Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 10 mai 2013

le temps des habitude (deuxième partie)


Deuxième semaine (suite)

Nous voilà enfin revenus au 21 siècle : nous avons la TV qui fonctionne, elle a enfin accédé à la notoriété. 108 chaînes sur 156 possibles. Nous avons le choix entre les news, les pubs, les prêches, les pubs, les kg à perdre, les pubs, les séries, les pubs, le sport, les pubs... En moyenne, les pubs passent toutes les 10 minutes... Vous français qui n'avez plus de publicité après 20 heures sur les chaînes publiques, vous ne connaissez pas votre bonheur... Encore que pour apprendre une langue, les publicités sont un bon moyen : le message est simple, les répétitions nombreuses, la prononciation toujours distingue, l'image est explicative. Le seul problème, c'est le manque d'intérêt. Ce ne sera pas moins intéressant que les cours d'anglais que j'ai suivis adolescente, mais là au moins l'accent sera bon ! Comme il y a beaucoup de chaînes en espagnol, je vais pouvoir réviser quelques notions dans cette langue aussi.

Pratiquer l'anglais en continue demande une forte attention et mobilise beaucoup d'énergie. Mais, parfois, ce n'est pas l'anglais qui est difficile à comprendre, c'est tout simplement le français peu articulé, lorsque l'on est fatigué, lorsque en famille on fait moins d'efforts. Un matin, il y a eu cette interprétation insolite mais savoureuse : le «tu voudras des œufs au bacon ? » se transformera en «y'a un tiroir qui déconne. ». C'est pourquoi depuis, lorsque le canal de communication entre nous est brouillé, plutôt que de demander à l'autre de répéter nous disons « y'a un tiroir qui déconne », ce qui permet de mettre l'accent sur le canal plutôt que sur le volume.
Flore s'adapte bien à l'usage de cette nouvelle langue. Elle fait avec ce qu'elle connaît déjà et cela lui suffit. Les règles de grammaire sont partielles, les mots parfois francisés, mais le tout fonctionne pour jouer avec sa nouvelle amie. Elle continue généralement à me parler en anglais après être revenue. Quant à moi, j'ai du mal à me détacher de mes complexes linguistiques. Je veux parler bon anglais, avec bon accent. Il est vrai que la situation d'expatriation nous confronte déjà à une position de régression dans un bon nombre de situations : pour faire les démarches habituelles, David est là et je ne me sens pas à la hauteur, dans les magasins, sur la route lorsque les paysages s'obstinent à se confondre et nous font perdre le chemin ou tout simplement pour proposer un échange un peu plus varié que l'invariable attrait de l'étranger... Alors, je mets un point d'honneur à parler l'anglais le mieux possible pour ouvrir la discussion sur des sujets intéressants. Malheureusement pour moi, l'anglais ne m'est pas naturel. Lorsque je veux apprendre de nouveaux mots, des tournures de phrases, les concordances des temps, je dois le faire à la manière la plus rébarbative : l'apprentissage mécanique. Pour l'anglais, ma mémoire est visuelle, je ne peux mémoriser les mots que si je les vois écrits. Les entendre ne suffit pas. Alors pour bien faire, il faudrait que je me pose à mon bureau et que je bosse. Qui a dit « tu apprendras l'anglais dans la douleur » ?

Pour continuer l'intégration, je dois aller faire ma carte de sécurité sociale. Ici, c'est plus un document indispensable pour exister, pas pour se faire rembourser ses frais médicaux. C'est le sésame pour le permis de conduire, pour le travail, pour toutes démarches administratives. Je dois préalablement remplir un document officiel. Je suis surprise de devoir indiquer ma race ou mon ethnie. J'ai le choix entre Asiatiques, Américains d'Asie ou des îles Pacifique ; Hispaniques ; noirs mais pas Hispaniques ; Indiens Américains ou natifs d'Alaska ; et enfin blancs mais pas Hispaniques. Ce ne serait pas possible un instant en France de demander très officiellement de tels renseignements. Je suppose qu'ici, ces renseignements sont à l'usage de statistiques ethniques et pas pour monter un fichier de renseignements. Le racisme ne naît pas de la re-connaissance des différentes races et ethnies, mais plutôt de leur mé-connaissance.

Sur les questions de différences, il est possible d'évoquer Down town, qui est le centre de la ville, mais c'est plutôt un quartier populaire, moins bien entretenu, où vivent de nombreux noirs et hispaniques. Les centres-villes, en général, ne sont pas des lieux de vie valorisés. C'est sans doute pour cela qu'on les appelle « down ». Très rapidement on comprend que down town est à éviter. Le cœur de la ville n'est pas ce qui la fait battre son rythme. Pourtant, c'est là qu'il y aura la nouvelle bibliothèque, qu'il y a le centre de spectacle, l'office du tourisme, un parc des plus agréables et les musées. Mais on y vient sans y rester. D'ailleurs, l'ambiance n'invite pas à la flânerie. Les maisons dans l'ensemble sont moins entretenues, les rues sont plus sales, les poubelles débordantes. Les gens sont souvent dehors sur le trottoirs, assis à discuter, avec de la musique forte. La mixité n'est pas de mise. Et pourtant, juste à l'entrée de la ville, il y a un quartier de vieilles maisons de style colonial, souvent en restauration, ou bien entretenues avec de grands jardins, des statues en pierre bordent les allées. Il y a eu un temps où il faisait bon vivre down town.




L'intégration, c'est une chose, mais les vacances c'est une valeur sûre ! Je me décide enfin à organiser nos vacances pour... la semaine suivante. Les vacances n'ont pas été au cœur de mes préoccupations ces derniers temps, et pourtant nous sommes très attachés à nos vacances en France. Ici, j'ose à peine dire que j'ai 11 semaines en tout car sinon ils nous prendraient pour des fainéants, et j'ai à cœur de donner une bonne image des Français. Tout n'est que question de rythme : le rythme français est tellement dense qu'il nous faut bien à chaque fois une semaine de récupération avant de profiter de nos vacances. Ici les journées sont plus courtes, et selon les statistiques la productivité en France est semble-t-il meilleure. En tout cas, je trouve qu'ils s'agitent souvent un peu dans tous les sens pour peu de choses. La facilité pour les courses et l'amplitude horaire des magasins ne les rendent pas très organisés, ce qui fait qu'ils vont souvent dans la même journée faire plusieurs fois la même chose.

Nous avons eu envie de retrouver le goût du français pour nos vacances : Shakespeare contre Molière. Nous prévoyons de passer deux jours complets à NYC, puis direction trois rivières entre Montréal et Québec. Une petite halte dans le parc de la Mauricie avec visite du village bûcheron. Puis la ville de Québec pour trois jours avec une pause au village Val Cartier qui est un grand parc aquatique. Enfin, direction lac St Jean avec le Zoo de St Félicien et retour sur le St Laurent pour voir les baleines. J'ai un peu du mal à évaluer les distances mais je soupçonne que cela fera beaucoup. Pour plus de souplesse, nous prévoyons seulement le couchage dans les villes, puis nous aviserons sur place. Je me suis aussi enfin décidée à reprendre contact avec Cristal qui selon mes souvenirs doit vivre entre NYC et Montréal. Je l'avais rencontrée lors de mon premier séjour à NYC, et nous étions devenues très amies. Ce serait trop bête de ne pas profiter de l'occasion, car même si on est plus proche et dans le même pays, le Connecticut est à 6 heures de route. Je lui envoie donc un mail aux deux adresses que j'ai conservées. Le lendemain, elle me répond et serait vraiment très heureuse de me revoir et de rencontrer ma famille. Tout est si simple comme au bon vieux temps quand elle m'hébergeait à NYC ! Quand je pense que je n'ai pas répondu lorsqu'elle a fait part dans un mail collectif à son mariage. Il y avait déjà des années que nous ne nous étions pas revues et le temps avait commencé à éteindre la lumière des souvenirs. Mais, internet ranime la flamme et son message me transporte dans un passé insouciant, plein de nonchalance et de tranquillité de vie. Je reste longtemps à lire son message, ils sont de ceux qui vous tiennent éveillés car ils sont simplement la marque que tout ce qui a été vécu avant ne l'a pas été inutilement !

1 commentaire:

Oreo a dit…

Pour une fois, pour UNE fois, je peux dire que j'ai vraiment déconnecté pendant mes vacances! ces 2 semaines m'ont paru un mois! Je n'ai pas l'habitude, en général, après la 1ere semaine d'adaptation, la deuxieme passe trop vite. Au risque de me rajouter à la catégorie "fainéant", la reprise n'en est que plus difficile. Alors avec cette lecture, j'ai l'impression de prolonger encore un peu la grande évasion. Merci pour ça ;-)
Le nouveau visage du blog est très agréable, la présentation des textes, la fluidité, les photos.
à la semaine prochaine!!!