Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 1 août 2014

Novembre 2013 : une folle décision ou une décision folle ?


Suite à mes débuts en tant que prof remplaçante, je me suis vue offrir l’opportunité de travailler comme prof à temps plein de français et d’espagnol dans un collège, difficile. J’ai du mal à dire non, alors j’ai dit oui, même si cela m’a coûté quelques nuits de sommeil, un régime minceur des plus efficaces mais pas très bon pour la forme.
« La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
(dans mon cas toute l’année dernière)
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue ... »
(au mois de novembre nous avons en effet eu la bise)
« Que faisiez-vous aux temps chauds ?
Nuits et jours à tout venant,
Je chantais ne vous déplaise (dans mon cas, je passais mon temps sur l’ordinateur, où au Y, ou a voyager)
Vous chantiez, j’en suis fort aise
Et bien dansez maintenant » (dans mon cas il s’agit tous les jours de rencontrer des jeunes qui ne veulent pas être là pour certains, dont quelques-uns vivent des situations dramatiques à la maison et vous le font indirectement savoir, dans des groupes dont la taille est inversement proportionnelle² à la taille de la classe, et pour couronner le tout dans une chaleur digne des Bahamas en plein été : on n’arrivera jamais à sauver la planète!!!).

Il n’y a que aux États-Unis où l’on peut proposer une telle opportunité à quelqu’un certes avec un diplôme d’Université, mais qui n’a aucune expérience de prof avec des élèves si jeunes. J’ai bien cru que je n’allais pas y arriver car il ne faut pas oublier que l’anglais n’est pas ma langue maternelle, que je ne connais rien à comment s’organise un collège américain, et que j’ai un mal fou à retenir les noms et prénoms. Était-ce vraiment une opportunité ou un piège !!!

Pour vous donner un avant goût, je vous décris la situation : j’ai en charge l’enseignement du français et de l’espagnol pour l’ensemble du collège, ce qui veut dire que je rencontre  a peu près 260 élèves (beaucoup ne suivent pas de cours de langue à partir de la 5ème), les cours alternent entre français et espagnol (parfois je ne sais plus quelle langue parler ! car bien sûr les explications sont en anglais) ; les cours sont de 39 minutes, j’enchaine 4 classes de suite absolument sans arrêt soit 3 heures trente durant, puis, je reprends à 12:55 pour finir à 14:15 soit plus d’1 heure 15 ; il y a aussi un nombre incroyable d’adultes prêts à m’aider, mais je ne sais même pas qui est qui (j’ai quelques personnes référentes et je leur demande tout), j’ai 6 classes par jours, et le lendemain ce sont 6 autres classes (heureusement même programme), du coup 12 classes en tout. A cela se rajoute 2 duties (obligations) : le matin j’ai en charge une 15ène d’élèves qui peuvent prendre leur petit déjeuné, qu’il faut comptabiliser pour savoir qui est absent, et qu’il faut faire lever pour l’hymne national ; et un jour sur 2, je surveille le gymnase pendant 20 minutes pour leur unique break (temps de repos) de la journée pendant le temps de repas (s’ils mangent en 10 minutes, ceux dont le comportement est adapté peuvent venir se défouler pendant 20 minutes au gymnase). Les deux dernières classes en fin de journée (qui dans ce collège se situent à partir de 13h, vu que l’on commence à 7:15), sont très souvent incontrôlables. J’ai dit oui, pour le meilleur mais aussi surtout pour le pire !

Kit de survie d'un prof débutant en zone difficile.
Il m’a fallu deux qualités essentielles : l’adaptation, et l’apprentissage rapide. C’était une question de survie, je n’avais pas le choix. Mais j’ai réalisé que j’ai ces deux qualités, qui je pense sont essentielles dans la vie d’aujourd’hui où le monde bouge à une allure vertigineuse.
Le pire, c’est qu’en même temps j’ai eu deux autres propositions de postes intéressants. L’un comme assistante remplaçante à long terme avec une classe d’enfants Autistes, un tout petit peu plus mon domaine, mais seulement pour être assistante; et l’autre comme interprète pour des familles qui parlent français et pour qui des propositions d’aide leur sont faites. J’ai eu l’occasion de la faire une seule fois, vu que j’ai accepté l’autre poste, mais j’ai trouvé cela fabuleux. Traduire de l’anglais au français : un bonheur (l’inverse est moins simple). Mais bien sûr, ce n’était que des missions sur un temps très court.

Alors qu’est ce qui m’a poussée à accepter. Le chalenge ? La considération et l’expérience unique ? Le masochisme ? La parfaite compatibilité des horaires avec ceux de Flore?  L’effet sœur Térésa ? En effet, ils étaient désespéramment en recherche de quelqu’un sachant parler les deux langues ce qui n’est pas évidant, dans un délai très court vu que la précédente prof à démissionner et que la remplaçante ne maitrise ni l’une ni l’autre langue. Sans doute un peu de tout cela. J’ai passé aussi quelques nuits à me demander comment me désengager sans trop perdre la face : je n’y suis pas arrivée car savoir que les élèves allaient de nouveau se retrouver abandonnés, m’était insupportable. Il y a même une élève qui m’a écrit un petit mot après une classe vraiment très éprouvante avec quelques élèves complètement irrespectueux, pour me dire qu’elle s’excusait du comportement de la classe, mais qu’elle voulait vraiment que je tienne le coup et que l’expérience réussisse, alors je crois que c’est beaucoup pour toi Maya que j’ai continué.

La bonne nouvelle, c’est que l’on rencontre tout un tas d’Américains prêts à vous inviter à partager la dinde de thanksgiving alors qu’on s’est vu seulement deux fois, on rencontre aussi des élèves vraiment supers, on sait aussi que l’on peut faire la différence dans la vie de quelques-uns. Et c’est bien payé (dans le Maryland), mais je peux vous dire que je ne démérite pas mon salaire, car je crois que pour les premières semaines, j’ai passé au moins 16 heures par jours à travailler, plus les heures de sommeil volé dans mon lit, les nuits de sommeil difficile où je réfléchissais à comment gérer des élèves ingérables : out of control. Nous allons pouvoir nous payer des vacances de rois... à condition de jouer les fous le reste du temps....

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