L'anniversaire
de Flore : pour ses 10 ans, nous avons prévu quelque chose d'un
peu exceptionnel, elle a envie de l'organiser au bowling. Premier chalenge, trouvé au moins 10 personnes à inviter (nombre minimum
pour le faire au bowling). Les anciens amis sont un peu loin pour
deux heures de bowling et un peu de temps dans les arcades... Les
nouveaux amis sont pas encore très stables et encore un peu mal
définis. Au fur et à mesure, le nombre de personnes à inviter se révèlera finalement un peu supérieur à 10, à l'école l'amitié
bat son plein à partir de décembre et les amis expat sont de plus
en plus nombreux. Deuxième chalenge, prévoir l'organisation avec
le bowling. D'abord, il s'agit de venir voir la bonne personne. On me
donnera son mail et la communication sera très simple. Je passe
quand même la voir pour m'assurer des formalités. Rien de plus
simple, on décide d'une date, d'un horaire (je m'y suis prise
manifestement très largement en avance : toutes mes
propositions sont possibles), d'un tarif : snack avec pizzas,
deux heures de bowling et 5 dollars d'arcades. Ils ne nous donnent
pas les cartes d'invitation, c'est à nous de les prévoir, ainsi que
le gâteau. Troisième chalenge, savoir comment les invitations se
font ici. D 'habitude, on opte pour une carte faite maison, qui
est interactive. Il faut soit découvrir la personne qui invite à
partir d'indices de détective : l'anniversaire sera sur le
thème du mystère et des jeux de piste. Soit se laisser surprendre
par des tours de magie à commencer par ceux de la carte : le
thème cette année-là sera la magie. Soit encore faire quelques
expériences scientifiques pour révéler le nom de la personne qui
invite (encre invisible...) : le thème sera les expériences
scientifiques, je vous assure que cela peut être très drôle à
commencer par une non-scientifique comme moi. Ici, nous allons
trouver un magasin où des cartes d'invitation très réussies sont
proposées pour un prix très compétitif. Nous demanderons une
réponse aux invités (même si le bowling reste très souple sur
cette question alors même qu'un snack est prévu). Ceux qui nous
connaissent nous le disent de vive voix. Sinon, ils passeront par
Flore, ou par mail. Finalement, deux personnes qui n'avaient pas
répondu officiellement mais étaient passées par Flore, ne
viendront pas. C'est Kris et le père d'un copain de Flore qui en
profiteront pour se faire humilier au bowling.
Flore se transforme de manière importante. 10 ans,
est-ce déjà une révolution personnelle? Je sais bien que ce
changement est précipité par l'expérience expatriation. Elle prend
de l'assurance, notamment en anglais où elle prend un grand plaisir
à nous corriger notre accent. C'est le début du moment où le
risque existe que les enfants avancent plus vite que leurs parents et
se retrouvent en position de savoir plus important. Cela n'est pas un
problème en soi, et cela se retrouve déjà dans de nombreux
domaines, tels que l'informatique, les jeux sur la Wii... Il
n’empêche que pour la langue, il y a un enjeu de taille, celui de
l'intégration !. Je repense alors à toutes ces situations
d'expatriation forcée dans lesquelles les enfants apprennent très
vite la langue de la terre d'accueil tandis que les parents restent
très en difficulté pour la pratiquer. Les enfants pourront alors
servir de traducteurs avec le risque d'une inversion des rôles entre
parents et enfants. Là où le risque se situe, c'est que pour les
enfants qui ne sont souvent pas encore prêts à affronter une telle
responsabilité, soit leur toute puissance devient démesurée face à
leurs parents, soit ils s'inhibent pour retrouver une place
acceptable dans leur famille.
Un autre évènement viendra marquer une évolution
importante pour Flore : la classe de découverte.
Cette
classe verte, organisée dans le cadre de l'école par le County,
est prévue pour tous les élèves de 5th grade, sans
doute comme rituel de passage en middle school
(collège). Elle est de 4 jours autour du thème de la nature, des écosystèmes. Seront abordés 5 points : l’écosystème ;
l'orientation ; l'étude des cours d'eau (vie et pollution) ;
les cellules ; rock and roll (j'ai
mis un peu de temps avant de comprendre de quoi il s'agissait :
le
langage imagé, c'est un vrai chalenge ! Il s'agit dans ce
contexte de l'érosion, ce
qui du coup n'est plus du tout imagé !)
Les
parents ont été sollicités pour l'encadrement, en plus des
enseignants et du personnel sur place. L'école essaye
de faire en sorte que les parents se retrouvent avec leur enfant, ce
qui n'est pas du goût de Flore. Et je comprends bien, je vais la
voir complètement extravertie, prendre la parole à toutes les
questions, se mettre en avant à tous moments, faire parler d'elle :
son accent est tellement charmant, quelle spontanéité, quelle
audace, elle n'est vraiment pas timide !!! Mais pour moi, elle
en fait un peu trop, et je lui suggère de laisser aussi la place aux
autres. Alors elle préfère aller avec les autres parents. De mon
côté, je n'aurai de cesse d'encourager les plus réservés, de
tenter de les aider à se mettre en avant, de les faire exister.
Comme tous les parents ont été acceptés, j'ai parfois
l'impression que nous sommes autant d'adultes que d'enfants. Mais,
nous sommes parfois laissés seuls à accompagner un groupe de 4 ou 5
pour l'orientation notamment, et qu'il est interdit d'un parent se
retrouve seul avec un élève, qu'il faut des adultes pour la
journée, mais aussi pour la nuit, que le rituel de passage semble
tout autant pour les enfants que pour les parents (beaucoup n'ont
jamais laissé leurs enfants couchés à l'extérieur de leur maison
et beaucoup d'enfants sont assez angoissés à l'idée de partir sans
leur parent, alors qu'à cela ne tienne, on emmène les parents avec
soi), vous aurez compris qu'il faut bien tout cela. Je vérifie à ce
moment-là la distance qui nous sépare avec le monde américain sur
la distance à l'enfant : Carla se passe très bien de ma
présence, et j'évolue très bien dans un groupe où elle n'est pas
là, de même le soir où nous prenons plaisir à nous retrouver tous
les deux avec Kris (en effet, je ne suis pas restée la nuit, mon
dévouement de scout girl a ses limites). Tandis que pour d'autres
parents, il y a comme une nécessité de garder encore une proximité
à leur enfant. Mais peut-être qu'il ne s'agit pas tant de
différences culturelles, que de différence interindividuelles dans
l'appréhension du lien à son enfant. En effet, me reviennent en
mémoire de nombreux exemples français qui seraient plutôt proches
de ces parents Américains, tandis qu'il est évident que de
nombreuses familles Américaine auraient au contraire bien besoin de
resserrer les liens.
| jeu des proies et des prédateurs |
| étude des cellules |
Par
contre, question sécurité, ils ont pris une longueur d'avance sur
nous. Les recommandations sont fortes de ne pas courir, alors que
nous sommes précisément à un endroit parfait pour cela ;
toujours deux parents pour accompagner un groupe (jamais de parent
seul avec un enfant, et jamais d'enfant seul sans adulte) ; pas
de couteau à la cantine, même pas en plastique ; des
délimitations strictes pour les jeux... mais malgré ces
contraintes, les enfants s'éclatent, et je dois dire que les parents
aussi. Cela laisserait supposer que malgré les restrictions de
liberté, le plaisir est quand même possible. Je ne peux malgré
tout m'empêcher de penser au paradoxe qui existe entre d'un côté
les armes en vente libre, et d'un autre, une telle restriction
d'actions dangereuses... Bienvenue
au royaume
des contradictions !
Les
indices sur ces changements liés à l'expatriation, ce sont aussi
tous ces flach
back
sur des expériences passées, qu'elles ré-interroge
avec le regard maintenant plus mature, mais aussi plus critique car
elle a une autre vision des choses. Pour la St Patrick, elle se
rappelle que dans
son ancienne école, pour
tous les enfants qui ne s'étaient pas habillés en vert (et c'est
vrai que même si on y pensait, elle avait peu d'habit verts), ils
étaient stigmatisés par un adulte de l'école. Elle se rappelle
aussi, comment les maîtresses de France fonctionnaient (peu
de récompense, beaucoup de cris,
elle
était très inquiète de voir une de ses feuilles,
déchirée car mal écrite...)
mais aussi ses copines (elle
se rappelle beaucoup de sa meilleure amie qui
était comme une sœur)...
Cette
expérience lui confirmera sans doute son intérêt pour l'autre,
d’où
qu'il vienne sans perdre de vue que ce n'est pas tant son origine qui
compte,
que
sa manière de se comporter.
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