corriger notre accent. C'est le début du moment où le risque existe que les enfants avancent plus vite que leurs parents et se retrouvent en position de savoir plus important. Cela n'est pas un problème en soi, et cela se retrouve déjà dans de nombreux domaines, tels que l'informatique, les jeux sur la Wii... Il n’empêche que pour la langue, il y a un enjeu de taille, celui de l'intégration !. Je repense alors à toutes ces situations d'expatriation forcée dans lesquelles les enfants apprennent très vite la langue de la terre d'accueil tandis que les parents restent très en difficulté pour la pratiquer. Les enfants pourront alors servir de traducteurs avec le risque d'une inversion des rôles entre parents et enfants. Là où le risque se situe, c'est que pour les enfants qui ne sont souvent pas encore prêts à affronter une telle responsabilité, soit leur toute puissance devient démesurée face à leurs parents, soit ils s'inhibent pour retrouver une place acceptable dans leur famille.
Un autre évènement viendra marquer une évolution importante pour Flore : la classe de découverte.
Cette classe verte, organisée dans le cadre de l'école par le County, est prévue pour tous les élèves de 5th grade, sans doute comme rituel de passage en middle school (collège). Elle est de 4 jours autour du thème de la nature, des écosystèmes. Seront abordés 5 points : l’écosystème ; l'orientation ; l'étude des cours d'eau (vie et pollution) ; les cellules ; rock and roll (j'ai mis un peu de temps avant de comprendre de quoi il s'agissait : le langage imagé, c'est un vrai chalenge ! Il s'agit dans ce contexte de l'érosion, ce qui du coup n'est plus du tout imagé !)
Les parents ont été sollicités pour l'encadrement, en plus des enseignants et du personnel sur place. L'école essaye de faire en sorte que les parents se retrouvent avec leur enfant, ce qui n'est pas du goût de Flore. Et je comprends bien, je vais la voir complètement extravertie, prendre la parole à toutes les questions, se mettre en avant à tous moments, faire parler d'elle : son accent est tellement charmant, quelle spontanéité, quelle audace, elle n'est vraiment pas timide !!! Mais pour moi, elle en fait un peu trop, et je lui suggère de laisser aussi la place aux autres. Alors elle préfère aller avec les autres parents. De mon côté, je n'aurai de cesse d'encourager les plus réservés, de tenter de les aider à se mettre en avant, de les faire exister. 
Comme tous les parents ont été acceptés, j'ai parfois l'impression que nous sommes autant d'adultes que d'enfants. Mais, nous sommes parfois laissés seuls à accompagner un groupe de 4 ou 5 pour l'orientation notamment, et qu'il est interdit d'un parent se retrouve seul avec un élève, qu'il faut des adultes pour la journée, mais aussi pour la nuit, que le rituel de passage semble tout autant pour les enfants que pour les parents (beaucoup n'ont jamais laissé leurs enfants couchés à l'extérieur de leur maison et beaucoup d'enfants sont assez angoissés à l'idée de partir sans leur parent, alors qu'à cela ne tienne, on emmène les parents avec soi), vous aurez compris qu'il faut bien tout cela. Je vérifie à ce moment-là la distance qui nous sépare avec le monde américain sur la distance à l'enfant : Carla se passe très bien de ma présence, et j'évolue très bien dans un groupe où elle n'est pas là, de même le soir où nous prenons plaisir à nous retrouver tous les deux avec Kris (en effet, je ne suis pas restée la nuit, mon dévouement de scout girl a ses limites). Tandis que pour d'autres parents, il y a comme une nécessité de garder encore une proximité à leur enfant. Mais peut-être qu'il ne s'agit pas tant de différences culturelles, que de différence interindividuelles dans l'appréhension du lien à son enfant. En effet, me reviennent en mémoire de nombreux exemples français qui seraient plutôt proches de ces parents Américains, tandis qu'il est évident que de nombreuses familles Américaine auraient au contraire bien besoin de resserrer les liens.
jeu des proies et des prédateurs
étude des cellules
Le programme était très sympa, et comme à chaque fois ici, traité de façon très attractif et en même temps éducatif. C'est seulement dommage qu'une fois adulte, on ait tendance à oublier de prendre au sérieux les risques que l'on fait courir à la nature. Ils ont notamment organisé un jeu avec des proies herbivores, des prédateurs omnivores et carnivores, deux catastrophes naturelles, un virus, et un humain. Chacun devait soit chasser, soit ne pas être attrapé avec des règles assez proches de la vraie vie, et en même temps se ravitailler en eau et nourriture pour les animaux. L'homme n'est arrivé qu'après 10 minutes de jeu, mais son pouvoir était énorme et son arrivée a coïncidé avec un nombre impressionnant d'animaux qui ont disparu. Très intéressant !
Par contre, question sécurité, ils ont pris une longueur d'avance sur nous. Les recommandations sont fortes de ne pas courir, alors que nous sommes précisément à un endroit parfait pour cela ; toujours deux parents pour accompagner un groupe (jamais de parent seul avec un enfant, et jamais d'enfant seul sans adulte) ; pas de couteau à la cantine, même pas en plastique ; des délimitations strictes pour les jeux... mais malgré ces contraintes, les enfants s'éclatent, et je dois dire que les parents aussi. Cela laisserait supposer que malgré les restrictions de liberté, le plaisir est quand même possible. Je ne peux malgré tout m'empêcher de penser au paradoxe qui existe entre d'un côté les armes en vente libre, et d'un autre, une telle restriction d'actions dangereuses... Bienvenue au royaume des contradictions !  
 
Les indices sur ces changements liés à l'expatriation, ce sont aussi tous ces flach back sur des expériences passées, qu'elles ré-interroge avec le regard maintenant plus mature, mais aussi plus critique car elle a une autre vision des choses. Pour la St Patrick, elle se rappelle que dans son ancienne école, pour tous les enfants qui ne s'étaient pas habillés en vert (et c'est vrai que même si on y pensait, elle avait peu d'habit verts), ils étaient stigmatisés par un adulte de l'école. Elle se rappelle aussi, comment les maîtresses de France fonctionnaient (peu de récompense, beaucoup de cris, elle était très inquiète de voir une de ses feuilles, déchirée car mal écrite...) mais aussi ses copines (elle se rappelle beaucoup de sa meilleure amie qui était comme une sœur)... Cette expérience lui confirmera sans doute son intérêt pour l'autre, d’où qu'il vienne sans perdre de vue que ce n'est pas tant son origine qui compte, que sa manière de se comporter.

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