(1) dans nos campagnes, non loin
de Villefranche sur Saône (Rhône) qui en est le représentant le
plus démonstratif, il y a une tradition pour le 1er mai pour les
jeunes de la commune, c'est de passer dans la nuit du 30 avril au 1er
mai, auprès de chacune des maisons du village en chantant la chanson
du joli mois de mai. En général, les habitants habitués à cette
tradition les reçoivent quelle que soit l'heure du jour ou de la
nuit en leur offrant de l'argent pour un prochain gueuleton, et en
offrant aussi un coup à boire pour avoir bien chanté. Je ne vous
dis comment on chante à 2 heures du matin, après plusieurs maisons.
« Ah, le rosé du joli mois de mai... »
La famille vient de partir, nous voilà revenus à la
vie ordinaire... Les évènements passent, les habitudes restent !
La distinction entre deux cultures imprègne même les
situations de honte, qui ne se situent pas au même endroit. Pour
moi, c'est plutôt quand il s'agit d'aller à l'école en pyjama
(surtout avec celui que je porte !) ; c'est de devoir faire
une demande pour offrir mes services, de parler un anglais digne d'un
adolescent affublé d'un sacré appareil dentaire ; c'est aussi
d'avoir l'impression d'être une débutante à chaque démarche (y
compris quand j'ai du me servir de ma tondeuse lors du premier
été)... Sans être une situation de honte, je suis tout de même
sans cesse gênée lorsque je dois appeler des personnes que je ne
connais pas par leur prénom (y compris la personne que j'appelle
pour postuler sur un poste l'année prochaine). Pour un Américain,
c'est de voir un nu (mais par contre parler de sexe est plus
courant). C'est aussi de porter une odeur corporelle (ne pas oublier
ce qu'ils pensent des Français au sujet des odeurs corporelles!).
Ces situations de honte, de gène nous entraînent sur un chemin
glissant dans la rencontre avec l'autre car ces ressentis intimes qui
ne sont pas partagés de la même manière peuvent fonctionner comme
des répulsifs extrêmement puissantes !
Home
school :
j'ai été surprise par cette situation que j'ai rencontrée à
plusieurs reprises : la maman d'un enfant autiste a décidé de
le de-scolariser et d'assurer l'école à la maison car l'enfant
était anxieux de venir à l'école ; il y a eu aussi lorsque nous
sommes allées visiter une ferme pour des leçons de cheval qui
n'avait plus de place sauf à 14h en même temps que les enfants home
school.
De même pour les documents scolaires de l'année prochaine, il nous
est demandé où l'enfant à été scolarisé précédemment, et
l'une des réponses du quiz est Home
school.
L'école à la maison est assez répandue ici. Plus
de 1 million 500 000 étudiants bénéficient de l’école à la
maison, aux USA.
Une
enquête réalisée dans le cadre du recensement américain donne un
aperçu des motivations des parents choisissant de ne pas envoyer
leurs enfants à l'école dans ce pays :
- la supériorité de l'éducation à la maison (50,8 %) des parents ;
- motivations religieuses (33,0 %) ;
- mauvaise qualité de l'environnement scolaire (29,8 %) ;
- objection au contenu des programmes scolaires (14,4 %) ;
- niveau insuffisant de l'enseignement scolaire (11,5 %).
En France, la principale motivation
semble être « politique » et psychologique :
respecter la liberté et l'épanouissement des enfants, privilégier
une véritable vie « sociale », plus autonome et libre.
En
ce qui me concerne, je pense que l'enfant a besoin de vivre des
expériences en dehors de la famille, a besoin de découvrir les
autres dans toute leur singularité, mais aussi de s'affronter aux
autres, dans leurs différences, avec les bons et les mauvais côtés.
Je le pense d'autant plus au collège où c'est l'âge de la
socialisation (« tu devras trouver ton propre chemin sur les
traces de tes pairs ») de l'ouverture aux autres, de
l'identification aux peers.
Et même pour un enfant autiste en difficulté dans le lien aux
autres, l'ouverture à un environnement varié est source de
stimulations. Il y a cependant un bon dosage à trouver car la
sur-stimulation peut être inhibitrice ou excitatrice. Il faut aussi
accompagner l'enfant dans cette rencontre, dans ses étonnements, ses
questionnements, et aussi le protéger contre des agressions qui
pourraient dépasser son seuil de tolérance. Flore a par exemple des
préoccupations sur le
bullying
(l'intimidation, le racket). Il faut dire que l'entrée en Middle
school
est une grande étape, sans doute de partout mais ici cela est
d'autant plus marqué dans les esprits. Il existe de nombreux diaries
qui évoquent la pire année comme celle d'entrée au collège,
professeurs et parents en rajoutent souvent. Bien sur, l'entrée au
collège coïncide plus ou moins avec l'entrée dans la puberté. Les
jeunes qui peuvent avoir le plus de mal à supporter ces
bouleversements psychologiques et physiques, peuvent être tentés
de les ignorer en projetant sur les autres toute leur agressivité.
Mais il y a aussi le fait qu'ils ne sont plus aussi dociles, et pour
les adultes, la gestion de ces nouveaux adolescents est plus
compliquée. Quoi
qu’il en soit,
lorsque vous quittez le cocon de l'école primaire, tout vous
rappelle que rien ne sera plus jamais comme avant... C'est ce qui est
en train de se passer pour Flore, et je suis assez heureuse de
constater que malgré son inquiétude, elle en parle ouvertement
C'est l'occasion de parler sans tabou du lien avec les autres, des
différences avec les bons et les mauvais côtés, de l'envie de
ressembler, de singulariser, des émotions naissantes pour l'autre
sexe. Mais en tant que parents, cela nous implique à aller vers le
terrain de l'introspection (comment cela s'est passé pour moi, ce
que je ne voudrais pas que ma fille vivent comme je l'ai vécu),
d'ouvrir la discussion sur nos propres rapports aux autres. Et en
même temps, il nous faut rester à une place de parent, il y a des
choses que l'on ne partage pas avec son enfant, il ne faut pas non
plus projeter sur l'enfant notre propre expérience, nos
renoncements... C'est finalement, une vraie expérience de partage,
de confiance. Je ne voudrais pas manquer cette étape avec mon enfant
en le laissant étudier dans le giron de la maison, et à bien y
regarder dans mon emprise. Bien sûr, l'école n'est pas le seul lieu
de socialisation, et ce n'est d'ailleurs pas son premier objectif.
Mais, c'est un terrain de rencontres, d'expérience, de confrontation
avec le monde qui nous entoure dans toutes ses formes.
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