Et voila, notre voyage se termine. Bien sur, il y aurait encore à dire sur notre réinstallation complète en France et ses soubresauts, mais nous voila déjà happés par d'autres aventures. Alors, je vous souhaite juste de bonnes fêtes de fin d'année : "apprend comme si tu devais vivre toujours, et vis comme si tu devais mourir demain"...

vendredi 28 février 2014

10ème mois : à la rosée, du joli mois de mai... (1) (mai 2013)


(1) dans nos campagnes, non loin de Villefranche sur Saône (Rhône) qui en est le représentant le plus démonstratif, il y a une tradition pour le 1er mai pour les jeunes de la commune, c'est de passer dans la nuit du 30 avril au 1er mai, auprès de chacune des maisons du village en chantant la chanson du joli mois de mai. En général, les habitants habitués à cette tradition les reçoivent quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit en leur offrant de l'argent pour un prochain gueuleton, et en offrant aussi un coup à boire pour avoir bien chanté. Je ne vous dis comment on chante à 2 heures du matin, après plusieurs maisons. « Ah, le rosé du joli mois de mai... »

La famille vient de partir, nous voilà revenus à la vie ordinaire... Les évènements passent, les habitudes restent !

La distinction entre deux cultures imprègne même les situations de honte, qui ne se situent pas au même endroit. Pour moi, c'est plutôt quand il s'agit d'aller à l'école en pyjama (surtout avec celui que je porte !) ; c'est de devoir faire une demande pour offrir mes services, de parler un anglais digne d'un adolescent affublé d'un sacré appareil dentaire ; c'est aussi d'avoir l'impression d'être une débutante à chaque démarche (y compris quand j'ai du me servir de ma tondeuse lors du premier été)... Sans être une situation de honte, je suis tout de même sans cesse gênée lorsque je dois appeler des personnes que je ne connais pas par leur prénom (y compris la personne que j'appelle pour postuler sur un poste l'année prochaine). Pour un Américain, c'est de voir un nu (mais par contre parler de sexe est plus courant). C'est aussi de porter une odeur corporelle (ne pas oublier ce qu'ils pensent des Français au sujet des odeurs corporelles!). Ces situations de honte, de gène nous entraînent sur un chemin glissant dans la rencontre avec l'autre car ces ressentis intimes qui ne sont pas partagés de la même manière peuvent fonctionner comme des répulsifs extrêmement puissantes !

Home school : j'ai été surprise par cette situation que j'ai rencontrée à plusieurs reprises : la maman d'un enfant autiste a décidé de le de-scolariser et d'assurer l'école à la maison car l'enfant était anxieux de venir à l'école ; il y a eu aussi lorsque nous sommes allées visiter une ferme pour des leçons de cheval qui n'avait plus de place sauf à 14h en même temps que les enfants home school. De même pour les documents scolaires de l'année prochaine, il nous est demandé où l'enfant à été scolarisé précédemment, et l'une des réponses du quiz est Home school. L'école à la maison est assez répandue ici. Plus de 1 million 500 000 étudiants bénéficient de l’école à la maison, aux USA.
Une enquête réalisée dans le cadre du recensement américain donne un aperçu des motivations des parents choisissant de ne pas envoyer leurs enfants à l'école dans ce pays :
  • la supériorité de l'éducation à la maison (50,8 %) des parents ;
  • motivations religieuses (33,0 %) ;
  • mauvaise qualité de l'environnement scolaire (29,8 %) ;
  • objection au contenu des programmes scolaires (14,4 %) ;
  • niveau insuffisant de l'enseignement scolaire (11,5 %).
En France, la principale motivation semble être « politique » et psychologique : respecter la liberté et l'épanouissement des enfants, privilégier une véritable vie « sociale », plus autonome et libre.
En ce qui me concerne, je pense que l'enfant a besoin de vivre des expériences en dehors de la famille, a besoin de découvrir les autres dans toute leur singularité, mais aussi de s'affronter aux autres, dans leurs différences, avec les bons et les mauvais côtés. Je le pense d'autant plus au collège où c'est l'âge de la socialisation (« tu devras trouver ton propre chemin sur les traces de tes pairs ») de l'ouverture aux autres, de l'identification aux peers. Et même pour un enfant autiste en difficulté dans le lien aux autres, l'ouverture à un environnement varié est source de stimulations. Il y a cependant un bon dosage à trouver car la sur-stimulation peut être inhibitrice ou excitatrice. Il faut aussi accompagner l'enfant dans cette rencontre, dans ses étonnements, ses questionnements, et aussi le protéger contre des agressions qui pourraient dépasser son seuil de tolérance. Flore a par exemple des préoccupations sur le bullying (l'intimidation, le racket). Il faut dire que l'entrée en Middle school est une grande étape, sans doute de partout mais ici cela est d'autant plus marqué dans les esprits. Il existe de nombreux diaries qui évoquent la pire année comme celle d'entrée au collège, professeurs et parents en rajoutent souvent. Bien sur, l'entrée au collège coïncide plus ou moins avec l'entrée dans la puberté. Les jeunes qui peuvent avoir le plus de mal à supporter ces bouleversements psychologiques et physiques, peuvent être tentés de les ignorer en projetant sur les autres toute leur agressivité. Mais il y a aussi le fait qu'ils ne sont plus aussi dociles, et pour les adultes, la gestion de ces nouveaux adolescents est plus compliquée. Quoi qu’il en soit, lorsque vous quittez le cocon de l'école primaire, tout vous rappelle que rien ne sera plus jamais comme avant... C'est ce qui est en train de se passer pour Flore, et je suis assez heureuse de constater que malgré son inquiétude, elle en parle ouvertement C'est l'occasion de parler sans tabou du lien avec les autres, des différences avec les bons et les mauvais côtés, de l'envie de ressembler, de singulariser, des émotions naissantes pour l'autre sexe. Mais en tant que parents, cela nous implique à aller vers le terrain de l'introspection (comment cela s'est passé pour moi, ce que je ne voudrais pas que ma fille vivent comme je l'ai vécu), d'ouvrir la discussion sur nos propres rapports aux autres. Et en même temps, il nous faut rester à une place de parent, il y a des choses que l'on ne partage pas avec son enfant, il ne faut pas non plus projeter sur l'enfant notre propre expérience, nos renoncements... C'est finalement, une vraie expérience de partage, de confiance. Je ne voudrais pas manquer cette étape avec mon enfant en le laissant étudier dans le giron de la maison, et à bien y regarder dans mon emprise. Bien sûr, l'école n'est pas le seul lieu de socialisation, et ce n'est d'ailleurs pas son premier objectif. Mais, c'est un terrain de rencontres, d'expérience, de confrontation avec le monde qui nous entoure dans toutes ses formes.

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