Après une première année ici, cela nous donne une impression de « déjà vu ». On commence à avoir une assez bonne vue de ce qu'il y a à faire d’intéressants, les bons magasins, restaurants, activités... Restera-t-il des choses a découvrir ? En un an, nous avons sans doute autant fait qu'en 10 ans pour certains, mais le temps nous ai compté. Ce "déjà vu" nous donne toutefois une impression de sérénité, tranquillité, l'urgence est passée. Sans doute qu'une troisième année serait ennuyeuse, mais la deuxième année, c'est surtout du bonheur d'avoir des repères, mais encore des choses à faire, et de pouvoir passer à la fois à la vitesse supérieure (trouver un travail, prendre des cours en lignes, voyager toujours plus loin) à un rythme moins effréné.
Ce
qui ne change pas, ce sont les activités liés à la vie
quotidienne, ici principalement la tondeuse et le ménage. Avec
la tondeuse, l'habitude a prit le pas sur la recherche et la vraiment
je m'ennuie sur mon tracteur à pédale. Alors, je suis moins
attentive aux pierres, à la géométrie régulière... « Quand
le sens disparaît, il reste l'essence de l'ennui ». Je me
demande comment mes voisins font avec cette théorie, eux qui tondent
en moyenne deux fois par semaine, ce qui permet de ne pas couper trop
court pour ne pas avoir une pelouse qui ressemble à un champ de
foin.... Je réalise qu'avec mes activités de recherche des
fonctions ergonomiques du matériel d'entretien des surfaces, le même
ennui s'est installé. La seule activité de recherche que je
continue encore aujourd'hui avec entrain est celle des meilleurs
lieux pour les activités. Nous venons de découvrir après un an de
recherches intenses (6 lieux explorés) un centre équestre qui
convient bien a Flore : on change de cheval (l'habitude ne
s'installe pas!), les cours se font en groupe (les copines), c'est
fun (amusant) et en même
temps on apprend... = l’idéal ! J'ai aussi trouvé des fermes
pour prendre directement les fruits et légumes = c'est le goût retrouvé !
Le
début de l'année scolaire sera toutefois marqué par un changement
important : l'entrée
au middle
school
(collège) de Flore. Je
viens de lire sur le journal que le Maryland est l’État avec le
meilleure taux de réussite scolaire, et cela depuis 5 ans. En
même temps, je me suis toujours demandée ce que l'on mesurait
ainsi : le niveau des élèves en Maths et dans la langue du
pays ? (merci pour toutes les autres matières!). Le niveau de
réussite aux examens ? Le niveau de réussite dans le monde
professionnel ? Le niveau de réussite de sa vie ?
Au collège,
Flore va rencontrer une nouvelle organisation : les horaires de
repas à 10h40 AM, les cours de langue sur un 1/4 d’année tous les
jours, alors que la chorale est toute l’année tous les deux jours.
Or pour l’un comme pour l’autre c’est la répétition
régulièrement qui compte. Comment est-il possible d’apprendre une
langue vivante pendant un 1/4 d’année et ne plus en refaire
pendant 3/4 de l’année ? Quand je pense qu’en France, les
élèves sont amenés à pratiquer leur première
langue vivante 3h par semaine pendant au moins 7 ans, si l’on va
jusqu’au bac! Mais il y a aussi les changements de classes à tous
les cours, des profs différents pour chaque matière, la suppression
des récré, l'intérêt grandissant pour les relations amoureuses,
le transfert des amitiés lié au changement de comportement de
certains avec l'entrée dans la puberté...
Les
heures de colle au collège : je suis sûre que vous vous rappelez de
ces foutues heures de colle (excuse
my language! = pardonnez mon langage)
qui nous faisait rester plus longtemps au collège, à faire des
choses idiotes, sous le regard sadique des Sur-Ges (surveillants
générale qui ont pris depuis l’élégant nom de Conseiller
d’Éducation, j’espère que leur élégance leur à fait perdre
leur sadisme!). Ici, c'est appelé « detention ».
On ne rigole pas avec la discipline aux États-Unis ! Plus
tard j’aurais à faire un remplacement dans un collège et l’une
de mes fonctions sera de faire le remplacement du temps de repas de
la personne en charge de la salle de détention : le sadisme
n’est pas perdu. Comme je n’étais pas habituée, je me suis mise
à discuter avec les élèves sur les raisons de leur venue ici :
au départ, ils ont tous exprimés leur colère, l’injustice, leur
rage, puis petit à petit, car je pense je ne les jugeais pas, ils se
sont mis à parler plus tranquillement et en fin de période, la
salle était parfaitement calme. Mais
depuis que je suis devenue prof à part entière, je dois reconnaître
que j'ai utilisé cette détention car parfois vous avez le choix
entre l'impossibilité d'enseigner ou signifier à un élève que sa
place n'est pas dans la classe... J'aurai sans doute à expliquer
comment certains élèves se sont comportés pendant la classe, mais
nous attendrons ma nomination officielle en tant que prof.
Une autre
rencontre inédite en ce renouvèlement d'année : pour la
première fois, je me suis retrouvée dans un magasin d'armes. Non,
vous ne vous trompez pas, moi qui suis pacifiste, me voila dans un
magasin d'armes. En fait je voulais acheter une paire de jumelles.
Après notre séjour au Yellow Stone, nous trouvions que les nôtres
n'étaient pas assez puissantes. Les jumelles susdites se trouvaient
au rayon sport du magasin général national, au milieu des cannes à
pèche et autres armes. J'ai commencé par penser que c’était des
jouets (il y avaient des fusils roses, et des mitraillettes qui
pouvaient faire penser à des jouets), mais à ce prix là, je suis
vite revenue à la réalité. Même dans un magasin général de
base, vous trouver des armes, pas d'alcool car nous sommes dans le
Maryland, mais des armes à feu, c'est possible. Je dois avouer que
les jumelles ont eu un drôle de goût. D’ailleurs, je ne les ai
pas acheté, là. Je crois que j’étais arrivée à un point ou je
trouvais un peu exagéré le discours sur les armes à feu aux
États-Unis par les autres pays, car je n'en avais jamais vu
personnellement et j’étais ici depuis un an. Mais je pense que
c'est parce que inconsciemment, pour ne pas troubler mon intégration
sans doute, j'ai évité la confrontation à cette réalité. Comment
est-ce que s'est accepté, il s'agit quand même d'un magasin ou l'on
trouve aussi du matériel scolaire, des jouets, des couches... Et je
peux vous assurer que les personnes à ce rayon n'avaient rien en
commun avec moi. Je me suis sentie déplacée, en minorité.
Je n'avais
jamais remarqué les armes a feu, mais j'avais déjà ressenti
l’atmosphère plus violente ici. Au pénitencier de Philadelphie,
j'ai été choquée de voir les statistiques comparées entre les
pays sur le taux de détention :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_taux_de_d%C3%A9tention) ;
Bien sur, la
peine de mort reste en vigueur dans de nombreux États (comment
justifier faire à un autre ce que justement on l'accuse d'avoir fait
lui-même : mais bien sur les circonstances ne sont pas les
mêmes, il y en a un qui a la loi avec lui, sauf que l'on oublie que
les lois sont dictées par les hommes et que selon les époques ou
les lieux, elles peuvent être diamétralement opposées). En
écoutant un reportage sur le sort réservé à des pirates
informatiques, le présentateur s'amusait à dire que lorsqu'il avait
présenté la peine des jeunes arrêtés pour avoir récupéré des
numéros de cartes bancaires, en Europe on trouvait que c’était
une peine trop lourde et aux États-Unis pas assez lourde, pour la
même peine... Je suis personnellement convaincue que la violence
engendre la violence, il n'y a qu'à voir des enfants qui reçoivent
la fessée et qui sont plus enclin à la donner à leur tour... aux
plus petits qu'eux même, car ils ont bien compris la loi du plus
fort !!!. Et d'autre part, les pays qui appliquent la peine de
mort n'ont pas moins de délinquance que ceux qui ne l'appliquent
pas, tout cela sans pour autant prôner un régime permissif car la
nature humaine n'est pas toute blanche et les circonstances de vie
peuvent parfois être violentes, avec des conséquences sur le
comportement des hommes qui les subissent, ce qui bien sur n’excuse
pas tout.
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